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ISBN : 2330073291
Éditeur : Actes Sud (01/02/2017)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 20 notes)
Résumé :
1799, novembre et décembre. Il n'arrête pas de pleuvoir sur Barcelone, la ville en semble paralysée. Mais la vie superficielle de l'aristocratie bourbonienne poursuit son cours. Son unique souci : fêter le changement de siècle sur le plan religieux et sur le plan civil. Te Deum à la cathédrale, réceptions dans les salons luxueux... L'assassinat d'une cantatrice française émeut le bon peuple et la bonne société. On arrête un suspect, on en fait le coupable. D'autant ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  28 novembre 2017
Senyoría / Sa Seigneurie
J'attendais beaucoup, je l'avoue, de ce roman, tant on m'avait vanté le "Confiteor" qu'écrivit par la suite son auteur. Eh ! bien, peut-être en ai-je trop attendu ou peut-être n'était-ce pas l'heure de ce livre. Je m'y suis pourtant cramponnée, du mieux que j'ai pu, parvenant même à le terminer - je déteste ne pas achever un livre. N'empêche, vous n'aurez droit à aucun extrait car, franchement, je n'ai trouvé dans tout ça que vide affreux et ressassements sans imagination.
Inutile d'affirmer que ce sont mes gènes castillans qui ont parlé. D'abord, il y a des auteurs catalans que j'aime beaucoup, telle Dolores Redondo, dont je dois à tout prix achever la remarquable trilogie policière, toute en subtilité, humanité et originalité. Ensuite, j'avais acheté "L'Ombre de l'Eunuque", du même Cabré, au moins l'année dernière, c'est vous dire. (Si je ne l'ai pas encore lu, c'est parce que je n'en ai pas trouvé le temps et que, en 2016, je me ressentais encore un assez de mes traitements divers.) J'ajouterai que "Confiteor" reste dans mes projets.
Mais "Sa Seigneurie" ne passe toujours pas.
L'action se situe en 1799, à Barcelone, et met en scène don Rafel Masso, le Régent de la ville pour la Couronne d'Espagne. Marié, par convenance, comme toujours dans ce milieu-là, à une donya Maríana plus occupée de la Confrérie du Sang - une confrérie religieuse - et des bondieuseries auxquelles la Barcelone moderne, sous la dictature de l'Extrême-gauche, semble avoir provisoirement renoncé - et ce pour le plus grand malheur de la Catalogne - que du devoir conjugal, Masso a longtemps collectionné maîtresse sur maîtresse. Son autre passion : observer le ciel et rêver aux étoiles. Bien que représentant la plus haute autorité civile de la province, il est, dans ses bureaux, entouré des pires ennemis qui soient, chacun cherchant à chiper la place de son supérieur, cela à n'importe quel prix ... Vous imaginez l'ambiance ... :o(
Une nuit, alors qu'il s'amène sans prévenir chez "sa petite Elvireta", une maitresse d'humble condition à qui il a loué une maison décente pourvu qu'elle ne se consacre qu'à lui-même, il tombe sur la jeune femme avec deux hommes tout nus dans sa chambre - cette chambre que don Rafel n'était pas loin de considérer comme sainte, attendu qu'elle abritait ses ébats avec Elvira, laquelle, évidemment, ne pouvait que l'aimer, lui, son Rafel, avec sa calvitie, son âge certain, sa fortune conséquente et ses prouesses sexuelles défaillantes. Et don Rafel se laisse aller à un geste pour le moins malencontreux : il tue la pauvre Elvira. Certes, il a vu rouge et le crime n'était pas prémédité. Mais n'empêche qu'il faut bien en faire disparaître les traces ... Pour ce faire, il recourt aux services d'un homme de confiance, qui n'est autre que son jardinier - et c'est là sa seconde erreur, on l'apprendra tout à la fin.
Après ça, c'est une cantatrice française, originaire d'Orléans, la Desflors, qui, venue en représentation à Barcelone, est retrouvée assassinée dans la chambre de son hôtel. le problème, c'est que la dernière personne à avoir été vue avec elle est un pauvre jeune homme, musicien de son métier, Andreu Perramon, qui, ce soir-là, avait entre les mains un paquet de lettres dont il serait trop compliqué de vous expliquer l'histoire et parmi lesquelles le lieutenant de police découvre des billets qui, pour diverses raisons, vont permettre de mener ce parfait innocent à l'échafaud pour un meurtre qu'il n'a pas commis. (Et parmi les diverses raisons, certaines touchent don Rafel, lequel ne peut, dans ce cas précis, que faire condamner un homme qu'il sait innocent : c'est lui ... ou c'est Andreu. Lui a tout, Andreu n'a rien et, par conséquent, n'est rien : le choix est simple, me fais-je bien comprendre ou préférez-vous que je demande à notre Président actuel de vous faire un dessin ?) ;o)
C'est avec une méticulosité digne d'un peintre que Cabré s'acharne à nous décrire les autorités catalanes dépendant des Bourbons d'Espagne - le favori en titre à la cour est à l'époque Godoy, et le pouvoir repose surtout entre les mains de ce monsieur grâce aux faveurs de sa maîtresse, la Reine - la corruption qui règne dans tout ce beau monde, les injustices criantes existant entre les personnes qui ont des relations et celles qui n'en ont pas, le petit monde bien à part, à la fois lubrique et sadique, du clergé, les exactions de la police d'Etat ... C'est triste, c'est sombre, c'est noir, c'est navrant ... Mais je n'y ai entrevu nulle puissance. Masso est un pauvre type, les autres ne valent guère mieux et même les "gentils" sont horriblement faibles.
J'ajouterai que le roman ne décrit rien de bien nouveau sous le soleil - de Catalogne ou d'ailleurs.
Ce fut, pour moi, une déception complète, émaillée de quelques petites descriptions poétiques assez bien troussées cependant, ainsi que de rares petites phrases qui portent.
Finalement, me suis-je dit, c'est peut-être un fond de tiroir de l'auteur, pressé par son éditeur. Ce sont des choses qui arrivent. Nous verrons bien à l'usage si "L'Ombre de l'Eunuque" et "Confiteor" sortent un peu plus de l'ordinaire. Je vous tiens au courant. ;o)
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topocl
  31 mars 2017
On est à Barcelone dans les dernières semaines du XVIIIe siècle,une Barcelone boueuse et battue par une pluie incessante, où le son omniprésent des cloches des diverses églises rappelle à certains leur devoir religieux, à d'autres leurs obligations de plaisirs. Indifférente à la Révolution qui a sévi pas très lojn, la monarchie expose ses débauches et ses dérives.Là s'ébattent les riches et les puissants, avides de pouvoir, d'argent et de sexe, comme tous les puissants...(et comme beaucoup d'autres) et "qui n'aspiraient qu'à une chose, comme tout le monde, tenir la queue de la poêle.".
On prépare avec fébrilité les réjouissances qui marquent le passage du siècle, on salonne, on intrigue. Quand une cantatrice étrangère est assassinée, cela entrouvre une brèche dans le passé de l'impitoyable Régent de l'Audience, Don Rafel, et malgré une enquête bâclée et un coupable fabriqué, tous ses ennemis , et ils sont nombreux et insatiables, vont s'y engouffrer pour la transformer en faille, puis en gouffre.
C'est un conte cruel et acerbe, qui dépeint de façon jouissive un milieu totalement factice et haineux, avec ses fausses dévotions, ses alliances hypocrites. Confrontant allègrement l'apparence glorieuse et les pensées putassières, revanchardes, mesquines de ses sordides protagonistes, Jaume Cabre réussit un numéro hilarant de haute voltige, dans cette société insouciante d'autre chose que d'elle-même. Car mieux vaut rire que pleurer. Il mène cela avec une truculence, une finesse, un humour dévastateurs.

Mais on peut lui faire confiance pour ne pas conduire ce simple thriller historico-politique au premier degré. Ces vaniteux d'une époque décadente nous tendent un miroir monstrueux :
Ne dit-on pas de Don Rafel:
À coup sûr, des personnes présentes dans ce cercle, don Rafel était le plus envié, le plus haï et le plus craint parce qu'il était influent, inflexible et corrompu, trois qualités qui allaient normalement de pair avec la carrière de ceux qui, en ces années de grâce, tenaient le haut du pavé à Barcelone.
(...)Il en arriva même à être tenu pour un homme politique incombustible, un de ces hommes qui savent dire que la politique ne les intéresse pas, qu'ils ne sont pas des hommes politiques, vraiment pas, et que s'ils sont là où ils sont, c'est pour rendre service, c'est différent, parce que la politique, non merci.
Ne se pavane t'il pas ridiculement à essayer ses costumes fastueux?
N'est-il pas totalement déconnecté de la vie quotidienne de ses concitoyens ?
D'une fenêtre grillagée lui parvint un relent de chou bouilli : il fit une grimace de dégoût, du chou au dîner, les pauvres gens.
Ne court-il pas en voiture à cheval, et non en scooter, concupiscent, vers sa jeune maîtresse, pas du tout intéressée, à travers les rues obscures de la ville?
Ne reste t'il pas superbe et indifférent face aux attaques, dans la certitude de son bon droit?
Il se fâcha, il rit en disant voilà bien des bêtises, ses yeux se révulsèrent, il fit claquer sa langue, se reprit à rire, dit moi ? eh ? moi ? et il nia tout, définissant cette histoire comme un sale mensonge, pourri.
Les temps ont changé, nous dit-on. Mais nous savons tous qu'il ne faut pas le croire.
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jadelm
  15 septembre 2014
"Sa seigneurie"est l'un des premiers romans de Jaume Cabre . Pourtant il y a déjà là une virtuosité impressionnante( pour .un premier ? roman) et surtout une très convaincante galerie de caractères servie par des dialogues très crédibles .
L'action se déroule comme toujours avec Cabre , en Catalogne et pour ce roman historique bien documenté , à la charnière des XVIII° et XIX° siécles .
Roman historique ? Roman de Moeurs ? Roman Social ? Roman d'amitié ? Pölar ?
Jaume Cabre ,l' auteur catalan de "Confiteor" est vraiment l'un des grands écrivains de notre époque .Pour.le découvrir -et à mon avis- la lecture de "Sa Seigneurie" -est-comme celle des "Voix du Pamano"-indispensable .
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nathalie_MarketMarcel
  29 mai 2017
Le roman alterne les points de vue entre le poète, son père, son ami militaire, le régent et sa femme et quelques autres. Tous ces gens ne vivent pas dans le même monde. Entre ceux qui projettent un opéra, ceux qui s'organisent en vue du Te Deum qui doit marquer le début du nouveau siècle – qui aura le privilège de s'asseoir ? – ceux qui comptent les bonnes actions comme autant de garanties pour le Purgatoire, ceux qui lorgnent sur leur voisine, etc. Il pleut beaucoup dans ce roman et la boue envahit les rues, comme il domine déjà les coeurs des dirigeants, petits et grands, de la ville.
C'est un roman gluant. Une bonne lecture, mais triste et un peu déprimante. Un roman certainement bien documenté sur l'époque, sur les rapports hiérarchiques entre les différentes autorités de la ville, dont l'ambition est de piller les richesses, de nuire aux autres et de se maintenir dans les honneurs en cultivant son réseau d'alliance. La musique effectue de fugaces apparitions pour alléger le panorama d'ensemble. Qui est ce van Beethoven, ce Fanbetolen, pas grand-chose certainement ? Mozart, Haydn sont là également.
Le texte est écrit dans une langue caustique, triviale, peu amène avec ses personnages, qu'il moque en continue. C'est ainsi que nous plongeons dans un monde où l'apparence prime : un riche doit aimer les huîtres pour que l'on dise qu'il a les moyens de s'en payer, même s'il préfère le navet.
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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JLM56
  15 juin 2018
Il y a un vraie constance dans tous les romans de Jaume Cabré, c'est que c'est de la Grande Narration.
L'auteur nous "attrape " et nous entraîne en cette fin de siècle 1799 et on y est vraiment, de part les descriptions et le langage.
Et l'on suit jusqu'à l'aube de 1800 le crépuscule de Sa Seigneurie.
Superbe Jaume Cabré
merci
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
missmolko1missmolko1   03 février 2016
Au palais du marquis de Dosrius, rue Ample, se réunissait habituellement le gratin de la bonne société bourbonienne de Barcelone : militaire, hommes de loi, ingénieurs, fonctionnaires, commerçants huppés , hommes politiques autochtones et d'importation, et quelques rares Français qui, en de tristes époques, avaient trouvé refuge dans le craintif, le méfiant pays voisin. Tout ce monde, des gens d'une très solide inculture, se réunissait pour entendre la musique (l’écouter aurait supposé un effort vraiment pathétique) ou pour bailler au son des alexandrins ("La vengeance mon cœur uniquement respire...") imposé par le poète invité.
Don Rafael aimait être reçu chez le marquis de Dorius parce que ce dernier, attentif aux bonnes coutumes, n'avait pas perdu l'habitude de faire annoncer par son majordome le nom des invités au fur et a mesure qu'il les introduisait. Don Rafael se complut a entendre "Sa Seigneurie don Rafael Masso i Pujades, régent civil de l'Audience Royale de Barcelone, et madame." Le président regarda solennellement son épouse, donya Marianna lui rendit son regard et ils pénétrèrent tous les deux dans l'immense salon, le plus fastueux de la rue Ample, jalousé par la Barcelone distinguée, le grand salon du palais du marquis de Dorius. Les groupes d'invités qui tuaient le temps en se critiquant discrètement trouvèrent un nouveau sujet avec l'arrivée du couple Masso. (Vous voyez? Don Rafael est de plus en plus sec et de plus en plus courbé : un vrai point d’interrogation : on voit bien que son travail lui réussit ; imagine-toi ; que voulez-vous dire avec ça ? oh, si je vous le racontais...) Et le couple Masso, passant rapidement en souriant a droite a gauche, fila en direction de la cheminée centrale ou don Ramon Renau, le vieux marquis de Dorius, la perruque argentée a la viennoise, toute neuve, une couverture sur ses jambes inutilisables, faisait les honneurs aux invites assis dans son fauteuil ingénieux qu'un système de roues permettait de déplacer sans effort.
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GuylaineGuylaine   17 janvier 2018
Don Rafael était comme Jupiter : trop grand, trop ambitieux, trop volumineux pour être une planète solide ; trop petit, trop faible pour devenir une étoile avec un feu, une énergie et une lumière qui lui fussent propres. Cependant, comme Jupiter, il avait des satellites.
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GuylaineGuylaine   07 février 2018
... parce que, même si l'on peut augurer un bel avenir à un avocat, ce futur n'existe que dans la mesure où l'on se comporte avec prudence. Etant ambitieux, il savait viser très haut en commençant par le bas. Etant pressé, il savait attendre.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   29 mai 2017
Don Rafel tenait en l’air le beignet qu’il venait de tremper.
- C’est à cause que, Votre Seigneurie – le secrétaire soufflait et ouvrait des yeux grands comme des oranges –, Votre Seigneurie… je viens de la rue et… on dit que… tout le monde dit, Votre Seigneurie…
- Diantre, que dit tout le monde ?
- Qu’on a tué la cantatrice gavache, Votre Seigneurie.
En hommage à l’importance de la nouvelle, le beignet se partagea en deux et la partie enduite de chocolat acheva sa course sur les chausses de Sa Seigneurie.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   29 mai 2017
À coup sûr, des personnes présentes dans ce cercle, don Rafel était le plus envié, le plus haï et le plus craint parce qu’il était influent, inflexible et corrompu, trois qualités qui allaient normalement de pair avec la carrière de ceux qui, en ces années de grâce, tenaient le haut du pavé à Barcelone.
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Vidéo de Jaume Cabré
Les livres cités dans l'émission par Mikaël : - le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé aux éditions Actes Sud - En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut aux éditions Finitude - La Comédie Humaine de Balzac (Pléiade) - Confiteor de Jaume Cabré aux éditions Actes Sud - La Cantique de l'Apocalypse Joyeuse d'Arto Paasilinna chez Folio
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