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EAN : 9782070387021
169 pages
Gallimard (12/01/1995)
3.88/5   32 notes
Résumé :
" Des millions d'hommes meurent de faim, l'injustice, l'obscurantisme sont partout ; on arrête, on emprisonne, on déporte, on torture, on répand le sang, on diffuse le mensonge corrupteur, on entretient l'analphabétisme, on étouffe les idées généreuses, on anéantit les consciences - pendant ce temps-là, nos célébrités littéraires font de la littérature confortable, c'est-à-dire du pur fumier, se prostituant au public de toutes les façons, notamment par l'intermédiai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Droit de cité de Luis Calaferte est un roman d'une force froide, une lucidité glaciale sur notre monde, un regard différent, moins policé que la masse bien-pensante sociétale où gravitent certains auteurs sans fibre pensante personnelle, restant dans l'enclos dominant de la pensée unique nivelant la réalité.
Ce roman est un pamphlet dénonçant l'organisation de notre société, dévoré par le satanisme de ces pauvres dirigeants, absorbés par l'esprit castrateur libérale, ce capitalisme sauvage où la masse assassine l'individu dans sa pauvreté de groupe, lissant son esprit critique, emprisonnant son âme, asservissant l'unicité à la massification impersonnel.
Après avoir lu Septentrion et La mécanique des femmes, deux romans complétement opposés, l'un autobiographique, censuré pendant plus de 20 ans, l'autre un hymne à la femme, Droit de cité est surtout un diagnostic acerbe sur notre monde, un traité philosophique, une pensée libre de l'aimant pensante universelle absorbant toute réflexion constructive critique.
Pourrai-je établir une forme critique de ce roman coup poing. Avoir une certaine légitimité à établir cette philosophie d'âme, entretenir avec brio ce que Louis Calaferte pense au plus lointain de son égocentrisme personnel face à la société qu'il assassine sans pudeur, avec une vérité absolue, une pointe sèche de franc parlé. Ce qui est paradoxale est cette structure de phrases, ces aphorismes s'imbriquant dans ce meurtre politique. Cet étalage déstructure avec froideur notre monde si dépressif. La misère danse la richesse des autres avec résignation, une désobéissance lointaine inexistante, cet adage du dernier livre de Frédéric Gros Désobéir.
Je vais tenter de plonger dans le coeur de ce livre pour en extraire la magnificence.
L'écriture est riche, fluide, une littérature ancienne perdue, les phrases sont nerveuses, courtes, s'enchainent avec beaucoup de précision, abordant politique religion économie, l'état tyrannique, brossant l'état nauséabond de notre société des oxymores, des extrémités, les riches plus riches les pauvres plus pauvres, la barrière des classes moyennes s'effritent, disparait, catalysant le fossé de la distribution des richesses. Louis Calaferte dénonce l'image au profit d'une écriture plus critique dans cette réflexion intuitive au mépris de la télévision abrutissant notre vision, puis le nihilisme catholique, les castres anti individualisme comme les magistrats, la médecine, le corps militaire et la police. Pour ces castres castratrices militaire et des forces de l'ordre, Louis Calaferte avec cette canaillerie assimile la police à la voyoucratie. La tentation devient malheureusement un vecteur aux théories totalitarismes, où l'homme d'état associe la pouvoir de dépenser de l'argent à l'idée de liberté. L'argent respire des germes de mort. La démocratie est une forme inférieure du principe aristocratique, Louis Calaferte crie son dégout de notre monde actuel en « le dégueulant ». Les mathématiques rend la masse humaine inidentifiable, le substrat humain se métamorphose en chiffre, devenant un « artifice pervers », les âmes ne sont plus présentent, la visibilité s'installe au détriment de la profondeur de l'individu, brûlé dans le bucher numérique, broyé par l'émotivité des politiciens la proférant qu'aux idées.
Louis Calaferte brosse avec acidité notre société, celle de son époque, publié en 1992, deux ans avant sa disparition, ce monde miroir de 2017 où Marx déjà visionnaire de notre monde actuel le voyant comme un agent mécanique économique, la massification, la désintensification culturelle ruinant l'individu de son substrat de révolte et d'indépendance. En outre pour Louis Calaferte, les postes à responsabilité deviennent le jeu d'hommes et de femmes, prisonniers de ce sérieux, les poussant vers une haine de la vie et celle de l'individu aussi. Pour Orwell, c'est la robotisation de la pensée, pour Louis Calaferte c'est un siècle de refus presque carcéral. Il considère le nazisme comme une branche nihilisme du romantisme.
Le goût du profit, la peur de manquer entraine notre monde vers la surconsommation où la femme reste un marqueur puissant de ce changement. le désir trompeur de la couche misérable d'avoir la même chose que les bourgeois pour une égalité de la médiocrité.
Louis Calaferte cite Journal du comte Rodolphe Apponyi en corroborant l'imbécilité De Lamartine et de Hugo, cite aussi Robert Musil, continue toujours à critiquer fortement la politique et les journalistes étant pour lui le « fumier de la nation ». Il s'insurge contre Claudel, petit bourgeois puritanisme catholique en éloignant la pensée de la foi pour un satanisme.
Louis Calaferte fustige encore et encore la petite bourgeoisie ayant un esprit mesquin, une intelligence courte pour des profits immédiats. Mais la passivité de la plupart face au despote et tyran qui parsème notre terre…..
Ce pamphlet est un testament de constat sombre de notre société, un cri puissant contre la puissante dirigeante, la bourgeoisie, le peuple obéissant, les médias, les forces de l'ordre et l'argent roi. Louis Calaferte nous livre sans sentiment la froideur de notre société sans âme, pour un constat sombre où l'espoir est là en nous dans l'individu et sa révolte, écho de Camus.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
L’Histoire prouve surabondamment que les hommes de pouvoir sont des dérangés mentaux, probablement d’une sexualité trouble. Dérèglement qui explique les monstruosités qu’ils sont susceptibles d’ordonner ou de couvrir de leur autorité. (l’oeuvre commence ainsi)

Perversion du raisonnement capitaliste: nous avons de l’$ parce que nous l’avons gagné (sont oubliées les conditions d’injustice); que nous l’ayons gagné a permis de vivre à des gens simples qui, sans nous, eussent été à la misère, etc. (L’oeuvre se termine presque ainsi)
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La connaissance passe et passera toujours par l'écrit.
L'image est une diversion encouragée par les pouvoirs. Sans valeur approfondissante, elle est de la seule catégorie de la sensation et, à ce titre même, de catégorie inférieure.
Contrôlant l'information par l'image, les politiques ont deviné sa capacité réductrice, faisant en sorte de la valoriser en tous domaines au détriment de ce qui peut, éventuellement, représenter pour eux un risque : la réflexion par l'écriture.
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Des millions d'hommes meurent de faim, l'injustice, l'obscurantisme sont partout; on arrête, on emprisonne, on déporte, on torture, on répand le sang, on diffuse le mensonge corrupteur, on entretient l'analphabétisme, on étouffe les idées généreuses, on anéantit les consciences - pendant ce temps-là, nos célébrités littéraires font de la littérature confortable, c'est-à-dire du pur fumier, se prostituant au public de toutes les façons, notamment par l'intermédiaire de cette entreprise de décérébration qu'est notre actuelle télévision.
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"C'est par le trouble profond qu'il provoque en nous jusqu'au malaise que l'acte exceptionnel s'inscrit au registre intime comme au registre social.
D'une certaine manière, l'exceptionnel nous paraît invraisemblable, c'est-à-dire difficile à incorporer dans notre réalité de répétition."
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La connaissance passe et passera toujours par l'écrit.
L'image est une diversion encouragée par les pouvoirs. Sans valeur approfondissante, elle est de la seule catégorie de la sensation et, à ce titre même, de catégorie inférieure.
Contrôlant l'information par l'image, les politiques ont deviné sa capacité réductrice, faisant en sorte de la valoriser en tous domaines au détriment de ce qui peut, éventuellement, représenter pour eux un risque : la réflexion par l'écriture.
Sans être grand clerc, aux masses se détournant du livre, il est aisé de prédire l'accroissement des oppressions de toute autorité. Une telle désaffection véhicule les dangers d'un affadissement du fait démocratique.
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Vidéo de Louis Calaferte
Virginie Despentes accompagnée par le groupe Zëro : Éric Aldea (guitare), Ivan Chiossone (claviers), Frank Laurino (batterie) Son : Wilo
Depuis Baise-moi en 1994, Virginie Despentes s'est imposée comme une écrivaine majeure avec notamment Les Jolies Choses (prix Flore 1998), Teen Spirit, Apocalypse bébé (prix Renaudot 2010) ou encore son essai King Kong Théorie. C'est qu'il y a chez elle une énergie d'écriture salutaire et sans concession, mais aussi une intelligence rare. L'acuité de son regard sur le monde contemporain (tantôt hilarant, tantôt glaçant de vérité), on la retrouve dans la « série » Vernon Subutex, fresque incroyable en trois tomes. Personne n'échappe à Virginie Despentes et, en même temps, elle sait très bien qu'il est jouissif de canarder à tous crins. Elle s'efforce donc de prendre à bras-le-corps, et d'aimer aussi, cette galerie de personnages ultramodernes qu'elle met en scène.
Ce soir elle vient accompagnée du groupe de rock Zëro pour payer une dette littéraire : celle qu'elle doit au mythique Requiem des innocents de Louis Calaferte.
À lire – Virginie Despentes, Vernon Subutex 3, Grasset, 2020. À écouter – Zëro, « Requiem des Innocents » (avec Virginie Despentes), 2LP Ici d'Ailleurs, 2020.
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