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Gérard Genot (Traducteur)
EAN : 9782020312493
106 pages
Éditeur : Seuil (19/03/1997)
3.75/5   73 notes
Résumé :
1953. Le communiste Amerigo est délégué par son parti pour surveiller la régularité des votes à l'intérieur d'un hospice religieux de Turin, le Cottolengo...
A travers les portraits narquois des autres scrutateurs ou ceux de ces électeurs diminués vieillards impotents, goitreux ou paralytiques qu'un prêtre ou une religieuse accompagne jusqu'à l'isoloir - c'est le Calvino interrogateur de l'Italie contemporaine que l'on retrouve. Et le combat d'Amerigo contre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Tandarica
  06 janvier 2021
Voici ce qui me reste de cette lecture ancienne, en quatre mots-clés :
*AMOUR : ce qui s'échappe, ce qui semble certain un moment puis redevient destiné à Liverpool. L'amour est anglais.
*POLITIQUE : le constat est assez désespérant sur son utilité, cela changera bien peu de choses à Cottolengo, à la Cité.
*COMPASSION : celle que gagne Amerigo mais à laquelle il ne peut s'accrocher : il comprend pour un instant ce « qu'il faut exiger de la société » et ce qu'il faut atteindre « par soi-même ».
*ÉPIPHANIE : comme celle que Calvino refuse.
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Elopoli
  20 juin 2021
Voilà un petit livre par la taille mais grand dans son contenu qui pose la question de l'inclusion. Quelle place une démocratie fait-elle à ceux qui, trop fragiles, n'ont pas les outils qui leur permettent d'y exercer pleinement leurs droits ?
En Italie, dans les années où se situe le récit, une loi impose à tous de voter. Il faut donc faire voter tout le monde, y compris ceux qui ne sont pas en mesure de comprendre ceux que signifie voter. Un bureau de vote est installé au sein du Cottolengo, un hospice religieux de Turin, dont la vocation est de recueillir toutes les personnes en situation de handicap (je me permets d'utiliser cette expression anachronique, là où le récit parle comme le veut son époque de "contrefaits" ou "d'idiots"). Amerigo est envoyé par le parti communiste dont il est membre pour veiller à la régularité du scrutin.
Amerigo est dans un premier temps démuni dans ce lieu, véritable ville dans la ville. Il n'a pas les outils pour comprendre ce qui se passe même s'il en situe très précisément les enjeux qui tiennent aux questions de la démocratie et des frontières de l'humanité. Pour la deuxième question, il en trouve la réponse dans le spectacle d'un vieux paysan venu rendre sa visite dominicale à son fils. Lui n'est pas comme les soeurs, il n'a pas eu le choix d'être là, ni n'y a été appelé, si l'on se situe dans le registre de la foi.
"Voilà, cette façon de vivre-là, c'est l'amour (....), l'humain va jusqu'où va l'amour ; il n'a d'autres limites que celle que nous lui donnons" Rien de plus simple, ni de plus nécessaire que ce qui est dit là.
Dans les premiers moments passés au Cottolengo, Amerigo se raccroche à l'image de la beauté de sa maîtresse et fait le constat que pour qu'il y ait un processus historique il faut viser la beauté autrement dit la perfection. Mais comme il le reconnaît immédiatement, en se référant aux Grecs " placer trop haut la beauté, n'est-ce pas faire un premier pas vers un monde inhumain où les infirmes seront précipités du haut d'un rocher"
Au Cottolengo, les jeux sont faits, tout le monde vote pour la démocratie chrétienne, et il y a toujours un prêtre ou une soeur pour faire voter ceux qui n'y arrivent pas. Fort de ses premières réflexions et faible dans les outils théoriques auquel il se raccroche, Amerigo laisse faire. Il ne faudrait pas précipiter symboliquement l'infirme du haut du rocher en le déclarant trop vite inapte. le fascisme n'est pas bien loin. Puis peu à peu, Amerigo comprend, en même temps qu'il fait place à cette humanité, qu'il accueille comme étant désormais un possible du devenir humain et il parvient à poser des limites démocratiques en rappelant au groupe des scrutateurs le sens du vote et du nécessaire respect de dignité humaine
"Cette comédie a assez duré, conclut Amerigo sèchement. Il est incapable de manifester sa volonté, donc il ne peut pas voter. C'est clair. Un peu plus de respect, voyons. Pas besoin d'en dire davantage. (Voulait-il dire un peu plus de respect pour l'acte électoral ou pour la souffrance ? Il ne précisa point.)"
Etape importante pour la progression de son regard. Il envisage alors la laïcisation et la professionnalisation de ce travail d'accompagnement qu'accomplissent les soeurs et finit par percevoir l'incroyable fécondité du geste de penser que chacun est éducable et, si démuni soit il, capable de progresser. En rencontrant, un ouvrier de l'hospice, privé de mains, qui parvient néanmoins à accomplir tous les gestes de la vie quotidienne et de travailler, Amerigo comprend la portée de ce que l'on appelle désormais l'inclusion. Au delà, il est capable de déceler de la joie dans ce lieu.
"Même la ville des plus grandes imperfections, songea le scrutateur, connaît des heures parfaites : l'heure, l'instant où dans toute cité paraît la Cité."
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mylena
  04 mai 2021
Ce petit livre très court est né d'un fait à la limite de l'anecdote, point de départ d'une réflexion sur la démocratie, et de questions qui restent d'actualité.
L'histoire se passe dans l'Italie des années 20 : Amerigo, communiste, occupe la fonction de scrutateur dans le bureau de vote du quartier Cottolengo à Turin. Ce quartier est une sorte de ville hospice ou asile. Les électeurs sont infirmes, grabataires, voire déficients mentaux. Au vu de ce spectacle, Amerigo a bien peur que le résultat des élections ne soit joué d'avance, car « on votait ici pour un seul parti : tout le monde le savait n'est-ce pas ? Alors à quoi bon s'agiter et compliquer les choses ? », pour le parti démocrate-chrétien a priori, les électeurs votant la main guidée par le personnel de l'institution religieuse. Italo Calvino fait de ces faits bruts une matière riche. le défilé d'électeurs est le reflet d'une Italie profonde, le scrutateur se doit de refuser le vote de ceux qui sont de toute évidence inaptes à voter et manipulés, mais en même temps, quand il refuse un vote, il a l'impression d'aller à l'encontre de ses idées, il vit une espèce de crise morale, se posant des questions sur le sens de l'humanité. le constat est assez désespérant par rapport aux magouilles des hommes politiques et à la bêtise humaine, mais les questions sur les limites de la démocratie sont saines et pertinentes, même si sans réponse.
Chapeau pour avoir réussi à concentrer tout cela dans un roman d'une centaine de pages !
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JeanLouisBOIS
  03 septembre 2012
Le moins mauvais des systèmes politiques : Calvino en illustrateur de Churchill
Avec le court récit de la longue journée du scrutateur Amerigo Ormea, chargé de surveiller un bureau de vote situé au sein du quartier Cottolengo à Turin, en fait une sorte de ville hospice, nous sommes invités à nous interroger sur le fonctionnement de la démocratie.
Si dans un premier élan Amerigo tombe sous le charme d'une démocratie qui n'a pas honte d'afficher le plus grand dénuement et qui semble capable de rassembler ceux que l'on pouvait penser irréconciliables ( à l'image du groupe de scrutateurs officiant de concert), le doute devient rapidement son plus sûr
compagnon.
Devant le spectacle offert, bien malgré eux, par des électeurs infirmes et parfois déficients mentalement, le communiste Amerigo craint que les jeux ne soient faits d'avance : « On votait ici pour un seul parti : tout le monde le savait n'est-ce pas ? Alors à quoi bon s'agiter et compliquer les choses ? » ( dans l'esprit d'Amerigo il s'agit du parti démocrate-chrétien italien …).
C'est dans ces conditions que notre scrutateur occasionnel se penche sur la notion d'humanité pour déterminer si certains électeurs du quartier sont bien en mesure de voter en citoyens libres et éclairés. Ce faisant, il ne peut éviter de soulever le paradoxe d'une démocratie, par essence égalitaire, qui pour assurer son fonctionnement et asseoir sa légitimité, doit écarter certains de ses membres ( les gouvernés) lors de la désignation de ses représentants ( les gouvernants).
Certains pourront expliquer ce paradoxe par le fait que la démocratie bénéficie à tous, y compris ( surtout ? ) à ceux qui sont les plus faibles. Cela en effet paraît justifier des pratiques discriminatoires au moment du vote entre ceux qui peuvent faire un choix et ceux qui ne le peuvent pas. La journée d'un scrutateur renvoie également à la question plus générale du citoyen et du « bagage » dont a besoin celui qui vote. Thomas Jefferson, l'un des pères de la démocratie américaine, voyait dans l'école le plus sûr moyen de fabriquer de bons citoyens. Il affirmait également que tous les hommes ne sont pas égaux en intelligence : comme quoi rien n'est simple quand on réfléchit sur la démocratie !
Lien : http://www.critiqueslibres.c..
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brigetoun
  25 juin 2013
j'ai entamé, dans la douce montée du soir, jusqu'à ce que l'obscurité me chasse, "la journée d'un scrutateur" d'Italo Calvino qu'assez inexplicablement je n'avais jamais lue. Avec le plaisir de la construction du récit comme toujours et de ce jeu entre auteur et héros, avec le sentiment de retrouver (grosse nuance : n'ai pas eu le droit à un électorat aussi particulier) ce que j'ai vécu, ce groupe qui se crée, à travers les antagonismes de parti, entre les membres du bureau, ce renoncement parfois aux règles, par résignation un peu, par souci d'en rester au principal, cette humilité et la force de ce qui n'est pas qu'un rite, ce détournement, ce questionnement sur la démocratie...
Mais aussi, ce questionnement sur ce qu'est l'humain, ce refus et ce besoin de hiérarchiser, l'adhésion à un idéal, le lien détendu, le poids de l'histoire et l'habitude des défaites et victoires qui n'en sont pas, etc.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
gavarneurgavarneur   30 septembre 2018
Des jeunes gens, le crâne rasé et la barbe hirsute, étaient assis là en demi-cercle, sur des fauteuils, les mains cramponnées aux accoudoirs. Ils portaient des robes de chambre bleues à rayures dont les pans descendaient jusqu'à terre, cachant le vase disposé sous chaque siège ; mais la puanteur stagnait et des rigoles se perdaient sur le carrelage, entre leurs jambes nues aux pieds chaussés de socques. Ils avaient cet air de famille qu'on rencontre partout au Cottolengo*, et leur expression était celle de tous : leur bouche déformée s'ouvrait sur des dents plantées de travers en un ricanement qui tenait du sanglot ; et le tapage qu'ils faisaient se diluait en un jacassement étouffé de rires et de pleurs.
Page 122
*Hospice tenu par des religieuses, et où se situe le bureau de vote de ce récit
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gavarneurgavarneur   21 septembre 2018
En ces années-là, le Parti communiste italien s'était proposé, entre autres fonctions, d'incarner un idéal libéral qui n'avait jamais encore, dans ce pays, trouvé son expression. De ce fait, le corps d'un simple communiste pouvait abriter deux personnages à la fois : un révolutionnaire intransigeant et un libéral olympien. Plus le communisme mondial, au cours de cette période de tension, s'était fait schématique et dépourvu de nuances dans ses expressions officielles, plus, dans l'âme du militant, ce que le communisme perdait en richesse intérieure à se modeler sur un rigide bloc de fonte, le libéral le retrouvait en facettes et iridescences.
Page 52
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gavarneurgavarneur   06 octobre 2018
On sait ce qu'il en est de ces moments où il semble que nous ayons tout compris : il se peut qu'une seconde plus tard, comme nous voulons préciser ce que nous venons de saisir, tout nous échappe.
Page 128
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gavarneurgavarneur   16 octobre 2018
Même la ville des plus grandes imperfections, songea le scrutateur, connaît des heures parfaites : l'heure, l'instant où dans toute cité paraît la Cité.

(Phrase de conclusion du récit)
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SpilettSpilett   25 août 2010
Pendant ce temps, les autres faisaient voter un malade. On l'isola, lui et la petite table, derrière le paravent déployé; cela fait, et comme il était paralysé, une sœur vota à sa place. On retira le paravent; Amerigo vit une face violacée, révulsée comme celle d'un mort, une bouche béante, des gencives nues, des yeux hagards. On ne découvrait rien de plus que cette tête enfoncée au creux de l'oreiller; l'homme était aussi raide qu'une pièce de bois, mis à part un râle qui sifflait au fond de sa gorge.
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Vidéo de Italo Calvino
Leçon inaugurale prononcée le 30 novembre 2006 par Antoine Compagnon, professeur titulaire de la chaire Littérature française moderne et contemporaine : Histoire, critique, théorie (2005-2020). Découvrez ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/antoine-compagnon/index.htm Auprès de la question théorique ou historique traditionnelle : "Qu'est-ce que la littérature ?", se pose avec plus d'urgence aujourd'hui une question critique et politique : "Que peut la littérature ?" Quelle valeur la société et la culture contemporaines attribuent-elles à la littérature ? Quelle utilité ? Quel rôle ? "Ma confiance en l'avenir de la littérature, déclarait Calvino, repose sur la certitude qu'il y a des choses que seule la littérature peut nous donner." Ce credo serait-il encore le nôtre ?
Accéder librement à la version électronique de cette leçon inaugurale : https://books.openedition.org/cdf/524
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