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EAN : 9782072872549
336 pages
Éditeur : Gallimard (07/01/2021)
3.8/5   151 notes
Résumé :
Trois États de la côte ouest des États-Unis - la Californie, l'Oregon et l'État de Washington - décident de faire sécession et de construire, dans un isolement total, une société écologique radicale baptisée Écotopia. Vingt ans après, l'heure est à la reprise des liaisons diplomatiques entre les deux pays. Pour la première fois, Écotopia ouvre ses frontières à un journaliste américain. Au fil de ses articles envoyés au Times-Post , William Weston décrit tous les asp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
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sur 151 notes
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michemuche
  01 mai 2020
Depuis l'arrivée du covid 19 une phrase revient en boucle « après la pandémie rien ne sera comme avant ».
Quel avenir voulons-nous vraiment ? Quand nos hommes politiques nous servent du réchauffé, par paresse intellectuelle, manque d'audace et surtout peur de déplaire aux lobbies qui font la pluie et le beau temps.
Peut-être avez-vous lu “ l'utopie ” de Thomas More un récit publié en 1516,un rêve d'égalité bien avant le siècle des lumières.
Ecotopia d'Ernest Callenbach est un roman écrit dans les années soixante dix, l'époque du premier choc pétrolier, le fameux slogan “ en France on a pas de pétrole mais on a des idées ”
Eco du grec oikos ( la maison ou le foyer)
Topia du grec topos ( le lieu).
Ce roman raconte comment trois états américains la Californie,l'Oregon et l'état de Washington firent sécessions et créèrent une société nouvelle.
Vingt ans après le journaliste William Weston est envoyé en reportage sur cette “ terra incognita ” .
Ecotopia a tourné le dos aux énergies fossiles, les trains et les transports en commun sont électriques, adieu la voiture polluante et les embouteillages, l'énergie solaire et autre géothermie ont remplacé les chaudières . Une gestion des eaux et forêts intelligente, une agriculture sans pesticides résultat zéro pollution.
Une auto gestion des entreprises, les multinationales et leurs dividendes n'existent plus, le consumérisme est de l'histoire ancienne, la semaine de travail est de vingt heures et les grands centres urbains ont laissé la place à des communautés autonomes...
Voilà un programme qui hérisserait le poil des ultras libéraux et des 1%des plus riches qui dirigent la planète.
J'avoue avoir été séduit par Ecotopia, une société humaniste.
1975 - 2020, plus de quarante ans se sont écoulés et où en sommes-nous ?.
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ssstella
  22 avril 2021
Alors qu'ils ont fait sécession vingt ans auparavant, la Californie, l'Oregon et L'État de Washington, ouvrent pour la première fois ses frontières à un journaliste américain. C'est donc par les yeux de William Weston avec des articles, des notes, un journal, que nous découvrons Écotopia, axée tout particulièrement sur l'écologie et le bien-être humain.
Cette nouvelle société est très différente de ce qu'il connait. Au départ sceptique et prêt à mettre le doigt sur le moindre point négatif, il perçoit aussi ses atouts, finalement plus nombreux qu'il n'imaginait.
Surtout descriptif sur tous ses aspects, le récit prend un tour romanesque avec une histoire passionnelle entre William et une Écotopienne.
Publié en 1975, cette utopie écologique était annonciatrice des changements devenus aujourd'hui indispensable à la survie de presque toutes les formes de vie sur notre planète.
Merci à Babelio et aux éditions Gallimard. Vous excuserez mon manque d'inspiration pour cette critique… alors que je démarrais cette lecture avec enthousiasme, une longue pause Covid s'est imposée à moi et je ne suis toujours pas au meilleur de ma forme.
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gruz
  18 janvier 2021
Le fond de ce roman est tout aussi étonnant que son contexte.
Imaginez une sorte d'antithèse de 1984, un livre qui met en lumière une utopie, alors que nous vivons actuellement dans un monde qui voit tout en sombre, à coups de récits post-apocalyptiques ou dystopiques.
Ecotopia est bien aussi une réécriture de l'histoire, un monde parallèle au notre. Et qui aurait pu être le notre, si nous avions été plus proactifs et avions ouverts les yeux quand il le fallait. Est-il trop tard ?
Ce texte est une réédition. Il est sorti en 1975, il y a près de 50 ans… Bravo au passage à Folio qui démontre avec brio qu'un éditeur de livres de poche peut faire un vrai travail éditorial et ressortir des limbes des textes qui prennent encore plus de sens aujourd'hui.
Trois grands états de l'ouest américain, parmi les plus prospères, ont fait sécession et coupé totalement les ponts avec le reste des États-Unis. Pour construire une autre société, respectueuse de la planète et de ses habitants, freinant la course folle à la consommation de masse.
Vingt ans se sont passés, dans la douleur au début, dans une harmonie ensuite. Pour une première fois, un journaliste américain est autorisé à entrer dans Ecotopia. Avec tout son bagage sociétal et ses a priori.
A coup d'articles de presse (que le narrateur écrit au fur et à mesure), et de passages de son journal intime, le lecteur découvre ce monde chimérique (et pourtant loin d'être irréaliste).
Ernest Callenbach était un visionnaire. Il est mort en 2012, et toute sa vie il a dû constater combien il avait raison en voyant le gâchis au quotidien qui détruit la planète et les relations humaines.
Notre monde actuel est fait de scepticisme. Difficile encore de croire en l'avenir quand tout se délite, la planète en premier.
Oui, ce livre est clairement un cri écologiste. Mais sa forme le rend unique. Il se lit comme une fiction autant que comme un essai détourné sur ce qu'il est possible de faire si on change de mentalité, au niveau collectif comme individuel.
En 1975, Callenbach avait déjà tout vu, tout anticipé, tout compris et tout analysé. S'en est aussi bluffant qu'effrayant. Sa société utopique, il l'a réfléchie et dessinée dans les moindres détails, et ce livre est une manière ludique de la dépeindre sous toutes les coutures. Écologiquement, économiquement, humainement. Naturellement…
L'écrivain ne se contente pas de fabuler sur un monde chimérique, sa capacité d'imaginer l'avenir, les conséquences et les actes pouvant être menés est stupéfiante. Je suis né en 1968, et durant de longues années, je ne me suis jamais posé de telles questions, ni n'ai entendu la société les poser aussi clairement sur la place publique.
Alors oui, certaines descriptions prêtent à sourire parce que clairement datées (dans les années 70, difficile d'imaginer l'essor de l'informatique et d'internet), mais pour une grande partie des sujets, l'analyse est admirable.
Ce journaliste qui découvre Ecotopia, bourré de préjugés, est touchant dans son cheminement intellectuel et émotionnel. A travers ses écrits, il est passionnant de découvrir ce monde au plus près des citoyens.
N'imaginez pas lire une grande intrigue, ce n'est pas ce genre de texte, mais cette fiction sait mélanger passages analytiques et moments plus intimes.
Si vous voulez comprendre comment il est possible d'imaginer un monde sain, où l'on travaille 20 heures par semaine, où chacun est maître de ses décisions tout en oeuvrant pour le collectif, lisez Ecotopia.
Quand l'utopie nous fait prendre la réalité de notre société en pleine face, avec force arguments et humanisme, cela donne une lecture totalement atypique qui mérite qu'on s'y attarde. Ernest Callenbach était un visionnaire autant qu'un profond croyant en l'Homme. Loin d'être illuminée, sa vision mérite qu'on s'y attarde, près de cinquante ans après. Avant qu'il ne soit trop tard.
Lien : https://gruznamur.com/2021/0..
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Warrenbismuth
  23 mars 2019
Arrêtez sur-le-champ tout ce que vous aviez entrepris pour vous isoler avec ce roman, c'est (presque) un ordre ! Pourtant écrit en 1975 (et très récemment réédité en France), il est d'une incroyable clairvoyance sur le monde d'aujourd'hui. Pour ceci, il peut sans conteste être qualifié de roman d'anticipation, même si l'action se déroule en 1999 (soit tout de même 25 ans après son écriture).
Une région états-unienne, l'Écotopia, regroupant une partie de la Californie, l'Oregon et l'État de Washington, a fait sécession avec le reste des U.S.A. William Weston, journaliste au Times-Post de New-York, est envoyé en Écotopia afin d'écrire des articles sur ce nouveau pays. Ce qu'il va y découvrir dépassera l'entendement.
Ce roman est tellement riche et dense qu'il est impossible de souligner tous les aspects développés dans ce pays de cocagne. Mais voici un aperçu sur ses avancées. Tout d'abord les Écotopiens sont humanistes, collectivistes et solidaires. Leur ego ne les intéressent pas, leur nombril ne fait pas partie de leur quotidien. Dans ce petit pays ont déjà été concrétisés nombres de projets pour le bien-être humain, mais surtout et avant tout de la nature : pas d'éclairage la nuit, pas ou peu d'automobiles, transports en commun gratuits (le train est assez répandu), panneaux solaires visibles un peu partout. le plastique existe bel et bien, mais il est issu de plantes qui seront recyclées après détérioration. D'ailleurs, la plupart des biens des Écotopiens sont recyclables, biodégradables, l'humain n'étant pas au centre de la vie. Tout est prévu pour diminuer la pollution, la cupidité et l'étouffement, auto-contrôle des naissances (le fameux déclin démographique), impôts uniquement mis en place pour les entreprises, salaires plafonnés, réglementation stricte tendant vers une écologie « radicale » et une auto-suffisance.
Et tout ceci semble fonctionner à merveille. D'abord dubitatif voire carrément hostile, William Weston finit par se laisser séduire et ses articles évoluent au cours du récit. Voyez-vous donc : le Président est une Présidente ! L'amour est libre et la femme enfin l'égale de l'homme, dans les salaires, les décisions, les tâches et les responsabilités, elle lui est même parfois supérieure : « le contrôle absolu qu'elles ont de leur corps signifie qu'elles disposent ouvertement d'un pouvoir qui, dans d'autres sociétés, est inexistant ou dissimulé : le droit de choisir le père de leur enfant. ‘Aucune Écotopienne ne porte jamais l'enfant d'un homme qu'elle n'aurait pas librement choisi' m'a-t-on solennellement déclaré ». William entreprend une liaison libre avec Marissa, une Écotopienne qui lui apprend que les femmes ont leur jardin secret : « Elle refuse de me dire si elle est dans la période de fécondité, de son cycle ou si elle a encore un stérilet. Elle se contente de me répondre : ‘c'est mon corps' ».
Tout ce peuple semble vivre en totale harmonie dans une sorte d'immense communauté. D'ailleurs, les Écotopiens se sont beaucoup inspirés des tribus indiennes pour leur projet de vie. le mot d'ordre, même s'il n'est pas prononcé (roman écrit en 1975 je le répète) est : décroissance ! En effet, 20 heures de travail hebdomadaire, diminution drastique de l'esprit de compétition, éducation revue et corrigée, mais aussi confection de matériaux solides et aisément réparables (ou l'anti obsolescence programmée), pas de statut spécial pour les professions, notamment celle d'artiste, tout le monde au même niveau. Pour le bien-être collectif, la marijuana est tolérée et même encouragée, malgré le manque à gagner pour les caisses de l'État. Il n'existe pas de « grands projets inutiles », d'ailleurs de nombreuses structures considérées comme obsolètes ou réduisant la liberté des humains et des animaux ont été déconstruites : « le nouveau gouvernement est allé jusqu'à faire dynamiter certains barrages construits sur des fleuves, sous le prétexte fallacieux qu'ils empêchaient la pratique du kayak et interféraient avec la remontée des saumons, laquelle a repris après beaucoup d'efforts et pour la plus grande joie de la population ».
Pourquoi par exemple la semaine de 20 heures de travail ? « L'homme, affirmaient les Écotopiens, n'est pas fait pour la production, contrairement à ce qu'on avait cru au XIXe et au début du XXe. L'homme est fait pour s'insérer modestement dans un réseau continu et stable d'organismes vivants, en modifiant le moins possible les équilibres de ce biotope ».
Dans ce roman est écrit noir sur blanc le terme « Do it yourself » et, même si ce peuple Écotopien n'est ni végétarien ni vegan (1975 hein !), le respect animal et de la nature sont prépondérants. Ce que décrit Ernest CALLENBACH (dont c'est semble-t-il le seul roman) est tout bonnement une sorte de société libertaire idéale débarrassée de ses fléaux et de ses envies destructrices (et ce même s'il y a quelques prisons là-bas). le rendu est impressionnant, parfois technique lorsqu'il tend à expliquer les phases de production d'un matériau (même si le bois est celui qui est le plus naturellement préconisé), mais toujours très précis, documenté et passionné. Sa présentation est la suivante : alternance de deux modèles de chapitres, dans l'un William parle de ce qu'il voit, entend, ressent autour de lui, dans l'autre c'est le journaliste qui livre ses impressions au Times-Post. Après moins de deux mois au coeur de l'Écotopia, il lui faudra prendre une décision définitive sur sa vie future.
Ce roman d'une grande ingéniosité est aussi un récit ô combien visionnaire. La société Écotopienne de 1999 dépeinte ici ressemble farouchement à une communauté parfaite que nous rêverions de rejoindre (et urgemment même !) en 2019, 20 ans plus tard. Ce livre fait un bien fou, donne des pistes pour démontrer qu'il n'est jamais trop tard pour la planète, et surtout certifie que les questions que nous nous posons aujourd'hui sur l'écologie et le vivre ensemble ne sont pas nouvelles puisque très habilement développées dans ce roman qui gardera pour moi une place très spéciale pour longtemps encore. Applaudissements nourris et intensifs. Il est sorti fin 2018 chez Rue de L'Échiquier et pourrait rapidement devenir la référence anticipatrice d'une société utopique comme l'a par exemple été « 1984 » d'Orwell pour la dystopie.
https://deslivresrances.blogspot.fr/
Lien : https://deslivresrances.blog..
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julspirit
  14 juin 2020
Et si une société écologique voyait le jour? Et si le travail productif avait moins d'importance que le travail improductif? Et si les conflits pouvaient toujours se régler par le dialogue? Tout cela est possible en Écotopia. Vu depuis la France d'aujourd'hui, cela fait beaucoup de bien, nourrissant notre imaginaire d'une utopie concrète et nous rappelant qu'au fond, le pire n'est jamais certain.
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critiques presse (1)
LeJournaldeQuebec   09 janvier 2019
Un grand classique de la littérature écologiste. Un livre à découvrir ou à redécouvrir.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
ssstellassstella   22 avril 2021
Mais les effets les plus notables de cette semaine de travail réduite à vingt heures furent d'ordre philosophique et écologique : l'homme, affirmaient les Écotopiens, n'est pas fait pour la production, contrairement à ce qu'on avait cru au XIXe siècle et au début du XXe. L'homme est fait pour s'insérer modestement dans un réseau continu et stable d'organismes vivants, en modifiant le moins possible les équilibres de ce biotope. Cette approche impliquait de mettre un terme à la société de consommation tout en assurant la survie de l'humanité, ce qui devint un objectif presque religieux, peut-être assez proche des premières doctrines du "salut" chrétien. Le bonheur des gens ne dépendait pas de la domination qu'il exerçaient sur toutes les créatures terrestres, mais d'une coexistence pacifique et équilibrée avec elles.
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Charybde2Charybde2   04 novembre 2020
Je suis maintenant en Écotopia – le premier Américain connu à séjourner dans ce nouveau pays depuis son indépendance, il y a dix-neuf ans.
Mon avion a atterri à Reno. Ce n’est pas de notoriété publique, mais à cause de la pollution de l’air et du bruit le gouvernement écotopien interdit même aux vols internationaux de survoler son territoire. Les vols entre San Francisco et l’Asie ou ceux passant au-dessus du pôle pour rejoindre l’Europe doivent non seulement utiliser un aéroport situé à soixante-dix kilomètres de la ville, mais aussi suivre des couloirs aériens au-dessus de la mer ; et les avions américains en provenance d’Hawaii doivent passer par Los Angeles. Ainsi, pour atteindre San Francisco, j’ai dû débarquer à Reno, puis payer un pont d’or à un chauffeur de taxi pour qu’il m’emmène jusqu’à la gare de chemin de fer située au nord du lac Tahoe. Depuis Tahoe, il y a des trains rapides et très fréquents.
La frontière réelle est signalée par une pittoresque barrière en bois usé, percée d’un grand portail manifestement peu utilisé. Quand mon taxi s’est garé devant, je n’ai vu personne alentour. Le chauffeur a dû descendre, rejoindre une petite guérite en pierre et demander aux soldats écotopiens d’interrompre leur partie de cartes. C’étaient deux hommes jeunes à l’uniforme froissé. Mais ils étaient au courant de ma venue, ils ont examiné mes documents avec une expression d’autorité et de compétence, puis ils ont laissé le taxi rejoindre l’autre côté du portail, non sans faire remarquer que seule une dispense spéciale permettait à un véhicule équipé d’un moteur à combustion interne de franchir leur frontière sacrée. J’ai rétorqué que mon chauffeur devrait seulement parcourir une trentaine de kilomètres jusqu’à la gare.
« Vous avez de la chance que le vent souffle de l’ouest, a dit alors l’un des soldats. S’il venait de l’est, nous devrions vous garder ici jusqu’à ce qu’il tourne à l’ouest. »
Ils ont inspecté mes bagages avec curiosité, s’intéressant surtout à mes somnifères, mais ils m’ont autorisé à tout conserver, sauf mon fidèle calibre .45.
« Les New-Yorkais se baladent peut-être tous les jours avec ce genre de pistolet, m’a-t-on informé, mais ici le port d’arme cachée est strictement interdit. »
Remarquant peut-être ma réaction un peu inquiète, l’un des gardes a ajouté que les rues écotopiennes étaient sans aucun danger, de jour comme de nuit. Il m’a ensuite remis une petite brochure, L’Écotopia expliquée. Bien imprimée, mais agrémentée de dessins assez bizarres. De toute évidence, ce livret est surtout destiné aux touristes européens et asiatiques.
« Ça vous aidera sans doute à vous habituer plus vite à notre mode de vie », a dit l’autre garde de cette voix douce, insinuante, presque amicale, où je commence à voir un trait distinctif de ses concitoyens.
« Détendez-vous, William Weston. Vous êtes dans un pays libre.
– Mon ami, ai-je répliqué, j’ai séjourné dans une tapée d’endroits beaucoup plus étranges que votre pays et je me détends quand j’en ai envie. Si vous avez terminé les formalités d’usage, je suis prêt à partir. »
Il a refermé mon passeport d’un coup sec, mais sans me le rendre.
« Weston, a-t-il dit en me regardant dans le blanc des yeux, vous êtes journaliste. Nous comptons sur vous pour choisir vos mots avec soin tant que vous serez ici. Si au retour vous repassez par ce poste-frontière, vous serez peut-être en mesure d’utiliser le mot « ami » à bon escient. Voilà ce qu’on vous souhaite. »
Il m’a alors adressé un sourire chaleureux et tendu la main. À mon grand étonnement, je l’ai saisie et je me suis surpris à lui retourner son sourire.
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Charybde2Charybde2   04 novembre 2020
Et c’est reparti, mon cher calepin. Te voilà tout neuf, bourré de pages blanches qui attendent d’être remplies. Quel plaisir d’être enfin en route ! Les monts Alleghany sont déjà derrière nous, comme des vagues vert pâles sur un étang couvert d’algues. Je repense aux premiers jalons posés en vue de ce voyage – il y a presque un an ? Ces sous-entendus astucieusement distillés à la Maison-Blanche pour que le président s’en imprègne malgré lui ; et puis tout a soudain coagulé dans son esprit avant que le grand homme nous fasse part de ce qu’il prenait pour une audacieuse idée personnelle : okay, envoyez donc quelqu’un là-bas accomplir une mission tout sauf officielle – un journaliste qui ne soit pas trop identifié à l’administration pour qu’il puisse fourrer son nez un peu partout, lancer quelques ballons d’essai -, ça ne peut pas faire de mal ! QUelle excitation lorsqu’il a enfin abordé le sujet publiquement, à l’issue d’une importante conférence de presse sur le Brésil ! Son célèbre ton confidentiel… Puis il m’a glissé qu’il avait concocté un projet assez aventureux et qu’il voulait m’en parler en privé.
Sa prudence relevait-elle de l’habitude, ou bien le président me faisait-il comprendre à mi-mot qu’en cas de pépin tous les responsables politiques américains nieraient l’existence de cette visite (et du visiteur) ?
Ma mission constitue une ouverture importante dans notre politique étrangère, et des arguments de poids la justifient. L’heure est venue, peut-être, de panser cette plaie fratricide qui a déchiré la nation, pour que le continent puisse être uni contre les vagues de famines et de révolutions qui déferlent sur le monde. Les faucons désireux de récupérer par la force « les terres perdues de l’Ouest » semblent de plus en plus nombreux et doivent être neutralisés. Les idées écotopiennes sont une menace qui traverse la frontière, elles ne peuvent plus être ignorées, mais on peut sans doute atténuer leurs effets nuisibles en les exposant au grand jour. Etc.
Peut-être trouverons-nous une oreille complaisante pour reprendre des relations diplomatiques ; peut-être aussi des échanges commerciaux. Avec la réunification en ligne de mire. Même une simple discussion publiable avec Vera Allwen serait utile : le président, avec sa souplesse habituelle, pourrait s’en servir pour apaiser à la fois les faucons et les groupes subversifs. Et puis, comme je l’ai dit à Francine – qui même après trois cognacs s’est moquée de moi -, j’ai envie de découvrir l’Écotopia parce que tout simplement elle existe. La vie y est-elle aussi bizarre qu’on le raconte ?
J’ai beaucoup réfléchi à ce que je n’ai pas le droit de faire. Je ne dois pas évoquer la Sécession proprement dite, car ce sujet engendre toujours beaucoup d’amertume. Mais il y a sans doute des articles passionnants à écrire : comment les sécessionnistes ont volé de l’uranium dans les centrales nucléaires pour fabriquer les mines atomiques qu’ils prétendent avoir posées à New York et Washington. Comment leur organisation politique, dirigée par ces foutues bonnes femmes, a réussi à paralyser, puis à supplanter les institutions officielles et à prendre le contrôle des arsenaux et de la Garde nationale. Comment, à coups de bluff, ils ont réussi à imposer leurs vues séparatistes – aidés par la gravité de la crise économique américaine qui pour eux a été une aubaine. Voilà des histoires qu’il faudra raconter un jour, mais ce n’est pas encore le moment…
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eterlutisseeterlutisse   02 février 2019
La société écotopienne privilégie l’expérience et l’activité pratique plutôt que les diplômes, les références ou les profils. La possession d’une licence n’a rien de prestigieux et les citoyens de ce pays ne partagent pas notre engouement pour les doctorats. (Autant que je puisse le dire, aucun diplôme n’est absolument indispensable pour décrocher un boulot précis en Écotopia.) On accorde du respect aux gens selon ce qu’ils ont accompli ; la créativité et l’inventivité sont très appréciées, car elles révèlent des qualités personnelles peu communes et bénéficient énormément à la société.
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LaurenebLaureneb   08 avril 2019
Les écoles constituent sans doute l'aspect le plus vieillot de la société écotopienne. Notre éducation à domicile et pilotée par ordinateur est ici totalement inconnue. Aujourd'hui encore, les élèves sont rassemblés toute la journée dans une salle de classe afin d'y suivre leurs cours. (L'informatique joue un rôle très minime, car on croit dur comme fer aux vertus pédagogiques de la présence physique des professeurs et des camarades de classe).
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Alors que notre prochain roman va paraître dans un mois (on vous en reparle bientôt), retour aux sources avec « écotopia » ! En moins de deux minutes, le traducteur Brice Matthieussent nous présente le roman visionnaire d'Ernest Callenbach et nous explique pourquoi il faut lire ce livre selon lui.
PRÉSENTATION DU LIVRE
Trois États de la côte ouest des États-Unis ? la Californie, l?Oregon et l?État de Washington ? décident de faire sécession et de construire, dans un isolement total, une société écologique radicale baptisée écotopia. Vingt ans après, l?heure est à la reprise des liaisons diplomatiques entre les deux pays. Pour la première fois, écotopia ouvre ses frontières à un journaliste américain. Au fil de ses articles envoyés au Times-Post, William Weston décrit tous les aspects de la société écotopienne : les femmes au pouvoir, l?autogestion, la décentralisation, les 20 heures de travail hebdomadaire, le recyclage systématique, le rapport à la nature, etc. Quant à son journal intime, il révèle le parcours initiatique qui est le sien : d?abord sceptique, voire cynique, William Weston vit une profonde transformation intérieure. Son histoire d?amour intense avec une Écotopienne va le placer devant un dilemme crucial : choisir entre deux mondes.
Récit utopique publié en 1975, traduit depuis dans le monde entier et vendu à plus d?un million d?exemplaires, écotopia est un récit d?une actualité saisissante qui offre une voie concrète et désirable pour demain, et ce faisant agit comme un antidote au désastre en cours.
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