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EAN : 9782070410019
215 pages
Éditeur : Gallimard (23/06/2000)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 131 notes)
Résumé :
Ce livre n'est pas un roman. Ici, nulle place pour l'imagination. La zone d'une grande ville, des baraques, le terrain vague, les cris, les coups, la crasse, l'alcool, la sexualité, la brutalité et l'ignorance, la perversité, les jeux cruels des enfants désœuvrés, tout est vrai. Vrai, aussi, le personnage du maître d'école, cherchant à leur donner le goût et l'ambition de la dignité humaine. " Je n'ignore point, dit l'auteur, que ces pages n'ont de valeur qu'en vert... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
trust_me
  30 décembre 2012
1952. Louis Calaferte entre en littérature par la grande porte. Requiem des innocents est un roman terrible sur l'enfance et la misère. Calaferte y raconte ses jeunes années dans « la zone » de Lyon, un ghetto où vivent les indigents des années 30 et 40. Un pauvre gosse parmi tant d'autres : « J'étais aussi crasseux que les autres. Aussi vicieux et mal habillé que les autres. Comme eux, j'appartenais à une famille sordide du quartier le plus écorché de la ville de Lyon : la zone. Sous toutes les latitudes, on trouve ces repaires de repris de justice, de bohémiens, et d'assassins en puissance. Je n'étais qu'un petit salopard des fortifs, graine de bandit, de maquereau, graine de conspirateur et féru de coups durs. Pas plus que les autres, je ne redoutais le mal ni le sang. » Si le petit Louis ne se distingue pas de cette masse grouillante, il sera pourtant le seul parmi ses camarades à obtenir le certificat d'étude. Quand les résultats furent annoncés, « une large, une profonde et vaste stupéfaction pétrifia les copains. On me regarda avec des yeux moqueurs, des yeux méprisants, des yeux haineux. J'étais le premier bâtard de mon quartier qui allait quitter l'école avec autre choses que des poux et le vice de la masturbation collective. »
Calaferte raconte la crasse, la promiscuité, la violence, l'alcool, la sexualité débridée, l'ignorance et la cruauté des enfants de la zone : « Nés au coeur de cette fournaise, nous étions, dès les premiers mois, dépositaires de ses excès et de sa constante fureur. Au surplus nous restions ignorants du monde extérieur et de ses moeurs. [...] Nous n'étions que des bêtes malfaisantes, museaux au vent, flairant une proie ». Pour l'auteur, Requiem des innocents n'est pas un roman : « Je n'ignore pas que ces pages n'ont de valeur qu'en vertu de l'émotion qui, si toutefois j'y réussis, doit sourdre de cette succession de scènes, de faits, tous réels, que j'ai dépeints. » Et il faut bien reconnaître que l'émotion est souvent présente et vous fouille les tripes. Ainsi, cette tirade incroyable contre la mère honnie : « Toi, ma mère, garce, je ne sais où tu es passée. Je n'ai pu retrouver ta trace. J'aurais bien aimé pourtant. Tu es peut-être morte sous le couteau de Ben Rhamed, le bicot des barrières dont les extravagances sexuelles t'affolaient. Si tu vis quelque part, sache que tu peux m'offrir une joie. La première. Celle de ta mort. Te voir mourir me paierait un peu de ma douloureuse enfance. Si tu savais ce que c'est qu'une mère. Rien de commun avec toi, femelle éprise, qui livra ses entrailles au plaisir en m'enfanta par erreur. Une femme n'est pas mère à cause d'un foetus qu'elle nourrit et qu'elle met au monde. Les rats aussi savent se reproduire. Je traîne ma haine de toi dans les dédales de ma curieuse existence. Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l'hygiène. Il fallait me tuer. Il fallait ne pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce. Si tu n'es pas morte, je te retrouverais un jour et tu paieras cher, ma mère. Cher. Garce. »
Calaferte, dans mon panthéon personnel, fait partie des auteurs français les plus importants. Je pense avoir lu à peu près tout ce qu'il a publié, hormis son journal. Parmi ses nombreux ouvrages, Septentrion restera à jamais comme l'un des chefs-d'oeuvre de ma bibliothèque. de ces livres tellement grands qu'il m'est impossible d'en parler.
De Calaferte, je retiens en premier lieu la qualité de l'écriture. Une prose qui mêle le flux lyrique et l'aphorisme, créant un ensemble à la fois classique et baroque où les séquences narratives se multiplient en un mélange de réalisme et de fantasmagorie. Un grand auteur et un grand premier roman, tout simplement.
Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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colimasson
  21 novembre 2014
Je ne suis pas la seule à penser que ce Requiem des innocents ne constitue pas un chef d'oeuvre et j'ai avec moi une opinion bien placée pour savoir de quoi elle parle. Louis Calaferte lui-même a écrit : « S'il y a deux livres de moi que j'abomine, ce sont les deux premiers, que je verrais disparaître avec plaisir » (Le spectateur immobile). Requiem des innocents fait évidemment partie de ces deux premiers livres. Essoufflé dès les premières pages, il semble révéler une discorde entre l'état d'esprit de Louis Calafarte au moment de l'écriture et le propos pourtant prometteur de son livre. La misère sociale donne l'impression de devoir se grimer pour constituer un aliment immédiatement disponible, comme si le lecteur ne pouvait pas fournir le travail d'interprétation tout seul.

Au moment-même de l'écriture, Louis Calafarte ne croyait peut-être déjà plus à ce qu'il écrivait ? L'enfant en lui s'en est allé, il essaie pourtant de le retrouver. Il fabrique une image crédible de sa jeunesse sans que celle-ci ne semble pourtant totalement authentique. La colère re-suscitée donne des coups de poings dans le vide et le sadisme se contemple avec satisfaction, comme un vice rare et bourgeois. L'acte de lecture du Requiem des innocents ne déroge pas à cette position faussement désenchantée.
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monito
  07 septembre 2009
Une écriture rapide, des phrases courtes, un vocabulaire courant, voilà aussi ce qui fait la force de ce Requiem des innocents.
Premier livre de Louis Calaferte, cinquante ans après son écriture, il reste une claque reçue en pleine figure.
Décrire le malheur et la détresse qui habitent des pauvres, des moins que pauvres, dans la zone d'une grande ville, comme l'auteur le fait, nous force à ouvrir les yeux.
La crasse physique, la crasse intellectuelle, la crasse morale sont si épaisses que ces femmes et ces hommes peuvent sembler moins que des bêtes.
Et pourtant, quand la société ouvre les yeux, quand elle veut bien faire l'effort de se regarder en face, elle fait naître l'espoir et des sentiments nouveaux, presque inconnus chez le héros, l'auteur lui-même.
Et là, ces enfants qui n'ont pas d'enfance, deviennent des êtres sensibles, émouvants, à qui pour une fois on tend la main, pour les caresser, pas pour les battre. Présenté de manière crue, ce monde à la lisière du monde « normal » nous rappelle toute l'injustice qui règne autour de nous. Il nous rappelle aussi la spirale infinie que vivent celles et ceux à qui on ferme la porte. Il nous rappelle enfin que l'homme est toujours prêt à s'oublier, pour oublier.
Il nous crie, au visage, aux oreilles, que transposée aujourd'hui cette histoire reste vraie et qu'il est plus que temps de sortir la tête du sable.
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JeromeJeanJacques
  30 octobre 2019
A mes yeux, Louis Calaferte est une illumination ! A ranger au panthéon des auteurs du XXe. Je n'avais rien lu de semblable auparavant… Sa prose familière et raffinée fait un peu penser à Céline, de même que l'histoire outrageuse… Je peine à parler du scénario, qui est très court ; de toutes manières, ce n'est pas ce que j'ai trouvé de plus remarquable dans ce roman.
Requiem des Innocents parle de la vie de jeunes voyous dans un ghetto. Leurs journées ne sont que délits et violence...
Ceux-ci intègrent l'équivalent du collègue pour passer leur certificat d'études. le héros - Calaferte lui-même - n'est pas studieux, mais a tout de même plus de facilité que ses amis voyous. le directeur de l'établissement le remarque, et le prend sous son aile.
Quelque chose de banal donc. Ce qui fait la différence dans ce livre, ce sont les descriptions très réalistes. J'ai senti vivre les personnages dans cette oeuvre, et ce n'est pas une remarque en l'air, non ! Dans l'écriture de Calaferte, chaque détails compte.
D'ailleurs, le soucis de la précision est poussé jusqu'au rythme des pensées du jeune homme, de telle sorte qu'elles s'accordent aux nôtres.
En bref : une lecture coup de poing, parfaite pour découvrir Louis Calaferte.
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Jeannepe
  24 juillet 2016
À coups de verbe et de crasse, Louis Calaferte nous livre le récit abrupt de son enfance. Pas très loin de Lyon, une zone. Une zone faite de pauvres, de violence, d'alcool, d'ignorance, de magouilles. Une zone où éducation et hygiène peinent à se frayer un chemin, à trouver résonnance. Une zone où la vie persiste, avec ses ébréchures de soleil, rares mais précieuses. Une zone dont il faut sortir, mais qui laisse une trace au fond des corps.
Calaferte, Schborn, Lubitchs, Lédernacht… tous évoluent dans un cadre sombre et miséreux, où la vie s'apparente tantôt à la survie, tantôt à l'autodestruction. Une vie que l'auteur parvient à animer grâce à une plume intransigeante et acerbe, prête à relever l'émotion, à la transmettre. Entre sourire et écoeurement, il nous frappe là où ça fait mal, dans le coeur de nos bonnes intentions, de notre confort quotidien. Un « notre » qui exclut, maintient à la marge toute épine dans le pied de notre société. Heureusement, parfois, au milieu du désoeuvrement et de la brutalité, la course à la dignité humaine ne s'arrête pas. Alors, à bout de souffle, nous parvenons à la 217e et dernière page de ce premier ouvrage, de cette révolte en format poche.
Lien : https://auxlivresdemesruches..
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Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
oliviersavignatoliviersavignat   03 juin 2020
Dans notre rue, nos femmes ne désemplissaient leur matrice que pour la remplir à nouveau. A peine le temps de déposer une boule de chair molle, qu'un autre foetus était en train. C'était un défilé continuel de ventres engrossés, dans cette rue unique, tracée d'un point à l'autre du ghetto. Des ventres et des ventres. En germe. Remplis. Massifs. Des ventres et des ventres. Portant la vie sans s'en préoccuper.
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colimassoncolimasson   09 décembre 2014
(...) Dans les recoins des magasins : tassés, bourrés tels des animaux, les uns contre les autres dans le froid des nuits de l'hiver. Nous allons, lui et moi. Lourds, lui et moi, de cette grande tristesse de la nuit des villes, de cette magique et haute poésie de la nuit des villes. Les clochards étaient là, toujours les mêmes, nuit après nuit, que nous reconnaissions au passage. Là, dans les bras les uns des autres, étouffant à pleine étreinte la peine de leurs destins déroutés. Nous les regardions. Nous nous arrêtions pour les regarder. Nuit après nuit. Et c'était beau. C'était fantastiquement beau. Ces tas humains, ces boules de chair humaine, ces corps pelotonnés sur eux-mêmes tout au long des nuits glaciales de l'hiver. Sait-on la beauté qu'il y a dans ce laisser-aller animal ? Hommes déchus, anges terribles, crouteux, sales, malades, ivrognes, fainéants, répugnants, indifférents, étrangers, faisant confiance au monde. A la bonté du monde, à celle des passants de la nuit. A moins que la confiance n'eût quitté leur âme et que cet abandon ne fût qu'une lassitude de bête trompée. Je ne sais. On ne peut savoir ces choses. On ne peut apprendre nulle part ces choses-là. Qui pourrait se lever et dire de quoi est fait cet abandon total de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants – des enfants couchés sous les porches, dans les nuits mordantes de l'hiver? Qui saurait parler de cela sans se tromper jamais?
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trust_metrust_me   30 décembre 2012
Toi, ma mère, garce, je ne sais où tu es passée. Je n’ai pu retrouver ta trace. J’aurais bien aimé pourtant. Tu es peut-être morte sous le couteau de Ben Rhamed, le bicot des barrières dont les extravagances sexuelles t’affolaient. Si tu vis quelque part, sache que tu peux m’offrir une joie. La première. Celle de ta mort. Te voir mourir me paierait un peu de ma douloureuse enfance. Si tu savais ce que c’est qu’une mère. Rien de commun avec toi, femelle éprise, qui livra ses entrailles au plaisir en m’enfanta par erreur. Une femme n’est pas mère à cause d’un fœtus qu’elle nourrit et qu’elle met au monde. Les rats aussi savent se reproduire. Je traîne ma haine de toi dans les dédales de ma curieuse existence. Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l’hygiène. Il fallait me tuer. Il fallait ne pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce. Si tu n’es pas morte, je te retrouverais un jour et tu paieras cher, ma mère. Cher. Garce.
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usagiusagi   12 juin 2013
Tôt, j'ai connu le monde de la nuit. J'étais, je suis destiné à la nuit. Je garde l'impression de ne pas exister pleinement pendant le jour, et la nuit m'est favorable. Le soir venu, pour moi la vie commence. Lobe était de cette race de nocturnes. La nuit tombée, son comportement changeait, sa voix devenait autre. Il est des êtres qui ne savent pas se mettre au diapason de la nuit. La nuit ne se livre pas d'elle-même. Il faut la pénétrer, la décortiquer, la violer. Il faut lui arracher les lambeaux qui la recouvrent. A l'heure où les hommes s'endorment, une seconde catégorie d'hommes se montre à nu. La nuit depuis longtemps les a façonnés à sa manière qui est brutale. Les a pétris, faits et refaits. Je suis de ceux-là. Je suis de ceux qui ne peuvent dormir tant que vit la nuit. Mes souvenirs et mes désirs les plus profonds reviennent. Affluent. Je veille, les yeux ouverts sur la nuit qui s'accroche au réel. J'éprouve la pénible et agréable sensation - la lâche sensation, comme au moment de l'anesthésie - de me dédoubler. Je me fixe au coeur de la nuit.
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colimassoncolimasson   05 décembre 2014
-Personne n’attend plus le jour à notre époque. Personne sauf les malades. Personne sauf ceux qui veulent gagner un jour de vie, et les enfants qui ont peur.
-Nous, on attend le jour, m’sieur Lobe.
-Nous oui… Oui petit : nous.
Il se baissait vers moi, m’embrassait sur le front. Ça piquait, c’était humide et doux. Une grosse peine enflait en moi. Un chagrin aux raisons obscures, aux racines ancestrales, qui n’osait éclater.
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Videos de Louis Calaferte (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Louis Calaferte
C'est vrai qu' il pleut à Londres
texte © Louis Calaferte, tous droits réservés ( https://www.facebook.com/Po%C3%A9sies-Louis-Calaferte-1633450433409889/ ) musique, instruments, voix, mise en images © Franklin Hamon, tous droits réservés trad. in spanish © Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán, Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán
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