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ISBN : 2738168256
Éditeur : Odile Jacob (19/11/2014)
Résumé :
Si on peut avoir plusieurs figures de père ou de mère, si les pères et les mères ne vivent pas toujours ensemble, si des enfants de plusieurs lits cohabitent, n'est-ce pas le signe que la famille traditionnelle n'est plus la seule possible ? Dès lors, gays et lesbiennes ne peuvent-ils devenir « des parents comme les autres » ? Comment ces familles d'un type nouveau se mettent-elles en place ? Un regard ethnologique inédit et enrichissant sur un phénomène social haut... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Horizon_du_plomb
  30 mars 2018
« Même si on sait que je suis lesbienne, le fait d'être mère me fait redevenir normale. »
« Je n'aurais pas envie que l'on dise: « Les homo ont eu le PACS. Ils ont des chats angoras de luxe, maintenant ils peuvent même avoir des enfants », comme si c'était un produit de consommation auquel pourraient accéder les homosexuels (…) »
« Moi, cela m'a effleuré d'avoir des enfants, mais j'en ai pris mon parti ; je dirais que c'est comme quelqu'un qui a des troubles chromosomiques au niveau des gamètes, qui sait qu'il est impuissant ou stérile et qui sait qu'il n'aura jamais de descendance. »
Je voulais lire un livre sur l'homoparentalité car on raconte tellement de choses là-dessus sans entendre les principaux concernés ou réellement lire les études sur le sujet (déjà trente ans de recherches et deux générations d'homoparents aux États-Unis). Je trouve que beaucoup de personnes prétendent tolérer les homosexuels mais dés qu'on parle d'homoparentalité, elles tiquent et se rebiffent. Je voulais un livre récent (réédition 2014 de 2002) et écrit par une personne du coté des scientifiques (donc pas simplement à base de témoignages).
« Ma mère n'est pas ma vraie mère. »
L'auteur, ethnologue et ancienne chargée de recherches au CNRS ( https://www.franceculture.fr/personne-anne-cadoret.html) , étudiait les familles d'accueil dans lesquelles aucune filiation n'est reconnue mais où des liens réels et indéniables émergeaient. Suite à ses interrogations sur le sens réel d'être mère ou père et la constatation de parentés plurielles, elle en est venue à étudier les parents homosexuels qui sont les seuls parents à remettre directement en cause la « fiction » majeure de la parenté sur laquelle se base la majorité du droit de la filiation, celle d'un couple hétérosexuel qui pourrait avoir eu l'enfant par procréation (même quand ce n'est pas le cas).
« Une jeune fille ne peut être remise à son mari qu'une fois qu'elle a eu un enfant avec un amant de son choix (qui ne peut devenir son mari), enfant alors considéré comme le premier né du mari. (…) Mais conformément à l'idée force que la parole crée la filiation au même titre que le sang, ces différents savoirs n'ont pas d'effets visibles sur leur insertion dans le lignage. En revanche, la parole furieuse d'un tiers dénonçant publiquement et clairement le géniteur suffit pour provoquer la rupture et l'enfant doit s'affilier au lignage de son géniteur. » (chez les Samo)
« En 1996 presque 40% des enfants naissent hors mariage » (parlant de la famille concubine)
On lit le livre pour en savoir plus sur l'homoparentalité et on se retrouve avec plein du sujets corrélés et intéressants qui donnent une perspective juste. On cerne de suite qu'on ne peut scinder la problématique des homoparents de celle de l'évolution de la famille classique: famille recomposée, famille monoparentale, adoption, procréation artificielle et mère porteuse, … C'est un débat lié à une évolution générale qui brise la formule que la religion judéo-chrétienne a sanctifiée. Si l'on songe aux bâtards, aux enfants adultérins, aux sociétés matriarcales, ou aux droits des « sous-hommes » comme les esclaves par le passé (sans même parler des politiques d'euthanasie ou de limitation du nombre d'enfants avec sélection basée sur le sexe), on peut se rendre compte qu'en fait des formules différentes ont toujours fait partie de notre passé. C'est juste la technique qui permet plus de choix. Les rappels ethnologiques montrent qu'à part l'obligation de deux gamètes de sexe différencié pour la procréation, rien n'est foncièrement naturel et tout est interprétable socialement.
« Le droit n'est pas une simple reproduction de la Nature mais un faiseur de normes. »
« Certains hommes préfèrent dédoubler la personne maternelle et choisissent une fécondation in vitro avec une donneuse d'ovocyte différente de la mère porteuse. Michel (…) explique que son compagnon et lui même ont choisi le dédoublement « parce que la loi, la jurisprudence, est très favorable à ce genre de pratique (…) » »
«  La maternité constitue toujours une marque de la féminité, marque dont une lesbienne peut se réclamer pour s'affirmer en tant qu'individu féminin, la détachant de l'idée du couple; la paternité, elle n'est pas perçue comme marque de masculinité (je ne dis pas virilité), mais plus comme une caractéristique de l'homme époux d'une femme et père de leur enfants; elle est alors assimilée à l'hétérosexualité, certains homosexuels qualifiant leurs semblables avec enfants de « sous-homos ». »
Le livre allie éthique, psychologie, techniques de reproduction et notions de droit avec subtilité. Toutes les structures familiales sont disséquées en regard des fondements que sont la filiation, la parenté (la désignation officielle de parent) et la parentalité (l'acte de s'occuper de l'enfant). Tout le long du livre, on voit bien à quel point la parenté pour les homosexuels revient à un parcours du combattant qui témoigne de la volonté et de l'implication d'un/de parent(s). Comme le livre de Yapaka sur les homoparentalités de Susann Heenen-Wolff (http://www.yapaka.be/thematique/homoparentalite) , le livre montre que la présence de figures différentiées sexuellement est un faux débat et que les enfants d'homosexuels souffrent en fait surtout de la stigmatisation de l'homosexualité dans nos sociétés (ce livre-ci est par contre totalement indépendant de la psychanalyse présente dans celui de Yapaka). Globalement, on constate l'évolution de la famille d'une unité fermée et stéréotypée vers un réseau de liens ouvert et complexe et on se rappelle qu'être parent n'est pas une relation par défaut mais bel et bien une relation à construire en permanence. D'un point de vue pratique et formel, cela se traduit par l'émergence du concept de parenté sociale (vraie reconnaissance contrairement par exemple aux « beaux parents » des familles recomposées qui s'occupent aussi des enfants mais n'ont aucun droit)
« Le maître mot de notre époque est « être soi avec les autres » et la famille se voit appliquer l'adjectif « relationnel ». »
La postface est un peu longue (1/5 du livre) et répète des problématiques mais elle est intéressante notamment par le témoignage complexe qu'elle présente et aussi par sa fin qui met en perspective l'évolution de l'autorité politique face au droit de parenté sur un enfant.
Ma critique principale du livre est qu'à cause de l'indépendance des lois de chaque pays (indépendamment des droits de l'homme, des directives européennes ou des jugements de la cour européenne), ce livre s'applique plus aux Français qu'à d'autres nationalités. On se demande à la lecture ce qu'il en est dans des pays comme la Belgique ou la Hollande qui sont plus avancés sur la question.
C'est un livre qui m'a parlé avec de multiples échos à ma vie. Quand je vois son contenu varié, à la fois humain et technique, mais toujours avec une neutralité bienveillante, j'inviterai tout homosexuel se posant des questions sur la parenté à le lire puis, qui sait, plus tard à prendre contact avec des associations pour des échanges réels si ce n'est pas déjà fait.
« À la multiplicité des figures parentales répondrait l'unicité de l'enfant. Il deviendrait le lieu d'origine de la famille, à défaut de représenter un accomplissement. »
« Tous nos entretiens témoignent du bon fonctionnement de la chaîne générationnelle. »
« La réponse à la question, essentielle, de la bonne famille ne serait pas à chercher dans la sexualité des parents, mais dans leur ouverture au monde. »
«  À partir du moment où justement il n'y a pas confusion des genres, où soit deux hommes, soit deux femmes, ne se prendront pas pour un mâle et une femelle créateurs de l'enfant, à partir du moment où une place symbolique sera laissée à l'autre sexe nécessaire à la reproduction de l'espèce, et où un chemin de la parenté sera ouvert pour le passage de la reproduction physique de l'espèce à la reproduction sociale de l'humanité, nous aurons construit une nouvelle référence à un ordre symbolique. 
Le décalage entre parenté et biologie permet d'instituer un ordre symbolique, qui peut évoluer à mesure du bouleversement de l'ordre familial. L'homoparenté fait partie de ce bouleversement. Elle remet en cause le lieu de la sexuation de la société. Jusqu'à maintenant, on pouvait penser que la famille constituait le lieu initial et incontournable de la complémentarité sexuelle. Les familles homosexuelles nous disent que cette complémentarité pourrait se jouer autrement. Un autrement qui n'est pas encore là, qui est à inventer. »
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