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Serge Quadruppani (Traducteur)
ISBN : 2266152807
Éditeur : Pocket (09/02/2006)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 84 notes)
Résumé :
Le commissaire Montalbano est à deux doigts de tirer sa révérence : trop de voyous et de gens corrompus, de la base au sommet, dans cette police à laquelle il a tout donné.
Mais comment déserter quand un cadavre flottant, décomposé, vient le narguer au cours d'une baignade ? Encore un de ces immigrés clandestins victime d'un naufrage dans le canal de Sicile ? Le " dottore " n'ignore rien de ces tragédies où périssent également des enfants, ni de la férocité d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Charybde2
  18 mars 2013
Le meilleur des neuf premiers Montalbano, pour ses enjeux culinaires et pour la brûlante actualité de la politique italienne...
Publiée en 2003, la neuvième enquête du commissaire sicilien d'Andrea Camilleri devient donc ma préférée à date.
Parce qu'on y retrouve avec toujours ce même plaisir l'équipe du commissariat, plus caustique et dévouée que jamais, parce que Catarella et ses talents contrastés deviennent encore plus épiques, parce que l'éblouissante Ingrid y est très présente, et la souvent pénible Livia plutôt discrète,...
Parce que Montalbano doit résoudre un problème particulièrement épineux : quelle trattoria choisir, maintenant que le réputé insurpassable Calogero prend sa retraite ?
"Étant donné que la trattoria, qui s'appelait Chez Enzo, se trouvait en haut du bourg, le commissaire se résigna à prendre sa voiture. de dehors, la salle de la trattoria s'apprésentait comme une construction en tôle ondulée, alors que la cuisine devait se trouver dedans une maison qu'il y avait à côté. Il y avait une sensation de provisoire, de bricolage, qui plut à Montalbano. Il entra, s'assit à une table libre. Un sexagénaire sec, aux yeux très clairs, qui surveillait les mouvements des deux serveurs, se planta devant lui sans ouvrir la vouche, même pas pour dire bonjour. Il souriait.
Montalbano lui jeta un regard interrogateur.
- Je le savais, dit l'homme.
- Quoi ?
- Que, après avoir viré et tourné, vous viendriez ici. Je vous attendais."
A l'évidence, au pays, le bruit s'était répandu de son chemin de croix consécutif à la fermeture de la trattoria habituelle.
- Et me voilà, répondit sèchement le commissaire.
Ils se fixèrent, les yeux dans les yeux. le défi à la OK Corral était lancé. Enzo appela un serveur :
- Mets la table pour le dottor Montalbano et occupe-toi de la salle. Moi, je vais en cuisine. Au commissaire, je m'en occupe pirsonnellement.
Le hors d'oeuvre de poulpes à la croque-au-sel parut fait de mer condensée, qu'ils fondaient à peine entrés dans la bouche. Les pâtes au noir de seiche pouvaient dignement rivaliser avec celles de Calogero. Et dans le mélange de rougets, de bar et de daurade à la grille, le commissaire retrouva la saveur paradisiaque qu'il avait crue perdue pour toujours. Un motif musical commença de sonner dans sa tête, une espèce de marche triomphale."
Peut-être surtout parce que c'est à un Salvo profondément désabusé, au bord de la démission par honte du comportement des forces de police italiennes lors des événements de Gênes, et des exactions commises pour soi-disant protéger ce sommet du G8, qu'échoit une terrible enquête "off", qui lui fera toucher de très près une horreur contemporaine particulièrement repoussante, à savoir la mise en place, au sein des filières de désespérés de l'immigration clandestine, de canaux spécifiques destinés à pourvoir l'Occident en enfants et adolescents destinés aux pédophiles forcenés et aux trafiquants d'organes (faits authentiques à l'appui, hélas).
Un très grand Montalbano donc.
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Colchik
  25 février 2018
La lecture de ce livre de Montalbano fait écho aux « Meurtriers sans visage » d'Henning Mankell. Non pas que l'on puisse confondre un instant le scandinave Kurt Wallander et le latin Montalbano. S'ils ont tous les deux l'humeur maussade, s'ils partagent un même sentiment de dégoût vis à vis des gouvernants, si encore tous deux sont confrontés aux problèmes de l'immigration, les similitudes s'arrêtent là. le caractère taciturne de Wallander se détache fortement de la nature explosive de Montalbano qui menace à tout instant de démissionner. Les pizzas surgelées de la cantine d'Ystad feraient hurler un Montalbano qui n'a de cesse de trouver un digne remplaçant au propriétaire de la trattoria de San Calogero parti à la retraite. Enfin, l'humour pervers de Montalbano qui s'exerce sur ses collaborateurs est une brise légère qui balaie le récit quand Wallander traite avec une rigueur toute luthérienne ses collègues.
Pourquoi y a-t-il alors comme un écho entre les deux livres ? Cela tient essentiellement au thème choisi, celui de l'immigration. Dans les deux cas, nous voyons arriver des étrangers dans un pays inconnu qui pourrait leur apparaître comme un lieu de refuge (les demandeurs d'asile en Suède) ou comme la terre des retrouvailles et d'un nouveau départ dans la vie (le regroupement familial, l'immigration économique clandestine en Italie). Mais, dans les deux cas, le rêve d'une vie meilleure se transforme en cauchemar et débouche sur la mort (le Somalien en Scanie, l'enfant africain en Sicile).
La force de Camilleri est d'insuffler à Montalbano un humanisme qui reste en demi-teintes chez Henning Mankell. Pas une seconde, Montalbano ne se pose la question d'une immigration légitime ou non. La question ne vient jamais occulter la souffrance des victimes. le commissaire est non du côté de la loi, au sens strict, mais du côté du faible. A la férocité des bandits et des criminels doit répondre la férocité d'un homme qui combat l'injustice et, pire encore, la vengeance.
D'un seul coup, notre commissaire Montalbano devient un limier intrépide : il nage à en perdre le souffle, il descend des falaises à pic, il se lance dans la plongée, s'épuise dans des épreuves physiques qui ne sont plus de son âge. Il gifle, rosse, dégaine le pistolet sans état d'âme. Bref, il s'emporte pour combattre les trafiquants de chair humaine.
Voilà une aventure menée tambour battant. Montalbano n'en fait qu'à sa tête et on en redemande. Au péril de sa santé, nous découvrons un flic de choc.
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Sylviegeo
  31 juillet 2014
C'est la fin d'une génération de flics semble-t-il:
Wallander vieillit seul et malade...
Harry Bosch que 5 ans à faire ....
Salvo Montalbano pense à la retraite...
Erlandur se sent dépassé ...
Harry Cole songe à se ranger ...
D'autres viendront, rassurons-nous ! En attendant les enfants de ces baby boomers du polar, on se délecte encore une fois de cette aventure de Montalbano. Surtout les gourmands ! Et merci à Serge Quadruppani pour ses traductions aussi fleuries. Dure réalité que celle des clandestins et du traffic de petits humains. C'est ce qui nous heurte dans le tour de la bouée. On a bien sûr traité de ce sujet dans d'autres romans et ça nous fait toujours le même effet...triste réalité. Mais qu'il est bon de voir les relations entre Montalbano et ses collègues. Cette façon de se connaître, de se respecter, de se parler, elle me semble bien particulière, bien vraie et bien aimante. C'est ce que j'aime chez Camilleri, cette sincérité sans faux fuyants. Une lecture simple et toujours aussi agréable.
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Bellonzo
  19 janvier 2014
Andrea Camilleri est assez populaire en France,avec son commissaire sicilien au langage fleuri d'Agrigente,fort joliment traduit de façon chatoyante par Serge Quadruppani.Liberté grammaticale sympa donc avec Montalbano,flic humaniste,mais vous avez remarqué qu'ils le sont presque tous dans les polars de maintenant,qu'ils viennent de Suède, de Venise, d'Islande, d'Afrique du Sud,du bush australien,etc...C'est même un peu le problème,une certaine banalisation de ces braves mecs un peu fatigués,un peu divorcés,un peu enrobés,un peu imbibés,un peu bien-pensants.Au fait Montalbano,comme Winter ou Wallander veut démissionner. Comme tout le monde.D'ailleurs moi aussi j'ai un peu lâché là-dessus.
En fait je ne conserverai pas un grand souvenir de ce Tour de la bouée où le commissaire se trouve à nager en tandem avec un cadavre.Très au sud de notre Europe on trouve bien sûr des salauds qui exploitent les clandestins,ceux du moins qui ne sont pas passés par dessus bord avant Lampedusa ou les côtes siciliennes ou Bari (spécialité albanaise).Heureusement Salvio Montalbano et ses auxiliaires veillent au grain et c'est sans véritable suspense ni interrogation qu'on se dirige "pépèrement" vers un épilogue presque bâclé que Maurice Leblanc et Arsène Lupin imaginèrent en d'autres mers.Voila donc une lecture,empruntée,ce qui est d'ailleurs sa principale qualité pour moi,qui n'aura guère stimulé mes neurones ni mes indignations.
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lehibook
  04 août 2019
Montalbano est déprimé , la situation politique et le comportement de la police lors du G8 à Gênes le troublent. Il va nager pour se détendre …et rencontre un cadavre flottant. Point de départ d'une enquête très noire sur des faits atroces qui amènera le commissaire à risquer sa vie et aussi son équilibre mental. Pour la première fois de sa carrière tuer un homme lui paraîtra justifié .. ;c'est dire.A noter le retour du thème de l'immigration clandestine et de la belle tentatrice Ingrid.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
mgeffroymgeffroy   31 mai 2009
Une bordille de dégueulasserie de nuit toute gangassée, et que tu vires et que tu tournes, que tu t'endors et tu t'aréveilles, que tu te lèves et tu te couches. Et pas à cause d'une bâffrée de poulpes au sel ou de sardines à la becfigue qu'il se serait faite le soir d'avant, parce qu'au moins il y aurait eu une raison à cette insomnie haletante, non monsieur, en fait, même pas cette satisfaction il pouvait se prendre, le soir d'avant, il avait eu l'estomac tellement serré qu'il y serait même pas entré un brin d'herbe.
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missjohndeedmissjohndeed   29 avril 2012
Il était encore trop tôt pour se replier à Marinella, mais il préféra quand même y aller sans passer d'abord par le bureau. La véritable rage qui écumait en lui faisait bouillir son sang et lui avait sûrement procuré quelques dégrés de fièvre. Mieux valait qu'il trouve moyen de l'exprimer seul, cette rage, sans la faire retomber sur ses hommes du commissariat en saississant le premier prétexte. La première victime fut un vase de fleurs que quelqu'un lui avait offert et qui ui avait été tout de suite 'ntipathique. Brandi vers le ciel à deux mains, le vase fut balancé à terre avec satisfaction et l'accompagnement d'un vigoureux juron. Avec ce grand choc, ébahi, Montalbano dut constater que la vase n'avait pas même été légèrement fêlé.

Est-ce possible ? Il se baissa, le prit, le souleva, le relança de toute ses forces. Rin. Et pas seulement : un carreau du sol s'était fendu. Est-ce qu'il allait se démolir la maison pour détruire ce maudit vase ? Il alla à la voiture, ouvrit la boîte à gants, en retira le pistolet , revint dedans la maison, sortit sur la véranda après avoir pris le vase, marcha sur la plage, arriva au bord de la mer, posa la vase dans le sable, recula d'un dizaine de pas, ôta la sûreté, visa et tira et manqua !
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missjohndeedmissjohndeed   29 avril 2012
Figurez-vous si en Sicile, dans une inscription insultante, il pouvait venir à manquer le mot "cornard" ! Ce terme,c'est l'Appellation d'Origine Contrôlée, un mode d'expression typique de la fameuse sicilianité. Le commissaire s'était à peine assis qu'entrait Mimi Augello. Il était tout tranquille, la visage détendu et serein.
-Quoi de neuf ? demanda-t-il
-Tu sais ce qu'on a écrit sur le mur cette nuit ?
-Oui Fazio m'a la raconté.
-Et ça te paraît pas du neuf, ça ?
Mimi le regarde, ahuri.
-Tu alèjes ou tu es sérieux ?
-Je suis sérieux.
-Beh, réponds moi la main sur le coeur. Tu penses que Livia te mets les cornes ?
Au tour de Montalbano de lancer un regard étonné.
-Donc, t'es pas cornard. Et moi non plus, je pense pas l'être du fait de Beba. Passons à un autre mot, salaud. A moi, deux ou trois nanas me l'ont dit que je suis un salaud. A toi, je crois que jamais personne te l'a dit, et donc, t'es pas concerné par ce mot. Assassin, n'en parlons pas. Et alors ?
-Mais comme t'es spirituel, Mimi ,avec ta logique de mots croisés !
-Excuse, Salvo mais quoi, c'est la première fois, peut-être qu'on nous traite de bâtards, de fils de putes et d'assassins.
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natlitounatlitou   13 avril 2013
Cependant, on voyait des images de corps de noyés, des bras qui pendaient, inertes, de têtes renversées en arrière, de minots enveloppés dans des couvertures inutiles qui ne pourraient réchauffer la mort, de visages bouleversés de sauveteurs, de courses éperdues vers les ambulances, d'un prêtre agenouillé qui priait. Bouleversant. Oui, mais bouleversant pour qui ? se demanda le commissaire. A force de les voir, ces images si difféentes et si semblables, lentement, on s'y habituait. On les regardait, on disait "les pôvres" et on continuait à manger les spaghettis aux praires.
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missjohndeedmissjohndeed   29 avril 2012
Sous la douche, il y resta longtemps, à se laver des scènes qu'il avait vues et qu'il se sentait entrées en lui, réduites en infimes fragments, par tous les pores. Il s'habilla avec le premier pantalon qui lui tomba sous la main et alla sans la salle de séjour parler avec Livia. Il tendit la main et le téléphone sonna tout seul. D'une secousse, il retira la main, comme s'il avait touché le feu. Une réaction à démontrer que malgré la douche, la pinsée de ce qu'il avait vu qur le quai besognait encore en lui et le rendait nirveux.
-Bonjour,mon chéri. Tu vas bien ?
D'un coup, il éprouva le besoin d'avoir Livia à côté de lui, l'embrasser, de se faire réconforter par elle. Mais puisqu'il était fait comme il était fait, il arépondit seulement :
-Oui.
-Ton refroidissement est passé ?
-Oui.
-Complètement ?
Il aurait dû comprendre que Livia lui préparait un guet-apens, mais il était trop nirveux et la tête ailleurs.
-Complètement.
-Donc Ingrid a dû bien te soigner. Dis-moi ce qu'elle a fait. Elle t'a mis au lit ? Elle t'a entassé des couvertures dessus ? Elle t'a chanté une berceuse ?
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