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Juliette Bertrand (Traducteur)
EAN : 9782253029854
122 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (05/05/1982)
3.79/5   895 notes
Résumé :
Que se passe-t-il lorsqu'un homme rentre de la guerre avec seulement la moitié droite de son corps ? Quelle vie peut-il espérer mener ? Quelle possibilité s'offre à lui quand sa seconde moitié réapparaît ? Et quelle morale doit-on tirer de cette histoire ? Vous le découvrirez en lisant l'histoire du vicomte Médard de Terralba qui est confronté aux deux parties de son être, l'une qui ne cherche qu'à faire le mal et l'autre qui pèche par excès de bonté. Conte philosop... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (83) Voir plus Ajouter une critique
3,79

sur 895 notes

berni_29
  10 novembre 2020
Oyez, braves lecteurs ! Approchez un peu que je vous narre cette histoire étonnante... Celle d'un personnage inouï, le Vicomte pourfendu.
Or donc, le vicomte Médard de Terralba, chrétien convaincu, partit combattre en Bohème les méchants turcs parce qu'ils étaient d'une toute autre religion, non mais quoi ?!
Le vicomte revint quelques temps plus tard, mais pas tout entier ; lors d'un combat terrible, un obus le coupa en deux. C'est donc une moitié, une des deux moitiés qui revint au bercail, et visiblement pas la meilleure... Celle de droite.
Ainsi s'en retourne au pays le vicomte tant attendu, - cela dit, seigneur reconnu comme ni bon ni mauvais par ses sbires -, mais voilà ce n'est pas vraiment celui qu'on attendait. Certes, c'est une moitié de lui-même qui arrive, c'est-à-dire précisément la partie droite comme je l'ai dit. Mais il s'avère très vite que cette moitié d'homme est odieuse, cruelle, égoïste, sans pitié pour les autres comme pour les siens.
J'ai été ému par cette scène touchante, sans doute l'une des plus belles pages du récit, où son père, pris de chagrin, s'était enfermé de lui-même dans une volière d'oiseaux, attendant éperdument son fils parti à la guerre, craignant pour le sort de ce dernier, désespéré.
Le vieil homme était presque devenu fou à force d'attendre parmi les oiseaux. Il n'était déjà plus de ce monde. Lorsque son fils revint de la guerre, ce dernier l'ignora, le père lui envoya alors un oiseau comme messager, une pie-grièche grise, le fils crut bon de tuer simplement l'oiseau qui l'agaçait...
La portée de ce texte tient aussi dans ces pages.
Le narrateur est le neveu du vicomte, tour à tour fasciné et terrifié par cet oncle qui n'est plus que la moitié de lui-même, et quelle moitié... Un enfant qui devient homme dans ce regard vers un homme cruel qu'il attendait comme un messie, un enfant perdu dans les feux-follets des cimetières...
C'est lui qui nous raconte cette histoire surprenante, celle d'un vicomte fantastique. Mais bientôt, une autre moitié surgit, l'autre moitié du vicomte, celle-ci se distingue par deux signes : il s'agit de la partie gauche, mais aussi elle offre des élans d'une immense générosité, parfois excessive à telle point qu'elle finit par indisposer les habitants de la région.
Voilà Italo Calvino comme on l'aime, nous entraînant dans son récit à la fois onirique et ironique... Un récit qui tient du conte, mais pas tout à fait, ou pas seulement... Comment passer du conte au vicomte, comment passer de l'histoire au sens qu'elle possède ou plutôt le sens qui est révélé par la lecture de ce récit.
Mais nous connaissons ce diable d'écrivain qu'est Italo Calvino, ce diable de conteur qui nous a naguère invité à grimper dans les nues, dans les arbres, prendre de la hauteur. Ici encore le mécanisme narratif est le même. Nous élever, prendre de la hauteur face au récit, à sa douleur, à son horreur.
À l'enchantement aussi...
Car l'horreur il y en a, presque à chaque page, presque à chaque fois que le vicomte prend son cheval pour visiter l'espace qu'il domine. À quelques lieux de là, il y a comme un ghetto, un village replié sur lui-même où vivent des lépreux... Une autre horreur...
Tandis que l'autre face du vicomte apparaît, le visage du bien, l'autre face de nous-même, il nous vient l'envie de se toucher les membres, les côtes, le visage, les yeux, le cerveau, toucher aussi l'envers de nous-même, si c'est possible, mais oui c'est possible puisqu'Italo Calvino nous rend possible des choses apparemment invraisemblables.
Pourrions-nous ainsi identifier à l'intérieur de nous le bien du mal, car tel est le propos d'Italo Calvino, qui s'est donné le peu de mal qu'il fallait pour délivrer ce bien précieux qu'est ce très beau texte ?
Comment, au final, accepter ces deux versants qui vivent en nous, s'affrontent, sommeillent en nous, couturent nos vies, le bien, le mal, et tout ce qui va avec... Sans doute l'originalité du propos ne consiste pas à opposer les deux versants, mais à montrer, ô originalité, que le bien peut parfois être excessif et ne pas produire ce qu'il cherchait à faire...
J'ai trouvé ce texte incroyablement universel, sublime, intact, inattendu à chaque page...
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palamede
  21 mai 2016
Depuis son horrible blessure, acquise pendant la guerre avec les Turcs, le vicomte Médard de Terralba est animé d'une furie pourfendeuse. A son image, il coupe en deux tout ce qui croise infortunément son chemin. Par ce geste barbare, il fait oeuvre bienfaisante, estimant que la moitié restante est « mille fois plus profonde et précieuse que la partie perdue » (il prêche sans aucun doute pour sa paroisse).
Mais bientôt, certains témoignent avoir vu celui qui sème le mal partout agir avec bonté (le gentil avec sa morale contraignante n'est-il pas pire que le mauvais ?) – puis de nouveau revenir à ses anciens penchants. Dans cette confusion, la jeune bergère dont il est amoureux est la seule à avoir compris la double nature de Médard.
Le vicomte pourfendu, parabole ironique et jubilatoire, pointe la dualité de l'homme, celle qui le fait hésiter entre le bien et le mal. C'est dans la nature humaine d'être ambivalente, « un mélange de bonté et de méchanceté » comme le souligne si justement le facétieux et philosophe Italo Calvino.
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Ptitgateau
  20 mai 2012
Le vicomte Médard de Terralba prend part à une bataille contre les Turc et se retrouve coupé en deux par un boulet de canon. Ses deux moitiés continuent à vivre indépendamment, l'une semant la terreur dans le comté, l'autre faisant le bien. Un surprenant roman plein d'humour (noir) qui revêt des allures de conte philosophique. Me penchant sur la carrière d'Italo Calvino, je peux lire qu'il fut un écrivain réaliste, un fabuliste et un philosophe. A travers ce conte fantastique, il nous apporte une réflexion sur l'être humain, non pas une vision manichéiste qui voudrait que le bien existant chez l'homme vient du ciel et le mal des ténèbres les deux à l'origine d'un combat permanent, mais plutôt un constat : l'homme possède en lui le bien et le mal qui l'équilibrent, l'un n'allant pas sans l'autre : c'est ainsi que le « mauvais vicomte » dit « l'infortuné » récolte la haine des villageois pour sa méchanceté et son injustice, le « bon » créée des tensions (Il n'est pas si facile d'être la bonté même)
J'ai commencé par prendre beaucoup de plaisir lors de la lecture, d'abord parce qu'Italo Calvino manie l'humour noir en virtuose, ensuite parce que je me suis attachée aux personnages, enfin parce que je me suis bien demandée comment allait finir cette histoire qui m'a donné envie de lire encore d'autres oeuvre de ce grand écrivain.

Lien : http://1001ptitgateau.blogsp..
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Nastie92
  01 octobre 2017
Cinquante nuances de gris.
Non, ne croyez pas que je vais vous parler du "livre" le plus vendu de l'année 2012 : je ne l'ai pas lu et me suis contentée de lire quelques critiques, dont certaines sont d'ailleurs hilarantes.
Alors, pourquoi ?
Parce que c'est le message que nous envoie ce court texte. Nous ne sommes ni tout noirs ni tout blancs, nous sommes tous gris.
Le vicomte pourfendu est un conte philosophique, un petit bijou que le grand Voltaire n'aurait pas renié.
À la fois drôle et sérieux, comique et ironique, c'est un régal de lecture.
Si la méchanceté absolue est évidemment mauvaise, la bonté extrême l'est tout autant : voilà ce que nous apprend l'histoire de ce malheureux vicomte coupé en deux par un boulet de canon.
Les deux moitiés qui vivent désormais séparément vont faire le bien pour l'une, le mal pour l'autre, mais finalement causer de façon égale du tort à tous les habitants des environs qui n'en peuvent plus de cette situation doublement pénible.
Au premier degré, c'est drôle, original, voire complètement loufoque. Au second degré, c'est fin et plus sérieux que ce que ça n'en a l'air. Italo Calvino m'a régalée avec cette histoire truculente menée tambour battant jusqu'à une fin totalement jubilatoire.
Acceptons les deux parts qui sont en chacun de nous. Ne soyons pas excessivement fiers de la bonne, et composons avec la mauvaise, acceptons nos défauts et vivons de la meilleure façon possible avec cet aspect moins glorieux qui est en chacun de nous.
Le monde n'est ni blanc ni noir, et le gris s'y décline fort heureusement en bien plus que cinquante nuances.
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cuisineetlectures
  16 janvier 2013
De courts chapitres et un humour noir à vif nous entraine sur les doubles traces de Médard de Terralba, coupé en deux par un boulet de canon au cours d'une bataille contre les Turcs au XVIIIème siècle !
Habilement, Italo Calvino donne la parole à son jeune neveu, un bâtard livré à lui-même qui porte un regard candide sur l'incroyable destin de son oncle.
Il voit tout d'abord revenir la première moitié de son oncle qui sème la terreur partout où elle passe et dont tous les actes sont entachés de cruauté. Même Sébastienne, sa nourrice n'arrive pas à l'amadouer et l'infâme personnage l'envoie sans remords dans un village de lépreux alors qu'elle n'est pas malade…
Mais nous sommes dans un conte fantastique et les lépreux vivent heureux entre eux et organisent des fêtes, le Dr Trélawney s'occupe du sort des insectes plutôt que des hommes et Maître Pierreclou invente des potences particulièrement performantes…
Et puis il y a Pamela dont « l'infortuné » (le mauvais) va tomber amoureux en même temps que son autre moitié (le bon) revenue elle aussi du champ de bataille, la bonté incarnée et entièrement tournée vers les autres.
Cette attitude en apparence positive aura rapidement des effets pervers et Italo Calvino nous invite à une subtile réflexion sur le bien et le mal tout en se distrayant de manière agréable. le cynisme est au rendez-vous et le ton volontiers caustique.
A la lecture de cette fable philosophique, on retrouve le même plaisir jubilatoire que dans « le Baron perché ».
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Citations et extraits (105) Voir plus Ajouter une citation
PtitgateauPtitgateau   15 mai 2012
Mort pour mort, à tous les cadavres ils faisaient le nécessaire pour qu'ils revinssent à la vie. Et je te scie par ci et je te couds par là, et je te tamponne des lésions et je te retourne des veines en doigts de gants pour les remettre en place avec plus de ficelle que de sang à l'intérieur, mais bien rapiécées et bien étanches. Quand un patient mourait, tout ce qu'il avait de bon servait à rapetasser les membres d'un autre, et ainsi de suite. Ce qui donnait le plus de fil à retordre, c'étaient les intestins : une fois déroulés, on ne savait plus comment les replacer.
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BoulieBouffeToutBoulieBouffeTout   12 août 2010
"L'avantage d'être pourfendu est de comprendre dans chaque tête et dans toute chose la peine de chaque être d'être incomplet. J'étais entier, je ne comprenais pas. J'évoluais sourd et incommunicable parmi les douleurs et les blessures semées partout, là même où un être entier ne saurait l'imaginer. Ce n'est pas moi seul qui suis écartelé et pourfendu mais toi aussi, nous tous.
Et maintenant je sens une fraternité qu'avant, lorsque j'étais entier, je ne connaissais pas. Une fraternité que me lie à toutes les mutilations, toutes les carences du monde. Si tu viens avec moi, tu apprendras à souffrir des maux de tous et à soigner les tiens en soignant les leurs."
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mcd30mcd30   05 mai 2019
Si chacun pouvait sortir de son obtuse, de son ignare intégrité ! J'étais entier, et toutes les choses étaient pour moi, naturelles et confuses, stupides comme l'air ; je croyais tout voir et ne voyais que l'écorce. Si jamais tu deviens la moitié de toi-même et je te le souhaite, enfant, tu comprendras des choses qui dépassent l'intelligence courante des cerveaux entiers. Tu auras perdu la moitié de toi et du monde, mais ton autre moitié sera mille fois plus précieuse. Et toi aussi, tu voudras que tout soit pourfendu et déchiqueté à ton image parce que la beauté, la sagesse et la justice n'existent que dans ce qui est mis en pièce. (p . 69)
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colimassoncolimasson   30 août 2012
Au fond, je ne sais pas pourquoi nous nous obstinions à le considérer comme un médecin. Pour les bêtes, surtout les toutes petites, pour les pierres, pour les phénomènes naturels, son attention était extrême. Mais les êtres humains et leurs infirmités le remplissaient d’effroi et de dégoût. Il avait horreur du sang, ne touchait les malades que du bout des doigts et, devant les cas graves, se tamponnait le nez avec un mouchoir de soie mouillé de vinaigre. Pudique comme une jeune fille, il rougissait en voyant un corps nu.
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PtitgateauPtitgateau   17 mai 2012
...Une nuit, il poussa jusqu'aux maisons de Préchampignon et lança sur leur toit de paille de la poix enflammée. Les lépreux ont la vertu de ne pas souffrir quand ils rissolent. Surpris par les flammes dans leur sommeil, ils ne se fussent certes pas réveillés. Mais tandis qu'il prenait la fuite au galop, le vicomte entendit s'élever du village une cavatine au violon; les habitants de Préchampignon veillaient, absorbés par leurs jeux. Ils roussirent tous un peu mais sans souffrir.
Ils s'en amusèrent même, comme c'est dans leur tempérament. Ils eurent aussitôt fait d'éteindre l'incendie; et leurs maisons, peut-être bien parce que lépreuses comme eux, ne subirent que peu de dommages.
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Vidéo de Italo Calvino
Leçon inaugurale prononcée le 30 novembre 2006 par Antoine Compagnon, professeur titulaire de la chaire Littérature française moderne et contemporaine : Histoire, critique, théorie (2005-2020). Découvrez ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/antoine-compagnon/index.htm Auprès de la question théorique ou historique traditionnelle : "Qu'est-ce que la littérature ?", se pose avec plus d'urgence aujourd'hui une question critique et politique : "Que peut la littérature ?" Quelle valeur la société et la culture contemporaines attribuent-elles à la littérature ? Quelle utilité ? Quel rôle ? "Ma confiance en l'avenir de la littérature, déclarait Calvino, repose sur la certitude qu'il y a des choses que seule la littérature peut nous donner." Ce credo serait-il encore le nôtre ?
Accéder librement à la version électronique de cette leçon inaugurale : https://books.openedition.org/cdf/524
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