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EAN : 9782070388639
176 pages
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.52/5 (sur 165 notes)
Résumé :
En 1963, Louis Calaferte publie Septentrion. Aussitôt interdit, ce livre est réédité en 1984. Pour celui qui l'aborde, sa fulgurance est intacte.
La mécanique des femmes, qu'il nous donne aujourd'hui, est comme la quintessence de Septentrion.
Il y est question, comme le dit précisément le titre, des manifestations sexuelles et érotiques spécifiquement féminines.
Aucun écrivain n'aura jamais comme dans ce texte parlé de «l'impudeur» et de «l'obsc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Ambages
  02 juillet 2016
« J'aime les mots de l'amour, pas toi ? »
La vie, la mort, l'amour, tout ne fait qu'un chez Louis Calaferte ! « Prends-moi dans tes bras et tue-moi. » J'ai ressenti des émotions fortes tout comme avec Duras en lisant cette phrase. « Explique-moi ce que ça veut dire : baiser à mort ? »
Faire la nike à la mort en lui préférant la petite, rien de plus beau. le temps n'a plus de prise « Ne me parle pas d'âge. Je me fous de l'âge. Pourvu que je sois avec toi et qu'on ait une vie folle. J'en connais qui n'ont pas la moitié de ton âge et qui sont des macchabées à côté de toi. Et puis, je veux que tu m'apprennes, qu'on fasse des choses ensemble. du moment que je te fais bander, le reste ne compte pas. »
Des pensées de femmes.
Des pensées secrètes, des pensées avouées, des pensées inavouables, des pensées coupables, des pensées désespérées, des pensées gaies, des pensées étouffées.
Des pensées écrites par un homme.
Mince découverte que je suis !
Quand les femmes rivalisent avec Dieu « Viens me faire libre. Je suis la première femme du monde », « L'enfer ne me fait pas peur. Je suis une fille du feu », quand les femmes sont plus fortes que la Mort « Je ne veux pas voir le monde. Je veux des chambres closes, chaudes. Figée. Fais-moi l'amour, que je ressuscite. », quand une femme avoue « Ma faiblesse réside dans le fait que je suis comme un animal blessé et que j'ai besoin d'amour. », j'ai plaisir à lire un homme qui le dit, « Le matin se lève pour honorer ton sexe. »
Quand des femmes souffrent « J'aurais cependant pu leur offrir quelque chose de savant qu'ils ne trouveront nulle part ailleurs : du plaisir désespéré. », quand des femmes crient un manque « Il y a vingt ans que je cherche l'amour. Vingt ans que je cherche l'homme capable de m'aimer, capable de me faire jouir. Je le cherche toujours. Et on est des centaines dans mon cas, voilà la vérité. », Calaferte porte aussi leur parole.
Et une découverte : la plume de Calaferte m'enchante. « Torse nu, je t'écris. Je tiens ce stylo comme une bonne grosse bite. Tu éjacules de l'encre de Foutre. Retiens-toi, mon amour. La nuit est longue et je suis là. » Son écriture est surprenante car il change de registre avec aisance ce qui donne un rythme épatant à ces pensées.
« Sa robe transparente, elle entrait dans la pièce par la grande terrasse sur laquelle elle ouvrait. Devant le dessin de son corps dans les fluctuances de l'étoffe que révélait un éblouissant contre-jour, le regard rivé sur cette sensualité offerte au viol, on retenait son souffle, le coeur serré par la viscérale confusion de la tentation. »
Et sans oublier, son humour : « Dis moi un mensonge. Je t'aime. Salaud. »
Alors j'avoue ma pensée du soir, j'ai aimé ce livre. Certes bite, bander ou encore sucer sont présents dans ce livre (peut-être branler aussi, mais faut que je le relise pour vérifier) toutefois je n'ai pas été choquée et puis c'est la vie, l'amour... et ces gros mots sont aussi la poésie de Calaferte, celle qui prône l'amour, sous diverses évocations. Je me suis désolidarisée des propos quelques fois (les petits garçons n'ont jamais traversé mon esprit) mais je reconnais que Calaferte a fait un travail de compilation des pensées féminines qui est surprenant et que cet auteur a une très jolie plume.
« Elle est seule à m'attendre sur le quai de la gare, d'une inoubliable joliesse, les cheveux ramenés sous un chapeau d'homme gris clair, note à la fois élégante et dévoyée soutenue par un veston masculin et un pantalon étroit qui allonge ses jambes, à la main une rose qu'elle me tend d'un geste à la grâce lente, un sourire dans le regard. Quelques chose de féerique dans cet instant comme soustrait au monde. »
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FredMartineau
  29 avril 2017
En replaçant ce livre dans son contexte historique, je comprends bien pourquoi il a été interdit à sa sortie. La mécanique des femmes de Louis Calaferte était en avance sur son temps, sur un présent qui glorifie la pornographie, expose par le prisme de l'image la ou les sexualités, impose le plaisir et la performance comme des critères indépassables. Toutefois, je ne suis pas certain que ce thème traitée par une femme donnerait un texte similaire. J' ai ressenti l'oeil du genre, le mien, très, trop masculin ? Toutefois, l'écriture est belle et l'auteur a réussi à faire passer une sensualité qui ne m'a pas laissé totalement indifférent. Preuve du talent de l'écrivain...
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lanard
  27 mars 2015
On songe à « Monologues du vagin » d'Eve Ensler (1996). Mais La Mécaniques des femmes a l'antériorité et il n'a pas été écrit pour le théâtre. Comme la pièce de théâtre, c'est un patchwork de discours rapportés de femmes qui s'expriment sur leurs pratiques sexuelles. Ces témoignages anonymes sont en réalité plutôt des confidences volées par l'amant de passage qui se serait empressé de les noter sur un carnet. du moins ainsi imagine t'on la genèse de ce livre. Si les femmes qui s'expriment dans la pièce d'Eve Ensler sont des femmes de toutes catégories sociales et de toutes générations et portent un véritable témoignage conscient. Celles de la Mécaniques des femmes sont pour l'essentiel des prostituées de milieux divers et de toutes générations. Enfin, Eve Ensler est une femme, Louis Calaferte un homme. Eve Ensler porte la cause féministe ; quid de Calaferte ?
Une de mes premières interrogations devant ce texte, finalement assez mystérieux, fut de savoir à quelle époque ces filles parlaient t'elles ? Des années 50 à aujourd'hui ? Je n'arrivais pas à imaginer ces tableaux érotiques avec les couleurs de mon propre temps. On n'est peut être plus dans les heures chaudes de Montparnasse mais le Clichy d'Henry Miller n'est pas loin. On imagine toutes ces chaudes étreintes en noir et blanc ; ici, le sperme coule dans les caniveaux d'un Paris à la Doisneau. En tous cas on ne trouve pas le ton militant des années 1970 où la libre copulation est un instrument d'émancipation. Enfin, le SIDA n'y est jamais évoqué. le livre ayant paru en 1992 et l'auteur étant né en 1928, cette oeuvre est peut-être un dernier hommage ému d'un vieillard à sa jeunesse.
Une lecture superficielle se cantonnerait a voir là une série de croquis pittoresques pris sous la lumière glauque de la prostitution à l'érotisme avili. On a le sentiment de lire une sorte de carnet dans lequel l'auteur aurait ramassé dans les caniveaux et les recoins pisseux de la misère sexuelle toutes ces confidences et souvenirs exhalant les miasmes des toilettes des bistrots populaires ou des vestiaires d'usines ; mais aussi des parfums musqués imprégnés dans la soie et la fourrure. Un recueil, sans ordre apparent, de mots de prostituées anonymes. Pas seulement des prostituées car on y rencontre quelques adoratrices de la verge mâle dont elles entretiennent la turgescence comme les pythies le feu sacré ; l'auteur a le bon goût de ne pas les appeler nymphomanes. On le sent familier des hôtels de passe et des coïts furtifs derrière les portes. Il nous dépeint une sexualité sordide qui reste cependant – avouons le – excitante. Et tout le problème est là. Et le fond aussi ; car à mon avis, ce serait se méprendre que de lire la Mécanique comme une sorte de célébration de la prostitution ou une apologie de l'avilissement des chattes et des bites. Et la ressemblance avec les fanfaronnades à la Henry Miller est probablement fortuite. Je prendrai le risque d'une autre lecture.
A cette lecture un sentiment trouble guette le lecteur mâle moyen qui par comparaison - fouillant anxieusement sa mémoire - ne manquera pas de s'apercevoir qu'il ne s'est jamais senti désiré par une femme comme l'a pu l'être l'auteur (narrateur ?) de ce foutu bouquin. Puis, ce sentiment se tempère quand on commence à comprendre qu'il s'agit la plupart du temps de sexualité tarifée. Mais les anecdotes de « putains » se mêlent sans ordre à des dépucelages d'adolescents par des dames mures, évocation des premières règles, nuits de noces traumatisantes, portraits croqués sur le vifs (« Bouche si sage, dont on sait ce que peuvent être les caresses. »), fantasmes obscènes (« A ma mort, je veux qu'il y ait autour de mon lit tous les hommes qui m'ont sautée. Je suis sûre que la mort sera impressionnée et qu'elle m'épargnera » ) etc. On avance prudemment car on marche sur un sol glissant de foutre ; le plus gros gadin consistant a se faire une image du désir féminin sur cette seule base.
Alors on s'interroge. Les discours rapportés sont ils imaginaires ? On les croit volontiers inspirés par les rencontres d'un auteur ayant beaucoup fréquenté les prostituées ; en simple client ? en curieux sociologue amateur ? en écrivain en mal de sujets ? en visiteur humanitaire ? A-t-il noté ces mots de « filles » au jour le jour dans des carnets pour nous les restituer finalement pêle-mêle, sans ordre, sans plan ? Est-ce de la pure imagination ? A vrai dire l'éditeur (je l'ai lu dans l'édition L'Arpenteur, 1992 – aller vérifier dans l'édition Folio) ne nous en dit rien et je n'ai pas pris la peine d'entreprendre une recherche biographique pour me mettre au fait de la genèse de la Mécanique des femmes. Toujours est-il que ce florilège vous donne un puissant effet de vérité. Et malgré l'impudeur, l'obscénité, la puissance fantasque et débondée du désir tel que ces femmes l'expriment et quand bien même, hélas, ma propre vie m'ait préservé de telles expériences, je prend cela facilement pour argent comptant.
Bien entendu, (en principe) tout le monde sais fort bien qu'un clitoris dispose d'un corps caverneux et même d'une sorte de gland à l'instar d'une verge. Je ne suis certes pas très qualifié en matière de littérature érotique, aussi la remarque suivante paraîtra peut-être ingénue à d'autre. Je n'avais jamais lu de livre où les femmes bandaient autant. le verbe « bander » y est si souvent employé dans sa forme intransitive à la première personne que je croyais que c'était l'auteur qui parlait quand je devais bien admettre que c'était bien une femme qui bandait : « J'ai l'impression qu'à présent personne ne sait plus faire bander une femme. Toi, par exemple, qu'est-ce que tu ferais pour me faire bander, là, toute de suite ? » Est-ce que Calaferte est incapable de comprendre le désir féminin autrement qu'à l'aune du désir masculin, prend-t-il son désir pour la réalité féminine ? Pas sûr. Cette identité d'expression du désir semble ici révéler autre chose ; la dissymétrie des rapports de domination, la puissance invisible de la violence sociale sur le sexe de la femme. Une violence pas toujours symbolique que les prostituées se sont appropriées parce qu'elles sont payées pour la subir.
Si l'on découvre alors que les femmes peuvent avoir la bandaison joyeuse, on trouve aussi de brèves paroles comme celle-ci : « Je veux me salir l'âme ». N'oublions pas le titre du livre ; La Mécanique des femmes. Quelles révélations ce livre prétend-il apporter sur les femmes quand les propos rapportés émanent d'une frange plutôt marginale de la gente féminine ? La seule justification honnête à un tel projet serait que la prostitution représente en creux le désir masculin par la pression qu'il exerce sur la sexualité féminine ; exactement comme une machine emboutisseuse donne sa forme à la taule - par pression, pour donner un joli galbe à un capot d'automobile; pression démesurée et mécanique de la domination masculine.
En réalité, ces paroles de femmes nous révèlent une érotique féminine autant qu'elles révèlent en creux le désir masculin qui l'a formée. "Je n'en attends rien. C'est seulement son désir qui m'intéresse. Ces pauvres types croient que parce qu'ils ont une queue et deux couilles entre les jambes ça les rend irrésistibles. Ils ne savent rien de l'amour, rien des femmes, rien des subtilités de la perversion." Une mécanique des genres qu'il est de plus en plus difficile d'appeler une érotique.
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Floyd2408
  06 octobre 2015
En 1963, Louis Calaferte publie Septentrion. Aussitôt interdit, ce livre est réédité en 1984. Pour celui qui l'aborde, sa fulgurance est intacte.
La mécanique des femmes, qu'il nous donne aujourd'hui, est comme la quintessence de Septentrion.
(...)
Voici le début du quatrième de couverture qui à mes yeux représente parfaitement ce livre.
Louis Calaferte avec ce livre La mécanique des femmes s'introduit dans les pensées intimes de la jante féminine, elles s'ouvrent au délice de la chair dans une multitude de petites histoires, un concentré de textes, des phrases solitaires où la magnificence de la quintessence féminine dans le sexe brule ses pages de cette impudeur et obscénité avec un délice exquis, avec ce regard juste sans vulgarité pour un plaisir de lecture.
Nous retrouvons le nectar de Septentrion, avec, la concupiscence de ces femmes, le désir de ces maitresses,la fornication de ces putes,découverte de la chair de ces pucelles, la passion du sexe de ces nymphomanes, le romantisme amoureux de ces jouvencelles, le fétichiste de ces bourgeoises, les souvenirs de baise de ces femmes matures, les fantasmes de ces préadolescentes .... Toutes ces femmes colorent de leur désir ces pages, un kaléidoscope sensuel embaument nos sens incertains de ce parfum à la saveur suave de ces anecdotes transpirant la folie du sexe dans les profondeurs cachées de ces corps féminins en proie à la luxure de la chair....
Le chant lexical reste sexuel comme le mot bite, foutre, sucer, branler, bander rythme l'écriture, épinent les émotions de ces fleurs épanouies dans cette prairie de tous les vices des plaisirs, coulent des flots de foutre pour assoiffer ces amazones jusqu'à l'extase ultime de leur envie.
Respire aussi la poésie des sens comme dans le film de Nagisa Ōshima l'empire des sens, l'ivresse du désir ultime comme dans Le Déclic de Milo Manara bande-dessiné culte ou l'érotisme d’Emmanuelle de Just Jaeckin
Il y a aussi l 'avortement, le début des règles, l'inceste féminin, l'initiation
adolescente, vieillesse, jeunesse, dépucelage, adultère, prostitution, nymphomanie, premier amour, fantasme.....venez découvrir la femme et ses envies ....
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Zazette97
  13 septembre 2010
Publié en 1992, "La mécanique des femmes" est une oeuvre de l'écrivain français Louis Calaferte, auteur de nombreux recueils de poésies et carnets comme de pièces de théâtre ainsi que du très contesté "Septentrion".
Comme le suggère son titre, "La mécanique des femmes" dévoile une série d'instantanés présentés sous la forme de récits ou de dialogues abordant la sexualité féminine.
Narratrices de courts récits de vie ou initiatrices d'un dialogue avec le sexe opposé, les femmes sont ici présentées comme pleinement actrices de leur vie sexuelle.
Ni fausse pudeur ni sentiments. Calaferte semble vouloir inverser les codes habituels en assignant à ces femmes une sexualité instinctive, "bestiale" et un mode d'expression habituellement réservés aux hommes, tant et si bien que l'on peut se demander si l'auteur n'a pas simplement transposé ses fantasmes dans la bouche de ses héroïnes.
Il n'est d'ailleurs pas rare de lire au fil des pages qu'une femme "se branle" ou "urine debout".
Volontairement provocatrices et demandeuses, toutes s'abandonnent et cèdent immédiatement et sans retenue au moindre de leurs désirs.
Les récits se déclinent en témoignages portant sur des thèmes tels que la mort, la solitude et la perte de désir au sein du couple, la crainte ou le refus de l'enfantement.
Les dialogues, assez répétitifs et introduits par quelques phrases plantant un décor pour ainsi dire théâtral, dépeignent des femmes qui s'approprient les désirs masculins, allant ainsi au devant de leur peur des hommes, anticipant leurs fantasmes, forçant une intimité afin de gagner leur respect voire leur affection.
Je dois bien avouer avoir poussé quelques cris d'effarement en découvrant certains textes dont le propos (autant vous prévenir tout de suite que certaines scènes traitent clairement de pédophilie) et le langage m'ont paru trop crus.
Certaines images étaient tellement poussées à l'extrême qu'elles me paraissaient grotesques et m'ont en ce sens, bien fait rire. Je pense à la scène du chausson à la crème pour ceux qui l'ont lu ou encore à cette version remaniée d'Amélie Poulain.
Choc, rires, pleurs, beaucoup d'émotions fortes et quelques jolies phrases ciselées capturant l'instant.
Une lecture inégale mais intéressante et loin de me laisser sans réaction. A recommander toutefois à un public averti...
Lien : http://contesdefaits.blogspo..
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine43   24 août 2011
L'un dans l'autre, soudain en larmes.
- Dès qu'on aura fini, tu vas t'en aller, on aura tout fait comme si on s'aimait, mais on ne s'aimera pas, je serai de nouveau seule, comme quand tu m'as trouvée dans la rue, avec les hommes, c'est l'amour que je cherche, qu'il y en ait un qui m'emmène chez lui et qu'on fasse tous les jours les choses ensemble, que ça ait un sens, quel sens ça a que tu sois dans moi avec ton sexe, il y a cinq minutes je ne te connaissais même pas, tu me serres dans tes bras comme si tu m'aimais et ce n'est pas vrai, c'est à peine si tu m'as regardée avant, tu ne sais même pas comment je suis faite, pourvu que tu me baises, pourvu que ça te fasse une fille de plus, toi, ça te suffit, vous êtes tous des pourris, je me suis promis que si avant trente ans je ne suis pas mariée, je n'ai pas réussi à avoir un foyer, je ne baise plus jamais, ça ne me manquera pas, j'en ai assez eu, ils ne se sont pas privés pour faire leurs saloperies avec moi.
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mandarine43mandarine43   25 août 2011
Elle est courbée sur l'escalier de pierre qu'elle lave à grande eau, le bas de sa robe grise se relève, laissant apercevoir la large bande d'étoffe blanche du jupon et, parfois, lorsqu'elle se baisse davantage, le haut des cuisses dans des bas que rien ne semble retenir, il y a du vent, il fait froid, dans sa culotte courte, ses genoux et ses cuisses nus, il se sent écœuré, il est tôt le matin, il a bu un plein bol de café au lait tiède avec dedans du pain brisé, peut-être a-t-il envie de vomir, l'eau de rinçage est propre, mais sale est celle qu'utilise la femme pour plonger une première fois la serpillière, elle sent le fade, le rance, le pourri, le moisi, la maison elle-même a cette odeur, fade, rance, pourrie, moisie, toutes les maisons de la rue ont la même odeur, toutes les femmes de ces maisons ont la même odeur, l'eau sale leur ruisselle sur les jambes, leurs bas sont mouillés d'eau sale, des jambes des cuisses sales, pourquoi leurs yeux et leurs bouches ne seraient-ils pas sales eux aussi, et que font-elles, ces femmes, lorsqu'elles ne lavent pas à grande eau les escaliers de pierre, elles vont à la rencontre des hommes qui reviennent sales de leur travail, la peau, les chaussures sales, les rires sales quand ils prennent les femmes dans leurs bras, qu'ils les serrent contre eux et les embrassent, deux bouches sales qui se collent l'une à l'autre, lorsque vient l'heure de rentrer à la maison, il y a toujours de la saleté quelque part, dans la cuisine, sur le réchaud à gaz, dans une assiette oubliée sur l'évier, un verre à demi rempli de vin, les miettes du repas de midi sur la toile cirée de la table, une cuvette qui traîne, la grande femme qui a reçu l'eau sale sur ses jambes prépare le dîner pour l'homme et l'enfant qui ne disent rien, l'eau a séché sur ses bas, mais la saleté n'a pas disparu, les bas en sont imprégnés, l'air en est imprégné, la lumière de la grosse ampoule jaune en est imprégnée, les murs d'un vieux brun écaillé aux angles desquels se nichent des petites bêtes sales, sur la vitre, la nuit se colle comme de la glu, l'homme va se coucher, la femme le suit, on entend qu'ils s'embrassent encore, qu'ils font un bruit sale, qu'ils rient et gargouillent dans le lit aux draps sales, on sait aussi confusément, on se doute bien que c'est de cette saleté qu'on est soi-même né un jour et qu'un jour on mourra, que demain il y aura encore la serpillière sale dans l'eau épaisse qui giclera sur le bas de la femme courbée dans l'escalier de pierre, qu'il y aura du vent, qu'il fera froid.
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FredMartineauFredMartineau   29 avril 2017
Je louerais une chambre dans n'importe quel hôtel pouilleux d'une petite ville ouvrière et l'y attendrais, elle arriverait au soir tombant, monterait dans l'escalier déglingué, sur son passage dans le couloir mal éclairé, en maillot de corps, le haut de la poitrine velu, un homme inquiétant ouvrirait sa porte, elle devinerait qu'il serait à deux doigts de la violenter, enfin elle trouverait notre chambre et, à peine entrée, le dos contre la porte refermée, dénouerait la ceinture de son manteau de cuir sous lequel elle serait en bas et porte-jarretelles, dressée sur de hauts talons, je la contemplerais, elle prendrait mon sexe dans sa bouche avant que nous fassions l'amour dans ce décor crasseux.
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Zazette97Zazette97   13 septembre 2010
- Tu sais qui je suis?
Ironique.
- Une débauchée.
Son mouvement lascif.
- Débauchée, luxurieuse, corrompue, déréglée, voluptueuse, immorale, libertine, dissolue, sensuelle, polissonne, baiseuse, dépravée, impudique, vicieuse.
Me baisant la main avec une feinte dévotion.
- Et malgré tout ça, je veux qu'on m'aime. p.21
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mandarine43mandarine43   24 août 2011
- Comment fais-tu avec tous ces types ?
- Je m'arrange.
- Je sais ce que tu penses des hommes.
- Je n'en pense rien. Ils me baisent quand j'en ai envie, c'est tout.
- Si ce n'est que ça, alors pourquoi mens-tu ? Pourquoi es-tu toujours en train de mentir ?
- Tu veux le savoir ? Parce qu'ils s'attendent tous à ce qu'une fille comme moi leur mente.
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Vidéo de Louis Calaferte
C'est vrai qu' il pleut à Londres
texte © Louis Calaferte, tous droits réservés ( https://www.facebook.com/Po%C3%A9sies-Louis-Calaferte-1633450433409889/ ) musique, instruments, voix, mise en images © Franklin Hamon, tous droits réservés trad. in spanish © Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán, Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán
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