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EAN : 9782070398645
112 pages
Gallimard (03/09/2009)
3.21/5   12 notes
Résumé :
Tout le monde connaît l'histoire de Noé et Déluge qui dura quarante jours, ravagea le monde et extermina hommes et animaux, à l'exception de ceux qui purent monter dans l'arche. Mais qui sait comment et pourquoi Noé est devenu un alcoolique exhibitionniste ?

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Roger Caillois : le jusqu'au-boutiste de la libre pensée, de l'esprit libre.
Imaginaire , poésie, rêve, réalité, sens, images, mythes, mémoire, corps, conscient, inconscient, toutes ces passerelles qui s'enchevêtrent , se chevauchent, et se déploient dans nos multiples espaces le fascinent.

C'est toujours l'esprit qui est garant de la liberté de l'homme. Son ultime et dernier rempart, celui qui lui permet de comprendre, d'analyser de saisir la pertinence ou la non pertinence de ce qui l'entoure, la correcte réceptivité de ses émotions, des mille et un espaces dans lequel il se meut.
Ces cinq textes illustrent quelques préoccupations majeures de l'auteur.

Noé :
ou comment l'homme, plein de son propre orgueil, se retrouve être le jouet d'une des plus grandes supercheries « divines »..
Noé, cet humble héros- qui se voudrait l'être bien « malgré lui »-, n'est en fait que la victime de sa crédulité provoquée par sa propre morgue.
L'élu, le Sauveur, celui sur lequel repose la pérennité de la création..
Noé y croit, il y croit si fort et tellement qu'il en oublie de penser.
Mais petit à petit, il retrouve son esprit et Noé se met à penser.
Et plus il pense, sans même avoir eu l'idée de douter, plus il pense et plus l'énormité de la réalité se prononce dans son esprit.
Un déluge, Une terre recouverte par les eaux, un bateau, une arche, un spécimen de chaque espèce...projet insensé.
Réalisable donc possible mais insensé puisque mensonger.
Parce qu'il regarde il se rend compte. Il se rend compte de l'injustice que contient ce projet : une partie de la création n'est pas, n'a jamais été concernée par cette punition divine.
Pas de poissons, pas de cétacés, pas de mollusques dans l'arche...Quant aux oiseaux...
Les seuls à être punis seront les rampants, les habitant de la terre, pas ceux de l'air pas ceux de l'eau...
L'homme vaut moins qu'un moineau, moins qu'une crevette. La sélection divine est totalement subjective. Pourquoi les uns, pourquoi pas les autres... Pour quoi eux, pourquoi pas moi...
Noé est effondré et pour oublier sa peine qui devient sa honte, il boit, il boit comme un trou, le vin de la vigne, le nectar de cette belle vigne qu'il planta sur le mont Ararat après que les eaux se soient retirées.
Noé, ce beau capitaine devient naufragé...
Il ne fut que le jouet de ce qu'il croyait.
Évidement l'histoire retiendra le projet et passera sous silence l'incohérence de l'objet.
Sacré Noé, fichu déluge, ….ainsi dériva toute l'humanité..

Mémoire interlope :
Un rêve, un songe.. et voilà que la réalité se loge dans notre mémoire. La vie n'est pas un songe pour Caillois. Non, on vit dans la réalité, on se confond dans le rêve. On magnifie, on explore, on crée, on se perd parfois dans le rêve.
Mais on réalise dans la vie. le rêve berce l'esprit et voudrait imprimer sa mémoire.
Alors il faut que l'esprit mène l'enquête, qu'il suive les indices, qu'il relève les traces,
C'est l'esprit qui dénouera l'intrigue. L'esprit n'est pas le jouet du rêve, c'est l'esprit qui doit veiller à en rester le maître. L'esprit, sentinelle, doit toujours rester éveillé, c'est à ce prix que la mémoire reste fidèle.

Récit du délogé :
L'homme qui se « désindividu ». Transport et non métamorphose. Différenciation extrême entre le corps et l'esprit. Si le corps peut prendre forme par l'esprit, l'esprit lui est capable de se dissocier du corps. Un homme, au bout de son état d'homme, dans la lassitude de son enveloppe, dans l'usure de la représentation de cette enveloppe dans la société, décide de se déloger de son corps et de venir se loger dans le corps d'un parasite qu'il abrite : une espèce de moule venue se loger dans son bas ventre. ...Un mollusque. Il est lui mais dans un autre.
Il reste pleinement conscient de lui même, et perd peu à peu ce qui le rattachait à son état d'homme.
Il est lui, mais en tout. Il était donc avant même d'être un homme. Il est par son esprit bien plus que dans son corps. Sa mémoire humaine s'efface peu à peu, s'éloigne. Mais il sait et réalise qu'il devient ce qu'il est. Il redevient.

L'ultime bibliophilie
Lecteur ou bibliophile ? Adorateur ou amateur ? le livre : ce prodigieux objet du délice..
Le contenant, le contenu ? le flacon ou bien l'ivresse ? La valeur ou la possibilité ?
Possédant, possédé ? Et si tout justement résidait dans l'image même de l'objet ?
Alors lire, ou... devinez !

Cent ouvrages pour une bibliothèque idéale :
L'idéal n'existe pas pour Caillois.
Trop étroit, trop restreint, trop figé comme espace.
L'esprit est libre et donc : il change, il évolue, il flâne et vagabonde. Il a ses goût qu'il convie à l'instant, il se contredit, se détourne, courtise, convoite, progresse, se façonne.
Alors cent livres qui pourraient donner profil à un esprit...!
On est toujours appelé vers ce que l'on ne connaît pas. C'est là le gage de la bonne santé de sa liberté.
Dresser une liste, voilà qui n'a aucun sens pour l'auteur.
Il faudrait y mettre beaucoup de livres inconnus.
Et comment les recenser si ils nous sont inconnus ?
Le seul intérêt de cette entreprise serait, peut être, de voir cet esprit s'interroger à ce sujet, à savoir : l'impossible réalité de tout idéal...

Astrid Shriqui Garain


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Bienvenue dans le monde de la philosophie fantastique !

J'ai toujours été assez fascinée par l'histoire de Noé (voir l'adaptation qu'en a faite Jacques-Rémy GIRERD avec "LA PROPHÉTIE DES GRENOUILLES"), histoire dont ne sait pas d'ailleurs si elle n'est qu'une légende ou bien si, le déluge de cette époque lointaine ne fut pas en réalité un énorme tsunami.

Noé, au début du texte de Roger Caillois, répond aux poncifs auxquels on nous a habitués : c'est un saint homme que Dieu chargea de sauver l'humanité en conservant un couple de chaque espèce animale, avant de déclencher l'immensité de son courroux sur l'univers dépravé. Il prend d'ailleurs sa tâche très au sérieux, construisant méthodiquement son arche. Objet de la risée de tous, qui le prennent pour un fou, il reste impassible devant les quolibets, utilisant même la représentation qu'il donne de lui pour détourner certains matériaux indispensables à l'édification de son bâtiment.

Pourtant, et "ça" on ne nous l'a jamais dit, Noé pense, Noé réfléchit : pourquoi donc est-il l'élu ? qu'a-t-il fait pour cela ? qui et combien seront ces animaux qu'il devra sauver de la colère sans limite de Dieu ? Noé ne connaît que les quelques espèces qui peuplent son environnement. Comment sera-t-il certain de n'en oublier aucun ? Quelles dimensions à donner à son édifice pour que tout le monde y trouve place ? Comment nourrir et abreuver cette smala qu'il pressent gigantesque ? Comment faire cohabiter tous les membres de cette assemblée, sans que les lois naturelles des prédateurs ne viennent y installer la discorde ?

Mais, miraculeusement - n'est-ce pas la main de Dieu qui a initié cette aventure ? - les questions de Noé trouvent réponses. Toutes, sauf une ! "Pourquoi est-il l'élu ?"

Et pendant que vogue l'arche au gré des tempêtes, cette interrogation va tarauder Noé. Elle devient encore plus rémanente, lorsque le héros voit, de derrière son hublot, une mère, son fils juché sur les épaules, sombrer dans les remous. Elle devient plus insidieuse lorsque Noé s'aperçoit que les poissons, tous les poissons, eux ont eu la vie sauve... Alors Noé décide qu'il n'a pas mérité le sort que Dieu lui a réservé et tombe dans la déchéance...

♥♥♥♥♥

Noé n'est pas le seul à être repensé par Roger Caillois. Quatre autres nouvelles toutes aussi métaphysiques les unes que les autres suivent ce texte :

- Mémoire interlope
- Récit du délogé
- L'ultime bibliophilie
- Cent ouvrages pour une bibliothèque idéale

C'est "mémoire interlope" que j'ai le moins aimé... le "récit du délogé" qui lui fait suite est une petite merveille. On y retrouve la passion de Caillois pour le minéral ; il nous entraîne inéluctablement vers l'idée de notre fin, qui, tous comptes faits, n'est qu'un retour aux sources.

Quant aux deux derniers textes, ils m'ont amenée à réfléchir sur ma condition de lectrice et c'est, pour le moins, assez stupéfiant !
Lien : http://livresouverts.canalbl..
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5 textes courts tirés d'un recueil plus important "Cases d'un échiquier". Influencés par le surréalisme ou la philosophie, notamment orientale, ces textes pétris d'intelligence ne manquent pas d'interroger et de remettre en cause quelques fondements même de la vie quotidienne.
Un plaisir de lecture court mais intense.
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Après avoir lu "La Revanche des otaries" de Vincent Wackenheim et m'être passionnée pour l'histoire de ce bon vieu Noé, je ne pouvais pas faire l'impasse sur ce livre...

lu 30 pages de ce cours roman de 105 pages... et franchement pour 2€ chez Folio, c'est donné ! vraiment savoureux !!!
Lien : http://mazel-livres.blogspot..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Car ce sont bien de menus accidents qui font chérir un livre plutôt qu'un autre. Souvent ils le rendent presque indispensable pour des raisons qui ne dépendent pas seulement ou d'abord de sa valeur. [...] D'autre part, il est assuré qu'un homme ne ressent pas toute sa vie le même attrait pour la même sorte d'ouvrages [...] De sorte que chacun est amené à mêler aux ouvrages, qu'il retient pour le plaisir ou pour le profit personnel qu'il en a retiré, des œuvres qu'il connaît seulement de réputation et qu'il n'aurait peut-être pas indiquées, mieux instruit [...] Quelle étrange besogne que d'extraire cent livres de la littérature universelle ! Je désirai montrer qu'elle est impossible à mener à bien, quelques scrupules qu'on y apporte.
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Un amateur de fruits de mer, qui se délecte d'huîtres, de palourdes, d'ormeaux, peut très bien rester indifférent aux splendeurs des spires, des cônes, des épines [...]. Inversement, un collectionneur de conques peut détester les crustacés tout comme un bibliophile demeurer indifférent, même pas la détester, à l'œuvre dont il conserve soigneusement dans sa bibliothèque une édition qu'on lui envie.
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Au premier abord, j'aperçois bien le scandale qu'il existe des livres imprimés expressément pour ne pas être lus et des hommes qui les acquièrent avec l'intention délibérée de ne pas les lire.
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Plus d'un art a noué entre la littérature et la bibliophilie des connivences indissolubles.
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Être bibliophile, qu'est-ce sinon préférer l'objet-livre à la qualité du texte qu'il enferme ?
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Chronique de Max Pol Fouchet sur le livre "Poétique de Saint John Perse" de Roger Caillois
A l'occasion de la sortie de l'essai critique de Roger CAILLOIS consacrée au poète Saint John Perse, intitulée "L'oeuvre poétique de Saint John Perse", Max Pol FOUCHET présente le poète.
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