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EAN : 9782070124558
208 pages
Gallimard (23/05/2012)
3.78/5   132 notes
Résumé :
Manhattan, été 1944. Autour de Will, serveur dans un bar, et de Mike, marin dans la Marchande, gravite toute une constellation d'amis sans le sou, qui errent dans la chaleur de la ville, font le va-et-vient entre les appartements des uns et des autres et se retrouvent lors d'improbables soirées. Parmi eux, Philip, un gamin de dix-sept ans à la beauté insolente, et Ramsay Allen, dit Al, la quarantaine un peu pathétique, qui est éperdument amoureux de lui. Partout où ... >Voir plus
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« Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines »…Sous ce drôle de titre à rallonge, se cache un texte écrit à quatre mains par deux des plus célèbres auteurs américains du XXème siècle, précurseurs du mouvement culturel Beat, Jack Kerouac et Williams S. Burroughs.

A l'époque de son écriture en 1945, nos deux comparses n'étaient pas encore connus, encore moins reconnus. Il faudra encore attendre près d'une décennie avant que Jack Kerouac ne défraie la chronique avec son « Sur la route » et que Williams S. Burroughs ne choque les âmes puritaines avec « le festin nu ».

Pour autant, on peut déjà déceler dans ce petit ouvrage, les thèmes et les inspirations qui alimenteront l'univers littéraire des auteurs : cette façon d'échafauder leurs écrits sur la base de leur propre existence et de leurs expériences personnelles, cette volonté de décrire la jeunesse marginale de leur temps, la stimulation de leurs pouvoirs créatifs par la narration de choses parfaitement avérées et vécues…

Autant de faits, d'initiatives littéraires qui les conduiront, dans les années 1950, à devenir les « fondateurs » de la Beat Génération au côté d'Allen Ginsberg ou Neal Cassady, se donnant pour mission de rechercher dans l'écriture l'essence même de la vie et de puiser dans les expériences existentielles la matière première à toute création.

Ainsi donc « Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines », bien que se déroulant dans les années 1940, avant même le phénomène Beat, est finalement bien représentatif et certainement annonciateur de ce courant artistique, comportemental et générationnel qui offrit à Kerouac et Burroughs un billet pour la postérité.

Ici, la matière première servant à l'élaboration de cette histoire autobiographique, s'avère être le meurtre d'un de leurs camarades par un autre de leurs amis intimes au sein d'une petite bande de jeunes marginaux new-yorkais vivant d'expédients au rythme des beuveries journalières, des discussions, des délires et des folies.

A l'époque, en Août 1944, l'affaire Lucien Carr / Dave Kammerer fait grand bruit ; Kerouac et Burroughs sont même un temps inquiétés par la police et entendus comme témoin. Une histoire qui affecte suffisamment les deux écrivains pour que ceux-ci décident d'en composer un manuscrit, écrit tour à tour, et relatant les évènements qui se sont déroulés une semaine avant l'acte fatal de leur ami Lucien sur la personne de Dave Kammerer.

Bien sûr, pour préserver l'intimité de chacun et notamment celle du jeune criminel, devenu par la suite un grand ténor de la presse américaine, les noms des personnages qui viennent traîner dans « Les hippopotames… » ont été changés, Lucien devenant le jeune turc Philip Tourian, Dave Kammerer - qui ne cessait de le poursuivre de ses assiduités - s'incarnant sous les traits du quarantenaire Ramsay Allen, tandis que nos deux écrivains se matérialisent respectivement sous le jeune matelot Mike Ryko pour Kerouac, et le barman / détective Will Dennyson pour Burroughs.

Fort de ces informations sur la trame véridique de l'ouvrage, l'on déambule sympathiquement avec ces jeunes paumés dans les rues de New-York, de bar en bar, de cinémas en restaurants, au gré de cuites mémorables et de divagations, de blagues de potaches et de soirées amicales chez les uns ou les autres.

De cette petite bande de jeunes soulards, émerge la figure, pas toujours très sympathique, de Philip Tourian, jeune turc beau comme un adonis, poursuivi par l'amour gauche, débordant et étouffant de l'homosexuel Ramsay Allen, à la fois esclave et mentor du jeune homme. Celui-ci, pour fuir cette passion que lui voue Allen, décide de devenir matelot comme Mike Ryko. Les deux garçons en quête d'aventures, vont donc essayer d'embarquer sur un navire en partance pour Paris bien que leurs gueules de bois régulières les contraignent bien plus souvent à rester à quai….

Il aura fallu près de 70 ans et la mort des différents protagonistes, aisément indentifiables, avant que l'ouvrage ne quitte « les lames du parquet » où il s'empoussiérait et ne soit enfin édité.

Oeuvre de jeunesse, « Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines » comporte les défauts de ses qualités : bien qu'encore un peu maladroite à certains égards, elle est empreinte de l'énergie vitale et la fraîcheur de la jeunesse, et fait montre d'une belle honnêteté dans sa volonté de brosser le portrait de la « frange paumée » d'une génération.

La lecture prend réellement de l'envergure et de l'intérêt si le lecteur ne perd pas de vue les dessous véridiques de l'histoire. Lu sans les informations préalables, le texte bien qu'agréable, drôle et relevé, n'est pas d'une indéniable portée littéraire. Il le devient néanmoins quand on arrive à le replacer dans son contexte social et historique. A ce titre, la très enrichissante postface de James Grauerholz nous offre un éclairage absolument primordial sur l'ambiance de l'époque d'après-guerre, sur l'environnement des deux auteurs et sur les histoires personnelles de cette joyeuse bande d'allumés que l'excès d'alcool va mener à un acte inconsidéré, aussi stupide que funeste.

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Will Dennison, Mike Ryko, Phillip Tourian, Ramsey Allen et un nombre incertain de femmes forment un groupe noctambule, alcoolisé et assez libre. Allant sans cesse chez les uns et les autres, toujours à l'affût de quelques dollars à gagner ou à grappiller, ils mènent une vie débridée dans le New York de 1944. Allen n'a d'yeux que pour le beau Phillip et le poursuit de ses assiduités, à tel point que le jeune homme forme le projet d'embarquer sur un bateau de la marine marchande avec Mike. « Cette fixette sur Phillip, c'est comme le paradis des chrétiens, une illusion née du besoin, qui flotte dans un nulle part nébuleux platonique, c'est comme la prospérité, toujours pour demain, jamais ici et maintenant. Tu as peur de partir avec lui, tu as peur de prendre le risque, parce que tu sais que ça marchera pas. » (p. 29) Hélas, le départ des deux amis est toujours différé et Allen ne veut pas voir partir Phillip. Tout cela explose un soir quand le jeune homme tue son admirateur. Will et Mike doivent alors décider s'ils veulent ou non protéger leur ami.

Inspiré de faits réels qui ont marqué leur jeunesse, Burroughs et Kerouac écrivent à deux voix, en chapitres alternés racontés respectivement par Dennison et Ryko. Cette double écriture est tout simplement étourdissante. À plusieurs reprises, je me suis perdue dans le récit, ne sachant plus qui était aux commandes. Mais finalement, le narrateur n'a pas vraiment d'importance, il suffit de suivre l'histoire, entre deux verres de whisky et un repas chaud providentiel. Je n'ai pas retrouvé le style de Kerouac qui m'avait tant plu dans Sur la route, mais cette histoire d'hippopotames est un texte de jeunesse, encore plein d'imperfections et d'hésitations. J'ai de tout de même aimé cette histoire et j'ai hâte de voir le film qui en a été tiré.

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Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leur piscine est le premier roman de Kerouac, bien avant La Route, et de Burroughs, à qui l'on doit notamment Le Festin nu. Écrit à quatre mains, le livre alterne les chapitres racontés par Will Dennison (et écrits par William S. Burroughs) et ceux racontés par Mike Ryko (Jack Kerouac).

Nous sommes à Manhattan dans les années 1940. Will est serveur dans un bar, mais aussi employé dans une agence de détective. Mike est marin dans la Marchande. Ils sont entourés d'amis qui, comme eux, mènent une vie de bohème, successions de soirées, de petits boulots suffisants pour leur permettre de vivre au jour le jour. Philip et al font partie de la bande : Phil a dix-sept ans et une beauté insolente ; Ramsay Allen, dit Al, est éperdument amoureux de lui et ne se décourage jamais de ses refus. Lassé de ses tentatives et souhaitant partir à l'aventure, Phil accepte la proposition de Mike d'embarquer le plus vite possible vers la France. Mais leur désinvolture ne cesse de retarder le voyage.

En réalité, l'essentiel de l'intrigue ne repose pas sur ce bref résumé, mais la suite sera à découvrir… C'est en tout cas dans ces conditions, avec la seule lecture de la quatrième de couverture, que j'ai abordé le roman. Les thèmes chers à ce qui deviendra par la suite la Beat Generation sont déjà présents : errance, rêve d'aventure, alcool, et surtout liberté. Mais l'écriture est jeune, moins travaillée qu'elle ne le sera par la suite, il ne se passe finalement pas grand-chose avant les toutes dernières pages. Les allers-retours incessants au port et les échecs dus à la légéreté des personnages finissent par être lassants.

La postface de James W. Grauerholz est tout à fait intéressante, voire indispensable à la compréhension de la genèse de ce roman et de sa réception. On en regretterait presque qu'il ne s'agisse pas d'une préface, car les éléments révélés placent l'intrigue dans un contexte, un lieu, une époque. On y apprend surtout que les faits sont issus d'une histoire vraie, vécue par les deux auteurs. L'amour que porte l'auteur de ce texte aux protagonistes de l'histoire et notamment à Burroughs se ressent fortement dans la postface. Une fois révélée l'histoire vraie dont est issu l'intrigue, le roman prend une toute nouvelle épaisseur.

Ce roman est un témoignage intéressant d'une époque et d'un courant dont les chefs de file seront Ginsberg, Kerouac et Burroughs, que l'on retrouve derrière des pseudonymes dans ce livre. À lire donc pour son aspect documentaire et sa postface riche en informations, plus que pour son intrigue ou sa qualité littéraire.

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Quand je réalise ma passion pour les auteurs (et toute la période) qui touche à la « Beat Generation », je suis étonnée de n'avoir découvert et lu ce roman que très récemment. Ici ce n'est pas un nom qui est mis en avant, mais deux auteurs dont le talent et les styles se complètent pour nous donner ce texte.

Ce roman est une biographie d'un des éléments déclencheurs dans la « Beat Generation » : le meurtre de Kammerer par Lucien Carr. Ce dernier ami de Allen Ginsberg a rencontré toute la bande à l'université. Avide de connaissances et de libertés, Lucien Carr fut un personnage inspirant et novateur pour tout le groupe qui était entrain de se créer. Même si ce dernier ne fut jamais un artiste, il permit l'étincelle qui leur fallait pour que chacun se mettent à créer leurs oeuvres.

Dans ce roman à quatre mains, on apprécie les différents genres qui se complètent. Chacun y décrit sa version de l'histoire et son implication autant dans le meurtre en lui-même, comme dans tout ce qui a pu faire en sorte qu'il en arrive là. Comme à chacun de ces romans, c'est la soif d'indépendance qui me touche en premier. Dans une Amérique qu'on a du mal à imaginer, d'autant plus à l'heure actuelle des choses, j'aime me plonger dans cette autre vie. Un monde où tout semblait encore possible, sans jugements, sans barrière et sans faux semblants. On ne vivait que la vie que l'on voulait vivre. Bien sûr, cela ne peut être possible, ni aujourd'hui, ni même à l'époque, mais c'est un état d'esprit qui permet cela. Une façon d'être qui aujourd'hui semble bien loin.

Dans ce roman complet et agréable, on nous présente les débuts d'un genre à part. Si particulier, la « Beat Generation » permet une ouverture sur le monde, sur les expériences et sur toutes formes de joie. Lorsque les voyages et autres envies n'étaient encore qu'à l'étape de projet, les hommes décris dans ce roman nous touchent. On comprend qu'ils ne sont que les auteurs de demain, mais on apprécie de les découvrir ici dans une autre forme d'intimité. Ce roman nous plonge dans un monde autre où l'argent n'arrêtait pas les hommes. Tout est possible alors ouvrons nous à toutes les possibilités !


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Ce roman écrit à 4 mains en 1944 serait le catalyseur du fameux mouvement d'émancipation de l'après-guerre connu sous le nom de Beat generation (La génération brisée).

En effet, il s'agit du premier roman de Jack Kerouac que tout le monde trouvait génial mais personne ne consentait à l'éditer. La conjoncture, la mode du moment, la littérature encore trop conventionnelle pour accepter ce genre de création ont fait qu'il n'est sorti en librairie que très tard, bien après le succès de Town and city ou Sur la route. Il serait le prélude de Town and city mais je pense que c'est aussi vrai pour L'Océan est mon frère. Il parle de sa vie de marin lorsqu'il partit sur un cargo à destination du grand nord et du Bering. Il évoque dans les trois romans précités sa volonté d'embarquer à n'importe quel prix, partir et renouer avec ses racines. Son père lui avait dit un jour « N'oublie jamais que tu portes un nom breton ».

Sur ce fond de tableau qui rappelle aussi l'avancée des troupes américaines en Sicile et en France, nous sommes en guerre, le plus étonnant reste l'objet du roman. Une bande de copains et copines vivent le meurtre d'un des leurs par l'un d'entre eux. Un fait réel qui vaudra deux ans de prison à l'auteur du crime.

Personne ne porte de jugement, n'octroie de circonstances atténuantes au meurtrier, ne pleure la victime, mais tous espèrent voir la peine commuée. Tous veulent croire que l'acte irréparable est un accident de la vie, la simple réaction d'un jeune homme face à la cour répétée d'une vieille tante. On juge le meurtre d'un homosexuel qui de nos jours serait accusé de harcèlement…

Ecrire ce roman à deux avec William Burroughs, ne serait-il pas une manière pour Jack Kerouac d'en finir avec cette relation homosexuelle qui les rapproche.

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critiques presse (3)
Lexpress
28 mai 2012
Avec exubérance, Kerouac et Burroughs ressuscitent le New York des années de guerre, les beuveries dans les dortoirs de Columbia, le désir déjà naissant d'aventure et de marginalité. Derrière l'instantané d'une époque se dessine la matrice passionnante d'une oeuvre à venir.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama
16 mai 2012
Une oeuvre de jeunesse, bancale et légère, roman noir d'une aventure tragique - le meurtre d'un ami - que les deux hommes abordent avec l'énergie brouillonne et l'esprit festif qui présidaient à leurs années de formation new-yorkaises.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation
15 mai 2012
Aise et malaise sont ce qui caractérise le petit monde de Et les hippopotames… Les personnages, dont la légalité n’est pas le souci permanent, ont l’air à côté de la plaque, les dialogues, souvent drôles, ressemblent à ceux d’un Rohmer hard.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation

« Cette fixette sur Phillip, c’est comme le paradis des chrétiens, une illusion née du besoin, qui flotte dans un nulle part nébuleux platonique, c’est comme la prospérité, toujours pour demain, jamais ici et maintenant. Tu as peur de partir avec lui, tu as peur de prendre le risque, parce que tu sais que ça marchera pas. » (p. 29)

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Réfléchis, tu es un poisson dans un étang. L'étang est en train de s'assécher. Il faut que tu évolues vers l'amphibien, mais il y a quelque chose qui te retient, qui te dit de rester dans l'étang, que tout va finir par s'arranger.

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Telle ceux qui n'arrivent pas à vomir malgré des nausées épouvantables, elle gisait là, incapable de mourir, résistant à la mort comme elle avait résisté à la vie, figée dans son amer refus du devenir et du changement.

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"Bon dieu, qu'il fait chaud", j'ai dit.

"Lève-toi et va prendre une douche, salopard.

-Qu'est-ce qu'il te prend ?

- Tu vas pas me la faire. T'as fumé de la marijuana, hier soir.

- C'était du foin, de toute façon", j'ai dit en allant dans la salle de bains. Le soleil de juin inondait la pièce, et le jet froid de la douche m'a donné l'impression de plonger dans un étang à l'ombre, un après-midi d'été, en Pennsylvanie.

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Le barman avait mis la radio. C'était le journal, il était question d'un incendie au cirque : " Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines ", a précisé le présentateur, avec l'onction réjouie qui les caractérise. Phillip s'est tourné vers Barbara : " Qu'est-ce que tu dirais d'un petit hippo vapeur, Babsy ? -Ça ne me fait pas rire ", elle a répondu. " Allons quand même manger. "

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Vidéo de William S. Burroughs
Le 18.01.18, Jérôme Colin (Entrez sans frapper - RTBF) recevait Gérard Berréby pour évoquer "Révolution électronique" de William S. Burroughs.
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