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Allen Ginsberg (Préfacier, etc.)Catherine Cullaz (Traducteur)Jean-René Major (Traducteur)Philippe Mikriammos (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070348824
288 pages
Éditeur : Gallimard (05/06/2008)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 361 notes)
Résumé :
"On devient drogué parce qu'on n'a pas de fortes motivations dans une autre direction. La came l'emporte par défaut. J'ai essayé par curiosité. Je me piquais comme ça, quand je touchais. Je me suis retrouvé accroché. La plupart des drogués à qui j'ai parlé m'ont fait part d'une expérience semblable. Ils ne s'étaient pas mis à employer des drogues pour une raison dont ils pussent se souvenir. Ils se piquaient comme ça, jusqu'à ce qu'ils accrochent. On ne décide pas d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  01 janvier 2020
Nous nous retrouvons sur le site Babelio entre consommateurs de produits culturels imprimés, des livres, et le secteur économique que nous
faisons vivre est chaque jour matraqué par une inlassable propagande. Selon les termes de cette propagande, on n'écrit de livres que pour promouvoir ceci (une abstraction molle, en général) ou dénoncer cela (une autre abstraction molle, comme "la haine") : les figures du publicitaire et du militant se confondent pour nous avec celle de l'artiste. Aussi n'est-il pas étonnant que nous cherchions dans le livre de William S. Burroughs ou une apologie de la drogue, ou une dénonciation de la drogue, puisque l'univers où nous vivons retentit d'apologies et de dénonciations : notre univers est juridique, peuplé de mouchards, de policiers (on écrit même des romans sur eux), d'avocats et de procureurs. Parallèlement, le monde de "Junky" est aussi plein de flics, justement, d'avocats et de médecins inquisiteurs, parmi lesquels évoluent les drogués. Se demander s'ils sont bons ou méchants, c'est faire preuve de sottise, de soumission intellectuelle aux bateleurs du moment : chez Burroughs personne n'est bon ni méchant, car l'univers du livre est construit comme le nôtre sur des lois impersonnelles, pénales ou physiologiques (le manque, le sevrage, la satisfaction). Devant cet univers romanesque où la morale n'a aucune place, le lecteur, s'il veut vraiment lire le livre, doit suspendre son jugement moral. Il ne doit même pas essayer de justifier les drogués au nom du plaisir qu'ils prennent à leur drogue : Burroughs rejette catégoriquement cette excuse hédoniste soixante-huitarde, comme toutes les autres. "Le plaisir qu'on tire de la came est de vivre sous sa loi", écrit-il. N'opposons pas puérilement les méchants policiers aux gentils hors-la-loi qui se révoltent en se droguant contre un ordre social injuste et puritain, nous dit Burroughs : chacun vit sous sa loi propre et tire son bonheur de lui obéir. C'est tout.
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IreneAdler
  21 novembre 2013
C'est... en fait on ne peut réellement qualifier ce texte. Il ne fait pas l'apologie de la came et de la défonce, non. Mais on y sent une fascination pour elles. C'est extrêmement lucide ; Burroughs y a beaucoup réfléchi et pris de la distance, pour nous parler de son expérience. de ses expériences : came, sevrages, abus d'alcool, substances douteuses... Il n'est pas tendre, ni avec lui ni avec les autres camés. Il est également à la dérive, comme devaient l'être beaucoup de jeunes gens lors de cette période troublée : la guerre, l'intolérance juridique à tout ce qui sort d'un certain cadre. Qu'il soit devenu un des étendards de la révolte et de la contestation des années 1960-70 n'est pas une surprise. Il ne vit, et ne veut pas vivre, dans un cadre normé ; la drogue est presque un hasard, mais qui deviendra un hasard destructeur.
Je ne peux pas dire que c'est un beau texte. Mais que c'est un texte que j'ai aimé, pour ses images, pour son ironie parfois et pour son honnêteté. C'est un texte cru, qui n'épargne pas son lecteur ; et c'est bien pour ça qu'il est devenu culte.
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GuillaumeTM
  28 mars 2013
"Junky" est le premier roman de William Burroughs, rédigé dans le contexte difficile de l'Amérique puritaine des années 50, surtout quand il s'agit de traiter du sujet de la drogue sous l'angle du consommateur. Dans la préface, Allen Ginsberg (agent littéraire improvisé de la Beat Generation) nous fait part d'ailleurs de la difficulté que fut de parvenir à publier ce texte controversé pour l'Amérique blanche bien-pensante.
Bill Lee, issu d'une famille aisé, décide un beau jour de s'essayer à la came pour une raison qui lui échappe totalement. Pour se faire, il essaie le vol de portefeuilles dans le métro mais abandonne très vite. Il tente alors de refourguer de la drogue, ce qui lui permet d'en garder pour sa propre consommation. On le suit dans cet enfer, où les junkies essaient d'obtenir de fausses ordonnances pour de la morphine auprès de médecins peu scrupuleux quant à l'éthique de leur profession et où la prison guette à chaque pas. L'aventure se poursuivant jusqu'à la Nouvelle Orléans puis au Mexique pour se terminer sur le projet de trouver du yage (l'ultime défonce selon lui), destination la Colombie, ce qu'il racontera dans d'autres livres.
Burroughs n'oublie pas aussi de digresser sur ce qu'il appelle un style de vie, sur cette fascination qu'il a pour l'univers de la came sans jamais se faire moralisateur, rédigeant finalement une chronique d'un accro à la drogue dans les Etats Unis des années 40 et 50.
Chose curieuse : sa femme est quasi inexistante, ses apparitions se faisant sporadiquement à quelques rares occasions, son nom n'étant jamais mentionné.
Dans un passage fameux où le "cold turkey" (manque) se fait sentir, Burroughs, sans le savoir, nous donne une des clés pour mieux comprendre ce qu'il fera ultérieurement (dans le "Festin nu" par exemple), décrivant un cauchemar ou une vision hallucinée proche du délirium tremens des alcooliques, des rues pleines de scolopendres géants et des scorpions énormes sortant des bars, des cafétérias et des drugstores de la 42e rue, dans un New-York apocalyptique. Il ne sait pas encore à ce moment à quoi cela aboutira par la suite.
La question qui nous vient aux lèvres, à la lecture de ce livre, est qu'est-ce qui pousse une personne venant de la bourgeoisie à se droguer ? La réponse est peu aisée d'autant plus que l'auteur ne le sait pas lui-même. Cette réponse est peut-être à chercher du côté du caractère névrosé du personnage que l'on sait peu doué pour les relations avec autrui, probablement la peur d'être aimé puis d'être abandonné ensuite ou une sorte de mal-être vécu depuis son adolescence, sans oublier son homosexualité inavouable dans un monde fortement homophobe. Ce sont toutes ces petites choses qui ont fait de William Burroughs, l'écrivain que l'on connait aujourd'hui.
C'est un roman, in fine, qui se fait clair, limpide, dans une écriture narrative agréable à lire; la première pierre déposée dans l'oeuvre de ce grand écrivain du XXe siècle.
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nath45
  02 juillet 2016
L'auteur nous détaille avec précision la vie quotidienne d'un camé, aussi bien son état physique que moral : « on ne décide pas d'être drogué. Un matin, on se réveille malade et on est drogué. ».
La dépendance, le sevrage sont racontés d'une façon tellement réelle que l'on ressent le vécu de l'auteur :« La came est une nécessité biologique quand vous êtes accoutumé ; c'est une bouche invisible. Quand vous injectez votre came, vous êtes content, comme quand vous venez de vous tapez un bon repas. Mais avec la coke, vous voulez vous repiquer dès que les effets s'estompent. », « La came inocule la mort et laisse le corps en état de perpétuelle alerte. ».
Un roman ou l'auteur se met à nu, un grand texte sur la vie d'un junky, sur l'obsession de la prochaine seringue, l'obsession de trouver un dealer, un médecin prêt à faire une ordonnance. Il dénonce aussi le gouvernement américain et la répression très dure faite à l'égard des toxicomanes. Une oeuvre d'une force incroyable.
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Citizen-K
  29 janvier 2012
Ce livre porte bien son nom puisqu'il peut paraître décrire de manière très documentaire ce que l'auteur appelle "l'équation de la drogue", le cycle infernal qui s'installe dans la recherche du lâcher prise ultime.
D'une très belle plume, qui lui est si particulière, Burroughs réussit à retranscrire et à construire à nos esprits le système de pression/dépression incessante de la drogue. Et il retranscrit surtout merveilleusement le microcosme des paumés et des drogués d'une ville américaine en plein milieu des fifties !
Loin d'être un simple documentaire sur la drogue et la vie qu'elle impose comme certains semblent le dire, Burroughs ici nous donne l'occasion d'entrer en contact profondément avec tout ce qui justement se cache derrière ce monde crasseux de a drogue. C'est donc souvent bien plus profond qu'on ne le pense si on en reste pas sur une réaction épidermique dès lecture d'un des innombrables noms de drogues ou de raclures écumants les bas fonds d'un métro étrange !
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Citations et extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   01 janvier 2020
Il est possible de se détacher de la plupart des douleurs - la difficulté étant plus grande dans le cas de maux de dents, d'yeux ou de parties sexuelles - en ressentant la souffrance comme une sorte d'excitation neutre. Mais quand on souffre du manque de came, il semble n'y avoir plus d'issue. Les douleurs causées par la privation sont l'inverse du plaisir qu'on tire de la came. Le fait qu'on en ait besoin EST le plaisir en soi. Les camés vivent à l'heure de la came et avec un métabolisme régi par elle. Ils vivent dans le climat de la came, qui peut, suivant les cas, les réchauffer ou les glacer. Le plaisir qu'on tire de la came est de vivre sous sa loi. On ne peut échapper aux douleurs du sevrage, pas plus qu'on ne peut échapper au plaisir qui suit une piqûre.
J'étais trop faible pour pouvoir me lever. Je ne pouvais pas non plus rester allongé. Pendant le sevrage, tout paraît intolérable, que ce soit l'action ou l'inaction. Un type peut mourir simplement parce qu'il ne supporte plus de rester dans sa peau.

p. 180
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   31 décembre 2019
Bill Gains était "de bonne famille" - si mes souvenirs sont exacts, son père était banquier dans le Maryland - et il avait de la classe. Son activité habituelle consistait à voler des manteaux dans les restaurants et il était parfaitement adapté à ce travail. Le bourgeois américain n'a pas de signes particuliers. Il se définit par ce qu'il n'est pas. Gains allait plus loin. Non seulement il ne possédait pas de signe particulier, mais il était positivement invisible : une vague présence respectable. Il existe certains fantômes qui ne peuvent se matérialiser qu'avec un drap ou un bout d'étoffe quelconque. Gains était ainsi. Il se matérialisait avec le manteau d'un autre.

p. 92
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GuillaumeTMGuillaumeTM   01 février 2014
Je décidai que je n'allais pas aimer l'armée et m'en tirai en jouant sur mon dossier de dingue -- je m'étais un jour fait le coup Van Gogh en me coupant l'articulation d'un doigt pour impressionner quelqu'un qui m'intéressait à l'époque. Les psychiatres n'avaient jamais entendu parler de Van Gogh. Ils me diagnostiquèrent comme schizophrène et, en plus, de type paranoïaque pour expliquer le fait troublant que je savais où j'étais et qui était le président des Etats-Unis.
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Loutre_des_RivieresLoutre_des_Rivieres   16 février 2014
On m'envoya à l'école avec les futurs bons citoyens, les avocats, docteurs et hommes d'affaires d'une grande ville du Midwest. J'étais timide avec les autres enfants et craignais la violence physique. Une certaine petite lesbienne agressive me tirait les cheveux chaque fois qu'elle me voyait. J'aimerais aujourd'hui encore lui défoncer la face mais il y a des années, elle est tombée de cheval et s'est cassée le cou.
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GuillaumeTMGuillaumeTM   02 février 2014
L'herbe ne rend pas violent non plus. Je n'ai jamais vu quiconque devenir méchant sous l'effet de l'herbe. Les fumeurs sont sociables. Un peu trop, même, à mon goût. Je me demande pourquoi les gens qui soutiennent que l'herbe rend violent n'insistent pas davantage, comme ils devraient en toute logique, pour faire interdire l'alcool. Des crimes sont commis tous les jours par des ivrognes qui, à jeûn, n'auraient pas agi de la même façon.
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Videos de William S. Burroughs (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de William S. Burroughs
Le 18.01.18, Jérôme Colin (Entrez sans frapper - RTBF) recevait Gérard Berréby pour évoquer "Révolution électronique" de William S. Burroughs.
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