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EAN : 9782070410019
215 pages
Gallimard (23/06/2000)
4.05/5   220 notes
Résumé :
Ce livre n'est pas un roman. Ici, nulle place pour l'imagination. La zone d'une grande ville, des baraques, le terrain vague, les cris, les coups, la crasse, l'alcool, la sexualité, la brutalité et l'ignorance, la perversité, les jeux cruels des enfants désœuvrés, tout est vrai. Vrai, aussi, le personnage du maître d'école, cherchant à leur donner le goût et l'ambition de la dignité humaine. " Je n'ignore point, dit l'auteur, que ces pages n'ont de valeur qu'en vert... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
4,05

sur 220 notes
1952. Louis Calaferte entre en littérature par la grande porte. Requiem des innocents est un roman terrible sur l'enfance et la misère. Calaferte y raconte ses jeunes années dans « la zone » de Lyon, un ghetto où vivent les indigents des années 30 et 40. Un pauvre gosse parmi tant d'autres : « J'étais aussi crasseux que les autres. Aussi vicieux et mal habillé que les autres. Comme eux, j'appartenais à une famille sordide du quartier le plus écorché de la ville de Lyon : la zone. Sous toutes les latitudes, on trouve ces repaires de repris de justice, de bohémiens, et d'assassins en puissance. Je n'étais qu'un petit salopard des fortifs, graine de bandit, de maquereau, graine de conspirateur et féru de coups durs. Pas plus que les autres, je ne redoutais le mal ni le sang. » Si le petit Louis ne se distingue pas de cette masse grouillante, il sera pourtant le seul parmi ses camarades à obtenir le certificat d'étude. Quand les résultats furent annoncés, « une large, une profonde et vaste stupéfaction pétrifia les copains. On me regarda avec des yeux moqueurs, des yeux méprisants, des yeux haineux. J'étais le premier bâtard de mon quartier qui allait quitter l'école avec autre choses que des poux et le vice de la masturbation collective. »

Calaferte raconte la crasse, la promiscuité, la violence, l'alcool, la sexualité débridée, l'ignorance et la cruauté des enfants de la zone : « Nés au coeur de cette fournaise, nous étions, dès les premiers mois, dépositaires de ses excès et de sa constante fureur. Au surplus nous restions ignorants du monde extérieur et de ses moeurs. [...] Nous n'étions que des bêtes malfaisantes, museaux au vent, flairant une proie ». Pour l'auteur, Requiem des innocents n'est pas un roman : « Je n'ignore pas que ces pages n'ont de valeur qu'en vertu de l'émotion qui, si toutefois j'y réussis, doit sourdre de cette succession de scènes, de faits, tous réels, que j'ai dépeints. » Et il faut bien reconnaître que l'émotion est souvent présente et vous fouille les tripes. Ainsi, cette tirade incroyable contre la mère honnie : « Toi, ma mère, garce, je ne sais où tu es passée. Je n'ai pu retrouver ta trace. J'aurais bien aimé pourtant. Tu es peut-être morte sous le couteau de Ben Rhamed, le bicot des barrières dont les extravagances sexuelles t'affolaient. Si tu vis quelque part, sache que tu peux m'offrir une joie. La première. Celle de ta mort. Te voir mourir me paierait un peu de ma douloureuse enfance. Si tu savais ce que c'est qu'une mère. Rien de commun avec toi, femelle éprise, qui livra ses entrailles au plaisir en m'enfanta par erreur. Une femme n'est pas mère à cause d'un foetus qu'elle nourrit et qu'elle met au monde. Les rats aussi savent se reproduire. Je traîne ma haine de toi dans les dédales de ma curieuse existence. Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l'hygiène. Il fallait me tuer. Il fallait ne pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce. Si tu n'es pas morte, je te retrouverais un jour et tu paieras cher, ma mère. Cher. Garce. »

Calaferte, dans mon panthéon personnel, fait partie des auteurs français les plus importants. Je pense avoir lu à peu près tout ce qu'il a publié, hormis son journal. Parmi ses nombreux ouvrages, Septentrion restera à jamais comme l'un des chefs-d'oeuvre de ma bibliothèque. de ces livres tellement grands qu'il m'est impossible d'en parler.

De Calaferte, je retiens en premier lieu la qualité de l'écriture. Une prose qui mêle le flux lyrique et l'aphorisme, créant un ensemble à la fois classique et baroque où les séquences narratives se multiplient en un mélange de réalisme et de fantasmagorie. Un grand auteur et un grand premier roman, tout simplement.
Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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Je ne suis pas la seule à penser que ce Requiem des innocents ne constitue pas un chef d'oeuvre et j'ai avec moi une opinion bien placée pour savoir de quoi elle parle. Louis Calaferte lui-même a écrit : « S'il y a deux livres de moi que j'abomine, ce sont les deux premiers, que je verrais disparaître avec plaisir » (Le spectateur immobile). Requiem des innocents fait évidemment partie de ces deux premiers livres. Essoufflé dès les premières pages, il semble révéler une discorde entre l'état d'esprit de Louis Calafarte au moment de l'écriture et le propos pourtant prometteur de son livre. La misère sociale donne l'impression de devoir se grimer pour constituer un aliment immédiatement disponible, comme si le lecteur ne pouvait pas fournir le travail d'interprétation tout seul.


Au moment-même de l'écriture, Louis Calafarte ne croyait peut-être déjà plus à ce qu'il écrivait ? L'enfant en lui s'en est allé, il essaie pourtant de le retrouver. Il fabrique une image crédible de sa jeunesse sans que celle-ci ne semble pourtant totalement authentique. La colère re-suscitée donne des coups de poings dans le vide et le sadisme se contemple avec satisfaction, comme un vice rare et bourgeois. L'acte de lecture du Requiem des innocents ne déroge pas à cette position faussement désenchantée.
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Requiem des innocents / Louis Calaferte
La quatrième de couverture nous avertit que ce livre terrible n'est pas un roman et que l'imagination de l'auteur n'y a pris aucune place. Il faut bien dire qu'arrivé au terme de cette lecture très spéciale et pour le moins sombre et ahurissante, on reste dubitatif tant l'accumulation de faits et de situations à peine imaginables dans une zone urbaine de déchéance habitée par des êtres de misère et d'infortune, est stupéfiante.
Des baraques en terrain vague s'éparpillent dans la zone périphérique de la grande ville. Nous sommes dans les années d'avant-guerre entre 1930 et 1940. du matin au soir ça crie, ça frappe, ça vit dans la crasse et l'alcool, dans l'assouvissement d'une sexualité bestiale et brutale et l'ignorance dans la perversité de jeux cruels d'enfants désoeuvrés.
L'un des enfants est le narrateur lui-même, l'auteur Louis Calaferte. Il raconte.
Aussi crasseux, féroce, vicieux et débraillé que les autres, il avoue avoir appartenu à une famille sordide d'un quartier qu'il qualifie d'écorché ! C'était la zone, le ghetto, l'enfer où il connut la faim la plus tenace, celle qui mine la tête de vertiges. Et il y avait l'alcool, l'hostie du pauvre.
le père, qui a déjà fait de la prison à maintes reprises pour vol avec effraction et main armée, et la mère qui traite son mari de maquereau, de fainéant, de raté, de mollusque, se disputent tous les jours, s'insultent, se battent, se frappent et achèvent inévitablement leur pugilat dans la chambre…
Il a quatorze ans et à la haine de ses parents : parlant de sa mère il confie qu'il traine sa haine de cette garce dans les dédales de sa curieuse existence, et qu'il ne fallait pas le laisser venir au monde, il fallait le tuer.
Il a quatorze ans et appartient à une bande de gouapes qui écument la zone et même au-delà. Une bande de petites bêtes malfaisantes. Il est le second de Schborn, le chef de bande, une bande qui aime la bagarre, les duels internes en particulier.
« Ces duels de mon enfance m'apparaissent aujourd'hui comme le merveilleux renouvellement des épreuves de force antiques. Ils en avaient l'humanité bestiale et la grandeur. »
Il a gardé le souvenir d'un maître d'école hors-norme, Lobe de son nom, un personnage qui apporte dans la seconde partie du livre un petit rayon de soleil et d'espoir, des instants de paix fugitifs volés à cette vie de désespoir, des matins de frêle bonheur, décrits dans un style remarquable de justesse, pour donner le goût et l'ambition de la vie humaine.
Il aime la nuit et ne peut dormir tant que dure la nuit. C'est le meilleur moment pour assouvir ses pulsions, toutes même les plus criminelles. Dans la nuit il n'y a rien d'autre à faire que l'amour ou l'assassin. Tout est permis. Les rêves les plus insensés. Les suppositions fantasques. La nuit fait rois les pauvres.
Un ouvrage autobiographique virulent publié en 1952, véritable cri de révolte contre la misère et l'injustice du monde moderne, un récit relatant la vérité glauque du ghetto lyonnais.
« Je compris confusément qu'on ne pouvait combler un homme que dans les limites de ses désirs. Lui apporter de bonnes paroles, l'aiguiller sur les chemins de la droiture quand son rêve est de piller et de rançonner, n'est pas une consolation. On ne peut rien faire d'autre pour un homme que lui donner à manger et à boire quand il a faim et soif… »
Un récit décrivant des êtres humains mus par les instincts les plus primitifs et en particulier des enfants, car rien n'est plus féroce, vicieux, criminel qu'un enfant, dit l'auteur.
L'écriture est sombre mais flamboyante, poétique pour susciter l'émotion, brutale et provocatrice pour faire naître l'indignation. À noter l'alternance des temporalités reflétant l'émergence des réminiscences et l'évolution du style au fil des pages, passant de la relation factuelle et brutale comme un déchaînement, à une évocation plus lyrique comme une apothéose en forme de prière.
Un livre de Louis Calaferte qui peut aussi apparaitre non seulement comme un règlement de compte à l'encontre de ses parents, mais encore comme un chemin de croix pour une enfance maltraitée et abandonnée.
Attention : certains passages sont à la limite du supportable notamment dans le dernier tiers du récit., !!
Extrait : « Nous sommes quatre camarades. Nous avons des yeux et des attitudes de loups affamés. Nous sommes affamés. Moins de pain que de vie. Quatre innocents de la création. Cruels, impitoyables, intraitables, petits hommes sanguinaires. Nous avons douze ou quatorze ans. Nous sommes forts. Inflexibles dans nos envies.
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La violence, la misère, la brutalité qui touchent les plus vulnérables. Un regard impitoyable sur la société, sa corruption, l'aliénation qu'elle génère.
Tout est dit dans les critiques, positives ou négatives de Babelio.
Sombre, puissant, servi par un style sec, aux phrases courtes.
Un premier roman signé par Louis Calaferte, qui s'est inspiré de sa propre enfance d'émigré italien dans un ghetto de Lyon, qui donne envie de découvrir plus largement son oeuvre.
Rien n'a changé au fond…
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Lire ou relire le Requiem des innocents, c'est entrer au royaume des invisibles. C'est plonger à travers les tripes du monde, c'est écouter au soupirail des villes, c'est comprendre que tout cela malheureusement, bien évidement, n'a jamais pris fin. C'est un monde la misère, c'est un enfer la pauvreté. Un miroir. Un mouroir. Une couveuse. Mais ça vit, ça grouille, ça court, ça bouffe, ça cogne, ça baise, ça survit. C'est une force colossale, un instinct de survie phénoménale. Un vortex. Si tu y entres, oublie le vernis. C'est du brut. Pas le temps. Jamais le temps pour celles et ceux qui y échouent , ceux qui y sont nés. ça vous fabrique des mâchoires de loups, des regards de vitrail, des mots qui cognent aux portes du ciel, et qui défoncent les grilles de l'enfer. faudrait juste s'asseoir. Regarder, écouter, et lire. Lire les phrases ou les visages , c'est pareil. Voilà c'est ça ce requiem un livre de peaux. Une écorche de peaux.
ça vous colle à la peau, comme une odeur. Et tu as beau dire, méchamment faire, t'as beau tirer sur les manches de ton blouson, tu sais que ça ressort toujours. Tu viens de là. T'oublie pas. Tu y crèves ou tu t'en sors. Tu l'écris. Tout ce qui en ressort , tu le délies, tu renoues, tu tisses, tu écris. Y pas de mérite. Aucun. Un hasard? Un destin ? Une logique? un système ? Là où il y a de la faim, y a pas de plaisir, mais du désir, de l'envie, de la rage, du mépris, et de l'amour qui sent l'humain, pas un amour qui sentirait le pardon. . Les innocents avaient leur cimetière, Calaferte a composé leur requiem.
C'est terriblement beau, c'est une dégaine d'écriture.
Fred Deux avec La Gana, Louis Calaferte avec son requiem. ça s'oublie pas.

Astrid Shriqui Garain
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Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
J'aurais renié mon nom pour un bout de pain. À certains moments, j'aurais vendu ma peau pour un bol de soupe. La faim il faut en parler: ça a son importance dans une psychologie. J'ai eu tout le temps d'apprendre. Quand on a interminablement faim, que la faim exaspérante s'accroche à vous, ça vous conduit à tout accepter de tout le monde. Qu'on ne vienne pas me dire que la faim incite à la révolte: ce n'est pas vrai. Ça vous ramollit, au contraire. On a le sourire obséquieux pendu à la bouche. Toute l'existence se centre d'un coup sur un repas complet. Ça tourne à l'obsession. On y perd dignité, honneur et orgueil.
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(...) Dans les recoins des magasins : tassés, bourrés tels des animaux, les uns contre les autres dans le froid des nuits de l'hiver. Nous allons, lui et moi. Lourds, lui et moi, de cette grande tristesse de la nuit des villes, de cette magique et haute poésie de la nuit des villes. Les clochards étaient là, toujours les mêmes, nuit après nuit, que nous reconnaissions au passage. Là, dans les bras les uns des autres, étouffant à pleine étreinte la peine de leurs destins déroutés. Nous les regardions. Nous nous arrêtions pour les regarder. Nuit après nuit. Et c'était beau. C'était fantastiquement beau. Ces tas humains, ces boules de chair humaine, ces corps pelotonnés sur eux-mêmes tout au long des nuits glaciales de l'hiver. Sait-on la beauté qu'il y a dans ce laisser-aller animal ? Hommes déchus, anges terribles, crouteux, sales, malades, ivrognes, fainéants, répugnants, indifférents, étrangers, faisant confiance au monde. A la bonté du monde, à celle des passants de la nuit. A moins que la confiance n'eût quitté leur âme et que cet abandon ne fût qu'une lassitude de bête trompée. Je ne sais. On ne peut savoir ces choses. On ne peut apprendre nulle part ces choses-là. Qui pourrait se lever et dire de quoi est fait cet abandon total de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants – des enfants couchés sous les porches, dans les nuits mordantes de l'hiver? Qui saurait parler de cela sans se tromper jamais?
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Toi, ma mère, garce, je ne sais où tu es passée. Je n’ai pu retrouver ta trace. J’aurais bien aimé pourtant. Tu es peut-être morte sous le couteau de Ben Rhamed, le bicot des barrières dont les extravagances sexuelles t’affolaient. Si tu vis quelque part, sache que tu peux m’offrir une joie. La première. Celle de ta mort. Te voir mourir me paierait un peu de ma douloureuse enfance. Si tu savais ce que c’est qu’une mère. Rien de commun avec toi, femelle éprise, qui livra ses entrailles au plaisir en m’enfanta par erreur. Une femme n’est pas mère à cause d’un fœtus qu’elle nourrit et qu’elle met au monde. Les rats aussi savent se reproduire. Je traîne ma haine de toi dans les dédales de ma curieuse existence. Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l’hygiène. Il fallait me tuer. Il fallait ne pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce. Si tu n’es pas morte, je te retrouverais un jour et tu paieras cher, ma mère. Cher. Garce.
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Tôt, j'ai connu le monde de la nuit. J'étais, je suis destiné à la nuit. Je garde l'impression de ne pas exister pleinement pendant le jour, et la nuit m'est favorable. Le soir venu, pour moi la vie commence. Lobe était de cette race de nocturnes. La nuit tombée, son comportement changeait, sa voix devenait autre. Il est des êtres qui ne savent pas se mettre au diapason de la nuit. La nuit ne se livre pas d'elle-même. Il faut la pénétrer, la décortiquer, la violer. Il faut lui arracher les lambeaux qui la recouvrent. A l'heure où les hommes s'endorment, une seconde catégorie d'hommes se montre à nu. La nuit depuis longtemps les a façonnés à sa manière qui est brutale. Les a pétris, faits et refaits. Je suis de ceux-là. Je suis de ceux qui ne peuvent dormir tant que vit la nuit. Mes souvenirs et mes désirs les plus profonds reviennent. Affluent. Je veille, les yeux ouverts sur la nuit qui s'accroche au réel. J'éprouve la pénible et agréable sensation - la lâche sensation, comme au moment de l'anesthésie - de me dédoubler. Je me fixe au coeur de la nuit.
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Le moins gangrené de nous tous était le père Lédernacht qui,à part son commerce clandestin de drogue,restait irréprochable ou presque.Je me rappelle très bien.
Au milieu de l'espace où êtes-vous en ce moment Lédernacht fils Debrer,Chapuizat,Meunier?Dans quelle prison,dans quels chagrins inconnus et profonds,dans quel détour de la peine?J'ai suivi vos traces ,année par année,et finalement mon destin ,qui n'est pas moins nébuleux que les vôtres,m'a emporté ailleurs et n'a abandonné à ma mémoire que vos noms et vos figures barbouillées et cruelles d'y il a quinze ou vingt ans .Vos figures de démons pauvres.Je n'ai pas oublié. Le poison commun gueule dans mes veines et m'empêche de vivre comme les autres ,souriants et légers d'insouciance. Toujours ,vous pourrez l'aborder,où que je sois. Je tendrai ma main et ma poitrine pour vous y serrer.Si j'ai la nourriture,je vous nourrirai,si j'ai l'argent,je vous le donnerai et,en plus mon amitié et mon coeur.Et ma peau si vous en avez besoin .Je sais d'où je viens.Je n'ai pas renié ma race. Je sais que là-bas la vie était pareille à la terre, noire ,sale.Qu'elle ne pardonnait pas.Ni le mal ni le bien .Je sais que tout y etait sujet à ordure et à désespérance. Je sais qu'on n'empoigne pas le malheur,qu'on ne lui fracasse pas la tête. Que ce n'est pas une question de force.Voud pouvez amener demain vos pitoyables dépouilles : je pleurerai en vous accueillant les bras ouverts.Vous pouvez m'appeler ,je n'aime bien que la misère des hommes.C'est un bout de notre vérité, la misère. Ça vous fait tenir les yeux écarquillés.Ça vous dérange. Ça vous détruit. Ça vous réforme.C'est mâle ,la misère. Faut l'écouter ou s'en aller.C'est exigeant.Vous pouvez m'appeler.Je vous reconnaîtrai.( Page 65/66).
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Vidéo de Louis Calaferte
Virginie Despentes accompagnée par le groupe Zëro : Éric Aldea (guitare), Ivan Chiossone (claviers), Frank Laurino (batterie) Son : Wilo
Depuis Baise-moi en 1994, Virginie Despentes s'est imposée comme une écrivaine majeure avec notamment Les Jolies Choses (prix Flore 1998), Teen Spirit, Apocalypse bébé (prix Renaudot 2010) ou encore son essai King Kong Théorie. C'est qu'il y a chez elle une énergie d'écriture salutaire et sans concession, mais aussi une intelligence rare. L'acuité de son regard sur le monde contemporain (tantôt hilarant, tantôt glaçant de vérité), on la retrouve dans la « série » Vernon Subutex, fresque incroyable en trois tomes. Personne n'échappe à Virginie Despentes et, en même temps, elle sait très bien qu'il est jouissif de canarder à tous crins. Elle s'efforce donc de prendre à bras-le-corps, et d'aimer aussi, cette galerie de personnages ultramodernes qu'elle met en scène.
Ce soir elle vient accompagnée du groupe de rock Zëro pour payer une dette littéraire : celle qu'elle doit au mythique Requiem des innocents de Louis Calaferte.
À lire – Virginie Despentes, Vernon Subutex 3, Grasset, 2020. À écouter – Zëro, « Requiem des Innocents » (avec Virginie Despentes), 2LP Ici d'Ailleurs, 2020.
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