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Albert Benssoussan (Traducteur)
EAN : 9782070715220
476 pages
Gallimard (04/04/1989)
3.83/5   15 notes
Résumé :
Somme culturelle qui rassemble tous les types urbains de La Havane nocturne et dépravée, ce livre est avant tout le roman du langage.
Les trois tigres des Tropiques pas si tristes sont, en fait, quatre comme nos Mousquetaires : Silvestre l'écrivain, Arsenio Cué l'acteur, Codac le photographe et Eribo le joueur de bongo, qui gravitent autour d'un personnage emblématique, Bustrofedon -qui est aussi le boustrophédon, ou écriture grecque ancienne qui se lisait al... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Charybde2
  18 novembre 2013
Une formidable mosaïque pour dire le Cuba des années 50, dire le langage, dire la littérature.
Publié en 1966, le premier roman de Guillermo Cabrera Infante fut d'emblée un choc. Ce journaliste littéraire et cinéphile cubain né en 1929, de parents communistes,emprisonné deux fois sous le régime Batista, fut de la révolution castriste de 1959 à 1962 à la tête de l'Institut du Cinéma et d'une grande revue littéraire, avant que la déception, la disgrâce et le rejet du régime ne l'exilent d'abord comme attaché culturel à Bruxelles, avant de quitter définitivement Cuba en 1965.
Traduit en 1970 par Albert Bensoussan chez Gallimard, qu'est donc ce « Trois tristes tigres » de 1966 (à part un terrible exercice de prononciation pour un Français) ? Tels des mousquetaires, les tigres sont en fait quatre (un écrivain, un acteur, un photographe et un musicien), associés à un mystérieux cinquième larron surnommé Bustrofedon. Quatre pour dire La Havane des années 50, son ambiance, ses bars, ses musiques, ses soirées enfumées jusqu'au petit matin, sa misère, ses touristes américains conquérants et méprisants, ses oppressions économiques et sociales… Quatre pour errer, se chercher et peut-être (ou pas) se trouver, à ces âges encore jeunes (mais plus adolescents) où l'on rêve de se forger un destin individuel, mais où l'on pense et sent le besoin – si l'on a un peu de coeur - d'une aventure collective. Quatre surtout, pour mettre en scène, autour du secret Bustrofedon, les deux véritables héros de « Trois tristes tigres » que sont le langage et la littérature.
Le langage d'abord : d'une grande admiration pour Joyce (à qui il sera souvent comparé), Cabrera Infante extrait une volonté d'échantillonner très largement l'ensemble des composantes dialectales, argotiques ou régionales de l'espagnol cubain, en profitant des acrobaties permises par sa trame, dans laquelle virevoltent de nombreux narrateurs occasionnels autour des principaux protagonistes, et de la figure de Bustrofedon, bien sûr, personnage qui, largement par accident, a voué sa vie aux jeux de langage quasiment oulipiens.
La littérature ensuite : parce qu'au fond, c'est d'elle dont il s'agit tout au long, et singulièrement de son apport au réel et à l'action. Les références cachées dans le texte, visibles ou plus discrètes, sont innombrables. Lorsque le même récit de la visite d'un couple de touristes américains est repris trois fois dans des tonalités différentes, ce n'est pas seulement le clin d'oeil au Rashômon de Ryunosuke Akutagawa, c'est toute l'objectivité du point de vue et son impossible réalisation du fait des limites du langage de chacun qui sont mises en exergue. Et de même, avec un brio monumental, lorsque le récit de l'assassinat de Trotsky au Mexique est repris sept fois en pastichant sept grands écrivains cubains du XXème siècle.
"Trois tristes tigres" n'est pas un roman au sens encore un peu classique du terme, c'est une formidable mosaïque émouvante de tout ce qu'on peut faire en littérature lorsque l'on a imagination et talent…
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StCyr
  16 juillet 2021
Sacrifier au résumé pour cet objet littéraire non identifiable relève de la gageure, cela n'aurait tout simplement pas de sens. Fort approximativement, à la louche, voyez-y l'adaptation façon daiquiri, mojito, Cuba Libre - à votre convenance, à la bonne vôtre, des déambulations dublinoises de Leopold Bloom et Stephen Dedalus. C'est un peu plus libre, plus baroque et foutraque, moins érudit peut-être, que le chef-d'oeuvre de James Joyce, mais c'est tout autant déroutant, illisible diront certains. Disons que ça relate les virées, principalement nocturnes, d'un peu près quatre personnages, dans la capitale de Cuba, durant la dictature de Fulgencio Batista, plus décadente quoique moins déliquescence, embargo oblige, que celle du Lider Maximo.
 Dans ce qui est considéré comme son grand oeuvre, Guillermo Cabrera Infante s'affranchit des conventions du roman traditionnel, tant dans la structure du récit que dans l'emploi et  la mise en oeuvre du langage. Calembours, combinaisons drolatiques et farfelues des syllabes, incessantes références à la culture universelle  sous forme de clins d'oeil, ce roman iconoclaste est un magistral exercice de style.  Néanmoins, ce continuel feu d'artifice sémantique de près de cinq cents pages, si déroutant et exigeant eu égard à ses dimensions et à sa folie jaculatoire, dépasse de beaucoup l'endurance et les capacités d'assimilation du lecteur lambda. On serait tenté de classer cet opus, qui par son caractère excentrique et dévastateur, a quelque chose qui s'inscrit parfaitement dans le patrimoine de la littérature d'Amérique latine, parmi les chefs-d'oeuvre inaccessibles. 
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pasiondelalectura
  14 mai 2016
Peu d'écrivains de langue castillane peuvent manier le langage comme le fait ce cubain.
Ce roman, qu'il nommait TTT, est son roman le plus connu. Il a eu en premier le titre de "Elle chantait boléros" ce qui était déjà une "retouche" d'un ouvrage antérieur "Vue des tropiques au petit matin" qui obtint le Prix Bibliothèque Brève de Seix Barral .
Il s'agit d'une compilation de récits autour de la trépidante vie nocturne de la Havane des années du dictateur Batista. C'est un roman polyphonique où chaque acteur utilise le langage correspondant à son rang social, ce qui rend la lecture assez ardue par l'excès de dialectes présents.
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terrystad
  01 février 2021
De Guillermo Cabrera INFANTE (Cuba)
3 Tristes Tigres
Est un accroche-langue très connue, en Amérique latine du moins, du type:
«Dis-moi gros gras grand grain d'orge quand te dégros gras grand grain d'orgeras-tu? Je me dégros gras grand grain d'orgerai quand tous les gros gras grands grains d'orge se seront dégros gras grand grain d'orgés… ».
Pour apprécier cet oeuvre, il faut être au fut de la culture cubaine, notamment littéraire, et aussi de la culture point…
L'éditeur résume très bien en disant sur l'envers de couverture:
« (…) ce qui est au centre du livre et lui donne tout son sens, ce sont moins des personnages, ou une histoire, qu'un langage: (…) jeux de mots, allitération, calembours, etc. ».
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   18 novembre 2013
A la manière de José Marti, « Les petits coups de hache de rose » : On raconte que l’inconnu ne demanda pas où l’on mangeait ou buvait, mais où était la maison fortifiée et sans secouer la poussière du chemin, il se rendit à sa destination, c’est-à-dire l’ultime refuge de Léon Fils-de-David Bronstein : le vieil éponyme, prophète d’une religion hérétique : messie et apôtre et hérétique tout à la fois. Le voyageur, le rusé Jacob Mornard, s’approcha avec sa haine magnifique du destin remarquable du grand Hébreu, au nom en pierre de bronze et au noble visage fulgurant de rabbin rebelle. Ce vieillard biblique avait un regard lointain et comme de presbyte, le geste de l’homme antique, le sourcil sévère et ce tremblement dans la voix qui révèle les mortels que le fatum destine aux éloquences profondes. Le futur assassin avait un regard trouble et la démarche incertaine de la malveillance : des ébauches jamais complétées, dans l’esprit dialectique du Saducéen, l’empreinte historique d’un Cassius ou d’un autre Brutus. // Ils furent bientôt maître et disciple et tandis que le noble amphitryon oubliait ses soucis et sa prudence, et laissait l’affection ouvrir une brèche de feu d’amour jusqu’à son cœur autrefois gelé de retenues, dans l’air creux et comme de noire nuit que portait le pervers à la gauche de son sein, se nichait, sinistre, lent, tenace, le fœtus de la trahison la plus ignoble – ou de vengeance maligne, car il y eut toujours, dit-on, au fond de son regard comme une secrète offense contre celui auquel, avec une simulation achevée, il disait parfois Maître avec la majuscule des grandes rencontres. On les vit souvent ensemble et bien que le brave Lev Davidovitch – ainsi pouvait l’appeler maintenant celui qui en réalité déguisait son nom de Mercader sous des lettres de créance mercantiles – multipliât les précautions - car il ne manquait pas, comme dans la tragédie romaine d’autrefois, le mauvais augure, l’éclair révélateur des prémonitions ou l’éternelle habitude de la méfiance – il accordait toujours audience seul à seul au visiteur taciturne et parfois, comme en ce jour funeste, suppliant et solliciteur. Il portait dans ses mains livides les papiers trompeurs et sur son corps et céruléen et maigre et tremblant, un macfarlane qui l’aurait dénoncé ce soir de canicule à un regard plus soupçonneux : la méfiance n’était pas le fort du révolté non plus que le doute systématique, la malveillance n’était pas dans ses habitudes. Au-dessous, la crapule portait un ciseau traître, l’herminette magnicide, la hache, et plus bas, son âme de hallebardier effectif du nouveau tsar de Russie. L’hérésiarque examinait confiant les prétendues écritures, quand l’autre assena son coup perfide et la hallebarde acérée alla se planter dans la noble tête neigeuse. // Un cri retentit dans l’enceinte claustrale et voilà qu’accourent les sbires (Haïti n’avait pas voulu envoyer ses noirs éloquents) dans la hâte et l’ardeur de l’arrêter. « Ne le tuez pas », a encore le temps de dire l’Hébreu magnanime et les partisans insolents respectent, cependant, la consigne. Quarante-huit heures de veille et d’espoir dure la formidable agonie du noble chef qui meurt en luttant, comme il avait vécu. La vie et l’agitation politique lui échappaient maintenant. La gloire et l’éternité historique lui appartenaient désormais.
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oliviersavignatoliviersavignat   01 juin 2020
Quand elle ne chante pas elle ronfle et quand elle ne ronfle pas elle envahit la maison avec le parfum dont elle s'asperge, parce qu'elle ne se contente pas d'en mettre -- Parfum des Iles, voyez-moi ça, mais je ne dois pas dire du mal du produit qui patronne mon feuilleton d'Une Heure -- elle s'en flanque dessus, elle s'en douche, et comme est excessive elle se flanque du talc comme elle se flanque du parfum, comme elle se flanque de l'eau, comme elle mange, mon chou, crois-moi, elle n'est pas à la mesure humaine, pas à la mesure humaine (c'est un des rares Cubains à châtier à ce point son langage).
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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