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François Bonfils (Éditeur scientifique)
EAN : 9782080711151
239 pages
Éditeur : Flammarion (20/05/2003)

Note moyenne : 3.6/5 (sur 15 notes)
Résumé :

Le Grand Théâtre du monde donne le vertige. Chefd'œuvre de l'auto sacramental (un théâtre religieux conçu pour les processions spectaculaires de la Fête-Dieu), il est une clé de voûte du grand art dramatique de l'Espagne au Siècle d'or. Poésie sublime, rire délicat, rigueur doctrinale, Calderon convoque ici tous ses talents pour façonner un formidable trompe-l'œil baroque, où l'ang... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
panurge
  07 avril 2020
VANITE DES VANITES...
Pedro Calderon de la Barca (1600-1681), un des écrivains majeurs du Siècle d'Or espagnol (période de l'extraordinaire rayonnement culturel de l'Espagne et de son déclin hisrorique-"Ce n'est qu'au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son vol notera Hegel) a écrit de très nombreuses pièces dont des "auto sacramental".
L'auto sacramental -il faut lire la très dense introduction de François Bonfils, professeur agrégé de littérature comparée à l'université Toulouse II pour comprendre en profondeur l'intérêt, la construction et les fins de ce type de pièces- est une pièce à vocation religieuse. Représentée le jour de la Fête-Dieu, le deuxième jeudi après la Pentecôte, ce texte à vocation didactique, allégorique participe à l'adoration de l'Eucharistie. Elle n'a pas d'équivalent dans le monde chrétien, appartenant en cela à une tradition totalement espagnole.
Voilà au moins quatre bonnes raisons de ne pas lire ce texte : auteur des Temps dits Modernes, donc pièce datant de cinq cents ans (1655 pour être précis), message religieux centré sur un "mystère" de la Foi, tradition purement nationale, introduction nécessitant un certain effort de lecture.
Commençons par le dernier point : la lecture de l'introduction, que je conseille vraiment-, n'est pas forcément nécessaire à la lecture. (contentez vous de la p 43 qui décrit la scène)..Pourquoi ? Parce que l' oeuvre se suffit à elle-même. On comprend très vite les allégories : L'Auteur, le Monde, le Roi, le Laboureur, le Riche, le Pauvre, La Sagesse, la Beauté, la Loi de Grâce, l'Enfant, la Voix qui psalmodie "Agir bien car Dieu est Dieu" ; la lecture enchante car l'auteur terrestre a reçu de l'Auteur céleste la grâce d'un talent exceptionnel...
Le Grand Theâtre du Monde, pièce d'un seul acte, établissant la continuité entre les deux Mondes, le Visible et l'Invisible, traite des Vanités du Monde et du Rachat des Fautes.
Dans "La Tempête", Shakespeare fait dire à Prospero : "Act IV, sc 1) : "Nos divertissements sont finis. Nos acteurs de naguère, comme je vous le disais précédemment, etaient tous des esprits et se sont évanouis dans l'air, dans l'air léger. Et, comme cette vision construite sur rien, les tours coiffées de nuées, les palais somptueux, les temples solennels, le vaste globe lui-même, oui, avec tous ceux qui l'ont en partage, tout se dissipera et, s'évanouissant tel ce spectacle sans substance, ne laissera pas derrière lui un fil de nuage. Nous sommes faits de la même étoffe que les songes, et notre petite vie est cernée de sommeil".
Ce, à quoi, le Monde, dans "Le Grand Théâtre du Monde" souligne en écho (p147-149): "La pièce a été brève mais quand donc la comédie de cette vie ne l'a pas été et, plus encore pour l'homme qui considère que la vie n'est qu'une entrée, une sortie ? Voici que tous quittent progressivement la scène et la forme qu'ils ont reçue et possédée est réduite à sa matière première. Qu'ils me quittent poussière car poussière ils sont entrés. Je veux à tous reprendre avec soin les bijoux que je leur ai donné pour embellir les représentations sur les planches car ils ne les ont reçus que pour le temps de la représentation..."
Quand le Monde répartit les rôles, le comédien qui se fond dans le personnage du Pauvre s'exclame (p 103) : "Mon rôle est l'affliction, l'angoisse, la misère, le malheur, la souffrance, la douleur, la compassion, les soupirs, et gémir, endurer, regretter, importuner et supplier, n'avoir jamais rien à donner, devoir toujours mendier,...le mépris, le dédain, l'outrage, le regret, la honte, la patience, la faim, le dénuement, les pleurs, la mendicité, la crasse, la bassesse, l'affliction, la pauvreté, , la soif, les épreuves, la vile nécessité, enfin tout ce qui fait la pauvreté". Cela tient autant du livre de Job que de la définition d'un personnage picaresque d'un roman espagnol ou allemand.
L'ensemble est aussi réussi que ces deux extraits.
Que l'on soit croyant ou pas, que l'on pense que l'édification, l'exaltation des symboles, la pratique font partie ou non des enseignements à délivrer, on trouve ici un très grand moment de littérature. Cela se suffit en soi.
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Henri-l-oiseleur
  30 décembre 2017
Quand on voit au théâtre, aujourd'hui, "Le grand théâtre du monde", on est privé de toute l'ambiance de ferveur des processions, de la liturgie festive et de la foule qui se pressait dans les rues à cette occasion. Voir la pièce dans un théâtre, c'est ajouter au texte un effet d'abyme supplémentaire, théâtre du monde joué au théâtre par des acteurs, qui cherchent par l'illusion scénique à désillusionner le spectateur sur les illusions de la vie. C'est un peu vertigineux, c'est l'essence même du baroque, art de la surprise, du trouble et de l'incertitude, mis au service des certitudes de la foi catholique. Ce théâtre est en même temps le produit de l'esthétique médiévale des Mystères joués sur les parvis des églises ou dans les églises, et des allégories où chaque personnage incarne un type, comme l'Everyman repris par Philip Roth dans un de ses romans. Ce qui m'a aimanté, pour finir, dans cette pièce, ce sont dix vers magnifiques récités par une enfant dans un film de Carlos Saura : cette voix d'enfant m'a mené voir la pièce en français, puis persuadé de la lire dans cette version bilingue, ce qui multiplie les plaisirs, mais non la foi. Depuis Calderon, c'est le roman qui se charge de la grande entreprise littéraire de la désillusion.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   18 novembre 2013
LE PAUVRE : Quelle bonne nouvelle !
LE RICHE : Cette voix qui nous a appelés ne te fait donc pas frémir ?
LE PAUVRE : Si.
LE RICHE : Tu ne cherches pas à fuir ?
LE PAUVRE : Non ; frémir est un mouvement naturel de l'âme pour celui qui, en tant qu'homme, craignait Dieu parce qu'il était Dieu. Mais la fuite sera inutile, car si le pouvoir n'a pas fui cette voix pour trouver un refuge inviolable, si la beauté ne l'a pas fuie pour trouver refuge dans sa vanité, comment la pauvreté le pourra-t-elle ? Je dois à cette voix mille reconnaissances, car, grâce à elle, ma douleur finira avec la vie.
LE RICHE : Pourquoi ne regrettes-tu pas de quitter la scène ?
LE PAUVRE : Je la quitte de bon gré, car je n'y laisse aucun bonheur.
LE RICHE : Pour moi, c'est comme si j'étais sur la potence, car je laisse mon cœur attaché à mes biens.
[...]
LE MONDE : Comme le Riche et le Pauvre sont opposés face à la mort !
LA SAGESSE : Et voilà, sur la scène je reste seule.
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tomcamptomcamp   31 décembre 2013
Qui s’étonnerait de voir
Que cette vie est une fleur
Qui doit naître avec l’aube
Et mourir avec l’ombre ?
Puisqu’on la dit si brève,
Jouissons de notre vie
Tant que nous la tenons ;
Faisons un dieu de notre ventre ;
Mangeons, aujourd’hui, et buvons,
Car demain il nous faudra mourir.
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tomcamptomcamp   31 décembre 2013
Je sais bien que si l’homme
De son être avait le libre choix,
Aucun ne choisirait le rôle
D’endurer et de souffrir ;
Tous voudraient faire celui
De commander et de régir,
Sans voir, sans remarquer
Qu’en cet acte si singulier
Ils ne font que jouer
Ce qu’en fait ils pensent vivre.
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tomcamptomcamp   31 décembre 2013
Toute la beauté humaine
N’est qu’une fleur précoce ;
Qu’elle se fane donc :
Voici déjà venue la nuit de son aurore.
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Videos de Pedro Calderon de la Barca (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pedro Calderon de la Barca
CALDERÓN de la Barca – Une Vie, une Œuvre : Une vie en songe (France Culture, 1996) Émission "Une Vie, une Œuvre », par Jacques Munier, diffusée le 19 mai 1996 sur France Culture. Invités : Didier Souiller, Bernard Sesé, Marc Vitsé et Laura Alcoba.
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