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EAN : 9782253003755
Le Livre de Poche (05/10/1995)
4.07/5   2497 notes
Résumé :
Giovanni Drogo a choisi la carrière des armes. Dans une forteresse oubliée, aux confins de la frontière du Nord, il attendra de longues années, face à l'étendue aride, le début d'une guerre improbable. Jusqu'au jour où les mirages du désert s'animeront.
Traduite dans le monde entier, cette vision allégorique saisissante de notre condition, de nos illusions et de nos rêves, est devenue l'un des classiques du XXe siècle.

Les rêves de gloire du je... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (208) Voir plus Ajouter une critique
4,07

sur 2497 notes

Je viens de finir ce roman et j'ai le merveilleux sentiment d'avoir lu un authentique chef d'oeuvre. Ce Désert des Tartares m'a accompagné et hanté par son pessimisme et son côté torturé, puis la fin du livre m'a rassuré tout comme cet aphorisme célèbre de Nietzsche " Tout choix est un renoncement".

L'histoire est simple : Drogo jeune officier est affecté à un fort non loin du Désert des Tartares, les jours se suivent et se ressemblent, puis deviennent des années etc... (je m'arrête là car sinon je dévoile tout le roman)

Ce qui m'a frappé (entre autre chose) c'est la maîtrise du récit sur le plan temporel.

Les personnages sont magnifiques et Drogo pourrait être un cousin germain de Bardamu (la révolte en moins).

Mais le personnage clé du roman est fait de pierres, de chemin de rondes, de redoutes c'est le fort Bastiani : il parle, il chante, il change et pourtant il est immuable ; sûrement un lointain cousin de l'abbaye du nom de la rose.

Certains passages rappellent les plus belles heures de "la grande peur dans la montagne". (le ruissellement de l'eau sur les rochers, la course des nuages..)

Les militaires sont déterminés et en même temps plein de doutes ; ici il n'est pas question d'actes héroïques, de sabre au clair, de champs de bataille, le combat est intérieur et il se livre seul.

C'est un roman épuré, plein d'aphorismes magnifiques et d'une fantastique sensibilité.

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Ce roman n'en est pas un, c'est un long et magnifique poème. Enfin, c'est ce que j'ai ressenti car Giovanni est universel, il est moi, il est lui, il est elle, il est vous (et tout ceux qui le veulent... hum, je sors). Il incarne nos envies, nos regrets, nos errances, le condensé d'une vie qui pourrait être la nôtre tant nous prenons un plaisir pervers à gaspiller - par un éventail extrêmement fourni (pour ça les idées ne manquent jamais) - ce précieux temps qui s'égrène et s'échappe comme le sable de la plage de nos vacances glisse entre nos orteils insouciants.

Un bémol pour moi cependant, j'ai déjà consacré beaucoup de temps ;-) à ces questions et beaucoup médité sur "Mignonne, allons voir si la rose" et autres "Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer" et depuis j'essaie plutôt de garder à l'esprit cette citation de Sénèque qui aurait peut-être pu aider Giovanni : "La vie ce n'est pas d'attendre que les orages passent, c'est d'apprendre comment danser sous la pluie".

Au final je dois avouer que même si je n'ai pas forcément envie de ressasser ces thèmes un peu plombants, c'est bien autre chose que de les aborder avec Dino Buzzati car voilà, c'est trop bien écrit, trop maîtrisé, trop impressionnant, trop bluffant pour laisser indifférent et je dois avouer que j'ai pris un grand plaisir à le lire. Aucun doute, ce roman est une oeuvre magistrale.

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On a souvent comparé le style de Buzzati à celui de Kafka. Pourtant, il existe bien une différence entre les deux. Certes, l'absurde apparaît chez l'un comme chez l'autre. Cependant, là où Kafka enferme ses personnages sans vraiment leur laisser de marge de manoeuvre, Buzzati leur laisse le choix. Et c'est bien ce qui arrive ici à ce jeune militaire, Giovanni Drogo. Affecté au fort Bastiani, Drogo découvre qu'il est loin de tout. Face à l'édifice, se trouve une vaste étendue appelée "le désert des Tartares", lieu où est censé se trouver l'ennemi. Mais le règlement très codifié du fort ne lui plaît guère, pas plus que l'isolement. Drogo cherche à partir de cette espèce de forteresse...

Roman de l'attente, roman de l'absurde, le Désert des Tartares est, sans conteste, un véritable chef-d'oeuvre. On tourne les pages frénétiquement et cela m'a fait le même effet que lorsque j'ai lu pour la première fois du Beckett. On aime ou on n'aime pas, mais il faut avouer que ces auteurs n'ont pas leur pareil pour placer le lecteur dans une position d'attente.


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Un jeune homme plein d'enthousiasme part rejoindre un fort où il a été affecté. Or ce lieu est désert, une vraie prison des ambitions, un lieu d'attente et d'inaction, de vie sans âme! Il faut sortir de là à tout prix et revenir à sa vie de jeune homme, avec les amis et les filles... Mais une fois de retour à sa ville (pendant un congé) tout a changé; même la tendresse de sa mère, tout le monde s'est habitué à son absence! Voilà un vrai coup! Il revient alors à son château pour y rester, car les Tartares viendront un jour, il le sait, il croit à ce mythe curieux et nourrit sa croyance; et ce jour là, il aura sa chance pour se battre, pour montrer son courage, pour montrer que sa vie n'a pas été une perte!

Buzzati avec une maîtrise exceptionnelle de sa chronologie, nous fait vivre cette fuite du temps dans la monotonie et l'attente. Le héros attend et le lecteur aussi, ils pressentent un malheur, une erreur, une méprise, mais ils aspirent à l'arrivée de quelque chose d'extraordinaire! Ils vivent dans la déception, le malaise et l'illusion, puis dans la désillusion amère et la révolte!

Un roman émouvant, excellente leçon sur la vanité de l'existence! La mort est plus forte! L'attente n'est qu'un divertissement, la guerre n'aura pas lieu car la vraie guerre c'est celle de l'homme contre la mort et la fuite du temps, contre la solitude... Le Désert des Tartares est un choc, un roman assommant! Un roman qui nous transporte mystérieusement dès la première page.

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Le Désert des Tartares, roman du journaliste et écrivain italien Dino Buzzati, est considéré comme un chef-d'oeuvre universel. Publié en 1940, l'ouvrage est un conte philosophique, structuré autour du parcours d'un personnage, dénommé Giovanni Drogo, dans un pays et en un temps indéfinis. De facture classique, la narration est entrecoupée de commentaires et même d'exhortations adressées au personnage principal, lorsque celui-ci se retrouve à la croisée de chemins.

Sorti frais émoulu de l'Académie militaire avec le grade de lieutenant, Giovanni Drogo rêve d'une carrière rythmée par des actes de bravoure et des faits d'armes glorieux. Pour son premier poste, il est affecté à la garnison du fort Bastiani, une vieille place forte éloignée dans les montagnes, à la frontière d'un mystérieux royaume du Nord, au bord d'une immense plaine aride et empierrée s'étendant à perte de vue. Un désert d'où l'on dit qu'un jour surgiront des envahisseurs : des Tartares, si l'on en croit d'anciennes légendes mythiques ; on aurait pu dire des Martiens ou des Extraterrestres.

Le fort est une vieille bâtisse, peu accueillante, peu confortable, peu fonctionnelle, totalement isolée dans des paysages minéraux, sauvages, ravinés, dont les confins disparaissent sous les brumes. le formalisme militaire est empesé, les rapports hiérarchiques convenus. Déçu, Drogo envisage de demander sa mutation en ville, mais il se laisse convaincre d'effectuer une période de quatre mois, à l'issue de laquelle il sera libre de partir.

Des rumeurs font miroiter l'imminence de circonstances exceptionnelles – l’offensive de l'ennemi ne saurait tarder ! – susceptibles d'apporter grandeur et noblesse aux destinées des soldats présents. Alors Drogo décidera de rester au fort au-delà des quatre mois, au-delà de quatre années et bien plus encore. Comme la plupart des militaires en poste, il persistera à se nourrir de l'espoir, de l'attente chimérique d'un événement annoncé qui ne survient pas, qui pourrait survenir ou ne jamais survenir, et qui surviendra peut-être juste quand on ne l'attendra plus…

Mais l'attente de l'événement pourrait n'être qu'un prétexte, la justification d'un choix inconscient et moins noble, auquel nous risquons tous d'être confrontés : l'accommodement à la médiocrité. le confort du fort est précaire, mais les petits désagréments quotidiens finissent par tisser une intimité monotone et rassurante dans laquelle chacun aime à se blottir. Il en est de même pour les rituels militaires, contraignants, mais auxquels leur tonalité et leur échelonnement prévisibles confèrent un ronronnement familier. le caractère protocolaire des rituels conforte aussi le sentiment d'être intégré à un système initiatique flatteur. L'estime montrée par les inférieurs et qu'on voue à ses supérieurs compense celle que l'on n'est pas certain d'avoir pour soi-même.

Autour du fort, malgré leurs reliefs lunaires, leurs horizons insondables et leur immobilité embrumée, les paysages finissent par revêtir un aspect onirique surréel et fantastique, que les hommes de la garnison tiennent pour un privilège dont ils ont le sentiment d'être les bénéficiaires exclusifs.

Drogo parviendra-t-il à se libérer du sortilège du fort Bastiani et de son désert des Tartares ? Il pourrait chercher une affectation en ville, où il fonderait une famille. Mais englué au fort par les routines et les vanités, il est persuadé d'être toujours le maître de son destin. Il croit avoir le temps, mais il perd la notion de ce temps qui fuit dans la ronde inexorable du soleil, des heures, des saisons, des générations. Un jour, il pourrait soudain se rendre compte avec angoisse qu'il est trop tard.

L'attente de la guerre contre l'ennemi invisible est un thème commun avec le Rivage des Syrtes. Mais la comparaison s'arrête là. A l'opposé de l'écriture de Julien Gracq, le Désert des Tartares fait l'objet d'une prose sobre, épurée, conforme au précepte de Dino Buzzati : « l'efficacité d'une histoire fantastique est liée à l'emploi de mots et de paroles les plus simples et les plus concrets possible ».

Pour ma part, c'est à La Montagne magique de Thomas Mann et au parcours d'Hans Castorp que m'a fait penser l'espèce de paralysie à laquelle se condamne Drogo.


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Citations et extraits (176) Voir plus Ajouter une citation

Il parut à Drogo que la fuite du temps s’était arrêtée. C’était comme si un charme venait d’être rompu. Les derniers temps, le tourbillon s’était fait toujours plus intense, puis, brusquement, plus rien, le monde stagnait dans une apathie horizontale et les horloges fonctionnaient inutilement. La route de Drogo avait atteint son terme ; le voici maintenant sur la rive solitaire d’une mer grise et uniforme, et alentour pas une maison, pas un arbre, pas un homme, et tout cela est ainsi depuis des temps immémoriaux.

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Drogo resta immobile à contempler le petit enfant endormi, et une tristesse aiguë s’emparait de son cœur. Il chercha à s’imaginer lui-même, plongé dans le sommeil, un singulier Drogo qu’il ne pourrait jamais connaître. L’image de son propre corps se présenta à lui, bestialement assoupie, secouée par d’obscures inquiétudes, la respiration pesante, la bouche entr’ouverte et tombante. Et pourtant, lui aussi avait jadis dormi comme cet enfant, lui aussi avait été gracieux et innocent et peut-être qu’un vieil officier malade s’était arrêté pour le regarder, avec une amère stupeur. Pauvre Drogo, se dit-il, et il se rendait compte quelle faiblesse c’était là, mais après tout il était seul au monde, et, en dehors de lui-même, il n’y avait personne d’autre qui l’aimât.

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Peu à peu, sa confiance diminuait. Il est difficile de croire à quelque chose quand on est seul et que l’on ne peut en parler avec personne. Juste à cette époque, Drogo s’aperçut à quel point les hommes restent toujours séparés l’un de l’autre, malgré l’affection qu’ils peuvent se porter ; il s’aperçut que, si quelqu’un souffre, sa douleur lui appartient en propre, nul ne peut l’en décharger si légèrement que ce soit ; il s’aperçut que, si quelqu’un souffre, autrui ne souffre pas pour cela, même si son amour est grand, et c’est cela qui fait la solitude de la vie.

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Et si, en réalité, il s’était trompé ? S’il n’était qu’un homme quelconque à qui ne revient, de droit, qu’un médiocre destin ?

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Maintenant, il avait dit bonsoir à sa mère comme jadis, avec la même inflexion de voix, certain qu’au bruit familier de ses pas elle se réveillerait. Mais nul ne lui avait répondu, hormis le roulement de la lointaine voiture. C’était stupide, pensa-t-il, ce n’était peut-être qu’une ridicule coïncidence. Et pourtant, il lui en restait, tandis qu’il se préparait à se mettre au lit, une impression amère, comme si l’affection de jadis se fût atténuée, comme si entre eux deux le temps et la distance eussent lentement tissé un voile de séparation.

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« […] Jour après jour, Saba - de son vrai nom Umberto Poli (1883-1957) - compose le “livre d'heures“ d'un poète en situation de frontière, il scrute cette âme et ce coeurs singuliers qui, par leur tendresse autant que leur perversité, par la profondeur de leur angoisse, estiment pouvoir parler une langue exemplaire. […] […] Au secret du coeur, dans une nuit pétrie d'angoisse mais consolée par la valeur que le poète attribue à son tourment, cette poésie est une étreinte : à fleur de peau, de voix, une fois encore sentir la présence de l'autre, porteur d'une joie qu'on n'espérait plus. […] Jamais Saba n'avait été aussi proche de son modèle de toujours, Leopardi (1798-1837) ; jamais poèmes n'avaient avoué semblable dette à l'égard de l'Infini. le Triestin rejoint l'auteur des Canti dans une sorte d'intime immensité. […] […] Comme le souligne Elsa Morante (1912-1985), Saba est plutôt l'un des rares poètes qui, au prix d'une tension infinie, ait élevé la complexité du destin moderne à hauteur d'un chant limpide. Mais limpidité n'est pas édulcoration, et permet au lecteur de percevoir deux immensités : le dédale poétique, l'infinie compassion. » (Bernard Simeone, L'étreinte.)
« […] La première édition du Canzoniere, qui regroupe tous ses poèmes, est fort mal accueillie par la critique en 1921. […] Le Canzoniere est un des premiers livres que publie Einaudi après la guerre […] L'important prix Vareggio de poésie, obtenu en 1946, la haute reconnaissance du prix Etna-Taormina ou du prix de l'Accademia dei Lincei, ne peuvent toutefois tirer le poète d'une profonde solitude, à la fois voulue et subie : il songe au suicide, s'adonne à la drogue. En 1953, il commence la rédaction d'Ernesto, son unique roman, qui ne paraîtra, inachevé, qu'en 1975. […] »
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Référence bibliographique : Umberto Saba, du Canzoniere, choix traduit par Philippe et Bernard Simeone, Paris, Orphée/La Différence, 1992.
Image d'illustration : https://itinerari.comune.trieste.it/en/the-trieste-of-umberto-saba/
Bande sonore originale : Maarten Schellekens - Hesitation Hesitation by Maarten Schellekens is licensed under a Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International License.
Site : https://freemusicarchive.org/music/maarten-schellekens/soft-piano-and-guitar/hesitation/
#UmbertoSaba #Canzoniere #PoésieItalienne
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