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ISBN : 2070317854
Éditeur : Gallimard (31/03/1971)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 17 notes)
Résumé :
Pierres suivi d'autres textes

Par Roger Caillois

Roger Caillois

Pierres



Collection Blanche, Gallimard

Parution : 14-09-1966



«Je parle des pierres : algèbre, vertige et ordre ; des pierres, hymnes et quinconces ; des pierres, dards et corolles, orée du songe, ferment et image... Je parle des pierres plus âgées que la vie et qui demeurent après... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
ATOS
  06 août 2013
« Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre – C. Baudelaire », extatique beauté des langueurs lapidaires !
Françis Ponge déplorait le peu d 'épaisseur des choses dans l'esprit des hommes. Oui, les pierres méritent plus que l'acier de nos outils.
Matériau pour la main, matière pour l'esprit.
Il faudrait songer au pierres comme on songe à d'autres pays.
N'est il pas plus dense matière pour notre esprit que le monde muet des pierres, métamorphoses du silence à travers la métaphore du rêve ?
« Appartenir non pas à la terre, mais à la roche, c'est là un grand rêve... » G.Bachelard (La terre et les rêveries de la volonté).
L'attachement naturel de l'homme est à la terre, mais se pourrait il que dans le coeur des pierres se trouvent les sentiers de son âme ?
Espaces infinis, espaces de turbulences poétiques. «  la poésie est un trait d'union entre les opposés » écrivait Bachelard.
« rêver le minéral de façon azuréenne et rêver le bleu du ciel d'un façon minéral. L'unique et l'universel, l'instantané et le permanent,l'abstrait et le concret,la rêverie et la nature,le repos et le mouvement,la hauteur et la profondeur, la profondeur et la surfaces s'y allient dans un accord au sommet des valeurs. » en déduit Edmundo Morim de Carvalho.
Il y a ciel, ombre, sève, spectre, souffle, volute, drapé, lumière, obscurité, fulgurance, sommeil, rythme, transparence, mouvement, abîme dans le paysage infini des roches .
Dans son espace la pierre n'est pas froide, ni dure, ni tranchante. Dans l'étroitesse de notre réalité elle le devient.
Il faut entrer dans la permanence, dans la pleine réalité de la pierre. Un incertain regard permet d'y entrer. Encore faut il y songer...
Roger Caillois, l'enfant qui marchait dans les ruines de Reims, est un fabuleux randonneur.
Il faut le suivre de béryl blanc, en dentrite, de quartz en hématite, de pyrite en silice, de sables en ammonite, de Septaria en Jaspe.
Il observe l' « écriture des pierres » pour nous convier à la lecture des  « structures du monde ».
Géométriquement inopposables elles révèlent un ordre qui nous laisse entrevoir « des formes concevables de la perfection », la loi d'équilibre.
Le chaos luminescent qui les a engendrées nous est inconnu, il nous est inconcevable.
Elles sont d'un temps qui ne peut exister pour nous. Pression, fusion, déflagration,...Quels mots suffiraient pour rejoindre ce qui nous dépasse ?
Ces « énergies plus rudes sans instinct ni sagesse, qui sont au-delà de la vie », ces « pyrotechnies immobiles dans une nuit pétrifiées »
« Les pierres n'attestent qu'elles. ». Elles ont leur propre mémoire elles sont plus âgées que la vie.
Que cette vie que nous nommons si promptement et qui est notre unique essence.
Elles sont d'avant ce que nous sommes mais elles sont aussi la totalité de de ce que nous n'avons jamais cessé et ne cesserons jamais d'être : des poussières d'étoiles. 
« C'était une particule de poussière où se trouvait offert un monde » (Encrier-Montagne de Mi Fou).
« Je parle des pierres nues, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d'une espèce passagère ».
Naturellement remarquables, extraordinaires, merveilleuses, grandes, rares, uniques dans leur étrangeté, multiples dans leur singularité. Nous n'avons aucune réponse à donner aux pierres. Unique signe possible à notre impossible parenté.
A travers les mots de Roger Caillois, devant leur déploiement, leur hauteur, on en vient à se reprocher de ne pouvoir donner à la vie qu'une si petite échelle humaine.
Les pierres ont leur règne, elle ont leur vie.
Vie minérale. Mais acte de vie.
Elles engendrent, elles se meuvent, elles engloutissent, elles aimantent, elles repoussent, s'effritent, s'évanouissent, perdurent, se refroidissent, se fondent, s'échauffent, résonnent, explosent, se chevauchent, s'explorent, se frôlent, se perforent, se touchent, ondulent, s'imbriquent, filent, défilent, se précipitent, se renversent, se déversent, et il suffit parfois d'un simple son pour les fendre.
« à leur manière elles avertissent l'esprit qu'il est de plus vastes lois qui gouvernent en même temps l'inerte et l'organique. ».
Là «  où s'inscrit et se résume le destin entier de la tentative artistique ».
Voilà le recueil des pierres : «  le répertoire entier, le vacarme et l'opulence des formes libres ». Et il suffit d'« une aire presque incolore pour rendre sensible le miracle ».
Les pierres dans les mots de Pierre Caillois respirent.
Un nodule d'agate peut contenir l'amorce d'une vie. Une eau antérieure, un gaz enfermé là depuis la création du monde. Et par modification de la température il est possible de voir ce coeur d'agate battre sous l'effet de sa dilatation. Phénomène inorganique pour notre réalité, et pourtant le coeur de la pierre se met à battre... «  le flux et le jusant inexplicables d'une mer immense et seule, sans lune ni rivages ». le mouvement est symbole de vie.
« rien de pareil ne saurait arriver dans la réalité ».... Et pourtant la perméabilité constante des volumes et des vides étoilés nous laisse imaginer que tout sait, depuis toujours, être là.
Et c'est naturellement que les pierres inventent l'homme au voyage.
« Les Immortels savent créer des sites, y pénétrer, s'y évanouir. Il leur suffit de dessiner de peindre : une montagne surgit. »
«  Laisser passer en soi la nature, ce n'est pas pour l'homme tenter ou feindre de retourner au nerf ou à l'inerte, ni essayer de se démettre des pouvoirs qui lui sont échus. C'est au contraire, les approfondir, les exalter et les contraindre à de nouveaux devoirs ».
Qui ne comprend pas les pierres se vantera toujours de les posséder. Aucune ne lui appartiendra jamais.
Les pierres sont d'un autre règne, celui de la totalité.
Même brisée une pierre reste toujours ce qu'elle est.
Astrid Shriqui Garain
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michfred
  31 mai 2015
On lit "Pierres" avec circonspection, par petits coups successifs, admiratifs, prudents. Jamais très longtemps: la pierre n'est pas accueillante..
C'est très beau, parfait, le mot est exact, la syntaxe idoine.
On a un peu l'impression de lire un traité de minéralogie "vulgarisé" -si j'ose dire!- par Mallarmé. En plus limpide. Aucun sous-texte, rien qu'une patiente observation, une totale érudition.
Admirable, mais froid.
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tiebb
  04 juin 2015
J'ai été plongée dans un univers fabuleux : celui du règne minéral, là où les pierres naissent, croissent, évoluent, vivent.
Je les ai entendues respirer et se mouvoir à un rythme infiniment lent. Je les ai entendues converser avec leurs cousines les étoiles.
Je vous assure, c'est vraiment ce que j'ai ressenti! Et je tournais les pages délicatement de peur que toute cette magie ne disparaisse.
Roger Caillois partage son amour des pierres avec poésie et tendresse. Par leur seule description, il nous emmène dans des temps dont nous étions absents, ceux du lent refroidissement de la planète, porteurs de ces merveilles que nous découvrons aujourd'hui, avec ce petit clin d'oeil aussi pour d'autres temps, ceux d'après nous et dont nous serons à nouveau absents. Ce qui est à la fois beau et effrayant.
Faut-il connaître la géologie, les minéraux pour se plonger dans ce livre? Des agates, des pyrites, du béryl blanc, des hématites ou des cristaux, personnellement, je n'en sais pas grand chose; ce qui ne m'a pas empêché de beaucoup rêver, à l'image de ces sages asiatiques s'abîmant dans la contemplation de leurs pierres de rêve.
La description est minutieuse et le ton enthousiaste.
Quelle délectation!
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Bouteyalamer
  06 novembre 2015
La pierre obsidienne est noire, transparente et mate. On en fait des miroirs. Ils reflètent l'ombre plutôt que l'image des êtres et des choses.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
elDelfinelDelfin   11 mai 2019
Les deux faces de l'agate sont également polies et du même bleu nocturne. Elles offrent un miroir identique, chargé de présages et d'invectives. Entre elles, qui semble en garantir la terrible promesse, l'eau cachée des origines dont on voit l'ombre se déplacer et dont l'oreille entend le clapotis. Je crois que nul ne reste insensible à l'émotion qu'engendre pareille présence. Ce vase le plus clos jamais ne fut ouvert. Il ne fut même pas soudé à sa naissance, comme ampoule de verre. Un vide s'y creusa de lui-même au cœur de la masse. Nul ni nulle force n'y fit pénétrer le fluide incorruptible qu'il contient et qui, depuis lors, demeure impuissant à s'en échapper comme à s'y dessécher.

Le vivant qui le regarde comprend qu'il n'est, pour sa part, ni si durable ni si ferme. Ni si agile ni si pur. Il se connaît sans joie à l'extrémité d'un autre empire, et soudain si étranger à l'univers : un intrus hébété. Je ne devine que trop, par obsession personnelle, quelles méditations, du moins quelles rêveries vagues, un passager du monde peut commencer de dévider à partir de ces cailloux hantés d'une liqueur, un peu d'eau géologique restée prisonnière dans la poche transparente d'une pierre hermétique.
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tiebbtiebb   05 mai 2015
Je parle de pierres qui ont toujours couché dehors ou qui dorment dans leur gîte et la nuit des filons. Elles n'intéressent ni l'archéologue ni l'artiste ni le diamantaire. Personne n'en fit des palais, des statues, des bijoux; ou des digues, des remparts, des tombeaux. [...]
Je parle des pierres que rien n'altéra jamais que la violence des sévices tectoniques et la lente usure qui commença avec le temps, avec elles. Je parle des gemmes avant la taille, des pépites avant la fonte, du gel profond des cristaux avant l'intervention du lapidaire. [...]
Je parle des pierres plus âgées que la vie et qui demeurent après elle sur les planètes refroidies, quand elle eut la fortune d'y éclore. Je parle des pierres qui n'ont même pas à attendre la mort et qui n'ont rien à faire que laisser glisser sur leur surface le sable , l'averse ou le ressac, la tempête, le temps. [...]
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coco4649coco4649   18 décembre 2018
Dédicace


Extrait 6

  Comme qui, parlant des fleurs, laisserait de côté aussi bien la botanique que l’art des jardins et celui des bouquets – et il lui resterait encore beaucoup à dire – ainsi, à mon tour, négligeant la minéralogie, écartant les arts qui des pierres font usage, je parle des pierres nues, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d’une espèce passagère.

Janvier 1966
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michfredmichfred   31 mai 2015
Cette pierre est nocturne par excellence, refuge d'une puissance sinistre, originelle, plus dangereuse et plus vraie que celle du jour. Une délectation morose, d'abord avec effroi, bientôt avec complaisance, imagine que ces réverbérations de citerne ont précédé la première aurore et qu'elles brilleront encore d'un éclat domestique, quand tout soleil se sera tu.

(sur le cristal noir)
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ATOSATOS   06 août 2013
"Ainsi cette fente presque close que peignent deux lèvres minces d'une fade blancheur d'orgeat au milieu d'intenses ténèbres, comme la pâle boutonnière réticente d'un sexe exsangue, celui qui est dit s'être entrouvert au ventre de l'Abîme, à l'origine du temps." ( Onyx)
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A l'occasion de la sortie de l'essai critique de Roger CAILLOIS consacrée au poète Saint John Perse, intitulée "L'oeuvre poétique de Saint John Perse", Max Pol FOUCHET présente le poète.
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