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Jean Thibaudeau (Autre)
ISBN : 2020069415
Éditeur : Seuil (01/09/1984)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 239 notes)
Résumé :
Les villes que voici n'ont leur place sur aucun atlas, et on ne sait à quel passé ou présent ou futur appartiennent ces cités qui portent toutes le nom d'une femme. Peu à peu, le lecteur est conduit au milieu d'une mégalopolis contemporaine près de recouvrir la planète. Et tout au long passent des villes qui ne peuvent exister qu'en rêve : filiformes, punctiformes, dédoublées, effacées.
Relation de voyage d'un Marco Polo visionnaire auprès d'un Khan mélancol... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
Dionysos89
  31 juillet 2013
Les Villes invisibles d'Italo Calvino ne sont pas du tout un roman simple, ni une oeuvre commune. Ni vérité, ni mensonge, finalement qu'est-ce qu'une ville dans notre imaginaire ?
Marco Polo tient ambassade auprès de Kublai Khan, grand empereur des Tartares. Parlant des villes qu'il a rencontrées, dont il a rêvé ou qu'il imagine dans le passé, dans le présent ou dans le futur, il nous raconte à sa façon une cinquantaine de villes toutes aussi étranges et merveilleuses les unes que les autres. Clairement, Marco Polo se place en observateur de ces espaces urbains et n'a de cesse de nous rendre compte de leurs aspects les plus concrets. Les discours entre les deux protagonistes viennent rythmer les chapitres clairement inégaux et difficiles d'accès, c'est pourquoi je conseille de lire cet ouvrage d'une traite.
En utilisant à plein cette variation urbaine sur le thème du Livre des merveilles de Marco Polo, Italo Calvino cherche à nous enseigner que le chemin le plus court vers ces villes n'est jamais celui que nous croyons. En usant presque aléatoirement d'additifs indispensables et inhérents aux villes (la mémoire, le désir, les signes, les échanges, le regard, le nom, les morts et le ciel), il nous emmène à la rencontre de villes imaginaires qui se révèlent être fortement proches de celles que nous connaissons. Il alterne également avec quelques visions plus spécifiques comme les villes effilées, les villes continues et les villes cachées, qui lui permettent de venir progressivement aborder les métropoles et mégalopoles contemporaines sur lesquelles il finit, en fait, par discourir.
Il me manque sûrement au moins un niveau de réflexion pour pleinement apprécier cet ouvrage atypique et pour en cerner la véritable portée. Toutefois, de par mes quelques recherches en géographie urbaine, je peux me permettre quelques parallèles avec, par exemple, la théorie des espaces dans la ville, par Guy di Méo qui voit la création de certains lieux spécifiques en fonction de notre psychologie et de notre rapport à l'espace (espaces genrés par exemple) ; de même, je ne peux m'empêcher de penser au « génie des lieux » de Jean-Robert Pitte, qui voit dans chaque lieu un espace spécifique au développement d'une nouvelle forme géographique spécifique. de la même façon, et pour sortir un peu de la géographie, il suffit de faire le parallèle avec les extraterrestres dans notre imaginaire : ils sont bien souvent (voire toujours) le fruit de nos visions anthropomorphisantes, de telle façon que nous cherchons toujours à retrouver ce que nous connaissons dans ce que nous découvrons.
En conclusion, je dirais qu'avec ce roman, atypique s'il en est et ô combien compliqué à véritablement cerner, Italo Calvino a sûrement, et avant tout, voulu insister sur le fait que les villes ont toujours été, sont par essence et seront encore demain des conteneurs de pensée où nous déversons notre propre inconscience. Par une prose volontairement complexe et onirique, presque faite pour perdre le lecteur, cet auteur italien a au moins le mérite de nous donner des clés plus ou moins claires pour développer notre imaginaire dans de nombreuses directions. À découvrir, mais surtout à relire posément !
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ATOS
  23 décembre 2014
Isadora, Dorothée Anastasie, Despina, Bersabée, Andria.... elles sont innombrables les villes que Marco Polo décrit au grand Khan.
Un espace qui se construit à travers ce qui nous échappe. C'est à dire le temps. La ville cristallise mémoire et désir.
Allez là bas. Se voir là-bas. Ailleurs. S'y rêver bien plus que d'y être véritablement.
Imaginer. Nous constituons nos villes en livre d'images. Aucune ville n'est semblable et pourtant toutes ressemblent à celles que nous reconnaissons. Un plan universel peut être que chacun développe en soi.
Soi dans le temps d'un espace.
Soi dans un autre ville, plus loin, là où réside tous les possibles que nous aurions pu connaître, et une multitude de nos possibles futurs que d'autres vivent au présent.
Les villes anticipent le devenir des hommes.
Le pont fait traverser le fleuve. L'homme traversera. le pont est là. Ce pont a son histoire. A l'homme d'empreinter le pont et de poursuivre l'histoire.
C'est ainsi que les hommes entrent dans les villes en projetant leur désir et en se soumettant parfois au désir de la ville.
La ville est une sirène qui fait perdre la mémoire à celui qui la façonne afin qu'elle puisse conserver son âme. Architecture mnémonique.
Prend garde conquérant ! La ville peut te transformer en esclave.
La ville tient registre d'elle même. Par les signes qu'elle porte en elle elle offre un nouveau langage à l'homme. Signe de pouvoir, de servitude, de magnificence, de plaisir , de rêve.
Tout fait signe dans la ville. Celui qui a reçu la lecture des signes d'une ville , où qu'il se trouve tentera de retrouver ces signes n'importe où. C'est le langage de la ville qu'il l'occupe à présent, qu'il a à l'esprit. Il ne sait plus voir dans un vol d'oiseau l'arrivée d'un orage mais à présent il reconnaîtra le visage d'un dieu dans l'écorce d'un arbre...
La ville pourrait elle parasiter nos pensées ? Pourrait elle faire naître devant nous quelque mirage ? Ainsi une ville se trouvant au bord de l'océan est pour le marin la porte du désert et pour le chamelier la porte de l'océan....
Et si les mirages n'étaient que l'écho d'un futur ? Puisque le passé n'est que l'embryon d'un devenir.
Les villes prennent le visage les désirs que l'on porte, les subliment, les anéantissent parfois. Troublante métamorphose. Mais non éternelle, car la ville a une âme mais conserve et retient provisoirement une mémoire. Tant il est vrai que la ville d'hier n'a absolument rien de commun avec l'actuelle. La ville change, grandit, croit, se transforme, elle perd l'âme que l'on croyait savoir.
On la garde en mémoire. Et puis une autre à la même place surgit. le même nom.peut être. Plus les mêmes habitants, plus la même ville, en autre devenu soi. Étrange histoire.
Puisque la ville est faite de mains, de savoir, de mémoire humaines. Est elle pour cela à notre image?
Innombrables villes, innombrables questions, innombrables possibles.
Ville repère, ville frontière. Elle marque la ligne où l'homme peut s'affranchir.
Il n'y a peut être pour finir effectivement que deux plans possibles. Celui de la ville qui forme notre désir et celui de celle que notre désir construit.
Ville piège, ville souricière. « Il n'est pas de langage sans pièges ».
Toutes les villes ont leur langage, et elle ont toutes leurs pièges.
Et ce qui les différencie pour finir ne serait ce pas uniquement par ce quoi elles s'associent ?
«  le mensonge n'est pas dans le discours, mais dans le choses ».
La ville ne ment pas et la décrire telle qu'on la voit suppose qu'on la sache telle qu'elle est.
Toute chose suppose son contraire.
Ainsi la blancheur des paons dans un parc nous explosent elle au yeux par la présence de la suie qui recouvre les murs.
Ville contraste, où le silence n'est que le réceptacle des mots.
Ville théâtre. Les rôles sans cesse redistribués. Laissant croire à l'éternité de l'intrigue. Même scène, même personnages. L'illusion d'un spectacle, où l'on ne s'aperçoit pas que les dialogues changent au fur et à mesure de la distribution des rôles. La ville avance d'elle même. On pense posséder une ville, on pense l'apprivoiser. Et puis elle vous devient étrangère. Les mots eux mêmes nous sont devenus étrangers.
Pourtant la même ville, les mêmes rôles, la même intrigue, et l'histoire avance.
Persistance rétinienne de la ville imaginée, persistance de sa mémoire. Nous fouillons les décombres d'un monde qui se recompose continuellement. C'est la seule condition pour que les villes survivent, elle se nourrissent en se développent sur les restes de nos mémoires.
La pierre d'une cheminée seigneuriale figée dans le mur d'une étable. La porte d'une étable servant de table dans un palais, un palais qui devient un musée, un musée qui garde l'alphabet des pavés, et des pavés de glace qui mènent vers des châteaux oubliés.
Ville souterraine, ville pont, ville céleste, ville canopée.
L'éternité des villes repose sur leur inconstance.
La possibilité d'une ville repose sur la probabilité du langage.
La ville n'est qu'un peut être, un modèle qui se tient en équilibre entre l'exceptionnel et la vraisemblance.
Fragilité d'une position qu'elle ne devrait jamais oublier.
« Il n'y a rien d'inhumain dans une ville sinon notre propre humanité. » écrit Georges Perec.
«  Ce qui commande au récit, ce n'est pas la voix : c'est l'oreille. » nous rappelle Italo Calvino.
«  Et par ta voix, j'écoute les raisons invisibles pour lesquelles vivaient les villes, et pour lesquelles, peut être bien, après leur mort, elles vivront de nouveau ».
Merveilleux récits, fabuleuses visions, une incroyable lucidité qui éclaire le spectre de notre imagination.
Il faut peut être écouter l'invisible pour percevoir une réalité.
À découvrir :
http://vimeo.com/111443875
http://vimeo.com/84457863 Urbanité/s de Jacques Levy
Astrid Shriqui Garain
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Aelinel
  06 septembre 2017
Cela fait un petit moment déjà que j'ai lu Les villes invisibles de Calvino (au mois de juillet pour tout vous dire) et il va me falloir un gros effort pour me replonger dans mes souvenirs ! Mais, je tenais vraiment à écrire une chronique dessus : d'une part parce qu'il m'a été offert (je voulais donc faire honneur au présent) et d'autre part, ce livre me semble aussi un peu méconnu en France.
La librairie qui le vendait l'avait classé dans la thématique des récits utopiques. Certains d'entre vous habitués aux littératures de l'Imaginaire auront certainement déjà entendu parler du genre SF de la dystopie. Et bien, l'Utopie, c'est l'inverse ! Il s'agit d'un mot inventé au XVIème siècle par Thomas More (mais si, rappelez-vous un des ministres d'Henri VIII, condamné à mort pour avoir refusé de reconnaître son Roi comme chef de l'Eglise anglicane) et dont l'une de ses oeuvres Utopia, paru en 1516, décrit une société idéale.
Dans Les villes invisibles, Calvino imagine un entretien fictif entre Marco Polo et Kublaï Khan dans lequel le célèbre italien décrit cinquante-cinq villes imaginaires, portant chacune le nom d'une femme. Chaque chapitre est court (environ une à deux pages) et s'articule autour de onze thèmes comme la mémoire, le désir, la mort, les échanges, etc…
Il est clair qu'il ne s'agit pas d'un livre facile à aborder car le lecteur se sent bien vite déconcerté. Moi-même, je ne saurai dire si j'ai vraiment tout compris car les échanges philosophiques entre Marco Polo et Kublaï Khan m'ont paru par moment un peu sibyllins. En revanche, les courts textes dédiés aux villes possèdent beaucoup de poésie et d'onirisme. On peut d'ailleurs constater une évolution dans le récit : en effet, si les premières villes décrites semblent s'inscrire dans un imaginaire plutôt oriental et dans le passé, les dernières semblent davantage modernes et correspondre à nos cités occidentales. Les thèmes choisis évoluent également en même temps qu'elles : les villes à caractère orientale apparaissent ainsi conviviales, délurées et proches de la vie ou de la terre tandis que les villes occidentales seraient plutôt associées à la mort, à la contemplation, au ciel, etc…
En conclusion, Les villes invisibles est une oeuvre difficile à appréhender par sa complexité. Mais, je pense que pour ce livre, il faut mettre de côté son intellect et se laisser bercer par la musique des mots. Clairement, ce n'est pas une lecture que je recommanderai à tout le monde mais si quelqu'un a envie de se déconnecter de la réalité par une lecture originale et poétique, lancez-vous !
Lien : https://labibliothequedaelin..
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Bookycooky
  06 janvier 2015
Bien qu'aimant la littérature de Calvino,les premières pages du livre m'a un peu déroutée ,mais étant un cadeau de ma fille,et qu'elle l'a beaucoup aimé,j'ai persévéré.Je ne le regrette pas.Dans ce livre ,Calvino nous offre,dans le cadre d'un dialogue entre Marco Polo et son hôte Kublai Khan qui lui demande d'évoquer les villes qu'il a parcouru durant ses voyages,une suite organisée par arithmétique et symétrie,de courts textes présentant chacune une ville imaginaire,au total 55.Des villes invraisemblables et qui deviennent de plus en plus extravagantes,au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture.Elles portent des noms de femmes,Baucis,installée sur des perches au-dessus des nuages,Octavia la ville suspendue sur un précipice,Argia où à la place de l'air,il y a de la terre,Sophronia,la ville constituée de deux parties,l'une fixe ,parc d'attraction,l'autre partie ville ordinaire avec ministères,école,hopitale,..démantelée chaque année à date précise,et réinstallée dans une autre demi-ville..l'imagination de Calvino est sans limite et c'est ce qui m'a plue.Je l'ai lu sans trop l'intellectualiser,et il m'a entraînée dans le souvenir de villes que j'ai aimé,Mardin/Urfa,Yazd/Persepolis/Isphahan,Jaipur/Jaisalmer/Jodhpur/Udaipur,m'a fait penser à Oscar Niemayer et Brasilia,à Le Corbusier et Chandigarh,aux tableaux de Magritte,et à Beckett et à son approche de l'existence par l'absurde,pour vous dire la richesse du texte.
J'ai aimé les dialogues entre Marco Polo et Kublai Khan,bien que pas toujours facile d'y comprendre la logique,et aussi à la fin du livre les derniéres paroles de Marco Polo ,qui je pense reflète la philosophie de Calvino sur La Vie.
Ce livre est complexe à lire,et je le relirais sûrement dans le futur pour plus l'apprécier.Si vous aimez Calvino,si vous êtes curieux de différentes formes de prose et l'approche de l'existence par l'absurde ne vous rebute pas,alors lisez ce livre,c'est vraiment très beau!
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andras
  13 janvier 2019
Pas facile de naviguer avec Marco Polo de ville en ville, comme nous le propose ici Italo Calvino. J'avais autrefois tenté le voyage et y avais assez vite renoncé. J'ai levé l'ancre à nouveau et cette fois les vents me furent propices et j'ai pu faire escale dans chacune de ces villes étranges et qui se dérobent souvent au regard du visiteur ou qui ne lui présentent qu'une vue partielle et trompeuse. Car ces villes (comme toutes nos expériences ?) sont doubles, ou bien multiples. Telle ville au faste éblouissant dissimule en ses entrailles une autre ville en miroir, aussi misérable que sa partie visible est opulente. Mais l'inverse est aussi possible. Et comment décrire ce que l'on a vu de ces villes à un auditoire exigeant et sceptique, comme le fait Marco Polo au grand Khan dont il est devenu l'ambassadeur ? Ou est la limite entre le récit et l'invention ? Irène, Perintie, Raïssa, Eusapie, comme Florence ou Grenade sont-elles là-bas ou en nous ?
"Les villes invisibles" est un livre mystique et agnostique qui en déroutera plus d'un. C'est un voyage qu'il est bon d'accomplir le moment venu, sans s'entêter si les vents sont contraires, et un magnifique voyage si les vents se révèlent favorables.
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Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
Dionysos89Dionysos89   12 septembre 2013
Marco Polo décrit un pont, pierre après pierre.
- Mais laquelle est la pierre qui soutient le point ? demande Kublai Khan.
- Le pont n’est pas soutenu par telle ou telle pierre, répond Marco, mais par la ligne de l’arc qu’à elles toutes elles forment.
Kublai Khan reste silencieux, il réfléchit. Puis il ajoute ;
- Pourquoi me parles-tu des pierres ? C’est l’arc seul qui m’intéresse.
Polo répond :
- Sans pierres il n’y a pas d’arc.

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Dionysos89Dionysos89   19 septembre 2013
La ville pour celui qui y passe sans y entrer est une chose, et une autre pour celui qui s’y trouve pris et n’en sort pas ; une chose est la ville où l’on arrive pour la première fois, une autre celle qu’on quitte pour n’y pas retourner ; chacune mérite un nom différent ; peut-être ai-je déjà parlé d’Irène, sous d’autres noms ; peut-être n’ai-je jamais parlé que d’Irène.

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AlbedoAlbedo   16 octobre 2012
L'enfer des vivants n'est pas chose à venir ; s'il y en a un, c'est celui qui est déjà là, l'enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d'être ensemble. Il y a deux manières de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l'enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l'enfer, n'est pas l'enfer, et le faire durer, et lui faire de la place.
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VALENTYNEVALENTYNE   08 octobre 2015
Je compris que je devais me libérer des images qui jusqu’ici avaient annoncé les choses que je cherchais : seulement alors je réussirais à comprendre le langage d’Ipazie.

À présent il suffit que j’entende le hennissement des chevaux et le claquement des fouets pour que me prenne un tremblement amoureux : À Ipazie, tu dois entrer dans les écuries et les manèges pour voir les belles femmes qui montent en selle, cuisses nues, des jambières sur les mollets, et un jeune étranger s’approche-t-il qu’elles le renversent dans le foin ou la sciure et le pressent ferme contre leur téton.

Et lorsque mon âme ne demande d’autre nourriture et stimulant que la musique, je sais qu’il faut la chercher dans les cimetières : les musiciens se dissimulent dans les tombes ; d’une fosse à l’autre se répondent trilles de flûte et accords de harpe.


Il est certain qu’à Ipazie aussi viendra le jour où mon seul désir sera de repartir. Je sais que je ne devrai pas descendre au port mais gravir le clocheton le plus élevé de la forteresse et attendre qu’un navire passe là-haut. Mais passera-t-il jamais? Il n’est pas de langage sans pièges.
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Dionysos89Dionysos89   07 octobre 2013
L’enfer des vivants n’est pas chose à venir ; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble.

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