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Jean Thibaudeau (Autre)
EAN : 9782020069410
188 pages
Seuil (01/09/1984)
3.88/5   369 notes
Résumé :
Les villes que voici n'ont leur place sur aucun atlas, et on ne sait à quel passé ou présent ou futur appartiennent ces cités qui portent toutes le nom d'une femme.
Peu à peu, le lecteur est conduit au milieu d'une mégalopolis contemporaine près de recouvrir la planète. Et tout au long passent des villes qui ne peuvent exister qu'en rêve : filiformes, punctiformes, dédoublées, effacées.
Relation de voyage d'un Marco Polo visionnaire auprès d'un Khan ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (47) Voir plus Ajouter une critique
3,88

sur 369 notes

Dionysos89
  31 juillet 2013
Les Villes invisibles d'Italo Calvino ne sont pas du tout un roman simple, ni une oeuvre commune. Ni vérité, ni mensonge, finalement qu'est-ce qu'une ville dans notre imaginaire ?
Marco Polo tient ambassade auprès de Kublai Khan, grand empereur des Tartares. Parlant des villes qu'il a rencontrées, dont il a rêvé ou qu'il imagine dans le passé, dans le présent ou dans le futur, il nous raconte à sa façon une cinquantaine de villes toutes aussi étranges et merveilleuses les unes que les autres. Clairement, Marco Polo se place en observateur de ces espaces urbains et n'a de cesse de nous rendre compte de leurs aspects les plus concrets. Les discours entre les deux protagonistes viennent rythmer les chapitres clairement inégaux et difficiles d'accès, c'est pourquoi je conseille de lire cet ouvrage d'une traite.
En utilisant à plein cette variation urbaine sur le thème du Livre des merveilles de Marco Polo, Italo Calvino cherche à nous enseigner que le chemin le plus court vers ces villes n'est jamais celui que nous croyons. En usant presque aléatoirement d'additifs indispensables et inhérents aux villes (la mémoire, le désir, les signes, les échanges, le regard, le nom, les morts et le ciel), il nous emmène à la rencontre de villes imaginaires qui se révèlent être fortement proches de celles que nous connaissons. Il alterne également avec quelques visions plus spécifiques comme les villes effilées, les villes continues et les villes cachées, qui lui permettent de venir progressivement aborder les métropoles et mégalopoles contemporaines sur lesquelles il finit, en fait, par discourir.
Il me manque sûrement au moins un niveau de réflexion pour pleinement apprécier cet ouvrage atypique et pour en cerner la véritable portée. Toutefois, de par mes quelques recherches en géographie urbaine, je peux me permettre quelques parallèles avec, par exemple, la théorie des espaces dans la ville, par Guy di Méo qui voit la création de certains lieux spécifiques en fonction de notre psychologie et de notre rapport à l'espace (espaces genrés par exemple) ; de même, je ne peux m'empêcher de penser au « génie des lieux » de Jean-Robert Pitte, qui voit dans chaque lieu un espace spécifique au développement d'une nouvelle forme géographique spécifique. de la même façon, et pour sortir un peu de la géographie, il suffit de faire le parallèle avec les extraterrestres dans notre imaginaire : ils sont bien souvent (voire toujours) le fruit de nos visions anthropomorphisantes, de telle façon que nous cherchons toujours à retrouver ce que nous connaissons dans ce que nous découvrons.
En conclusion, je dirais qu'avec ce roman, atypique s'il en est et ô combien compliqué à véritablement cerner, Italo Calvino a sûrement, et avant tout, voulu insister sur le fait que les villes ont toujours été, sont par essence et seront encore demain des conteneurs de pensée où nous déversons notre propre inconscience. Par une prose volontairement complexe et onirique, presque faite pour perdre le lecteur, cet auteur italien a au moins le mérite de nous donner des clés plus ou moins claires pour développer notre imaginaire dans de nombreuses directions. À découvrir, mais surtout à relire posément !
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HORUSFONCK
  01 décembre 2020
Après le truculent Marcovaldo puis l'extravagant Cosmicomix, je suis reparti avec Italo Calvino dans l'intrigant et exigeant Les villes invisibles.
Elles sont cinquante-cinq, ces villes de rêves aux états multiples: Elles sont issues des rêves, des passions, du temps et de cent autres éléments qui signent leur singularité dans un atlas des mots que déroule l'auteur.
Chaque ville est une surprise pour le lecteur-voyageur, qui la quitte pour la suivante. Il y découvre, le lecteur, des fragments de ses songes obsédants et des bribes de ville qu'il connaît pour s'y être rendu en vrai ou y vivre, pourquoi pas.
Ce livre, atlas en prose, est une invitation à continuer le voyage, l'itinéraire, avec ses propres villes à soi... À être l'empereur de terres inconnues ou/et le voyageur sans relâche qui se pose un temps ou fait escale pour tenter de raconter, de dire le difficilement exprimable.
Et, qui de plus appropriés qu'un empereur de Chine et un marchand vénitien pour deviser, entre les villes, de ces autres villes!?.. Dialogues du soir, entre les soieries, fait d'objets, de mots et de parties d'échec.
Et je sais que lorsque je rêverai d'une ville familière ou fantasmée, elle sera au moins en partie de ces cinquante cinq villes que Italo Calvino m'aura dévoilé. Cela, c'est un cadeau inestimable de ce magicien des lettres italiennes.
Oserais-je dire, j'ose, que Les villes invisibles s'il n'est pas indispensable me paraît essentiel et que j'envie déjà ceux et celles qui ne l'ont pas encore lu.
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ATOS
  23 décembre 2014
Isadora, Dorothée Anastasie, Despina, Bersabée, Andria.... elles sont innombrables les villes que Marco Polo décrit au grand Khan.
Un espace qui se construit à travers ce qui nous échappe. C'est à dire le temps. La ville cristallise mémoire et désir.
Allez là bas. Se voir là-bas. Ailleurs. S'y rêver bien plus que d'y être véritablement.
Imaginer. Nous constituons nos villes en livre d'images. Aucune ville n'est semblable et pourtant toutes ressemblent à celles que nous reconnaissons. Un plan universel peut être que chacun développe en soi.
Soi dans le temps d'un espace.
Soi dans un autre ville, plus loin, là où réside tous les possibles que nous aurions pu connaître, et une multitude de nos possibles futurs que d'autres vivent au présent.
Les villes anticipent le devenir des hommes.
Le pont fait traverser le fleuve. L'homme traversera. le pont est là. Ce pont a son histoire. A l'homme d'empreinter le pont et de poursuivre l'histoire.
C'est ainsi que les hommes entrent dans les villes en projetant leur désir et en se soumettant parfois au désir de la ville.
La ville est une sirène qui fait perdre la mémoire à celui qui la façonne afin qu'elle puisse conserver son âme. Architecture mnémonique.
Prend garde conquérant ! La ville peut te transformer en esclave.
La ville tient registre d'elle même. Par les signes qu'elle porte en elle elle offre un nouveau langage à l'homme. Signe de pouvoir, de servitude, de magnificence, de plaisir , de rêve.
Tout fait signe dans la ville. Celui qui a reçu la lecture des signes d'une ville , où qu'il se trouve tentera de retrouver ces signes n'importe où. C'est le langage de la ville qu'il l'occupe à présent, qu'il a à l'esprit. Il ne sait plus voir dans un vol d'oiseau l'arrivée d'un orage mais à présent il reconnaîtra le visage d'un dieu dans l'écorce d'un arbre...
La ville pourrait elle parasiter nos pensées ? Pourrait elle faire naître devant nous quelque mirage ? Ainsi une ville se trouvant au bord de l'océan est pour le marin la porte du désert et pour le chamelier la porte de l'océan....
Et si les mirages n'étaient que l'écho d'un futur ? Puisque le passé n'est que l'embryon d'un devenir.
Les villes prennent le visage les désirs que l'on porte, les subliment, les anéantissent parfois. Troublante métamorphose. Mais non éternelle, car la ville a une âme mais conserve et retient provisoirement une mémoire. Tant il est vrai que la ville d'hier n'a absolument rien de commun avec l'actuelle. La ville change, grandit, croit, se transforme, elle perd l'âme que l'on croyait savoir.
On la garde en mémoire. Et puis une autre à la même place surgit. le même nom.peut être. Plus les mêmes habitants, plus la même ville, en autre devenu soi. Étrange histoire.
Puisque la ville est faite de mains, de savoir, de mémoire humaines. Est elle pour cela à notre image?
Innombrables villes, innombrables questions, innombrables possibles.
Ville repère, ville frontière. Elle marque la ligne où l'homme peut s'affranchir.
Il n'y a peut être pour finir effectivement que deux plans possibles. Celui de la ville qui forme notre désir et celui de celle que notre désir construit.
Ville piège, ville souricière. « Il n'est pas de langage sans pièges ».
Toutes les villes ont leur langage, et elle ont toutes leurs pièges.
Et ce qui les différencie pour finir ne serait ce pas uniquement par ce quoi elles s'associent ?
«  le mensonge n'est pas dans le discours, mais dans le choses ».
La ville ne ment pas et la décrire telle qu'on la voit suppose qu'on la sache telle qu'elle est.
Toute chose suppose son contraire.
Ainsi la blancheur des paons dans un parc nous explosent elle au yeux par la présence de la suie qui recouvre les murs.
Ville contraste, où le silence n'est que le réceptacle des mots.
Ville théâtre. Les rôles sans cesse redistribués. Laissant croire à l'éternité de l'intrigue. Même scène, même personnages. L'illusion d'un spectacle, où l'on ne s'aperçoit pas que les dialogues changent au fur et à mesure de la distribution des rôles. La ville avance d'elle même. On pense posséder une ville, on pense l'apprivoiser. Et puis elle vous devient étrangère. Les mots eux mêmes nous sont devenus étrangers.
Pourtant la même ville, les mêmes rôles, la même intrigue, et l'histoire avance.
Persistance rétinienne de la ville imaginée, persistance de sa mémoire. Nous fouillons les décombres d'un monde qui se recompose continuellement. C'est la seule condition pour que les villes survivent, elle se nourrissent en se développent sur les restes de nos mémoires.
La pierre d'une cheminée seigneuriale figée dans le mur d'une étable. La porte d'une étable servant de table dans un palais, un palais qui devient un musée, un musée qui garde l'alphabet des pavés, et des pavés de glace qui mènent vers des châteaux oubliés.
Ville souterraine, ville pont, ville céleste, ville canopée.
L'éternité des villes repose sur leur inconstance.
La possibilité d'une ville repose sur la probabilité du langage.
La ville n'est qu'un peut être, un modèle qui se tient en équilibre entre l'exceptionnel et la vraisemblance.
Fragilité d'une position qu'elle ne devrait jamais oublier.
« Il n'y a rien d'inhumain dans une ville sinon notre propre humanité. » écrit Georges Perec.
«  Ce qui commande au récit, ce n'est pas la voix : c'est l'oreille. » nous rappelle Italo Calvino.
«  Et par ta voix, j'écoute les raisons invisibles pour lesquelles vivaient les villes, et pour lesquelles, peut être bien, après leur mort, elles vivront de nouveau ».
Merveilleux récits, fabuleuses visions, une incroyable lucidité qui éclaire le spectre de notre imagination.
Il faut peut être écouter l'invisible pour percevoir une réalité.
À découvrir :
http://vimeo.com/111443875
http://vimeo.com/84457863 Urbanité/s de Jacques Levy
Astrid Shriqui Garain
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blandine5674
  05 mars 2019
Marco Polo dialogue avec Kublai Khan, lui narrant son ressenti sur les villes imaginaires qu'il a visitées. Chaque petit chapitre compose, pour chacune d'elles : les villes et la mémoire, les villes et le désir, les villes effilées, les villes et le regard, les villes et les morts, à quelques variantes près. Je crois, que pour mieux apprécier ce texte, il faudrait être muni d'un décodeur. Je n'ai pas été transportée comme je l'espérais, il m'a plutôt ennuyée.
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Aelinel
  06 septembre 2017
Cela fait un petit moment déjà que j'ai lu Les villes invisibles de Calvino (au mois de juillet pour tout vous dire) et il va me falloir un gros effort pour me replonger dans mes souvenirs ! Mais, je tenais vraiment à écrire une chronique dessus : d'une part parce qu'il m'a été offert (je voulais donc faire honneur au présent) et d'autre part, ce livre me semble aussi un peu méconnu en France.
La librairie qui le vendait l'avait classé dans la thématique des récits utopiques. Certains d'entre vous habitués aux littératures de l'Imaginaire auront certainement déjà entendu parler du genre SF de la dystopie. Et bien, l'Utopie, c'est l'inverse ! Il s'agit d'un mot inventé au XVIème siècle par Thomas More (mais si, rappelez-vous un des ministres d'Henri VIII, condamné à mort pour avoir refusé de reconnaître son Roi comme chef de l'Eglise anglicane) et dont l'une de ses oeuvres Utopia, paru en 1516, décrit une société idéale.
Dans Les villes invisibles, Calvino imagine un entretien fictif entre Marco Polo et Kublaï Khan dans lequel le célèbre italien décrit cinquante-cinq villes imaginaires, portant chacune le nom d'une femme. Chaque chapitre est court (environ une à deux pages) et s'articule autour de onze thèmes comme la mémoire, le désir, la mort, les échanges, etc…
Il est clair qu'il ne s'agit pas d'un livre facile à aborder car le lecteur se sent bien vite déconcerté. Moi-même, je ne saurai dire si j'ai vraiment tout compris car les échanges philosophiques entre Marco Polo et Kublaï Khan m'ont paru par moment un peu sibyllins. En revanche, les courts textes dédiés aux villes possèdent beaucoup de poésie et d'onirisme. On peut d'ailleurs constater une évolution dans le récit : en effet, si les premières villes décrites semblent s'inscrire dans un imaginaire plutôt oriental et dans le passé, les dernières semblent davantage modernes et correspondre à nos cités occidentales. Les thèmes choisis évoluent également en même temps qu'elles : les villes à caractère orientale apparaissent ainsi conviviales, délurées et proches de la vie ou de la terre tandis que les villes occidentales seraient plutôt associées à la mort, à la contemplation, au ciel, etc…
En conclusion, Les villes invisibles est une oeuvre difficile à appréhender par sa complexité. Mais, je pense que pour ce livre, il faut mettre de côté son intellect et se laisser bercer par la musique des mots. Clairement, ce n'est pas une lecture que je recommanderai à tout le monde mais si quelqu'un a envie de se déconnecter de la réalité par une lecture originale et poétique, lancez-vous !
Lien : https://labibliothequedaelin..
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critiques presse (1)
RadioFranceInternationale   19 décembre 2022
« Mille et une ouïes » est une exploration intime et sémantique du verbe « écouter » et des manières diverses de tendre l’oreille et de le dire.
Lire la critique sur le site : RadioFranceInternationale
Citations et extraits (84) Voir plus Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   11 novembre 2022
L'inferno dei viventi non è qualcosa che sarà; se ce n'è uno, è quello che è già qui, l'inferno che abitiamo tutti i giorni, che formiamo stando insieme. Due modi ci sono per non soffrirne. Il primo riesce facile a molti: accettare l'inferno e diventarne parte fino al punto di non vederlo più. Il secondo è rischioso ed esige attenzione e apprendimento continui: cercare e saper riconoscere chi e cosa, in mezzo all'inferno, non è inferno, e farlo durare, e dargli spazio.
L’enfer des vivants n’est pas une chose qui adviendra ; s’il y en a un , et c’est celui qui est déjà présent , l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous créons en vivant ensemble. Il existe deux façons de ne pas en souffrir : accepter l’enfer et l’intégrer jusqu’au point de ne plus s’en apercevoir . Le second est à risque, et exige attention et apprentissage continus: chercher et savoir reconnaître quelle est la chose au milieu de l’enfer qui n’est pas l’enfer, la faire durer et lui procurer de l’espace.
( De la préface de la rétrospective de l’exposition Jeronimius Bosch au Palazzo Reale de Milan)
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Dionysos89Dionysos89   12 septembre 2013
Marco Polo décrit un pont, pierre après pierre.
- Mais laquelle est la pierre qui soutient le point ? demande Kublai Khan.
- Le pont n’est pas soutenu par telle ou telle pierre, répond Marco, mais par la ligne de l’arc qu’à elles toutes elles forment.
Kublai Khan reste silencieux, il réfléchit. Puis il ajoute ;
- Pourquoi me parles-tu des pierres ? C’est l’arc seul qui m’intéresse.
Polo répond :
- Sans pierres il n’y a pas d’arc.

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Dionysos89Dionysos89   19 septembre 2013
La ville pour celui qui y passe sans y entrer est une chose, et une autre pour celui qui s’y trouve pris et n’en sort pas ; une chose est la ville où l’on arrive pour la première fois, une autre celle qu’on quitte pour n’y pas retourner ; chacune mérite un nom différent ; peut-être ai-je déjà parlé d’Irène, sous d’autres noms ; peut-être n’ai-je jamais parlé que d’Irène.

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AlbedoAlbedo   16 octobre 2012
L'enfer des vivants n'est pas chose à venir ; s'il y en a un, c'est celui qui est déjà là, l'enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d'être ensemble. Il y a deux manières de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l'enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l'enfer, n'est pas l'enfer, et le faire durer, et lui faire de la place.
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Erik35Erik35   17 novembre 2022
Des phrases et des actes qui n'existaient qu'en pensées, tandis que tous les deux, silencieux et immobiles, regardaient monter lentement la fumée de leurs pipe. Le nuage tantôt se dissolvait dans un souffle de vent, tantôt restait suspendu en l'air ; et la réponse tenait dans ce nuage. Le souffle qui emportait la fumée rappelait à Marco les vapeurs qui embrument l'étendue de la mer et les chaînes de montagnes et qui, lorsqu'elles se délitent, laissent un air sec et diaphane qui révèlent des villes lointaines. C'était au-delà de cet écran d'humeurs volatiles que son regard voulait arriver : la forme des choses se distingue mieu de loin.
Ou alors, la fumée s'arrêtait à peine sortie des lèvres, dense et lente, et elle renvoyait à une autre vision : les exhalaisons qui stagnent sur les toits des métropoles, la fumée opaque qui ne se disperse pas, la chape de miasmes qui pèse sur les rues bitumineuses. Non pas les brumes labiles de la mémoire, ni la transparence sèche, mais le roussi des vies brûlées qui forme une croûte sur les villes, l'éponge gonflée de matière vitale qui ne s'écoule plus, l'engorgement de passé présent futur qui bloque les existences calcifiées dans l'illusion du mouvement : c'est cela que tu trouvais au terme du voyage.
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Vidéo de Italo Calvino
Christine Montalbetti Romans américains éditions P.O.L : où Christine Montalbetti tente de dire comment et pourquoi elle a écrit un roman de Donovan Gallagher et deux romans de Tom Lee Mulligan, trois romans américains qu'elle prétend aussi avoir traduits, et il est notamment question de ce que ça fait d'écrire masquée en écrivain américain, d'avoir un narrateur romancier, d'Italo Calvino et de Guillaume Musso, de "Journée américaine" et de "Plus rien que les vagues et le vent" , de discours direct et indirect, d'estampes japonaises et de conseils à un écrivain, à l'occasion de la parution de "Romans américains", dans la collection #formatpoche des éditions P.O.L le 5 mai 2022 - Donovan Gallagher "Ce qui s'est réellement passé à Stonebridge" - Tom Lee Mulligan "Comment écrire un roman, selon Price" - Tom Lee Mulligan "Runaway bay"
"Qui n'a pas rêvé d'être un écrivain américain ? Alors j'ai écrit un roman de Donovan Gallagher et deux romans de Tom Lee Mulligan. Disons que je les ai traduits. "Ce qui s'est réellement passé à Stonebrige", Donovan Gallagher : Quand il débarque à Stonebridge, Roy Steven est persuadé qu'un fait divers va s'y produire. Il n'a pas tort, mais les choses vont se passer un peu différemment de ce qu'il avait imaginé… "Comment écrire un roman, selon Price", Tom Lee Mulligan : Bryan décide sur un coup de tête d'écrire un roman. Il demande à son ami Price, un célèbre écrivain, une liste de conseils. Mais Price semble jouer un drôle de jeu, rapport à Carol. "Runaway Bay", Tom Lee Mulligan : À Runaway Bay, il y a un lac, un bar, une épicerie, un garage, accessoirement un golf, et les pluies d'été du Texas. Jeff y mène sa petite vie tranquille jusqu'au jour où Montana arrive. Puis Sam."
à Paris le 26 avril 2022
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