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ISBN : 2843376211
Éditeur : Anne Carrière (01/08/2011)

Note moyenne : 3.18/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Chili, 1980. Dans la réserve de Huara, les journées passent et se ressemblent. C’est là que Carlos, lieutenant de police, a été affecté. Il trompe son ennui en consignant ses journées par écrit et livre ses pensées et ses inquiétudes sur l’état mental de sa femme. Car à la différence de son mari, Rocio voit et entend ce qui se passe, ressent la douleur, celle du peuple et la sienne.
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  17 janvier 2012
Comment exorciser un passé que l'on n'a pas vécu ? Comment parler d'une dictature militaire quand on ne l'a connu que par des bribes de conversation, « des récits embrouillés, des narrations invraisemblables, des digressions interminables » ? Comment appréhender 17 années de régime (de 1973 à 1990) dans le Chili de Pinochet, quand la génération à laquelle on appartient n'a perçu de la dictature que ce qu'elle en a entendu ?
Felipe Becerra Calderòn est un jeune écrivain chilien de 27 ans. Il a cinq ans lorsque le Chili retrouve sa démocratie en 1990. Trop jeune pour se souvenir des tortures, des châtiments infligés, des camps d'emprisonnement, des corps sans sépultures, des immenses charniers dissimulés dans les terres arides du nord du Chili.
Mais si sa génération n'a pas « expérimenté » les horreurs de la répression militaire, la force des récits a laissé son empreinte dans les coeurs des jeunes gens nés avec la démocratie, des impressions recueillies par l'écoute, par l'audition, par tout ce qui s'est fait entendre comme témoignages, confidences, secrets, déclarations et aveux divulgués par les victimes ou par les bourreaux. Ces jeunes gens, comme Felipe Becerra Calderòn, sont « entrés dans l'Histoire par ouïe-dire ».
Avec « Chiens Féraux », l'auteur s'est laissé entraîner par toutes ces voix déformées du passé lui narrant l'histoire récente de son pays, il s'est laissé porter par « des rythmes étranges, des frémissements, des bruissements». Au lieu de donner la description effective des horreurs du régime – les répressions, les persécutions, la barbarie – il en a « désamorcé la représentation ». Son évocation est d'autant plus puissante qu'elle se fait de façon indirecte, en prenant la forme troublée d'un mirage gorgé de voix effrayantes.
Nous sommes en 1980 dans le Nord du Chili, un désert de roches et de poussière sous un soleil impitoyable.
Dans ce lieu de déréliction, le brigadier Carlos Molina a été affecté à la garde d'une réserve, vide et abandonnée. Si sa mission est de consigner jour après jour les activités de la réserve, il ne peut que se rendre compte qu'ici, au seuil de nulle part, rien ne se passe jamais. Aussi, pour pallier à l'isolement et à l'ennui journaliers, s'attelle-t-il à décrire sa solitude, ses doutes, ses interrogations sur une forme étrange qui se déploie à l'horizon et semble se diriger vers lui, ainsi que ses inquiétudes quant à la santé mentale de Rociò, sa femme, une ancienne étudiante en médecine traumatisée par un événement passé.
Car l'épouvante règne à l'intérieur de Rocìo. Son esprit est contaminé par des rêves étranges, des visions terrifiantes, par des voix qu'elle a procréées et dont elle est la mère, des voix ténues mais démoniaques qui la harcèlent, la rongent, la grignotent comme de petits diables souffreteux et voraces.
Ces petites voix venues du plus loin de sa conscience, qui chuintent et qui chuchotent, qui pleurnichent, qui geignent ,qui mordillent, lacèrent, déchiquettent de leurs petites dents acérés d'enfants imaginaires ; ces petites voix d'enfants qui égratignent la conscience jusqu'à l'obsession, jusqu'au délire, jusqu'à la folie ; ces petites voix tourmentées sont celles de la culpabilité, de la résignation, de la soumission, des crimes des oppresseurs, des bourreaux du Chili, ce sont celles des corps suppliciés, torturés, avilis, celles des charniers, des cadavres laissés sans sépulture aux abords du désert, celles de tout un peuple martyrisé par des années d'oppression.
Dans ce désert de poussière où la solitude est aussi implacable que le soleil de plomb, dans cette étendue de roches noires et de sable gris, dans l'incandescence métallique des collines de sel, dans cette aridité qui joue avec les visions et les nerfs, Carlos et Rociò se laissent peu à peu ensevelir par leurs ombres intérieures, taraudés par des questions obsédantes : que sont ces chiens redevenus sauvages, ces chiens féraux rôdant la nuit aux abords du village? Et quelle est cette tache brune à l'horizon qui s'amplifie et se transforme, chaque jour se faisant plus menaçante ?
Le lecteur qui entrera dans ce roman étrange et hypnotique, y pénètrera comme soumis à l'effet d'un puissant narcotique.
Le jeu des couleurs, criardes ou sombres, chatoyantes ou mates ; les formes mouvantes, changeantes et floues, qui se transforment, s'allongent et se rétrécissent ; le bourdonnement des voix enfantines, chuchotis malfaisants et continus, donnent un côté psychédélique à ce roman insolite, où la polyphonie des voix se mêle à celle d'une écriture offrant plusieurs formes narratives.
On baigne dans un onirisme à la poésie noire par lequel le jeune auteur chilien noie « l'histoire dans une vague d'hallucinations et fait affleurer une forme de salut dans la schizophrénie de la langue ».
Sorte de longue errance, le roman, récompensé par le Prix Roberto Bolaño lors de sa parution au Chili en 2006, devient « la divagation embrouillée d'un enfant un peu pervers, un chuchotement à peine audible sous un silence terrassant. Un gazouillis que quelqu'un croit entendre entre la poussière et le vent. »
« le roman est ce doute : en pleine nuit, un mirage de l'ouïe. »
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Zebra
  11 mai 2013
Felipe Becerra Calderón est né à Viña del Mar au Chili en 1985. Avec son premier roman, "Chiens féraux", il obtient en 2006, le premier prix du concours Roberto Bolaño dans la catégorie roman. La même année, il se voit attribuer le Premier Prix dans la catégorie Conte du même concours. Les maisons d'édition chiliennes refusent toutes son manuscrit. "Chiens féraux" est finalement publié en 2008 par la maison d'édition Zignos, de Lima, au Pérou. En 2009, le roman est traduit en anglais et, la même année, la revue The Radgeworks (Edimbourg) présente et publie quelques chapitres de sa traduction. Aujourd'hui, Felipe Becerra fait partie de la Faunita, groupement littéraire grâce auquel il imprime ses propres livres. Felipe Becerra écrit actuellement son second roman, "Ñache". Il s'agira également - comme "Chiens Féraux" - d'un roman hallucinant. Selon le quotidien national chilien La Tercera, Felipe Becerra est l'une des promesses de la scène littéraire du Chili.
Nous sommes en 1980, au Nord du Chili, sous la dictature de Pinochet. Les terres arides du désert d'Atacama servent de décors. Rocio, ancienne étudiante en médecine, a suivi son mari, Carlos, lieutenant de police, en pleine réserve de Huara : il n'y a rien à faire et beaucoup à méditer car la dictature a ensemencé le désert de fosses communes innombrables et instillé la terreur et la folie chez la plupart des survivants, qu'ils soient victimes ou bourreaux. Rocio s'enfonce dans sa folie : elle rêvait de prodiguer des soins et d'apporter un peu de bonheur aux malades et aux blessés, mais elle a dû obéir aux ordres et tourmenter femmes, enfants et hommes qui lui passaient entre les mains. Ils ont comme beaucoup fini dans les cuves et le formol, dans un sous-sol ou dans un charnier, abandonnés ! Rocio est en train de retourner à l'état sauvage, comme un "bagual". Elle est oppressée par ces voix d'enfants qui l'habitent, comme un remords dont elle aimerait se débarrasser. Ces voix, ce sont les voix déformées du passé : elles lui reprochent les horreurs du régime, les répressions, les tortures et les fosses où gisaient blessés et mourants. Rocio délire et refuse (page 115) sa maternité, imprévue, inopposable dans ce monde de brutes sanguinaires.
Roman étrange, déroutant, hallucinant, psychédélique, plein de couleurs et de formes bizarres, "Chiens féraux" livre au lecteur un texte aux phrases courtes et violentes, oscillant entre le réel et le cauchemar. J'ai été perturbé à la lecture de ce livre qui met d'entrée de jeu le lecteur très mal à l'aise. Felipe Becerra ne s'attaque pas, ne critique pas la dictature de Pinochet, dictature qu'il n'a pas connue (il avait 5 ans quand le Chili a découvert la démocratie). Felipe Becerra tente avec "Chiens Féraux" d'exorciser un passé qu'il n'a pas vécu mais qui lui a complètement absorbé sa propre enfance : Felipe Becerra est entré dans l'histoire par ouï-dire. Sa petite enfance n'a été qu'un univers de sons et d'images incompréhensibles pour lui (les adultes autour de lui causaient inlassablement de disparus et de suppliciés du régime dictatorial), un brouillard permanent qui le réduisait à n'être qu'une quantité négligeable. Il se devait de reprendre le dessus. Il réussit avec "Chiens Féraux" à mêler un récit réel ou imaginaire de faits, une réflexion relative à ces faits, du rêve, de l'introspection et le regard des autres sur ces faits, le tout dans un ballet surréaliste, onirique et sanguinolent. du Grand Guignol ? Felipe Becerra s'est laissé guidé par sa propre voix, "une voix infantile un peu comme celle d'un enfant de choeur". Il devait parler car (page 151), c'est le silence qui fait le plus mal. Et ces voix, ce sont un peu (page 40) les âmes des disparus.
Mais quel but poursuivait Felipe Becerra ? A défaut de dénoncer le régime et les atrocités de Pinochet, n'a-t-il pas participé à la banalisation du mal commis par ce régime ? Par la banalité de l'homme qu'il décrit, Felipe Becerra souligne la banalité même des actes commis, une banalité toute politique. Ici, le mal est avant tout celui que l'on fait à l'autre. Ça n'est pas un manquement à la morale. Il s'agit d'une action prise en plein espace public. Et la banalité du mal ne réduit pas le mal à un simple détail. Alors, peut-on juger ces crimes insupportables alors même que les criminels étaient des gens ordinaires, des gens d'une banalité confondante, que le régime avait réussit à instrumentaliser ? Felipe Becerra nous montre que le mal n'était pas une violation de la loi, mais au contraire, une obéissance à la loi : il y avait inversion des notions de Bien et de Mal. Alors, comment juger les brutes qui les ont commis ? Il eut été plus réconfortant de croire que les tortionnaires Chiliens étaient des monstres. Et pourtant beaucoup d'entre eux étaient effroyablement normaux. Au-delà du Bien et du Mal, "Chiens Féraux" pose aussi la possibilité de l'inhumain en chacun d'entre nous.
Un livre difficile d'où Dieu et la Vierge sont absents, un texte où les têtes explosent comme une "pinata" sur laquelle on donnerait un violent coup de bâton (page 46), des lignes comme des sentiers parcourus par des meutes de chiens déchirant des sacs poubelle, à la recherche de la moindre nourriture, mais une belle expérience de lecture !
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yv1
  16 septembre 2011
Ce sera tout l'un ou tout l'autre : ou ce roman vous accrochera ou il vous tombera des mains ! Un roman qui alterne des débuts de chapitres classiques, qui racontent des faits avérés -du moins le pense-t-on- avec des fins délirantes, surréalistes. Certains autres chapitres, ceux dans lesquels les voix d'enfants s'expriment sont totalement irrationels, barrés. Ce qui fait dire à l'éditeur que nous avons affaire à "un texte dense, où la langue se fait schyzophrène." (4ème de couverture) J'acquiesce, j'applaudis et j'opine -tout cela en même temps ? Bien sûr, tout mâle que je suis, je sais faire plusieurs choses simultanément- et je reprends donc au crédit de mon article cette définition qui colle bien à ce livre.
L'histoire va assez vite malgré le paysage désertique, la lenteur des gestes et l'inactivité des personnages. Les phrases courtes, voire très courtes imposent une lecture saccadée et rapide -enfin, pour moi au moins ! Et puis, si Carlos et Rocio ne sont pas très actifs, les enfants imaginaires eux le sont, il s'agitent pour s'inscrire de manière indélébile dans la tête de leur maman
Néanmoins, grâce à une écriture extrêmement simple et accessible (à condition de se laisser porter par les délires des uns et des autres), la lecture n'est pas pesante. Elle n'est pas banale. Elle marque et ne laisse pas insensible ni indifférent. A plusieurs moments, j'ai fait un parallèle avec une lecture ancienne : le bal des vipères de H. Castellanos Moya (écrivain salvadorien), un livre lu il y a 3 ans et qui me reste encore en mémoire assez fortement. Mais contrairement au livre salvadorien -désolé pour la concision de l'article que je lui ai consacré, c'était au tout début de mon blog, j'étais encore jeune et peu disert-, il n'y a dans Chiens féraux aucune critique ou métaphore de la dictature. L'auteur s'en explique dans un avant-propos instructif et intéressant qui le place lui, écrivain né au Chili à peine 5 ans avant la fin de Pinochet, comme un "critique auditeur", imprégné de l'histoire de ses parents et grands parents, mais qui n'a pas vécu cette période. Il qualifie son ouvrage de "longue errance, la divagation embrouillée d'un enfant un peu fou [...] Un babillage d'enfant, un gazouillis que quelqu'un croit entendre entre la poussière et le vent." (p.14/15)
Un autre roman de cette rentrée littéraire ! Puissant et original.
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chroniquesassidues
  21 octobre 2011
L'histoire de Chiens Féraux se déroule dans le nord du Chili en 1980, sous la dictature de Pinochet. le roman met en scène Carlos et sa femme Rocío. Carlos est lieutenant de police affecté dans la réserve de Huara située en plein désert et ses longues journées sont emplies d'ennui et de solitude. Rocío quant à elle, reste seule et inoccupée dans leur maison. Seule ? Pas vraiment, car elle ne cesse de voir des villageois autochtones qui fuient les "blancs", des chiens féraux (animaux domestiques retournés à l'état sauvage) et surtout elle entend des voix d'enfants dans sa tête qui la harcèlent en permanence.

Chiens Féraux est un livre déroutant, qui oscille sans cesse entre réalité et hallucinations. Au début, l'histoire est très ancrée dans le réel : Carlos passe dix heures par jour dans la réserve à noter dans un registre tout événement survenu, et il n'y en a que très peu dans ce désert. Mais, petit à petit, les choses basculent, et Carlos commence à voir une tâche sur l'horizon qui s'approche : simple effet d'optique ou élément fantastique ?

"Je l'ai vue seulement ce matin, en revenant des toilettes. Au début, ce n'était qu'une tâche à l'horizon. Pendant un moment, j'ai cru que c'était une sorte de tornade, une tempête de sable ou autre chose de ce genre. Mais là, cet après-midi, on dirait comme une bête en train de fondre. Elle a grandi et approche lentement. J'ignore quelle est sa nature et quelles sont ses intentions, mais je suis certain qu'elle s'approche, qu'elle vient de ce côté. Voilà quelques heures, j'ai chargé mon revolver. Ma main tremble. Je n'arrive pas à écrire lisiblement. Il vaudrait peut-être mieux ne pas mentionner cette tâche."

Quant à Rocío, elle est habitée dès le début par des voix d'enfants qui l'appellent Maman et veulent raconter son histoire, se faisant tour à tour aimants et violents. La nuit, elle ne parvient pas à dormir et elle semble être la seule à voir ces familles de villageois qui viennent fouiller les poubelles des blancs.

"On ne peut pas continuer comme ça. Les amis veulent connaître ton histoire. Leur confier ce qui t'est arrivé ne te fera aucun tort. Et nous, on sera soulagés. Tu vas voir, maman chérie, on ne pleurera plus, on ne va plus te griffer, la nuit, on ne cognera plus sur ta tête pour que tu t'ouvres de part en part. Tu vas voir, on sera bien sages."

Chiens Féraux (titre original : Bagual) est le premier roman de Felipe Becerra Calderón, qu'il a commencé à écrire à dix-neuf ans et qui a obtenu le prix Robert Bolaño en 2006. C'est un roman polyphonique où se croisent les pensées de Rocío, les voix qu'elle entend et l'écriture quotidienne de Carlos dans son registre, dans lequel il va trouver un certain réconfort devant la folie qui semble menacer sa femme et lui-même. J'ai aimé l'écriture de Calderón, admirablement bien rendu par les traductrices. J'ai trouvé ce roman perturbant, parfois difficile à suivre tant les personnages plongent dans le délire, mais très intense. C'est une lecture dont je suis ressortie un peu mal à l'aise, en revenant sur certains passages plusieurs fois pour bien en saisir le sens et la beauté.

Lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio, merci aux éditions Anne Carrière et à Babelio pour leur partenariat !
Lien : http://leschroniquesassidues..
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Katiouchka
  27 septembre 2011
Roman très bien écrit. Dès le début, les personnages sont en place et tout de suite nous sentons comme une atmosphère tendue. Elle qui oscille entre folie et réalité, entendant des voix, et lui qui s'ennuie et se met à écrire.
La tension augmente au fur et à mesure que l'on tourne les pages; elle, sombrant de plus en plus et lui qui s'inquiète et se met à avoir des hallucinations.
Nous voici en pleine folie, schizophrénie.
L'écriture devient plus lourde, les chapitres s'allongent.
Et puis il y ce "nous": qui sont ils? et ces chiens que l'on croisent tout du long.
Le roman se termine sur un voyage sans retour dans les méandres de la folie.
Je ne suis pas forcément amatrice de ce type de roman, j'ai eu du mal à le finir. Pas sur, non plus d'avoir tout compris. Enfin bref, vous voulez vous retourner le cerveau et être à la limite du gouffre, je vous le conseille. Pour un premier roman, plutôt déconcertant ! si c'était l'effet recherché.
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critiques presse (1)
LeFigaro   23 septembre 2011
Entre un délire à la William Burroughs (Le Festin nu) et le grotesque fascinant d'un Jean-Pierre Martinet (La Somnolence ), Felipe Calderon a trouvé sa place : poète du mal, de l'indicible.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
ZebraZebra   11 mai 2013
page 42
[...] Une scène effroyable, vraiment. Six cuves peu profondes mais énormes couvraient toute la surface de la pièce. Et, dans ces cuves, flottait tout ce que vous pouvez imaginer : des morceaux de corps humains naviguaient tels des bateaux noirs en papier, mais aussi de petits cadavres intacts, auxquels les étudiants de médecine ne s'étaient pas encore attaqués, des morts qui pensaient, les amis, qui pensaient en contemplant par-delà le plafond, par-delà les nuages et l'espace. Nous n'étions pas encore éclos que déjà, dans le ventre, nous pressentions la frayeur terrible de la scène. Ce ne fut pas le cas des étudiants. Eux se frayaient un chemin à la recherche de leurs têtes entaillées. On aurait dit des rats. Il fallait voir l'acharnement avec lequel ils fouillaient les cuves. Tandis que l'un d'eux reconnut les travaux qu'ils avaient égarés, d'autres insultaient déjà leur pauvre mère pour savoir lequel plongerait dans les cuves afin d'y récupérer les cervelles. Rocio était au bord de la crise de nerfs, elle aurait voulu prendre la sienne et partir aussitôt. Nous, au contraire, nous aurions voulu déjà être là, pour que la fête commence enfin, une vraie chienlit. [...] Quelqu'un sortit un appareil photo et immortalisa les étudiants qui exécutaient des figures lubriques avec les têtes sur fonds de cadavres, découvrant leurs dents pointues lorsqu'ils s'esclaffaient. [...] Alors maman sourit et, là, notre cœur est brisé car il nous a semblé que ce sourire nous était adressé. [...]
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yv1yv1   16 septembre 2011
On ne peut pas continuer comme ça, maman, on ne peut pas. Il fait si froid, ici, dans l'ombre, dans ce tourbillon noir. Et ce sifflement persistant, comme une douleur, maman chérie. Laisse-nous leur raconter ton histoire, laisse-nous nous délivrer de tout ce fardeau, s'il te plait, on ne fera de mal à personne. (p.17)
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yv1yv1   16 septembre 2011
Le monde de maman ressemble à une farce étrange, n'est-ce pas ? Mais à une farce faite aussi de douleur et de folie, et d'une peur insupportable. Dans ce qui suit, par exemple, il n'y a pas un poil de rigolade. On vous aura prévenus. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas. (p.24)
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yv1yv1   16 septembre 2011
... plus nous courons, plus nous creusons profondément dans son cerveau. Et nous ne cesserons pas, tout en lacérant nos pattes, pour atteindre le centre, et tout foutre en l'air au cœur même de sa cervelle. (p.72)
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