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Actes Sud (08/01/2020)
3.87/5   55 notes
Résumé :
Treize nouvelles saisissantes où, l'oeil rivé au judas, on observe avec un trouble croissant des personnages qui exercent le mal sans remords aucun, tel l'assassin qui n'aime rien tant que le mélange de danger, de mystères, de petites filles et d'aventures...
Comme toujours, l'auteur de Confiteor agrémente le mal de naturel, de cynisme et d'humour, le démystifiant et nous le rendant ordinaire, le présentant pour ce qu'il est : un banal ingrédient de notre qu... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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Les recueils de nouvelles n'ont pas ma prédilection, car il me semble n'y faire qu'entrer et sortir de leurs histoires, sans jamais avoir le temps de m'y installer. C'était avant de découvrir celui-ci…

Pris individuellement, chacun des treize récits qui composent cet ouvrage est déjà fascinant. Tous animés par des protagonistes froids et amoraux qui commettent le mal de manière tout à fait banale, comme s'il s'agissait de gestes ordinaires destinés à régler un quelconque souci du quotidien, ils impressionnent par l'originalité de leur angle de narration, par la maîtrise de leur construction, par l'inattendu de leur développement, et par le cynisme et l'humour dont ils sont pétris.

Mais ce qui parachève la singularité de ce recueil est son unité et la manière dont l'auteur s'est ingénié à lier chaque nouvelle l'une à l'autre, transformant l'ensemble en un exercice de virtuosité où la thématique centrale se décline au gré d'incessants changements de perspectives. Mises en abyme, ruptures et reprises n'en finissent pas de surprendre le lecteur, ravi de ce jeu qui rebondit sans cesse et suscite un sentiment de connivence amusée et admirative.

Finalement, de toutes ces histoires où se révèle une nature humaine désespérément engluée dans la noirceur de ses bas instincts, émerge pourtant un miracle : l'art, indifférent au bien et au mal, comme une fenêtre vers un absolu inexplicable, un idéal capable d'absorber la plus irrécupérable des âmes, à l'image de ce tableau de Millet qui revient en leitmotiv du recueil.

C'est avec une curiosité croissante et le sourire aux lèvres que je me suis laissée bluffer par le talent de Jaume Cabré, au fur et à mesure que se précisait le motif général dessiné par cette mosaïque de nouvelles. Coup de coeur.


Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Il faut aimer le jeu du chat et de la souris pour entrer dans un récit de Jaume Cabré... C'est déjà ce que je m'étais dit après avoir lu Confiteor. C'est toujours ce que je pense en refermant son recueil de nouvelles : Quand la pénombre arrive.

Son style s'est épuré : plus de rupture brutale au niveau spatio-temporel au milieu d'une phrase, plus de phrases inachevées... Il joue moins avec nos nerfs et notre patience ! Son jeu diabolique avec la construction du récit demeure mais dans ce recueil les codes de la nouvelle l'oblige à plus de sobriété, même si chaque récit s'ouvre sur un contexte qui nous plonge d'emblée dans l'incertitude : où est-on ? Qui parle ? On ne sait pas encore. Il faut accepter d'être déstabilisé et jouer la carte du suspense et du dévoilement progressif qui nous conduira vers un dénouement surprenant comme dans Pandore ou nous laissera dans le brouillard comme dans Buttubatta. C'est le côté facétieux de l'auteur !

Autre caractéristique de son écriture et de son univers : son art de jouer avec les limites. Celles de la technique narrative avec cet étourdissant va et vient dans l'espace et le temps où des fils d'intrigue se croisent, s'entrelacent pour se rejoindre dans un dénouement qui nous donne enfin la clé de ce dédale narratif dans lequel nous étions enfermés. Dans Points de fuite, par exemple, le retournement final nous renvoie de façon très peu conventionnelle vers une réalité bien plus folle que ce que nous proposait la fiction.

Jouer avec les limites, l'auteur le fait aussi avec les personnages de ses nouvelles. C'est en effet une belle galerie de meurtriers en tous genres qui défilent sous nos yeux. Qu'il s'agisse de tueurs professionnels traitant un meurtre comme s'il était question d'une banale affaire commerciale ou d'un tueur de petites filles qui nous fait entrer dans sa logique délirante, à aucun moment - du moins à mes yeux - l'auteur ne tombe dans le scabreux ou le voyeurisme. L'humour noir très présent dans ses nouvelles est sans doute l'une des clés de ce tour de force car il fait de cette plongée dans les noirceurs de l'âme humaine une source de questionnements et non de rejet.

Ce que j'ai aussi aimé dans ce recueil c'est le jeu de piste auquel nous invite l'auteur en développant une thématique cachée ou plutôt masquée. En effet, ce n'est pas un hasard s'il est beaucoup question de peinture dans ces nouvelles notamment avec un tableau de Millet La Fermière. Autour de cette oeuvre vont évoluer de façon itérative,dans des récits qui se font écho, plusieurs personnages masculins, , tous amoureux fous de cette paysanne vue de dos qui les nargue... Qu'a voulu nous murmurer à l'oreille Jaume Cabré en nous entraînant dans ce jeu de piste ? J'ai bien sûr une réponse personnelle que je me garderais bien de vous dévoiler. Mais j'ai beaucoup aimé cette façon ludique qu'avait l'auteur pour aborder une thématique très présente aussi dans Confiteor et qui semble l'obséder.

Certes, Jaume Cabré n'est sans doute pas un auteur consensuel mais quel plaisir de le lire quand on accroche à son style et son univers romanesque !

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Je tiens Jaume Cabré comme le cousin espagnol du grand Umberto Eco, tout au moins dans la veine romanesque de l'un et de l'autre. Philologues et (ou) linguistes tous deux, ils ont un rapport commun aux mots et à la langue, aux livres et à l'écriture, une fascination pour les bibliothèques, la musique, l'art et la créativité.

De Cabré, j'avais lu il y a quelques années le formidable - Confiteor -, et je m'étais promis un jour de retrouver cet auteur.

J'avais dans ma PAL pyramidale un de ses recueils de nouvelles : - Quand arrive la pénombre - ; amoureux du genre, je me suis laissé tenter.

Il y a comme chacun sait toutes sortes de recueils : des sans liens, des à thèmes et puis comme dans le cas de celui de Cabré une intrication de petites histoires qui, à première vue, semblent se suffire à elles-mêmes, mais qui telles des poupées russes, débouchent sur une histoire qui se prolonge, rebondit, surprend et stimule l'excitation du lecteur, trop heureux de se laisser mener par le bout de sa trop naïve, trop crédule et trop étriquée imagination.

Amateurs, vous allez vous régaler, car le Maître a concocté un âpre univers... un tissu de routes, tramé de crimes, d'assassins, de victimes, dépourvus de cette morale qui semble être un bien commun, et d'une innocence qui n'est souvent, pour ne pas dire toujours, que le fruit du hasard.

Le mal est au rendez-vous. Les frissons sont garantis. La lecture est prenante... à condition d'être rigoureux et attentif à la plume de Cabré, laquelle est exigeante, et fait peu de cas des lecteurs dilettantes.

Treize nouvelles à déguster !

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13 nouvelles ayant pour point commun le meurtre. Dit comme ça, pas très engageant. Mais c'est sans compter la prose unique et intelligente de Jaume Cabré, auteur du fabuleux Confiteor. le crime y semble ordinaire et parfois presque justifié. En toile de fond la peinture, la musique. Mes deux préférées sont Les hommes pleurent et Point de fuite. Écriture hypnotique.

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Nouvelles catalanes, des nouvelles envahies par la noirceur, avec des gens qui tuent ou qui meurent.

La pénombre, c'est le voile qui tombe sur la vie des victimes et des tueurs sans remords.

La pénombre, c'est aussi le clair-obscur, la puissance de l'art, cette peinture qui accroche le regard et qui peut absorber celui qui la contemple trop longtemps.

La pénombre ce sont des silhouettes dessinées par la magie des mots, des personnages esquissés dans des nouvelles, sur lesquels on ne fera pas toute la lumière,

Un livre bien différent de Confiteor, le grand succès de l'auteur. On y retrouve la même qualité de plume, mais des atmosphères bien différentes, frôlant le fantastique. Une note de l'auteur en fin de volume explique son processus d'écriture et le choix des nouvelles qui ont composé son tapuscrit.

Une bien belle lecture!

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critiques presse (1)
LaCroix
31 janvier 2020
Quand arrive la pénombre est un recueil où la mort frappe à tout va, bondissante et hypnotique sous la plume du talentueux Jaume Cabré.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation

Un autre groupe de nouvelles est constitué par celles qui sont restées inédites pendant des années, et qui sont appelées à présent à sortir du sac, avec des ajouts et des réécritures qui leur donnent une raison d’être publiées, précisément, dans ce livre. Parfois, j’ai l’impression que lorsque je les relis, les retouche et les ajuste, je fais la même chose que le luthier à qui on apporte un instrument ancien : non seulement il l’examine soigneusement mais il soupçonne que, convenablement restauré, il sonnera bien, que les blessures que le temps ou l’obscurité de l’étui lui a infligées ne sont pas irréversibles et qu’entre les mains d’un bon musicien il a des possibilités de revivre, d’exprimer des choses.

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Nous ne t’oublierons jamais, cher défunt. Jusqu’au jour où la couche de peinture du temps aura rendu les blessures moins douloureuses et le souvenir plus lointain. […]

il y a des morts qui font beaucoup de peine mais qui ne sont que des morts et, si on est abonné à la douleur, il y a des morts que l’on oublie jamais.

(Actes Sud, p.155)

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Un étudiant imprudent a dit mais c’est de la littérature, pas de l’art, non ? Granell lui a souri et nous a dit à tous, en le regardant lui, si le miracle se produit à travers des mots, nous l’appelons littérature ; s’il se produit de façon éthérée, dans un laps de temps déterminé, nous l’appelons musique ; et si le miracle se produit dans un espace matériel déterminé, nous l’appelons peinture, fresque, retable, sculpture… Et si le miracle, c’est l’espace que tu crées, nous l’appelons architecture. L’important, c’est qu’il y ait un miracle.

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Je dis “survivants” parce que, lorsque je prépare un recueil, il se produit des pertes parmi les nouvelles que je mets sur la table, certaines tout à fait prévisibles et d’autres absolument pas. Cela peut se produire parce que je me rends compte tout à coup du peu d’intérêt qu’une nouvelle suscite en moi, ou parce qu’un récit ne s’accorde en rien avec l’atmosphère imposée par ceux qui, à mon sens, ne prêtent pas à discussion. Je me sens comme l’entraîneur de n’importe quel sport d’équipe, qui forme la meilleure équipe possible avec les effectifs dont il dispose. Et de plus, il décide à quel poste doit jouer chaque récit. Les jours, les mois, les années, tout le temps que j’emploie à réécrire, varier ou écarter sont riches de naissances inespérées et d’éliminations foudroyantes, le tout mêlé de doutes, comme toujours. Rien de nouveau. Mais peu à peu, un air de famille se dessine, qui justifie la présence des nouvelles dans le même livre.

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Je ne veux ni peindre ni dessiner, leur avait-il déclaré. Je veux voir des dessins et des peintures, de la même façon qu’il y a des lecteurs à qui il ne passerait jamais par la tête d’écrire la moindre ligne, vous comprenez ?

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Vidéo de Jaume Cabré
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