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ISBN : 2370490535
Éditeur : La Volte (19/10/2017)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Après la Révolution, l’île de Montréal est assiégée — ses ponts bloqués par l’armée fédérale. Partout dans les rues se déchirent les partisans de l’ancien monde libéral et ceux qui aspirent à une société anarchiste, transformant le paysage urbain en un champ de ruines festif où survivent des communautés humaines en pleine recomposition.

Au cœur de ce chaos, Nikki Chanson bosse dans un vidéo-club. Paumée mais pleine de talents cachés, elle partage son ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  03 novembre 2018
Impossible d'attribuer un nombre d'étoiles qui corresponde à ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman déjanté, foutraque, terriblement imaginatif et pourtant bien ancré dans un contexte qu'on aimerait imaginer lointain.

Le principal écueil concerne mes difficultés de compréhension : en ce qui concerne le lexique des hackers, c'est un moindre mal (d'ailleurs certains personnages disent ne rien piger également aux propos des génies du web, je devrais dire de la Grille, qui définit ce substitut d'Internet reconstitué après que la population de l'enclave insurgée de Montréal a été privée des flux d'information massifs de la toile mondiale). Par contre s'y ajoute le parler joual branché , en style chat :
J'ai fait un run sur Magnasoft en trois passes avec l'Hermès, j'ai scotché tous murs pis j'ai mis les bouts avec le pactole en découvrant le joker dans la boite à gants, me dis pas que qui que ce soir sur la grille peut faire mieux
ces daemons ont des fragments d'enochéens encodés danseurs routines, on n'arrivera jamais à trouver des failles
Seule solution , parcourir le dialogue passivement en espérant que ça n'est pas fondamental pour l'intrigue. Cela raccourcit le temps de lecture, et évite de rester bloqué en mode perplexe.
L'histoire est complètement folle, l'imagination est au pouvoir. Dans cette ile de Montreal où quelques résistants luttent encore contre la dictature qui contrôle la planète à l'exception de poches de résistance à bout de souffle, trois jeunes femmes tentent de comprendre la stratégie des occupants, soit par l'infiltration des réseaux informatiques, soit en remontant la piste d'un tueur d'écureuils grapheur. Là encore , pas sûre d'avoir tout compris. D'autant que le parcours du combattant hésite entre virtuel et réel, de quoi avoir le vertige. Là aussi, faire comme si on avait tout pigé et avancer. Rendez-vous à la fin!
Malgré toutes ces difficultés , qui s'amenuisent un peu en cours de route , la lecture n'a pas été désagréable et les personnages m'ont séduite. L'imagination foisonnante de l'auteur mérite qu'on s'y arrête. Et bien sûr une foultitude de craintes bien contemporaines raccrochant le récit à une actualité brulante.
A ne pas conseiller à des lecteurs hostiles par principe ou méfiance vis à vis de la science fiction, ce n'est sans doute pas la meilleure façon de débuter avec le genre. Pour les amateurs, ça se tente.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Dionysos89
  05 juillet 2018
Acheté pendant les Étonnants Voyageurs de Saint-Malo 2018, après avoir écouté Sabrina Calvo parler de son livre et défendre ses convictions, Toxoplasma a en l'occurrence reçu le Grand Prix de l'Imaginaire, ce qui attire forcément l'attention.
De l'anticipation politique
Pour débuter ce roman, l'autrice ne nous facilite pas la vie et, en même temps, tant mieux. Les premiers paragraphes s'enchaînent dans un tourbillon étrange où on ne sait pas toujours ce qu'on doit penser de ce qu'on lit. le lecteur découvre au fur et à mesure que Montréal est désormais organisé en une Commune libre, que le monde entier semble avoir subi un effondrement du réseau Internet, voire d'une partie du réseau électrique. Sur le modèle du moment, l'Islande, La Commune libre de Montréal met en contrepartie un régime politique davantage tourné vers la subsistance, l'anarchie et l'entraide. La vie quotidienne locale s'y organise désormais par d'autres manières que le néolibéralisme devenu habituel, à commencer par le fait qu'il n'y ait plus de monnaie unique. Toutefois, il semble évident que ce nouveau régime politique ne soit pas du goût de ses voisins fédéraux qui cherchent à le faire tomber, manu militari s'il le faut.
Du cyberpunk à Nanarland
Dans ce contexte un brin tendu, nous suivons Nikki, « conservatrice de VHS d'horreur », c'est-à-dire qu'elle cherche à refourguer à des clients très occasionnels des nanars de série Z dont elle connaît les moindres détails (et sa culture en la matière est gargantuesque). L'intrigue se centre sur l'enquête pittoresque de Nikki qui s'improvise détective privée pour retrouver des chats perdus et élucider l'énigme du raton laveur éviscéré dans le parc à côté de chez elle. On part donc très bien ! Dans son enquête, on croise tout ce qui fait son petit monde montréalais : des gens un peu perdus, des voisins plutôt étranges, des activistes politisés. Ainsi, sa copine, Kim, fait partie d'un groupe de hackeurs communiquant par un réseau informatique inaccessible au commun des citoyens ; son employeur au vidéo-club semble tout à fait hors du monde ; enfin, Mummy, sa voisine vieillissante, semble bien renseignée sur la vie montréalaise avant l'« apocalypse politique ». Chacun et chacune à leur manière sont des punks, des gens volontairement en marge de la société, qui cultivent un mode de pensée hors des poncifs imposés. Cette étude des marges mise à la fois sur la contre-culture de ces « nanars », ces films de genre sous-financés, sur la construction d'alternatives politiques ou économiques et enfin sur le militantisme pour partager ces réflexions.
Un thriller décalé qui questionne la réalité
Dans Toxoplasma, on croise des mondes virtuels, des actes antispécistes et la menace dystopique fasciste. Rien que ça ! Au fur et à mesure que Nikki déroule son enquête, chaque sujet vient ajouter à sa perplexité, elle qui finalement est une héroïne qui n'a pas d'avis préconçu sur la situation qui lui est offerte, mais qui s'éveille doucement sur la réalité, qui se politise progressivement finalement. Cette progression se construit à chaque petite découverte, chaque « bris » dans la réalité que Nikki peut rencontrer de manière plus ou moins brusque pour elle. C'est l'occasion pour elle de se questionner sur sa propre condition (ce qui semble être un thème récurrent chez cette autrice). Là-dessus, Sabrina Calvo ajoute aussi des éléments qui peuvent franchement paraître burlesques dans ce cadre, mais qui constituent une couche mytho-poétique – comme dirait Jean-Claude Dunyach – qui mise à la toute fin par petites touches sur une mythologie nord-amérindienne. Forcément, il y a aussi des chats, puisqu'on parle de toxoplasmose, mais dans son trip, il y aussi des crapauds-taureaux, des marionnettes qui sont conscientes et plein d'autres choses encore… Certains lecteurs trouveront ce livre trop barré, mais il est surtout très réflexif, n'ayez donc pas d'inquiétudes.
En somme, il est souvent détestable de voir les adjectifs s'amonceler sur la quatrième de couverture pour décrire un roman, mais là, en l'occurrence, ce « thriller proto-cyberpunk, déclaration d'amour aux nanars d'horreur » et « roman poétique et politique, qui réussit à allier le burlesque à la tension d'une intrigue fantastique » remplit son contrat et tient toutes ses promesses.
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Igguk
  22 mars 2018
J'ai acheté Toxoplasma de David Calvo sans trop savoir de quoi ça parlait, j'avais rien suivi du tout mais j'avais beaucoup aimé le trip de Sous la colline, son livre précédent. du soleil marseillais on s'envole de l'autre côté de l'Atlantique, sous les collines… de Montréal.
C'est un Montréal assiégé que nous retrouvons au début du roman, dans un futur bizarroïde dévasté par les crises et la guerre, la ville résiste à l'envahisseur fasciste et continue sa vie dans une parenthèse autonome anarchiste, où les gens continuent de vivre en attendant, en expérimentant aussi. Au milieu de cette « Commune » on rencontre Nikki, experte es films Z pourris dans un vidéo-club et détective pour chats, qui va se lancer dans une enquête pour trouver qui est le cinglé qui zigouille des animaux dans son quartier. de l'autre côté nous avons Kim, hackeuse, coureuse ou runneuse, comme on dit. Elle résiste contre les gouvernements et corporations grâce à ses talents, et là elle est sur un gros coup !
Là c'est le départ, mais l'autrice va partir dans tous les sens dans cette cocotte-minute déjantée au rythme foufou. On va alterner (principalement) entre ces deux points de vue avec un tempo de métronome, pas plus d'une ou deux pages avant le switch, ping-pong narratif qui compte le temps dans la bulle montréalaise vouée à être engloutie. Il faut s'accrocher un peu parce que ça zappe, les dialogues sont vifs, plein de mots farfelus, un peu de patois québecois agrémenté de jargon informatique saveur cyberpunk. Ce qui démarre comme une enquête de quartier va finir en thriller cyberpunk rétro fantastique politique (rien que ça) plein de détails funs, de nostalgie, et de puissance évocatrice.
On est dans un Canada futur qui chatouille l'uchronie, post-Donald Trump mais où la VHS est toujours en train de se battre contre le betamax (et de perdre), où l'internet public n'existe plus mais a laissé sa place à la Grille, contrôlée par les entreprises et les états. Il parait que ça tape dans les racines du cyberpunk à la Gibson, mais comme je me raccroche à ce que je connais, ça m'a évoqué mes parties de Shadowrun avec ces deckers tout raccordés qui virevoltent dans la matrice au milieu de champs de guérillas urbaines. Calvo interroge brillamment sur l'autonomie des populations, la latitude de nos vies dans ce « supermarché sans issue de secours », au travers de cette commune où la liberté se mélange à la violence, où le temps est suspendu avec cette force d'invasion aux portes de la ville. Elle interpelle, comme dans Sous la colline, en mélangeant du fantastique aux mythes, et en l'injectant dans une trame techno et sociale.
Mais en se rapprochant on constate surtout des trajectoires de femmes, une Nikki incertaine qui avance à tâtons pour se trouver un sens, une Kim fonceuse engagée qui cours au rythme du temps, une Mei jeune et fofolle à l'esprit vif et multiple. Ces trajectoires vont évidemment converger, parce que le roman va quelque part. Au début c'est dur à cerner, parce que c'est tentaculaire, ça part dans tous les sens. Ça virevolte, le lecteur se laisse trainer en attrapant les concepts et les informations au vol, on a à peine le temps de digérer qu'on est déjà trois étapes plus loin, jusqu'à ce que ce puzzle géant, ce labyrinthe ludique, cette énigme, fasse sens dans un final abrupt qui n'en est presque pas un, mais que j'ai adoré. Y'a un fourmillement d'idées, des concepts, de genres assemblés qui pourraient sembler totalement incompatibles, et pourtant…
Toxoplasma est un roman déroutant mais extrêmement riche, qui tire dans tous les coins avant de nous composer ce plateau multi-saveurs pourtant cohérent. Un cyberpunk politique poétique rétro mais très actuel, un fantastique mystique, des personnages réels et vivants. du fond, de la forme, de la vraie magie narrative.
Lien : http://ours-inculte.fr/toxop..
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boudicca
  26 octobre 2018
Un « triller proto-cyberpunk ». Voilà comment les éditions La Volte définissent le dernier roman de David Calvo, récompensé il y a quelques mois par le Grand Prix de l'Imaginaire dans la catégorie « meilleur roman francophone ». Sur le coup, ça ne me disait pas grand chose, et c'est finalement après avoir eu l'occasion d'entendre l'auteur en conférence lors du festival des Étonnants Voyageurs que je me suis décidée à sauter le pas. Malheureusement, si l'expérience s'est révélée franchement atypique, je ne peux pas pour autant dire qu'elle m'ait vraiment plu, et ce pour tout un tas de raisons. D'abord, l'auteur ne s'embarrasse pas vraiment de détails concernant le contexte, si bien que j'ai eu un peu de mal à m'imaginer le décor : nous sommes à Montréal, à une période indéterminée mais néanmoins relativement proche de la notre, et l'armée encercle l'île sur laquelle s'est retranchée des anti-systèmes. On a donc affaire à sorte de Commune de Paris version canadienne, avec l'armée sur le point d'entrer dans la ville et provoquer un bain de sang que les habitants ne peuvent que se résoudre à attendre. Seulement tout cela, on met un peu de temps à le comprendre, si bien qu'on ne cerne pas tout de suite très bien les enjeux, d'autant que la situation n'est vraiment exposée qu'à de rares occasions, sous forme de podcast radio.
C'est d'ailleurs un autre élément intéressant mais aussi déstabilisant du roman : le changement fréquent de style. Émissions de radio, vidéo, échanges informatiques... : l'auteur varie souvent de modes de narration, parfois au dépend de la compréhension du lecteur. Je pense notamment aux conversations « internet » entre l'un des personnages et ses compagnons dans lesquelles on retrouve un jargon technologique très pointu auquel je suis restée totalement hermétique. Autre aspect déstabilisant : le caractère burlesque (voire complètement barré) de l'intrigue. On a quand même affaire à une héroïne qui attend la fin du monde en jouant au détective pour animaux, se met à avoir de grandes conversations avec une chaussette/marionnette après s'être découvert des talents de ventriloque, et connaît sur le bout des doigts absolument tous les pires nanars d'horreur de l'histoire du cinéma (si vous êtes fan, prenez de quoi noter parce que les références abondent). Je ne peux pas dire que ça m'ait déplu, en revanche j'ai eu beaucoup de mal à comprendre où voulait nous emmener l'auteur. L'intrigue repose en effet sur un ressort et des rebondissements tous aussi barrés que le reste de l'histoire dont je ne suis toujours pas certaine d'avoir saisi le fin mot.
« Toxoplasma » est donc un roman bourré d'idées intéressantes, qui ose expérimenter pas mal de choses, mais qui m'a déstabilisée plus que séduite. Trop burlesque, trop de références que j'ai pas saisi, trop de jargon... trop barré, tout simplement. Cela dit si tous ces éléments ne vous font pas peur, n'hésitez pas à tenter la découverte, vous devriez apprécier.
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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Seraphita
  21 mai 2018
Alors qu'une formidable révolution a éclaté, l'île de Montréal est assiégée par l'armée fédérale. Une Commune y a éclos tandis qu'Internet a disparu et que l'électricité n'est plus une valeur très sûre. Tous les insulaires attendent une hypothétique fin du monde. Parmi ceux-ci, vit Nikki qui mène une enquête pour tenter d'élucider d'atroces meurtres d'animaux. Elle va être aidée par des adeptes de course dans les bois du cyberespace et une marionnette. Sa vie devient peu à peu un fil tendu entre rêves et réalité, alors qu'elle commence à entrevoir l'essence d'une conspiration.
« Toxoplasma » est le neuvième roman de David Calvo, paru en 2017, et salué par le Grand Prix de l'Imaginaire 2018. Ce long roman mêle habilement différents genres et thèmes, l'auteur aimant surfer aux lisières des styles de l'imaginaire.
Pour entrer dans l'oeuvre et poursuivre la lecture jusqu'à son terme, il faut accepter de suivre David Calvo dans ses escapades tout à la fois débridées, fantasques et en même temps tenues par un fil d'intrigue solide ; accepter de suspendre une compréhension entière pour entrevoir quelques parcelles de sens, çà et là, suffisamment nourrissantes pour continuer le chemin. Et quel chemin ! L'auteur nous promène entre comique et drame, spiritualité et réflexions politiques, mythologie et cyberpunk, origines et tension vers un avenir, l'ensemble étant servi par une plume merveilleuse.
David Calvo sait créer des images fortes, poignantes dans un style poétique, n'hésitant pas à détourner des mots de leur sens pour leur donner un autre envol, un souffle créatif. La conspiration devient ainsi cette respiration avec l'autre.
Car au fil de l'enquête portée par trois femmes, c'est une conspiration qui peu à peu est mise à jour, la forêt devenant lieu des origines et de la clôture, en un Ouroboros scellant un renouveau.
Une oeuvre fantasque et une expérience aussi exigeante que bouleversante, dont on ressort conquis.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Dionysos89Dionysos89   07 août 2018
Downtown est devenu l’univers stérile auquel il aspirait du temps de sa gloire néo-capitaliste. Loin des marchandages de Chinatown et des souterrains exclusivement corporates, la surface est laissée aux ruines de chaînes de vêtements, aux fast-foods et aux micro-supermarchés. Une population fantôme continue ses errances de shopping, véritables rituels devenus religion – des zombis répétant des gestes habituels, sans plus aucun sens. De libéral à réactionnaire il n’y a qu’un pas. L’ancienne génération voyait les choses en noir et blanc, et au ralenti. Son incapacité à dépasser le bien-être matériel avait laissé un trou béant dans le vivre-ensemble.

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Dionysos89Dionysos89   04 septembre 2018
C’est tout un monde qui s’est écroulé, un monde ancien qui portait le nom d’un mode de vie – un monde féodal qui taisait son identité, sa résilience à toute forme de justice. Depuis la nuit des temps, rien n’a pu empêcher une moitié de l’humanité de mettre l’autre en esclavage.

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Dionysos89Dionysos89   03 octobre 2018
Nous avons tellement appris à nous libérer sans agir, en prenant pour acquis ce qu’on nous donnait comme espace, qu’on s’est même demandé si on pourrait changer le monde en restant sur nos culs à rien foutre.
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NioNio   16 novembre 2017
_ Et Vendredi 13, épisode 5 ?
_ Heu...

C'est un couple, visiblement endommagé, à la recherche d'un je-ne-sais-quoi qui pourrait sauver leur soirée, à défaut de leur amour. Le mâle interroge la femelle du menton, elle fait la moue.

_ OK, enchaîne Nikki, vous avez un problème avec les ados morts. Que pensez-vous de Scanners 2 ? The New Age ? Oui ?
Elle leur vend sa soupe : il y a plusieurs suites à Scanners, le film de David Cronenberg sur les agents aux pouvoirs psy, capables de tuer avec des fréquences inconnues -- deux suites officielles, puis un Scannercop et un Scannercop 2. Mais c'est vraiment The New Age qui tire son épingle du jeu, en proposant une virée exponentielle dans la conspiration. Un mystère épais, paranoïaque, aux ramifications sans fin. Une plongée dans le glauque des salles polyvalentes, du mal en costume-cravate, du pouvoir tout-puissant des grilles de calcul, d'un capitalisme sans tête, sans âme, partout à la fois, qui sait tout, voit tout, entend tout, et des soldats de l'ombre qui luttent contre cet enfer conceptuel où l'humanité est aujourd'hui enfermée, célébrant la toute-puissance de la commodité sans se poser la question du pourquoi. C'est un scanner qu'il faudrait, une armée de scanners pour lire l'intimité de ces pensées infertiles, de ces mensonges. Une clarté, une vigilance ouverte. Une transparence.
_ Oui, mais, est-ce qu'il y a une histoire d'amour ? demande le mâle, intrigué.
_ Ah, mais bien sûr monsieur. Il faut beaucoup d'amour pour faire exploser une tête.
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Charybde2Charybde2   03 novembre 2017
Le mercredi au Millenium, les enfants cherchent des films d’horreur autorisés par des parents dépassés. Nikki navigue à l’œil, conseillant des bandes qui ne devraient pas être vues, ni par un enfant, ni par un adulte. De l’épouvante canadienne tournée pendant le tax break de la fin des années 70, des films amateurs, véritables boucheries salopées. C’est leur kif.
– Bon alors, Things tu vois, dit-elle à une gamine de neuf ans en salopette, c’est l’histoire de deux frères dans une cabane, qui viennent rendre visite à un troisième, qui fait des drôles d’expériences, et on se rend vite compte qu’il va utiliser ses frères pour des expériences, et qu’il y a une sorte de fourmi mutante géante dans le frigo, carnivore. Ça se finit à la tronçonneuse.
Ça l’amuse de voir ces enfants embrasser l’imaginaire, se tenir loin du Betamax pour continuer de perpétuer le savoir-faire, l’unique saveur de ces parasites. Le combat lui semble soudain plus important : les adeptes du Beta ne font pas la place au film d’horreur, ils obéissent aux grosses machines culturelles qui dirigent le monde et les gouvernements, morale totale, à grand renfort d’effets spéciaux et de messages clairs. Aucune des grandes licences, aucun réalisateur célèbre, ne s’intéresse plus à la VHS. C’est un monde souterrain, approximatif, réservé à des rêveurs, des exilés. Pouvoir transmettre ça, c’est devenu un combat, économiquement condamné. Autant dire : non existant.
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Avec Jeanne-A Debats, Sabrina Calvo et Baptiste Beaulieu
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