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ISBN : 2072746175
Éditeur : Gallimard (09/11/2017)

Note moyenne : 4.35/5 (sur 27 notes)
Résumé :
Le 19 mars 1944, Albert Camus et Maria Casarès se croisent chez Michel Leiris, lors de la fameuse représentation-lecture du « Désir attrapé par la queue » de Pablo Picasso. L’ancienne élève du Conservatoire national d’art dramatique, originaire de La Corogne (Galice) et fille d’un ancien président du Conseil de la Seconde République espagnole exilé à Paris en 1936, n’a alors que vingt-deux ans. Parlant parfaitement français, elle a débuté sa carrière d’actrice en 19... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
berni_29
  02 avril 2018
Maintenant je peux me laisser choir dans la joie de l'été, sans autre forme que l'insouciance. La mort pourra bien venir après, malgré l'urgence de nos vies précaires. Il n'est pas facile d'entrer dans la Correspondance de deux êtres qui brûlent d'amour l'un pour l'autre. Parfois, nous hésitons à entrer dans la lumière des autres, ceux qui s'aiment. Je ne suis pas sûr de savoir bien dire les choses ici, je vais sans doute tâtonner un peu avec mes mots. Voilà, la Correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès m'a donné tout d'abord l'impression d'entrer par effraction dans un rêve réveillé et brutal. Ces lettres incandescentes sont un acte d'amour de près de quinze années. Elles sont tout simplement belles et je me sens presque ridicule en vous le disant.
En lecteur indiscipliné, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller à la dernière page. Mais je ne regrette pas. Je ne suis sans doute pas le seul. Nous savons qu'Albert Camus a trouvé tragiquement la mort dans un accident de voiture le 04 janvier 1960. Et la dernière lettre qu'il livre à Maria Casarès date du 30 décembre 1959. Pouvons-nous simplement retenir ce qu'il écrit : « Je t'envoie déjà une cargaison de tendres voeux, et que la vie rejaillisse en toi pendant toute l'année, te donnant le cher visage que j'aime depuis tant d'années (mais je l'aime soucieux aussi, et de toutes les manières). Je plie ton imperméable dans l'enveloppe et j'y joins tous les soleils du coeur » ?
Je me souviens de ce film « Les choses de la vie », avec Romy Schneider et Michel Piccoli ? La première scène du film démarre par l'accident qui provoque la mort du personnage incarné par Michel Piccoli. Puis il s'agit d'un long flash-back pour revenir à la source de l'histoire. Voilà, c'est ce que j'ai ressenti en lisant la dernière page de cette Correspondance, puis en revenant aussitôt à la première page et en dépliant les pages suivantes. Le reste est une histoire d'amour désormais livrée à nous-mêmes.
Une fois que je vous aurai dit que j'ai trouvé cette Correspondance passionnée, que dire d'autre ? Ce sont des lettres enflammées. Elles sont au nombre de 865. D'ailleurs, qu'importe le nombre...
Ils se portent l'un dans le souffle et la lumière de l'autre. La lumière est là. Elle est belle. C'est un soleil qui efface le doute et la mélancolie, le renoncement et les défaites possibles.
C'est une correspondance riche et croisée. Albert et Maria se parlent à distance dans leurs lettres, parlent un peu de tout, l'essentiel, l'insignifiant... Se questionnent, parlent encore, n'en finissent pas de parler, de leur vie, de leurs métiers... Ces lettres disent la joie d'aimer mais aussi les trop longues séparations, les jours sans l'autre, l'attente, la folle impatience des corps et des coeurs. Il suffit de balayer les pages pour entendre l'écho de leur voix.
Nous savons qu'Albert Camus a couru toute sa vie après le bonheur absolu. Nous le savons encore plus, après cette lecture.
Entre les pages, c'est parfois aussi lire entre les lignes. Dans la chronologie de ces lettres, il y a des trous, des absences de missives. Cela souvent veut dire que ces amants étaient ensemble à ce moment-là et donc, point besoin de s'écrire. Au fond, cela voudrait-il dire que ces lettres forment l'envers du décor de leur vie ?
L'écriture d'Albert Camus ne m'a pas surpris : solaire, exigeante, humaine. Nous découvrons aussi un homme à la santé fragile, parfois en proie au doute. L'écriture de Maria Casarès m'a étonné : flamboyante, sensuelle, excessive, ne cédant rien dans une forme d'intransigeance parfois cruelle. Elle voue à Albert Camus une fureur amoureuse, presque animale. Et il le lui rend bien.
Souvent, ils leur arrivent d'écrire sur la mort. Ils disent la peur de mourir. Étonnante et magnifique, cette phrase écrite presque criée par Maria Casarès dans une lettre datée du 15 septembre 1949, c'est-à-dire dix ans avant la mort d'Albert Camus : « La seule chose qui me sépare de toi maintenant et qui me pousse à la folie par instants, c'est l'idée qu'un jour la mort vienne nous obliger à vivre l'un sans l'autre. Lorsque cette pensée s'empare de moi avec assez d'acuité pour me faire vivre, par exemple, un matin, avec l'idée que tu n'es plus là et que tu ne seras plus jamais là, toutes mes facultés se brouillent dans un chaos total, je me sens une terrible envie de vomir, et des sons de folie se font entendre partout en moi ». La « faucheuse » viendra, nous le savons, pour l'un des deux de manière prématurée, à cause d'un platane, à cause d'une voiture qui sortit d'un virage, à cause d'un destin idiot qui voulut qu'Albert Camus ayant cependant un billet de train pour revenir du sud de la France pour Paris, accepta l'invitation de Michel Gallimard pour faire le trajet à bord de sa voiture...
Nous savons que la mort viendra et nous déroulons les pages avec des gestes encore insouciants : 1950, 1951, 1952, 1953... Pour l'instant, nous nous contentons de croiser la mort des autres : André Gide, Louis Jouvet, Marcel Herrand... Plus tard viendra celle de Gérard Philippe, leur grand ami, l'année même où s'achève cette correspondance.
Comme un voyage entre les mots, comme un train qui passe dans le paysage, nous visitons les villes qui ont hébergé leurs lettres, sinon leurs amours : Paris forcément, Ermenonville, Angers, Cannes, Cabris, Camaret-sur-Mer, Tipasa, Alger, Oran, Avignon, Moscou, Buenos Aires, Lourmarin enfin...
Le temps file, les pages s’égrènent comme des billes qui tombent d’un sac, elles sont brûlantes, le vent s’engouffre dans les doigts ou bien c’est peut-être le temps qui s’accélère. Décembre 1959, nous voudrions retenir leurs mots encore un peu, avant qu’ils ne s’éparpillent entre la terre et le ciel.
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oran
  12 novembre 2017
Nous les fervents passionnés de Camus attendions depuis longtemps, impatiemment, sans trop y croire, la publication de ces échanges épistolaires.
Avant tout, je pense qu'il faut remercier très sincèrement, très chaleureusement Catherine qui a accepté, avec un certain courage, de dévoiler un pan très intime de la vie de son père, en autorisant la publication de cette correspondance. Les derniers mots de sa préface sont sublimes, ils témoignent d'une sensibilité et d'une rare compréhension qu'il importe de souligner "Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l'espace plus lumineux, l'air plus léger simplement parce qu'ils ont existé".
Avec la lecture de cette correspondance, on comprend cette passion transcendante, irradiante, indestructible, entre deux belles personnes, qui partagent mille choses variées : l'honneur, la justice, la passion pour le théâtre, l'exil, le goût du vrai, du bien- fait, la grâce, l'intelligence du coeur et de la chair mais aussi …les volutes nicotinées !
Une lecture ardente qui m'a transcendée, qui m'a irradiée qui m'a fait rêver , 1312 pages passionnées et passionnantes, qui racontent merveilleusement la plénitude d'un amour charnel et spirituel, exceptionnel, « un amour brûlant de cristal pur ». Ce n'est pas un roman, ce fut une merveilleuse réalité .
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Fleitour
  11 février 2019
Ils touchent presque le ciel, ils sont lumineux, ils dialoguent, se conjuguent, et de leur rencontre émerge une correspondance d'une beauté et d'une profondeur foudroyante.
Albert Camus et Maria Casarès dans le silence de leurs séparations écrivent une prose inouïe par la qualité littéraire mise à nue.

Quand le rideau tombe fin décembre 1959, ce sont nos pleurs qui chiffonnent le papier. L'inacceptable est arrivé au plus grand écrivain du XX ème siècle. Tout se dit et s'écrit sous sa plume avec une intelligence subtile, aimante, prenant toute la vie à bras le corps, les fulgurances de l'amour comme les ténèbres de son siècle, de sa ville, Alger, de son pays.

Pourtant elle sait qu'elle pourrait perdre Albert Camus. Elle pressent qu'un accident peut arriver. La seule chose qui me sépare de toi maintenant et qui me pousse à la folie par instants, c'est l'idée qu'un jour la mort vienne nous obliger à vivre l'un sans l'autre. "Lorsque cette pensée s'empare de moi avec cette acuité ... Avec l'idée que tu n'es plus là et que tu ne seras plus jamais là, toutes mes facultés se brouillent dans un chaos total."

Cette soif de vie Camus l'a exprimée avec force dans son livre L'Etranger. Quel auteur est capable d'écrire un tel livre, avec cette plume, neutre, dépouillée de toute émotion, en la portant au plus haut niveau de l'expression de l'absurde et achever le livre par un appel à la vie, "car s'il ne me reste qu'une heure, je veux la savourer, sans être dérangé par les prêtres, la vie oui, je veux toute la vie". Ce livre dévoile sa position inébranlable contre la peine de mort.
Ce n'était pas un livre qui pouvait s'affirmer dans l'émotion. Ce livre s'affirme pour l'abolition , il restera sur cette ligne de conduite, toute sa vie, et quelque fut l'homme condamné.

Dans cette correspondance il laisse toutes ses fibres confier ses plus belles émotions d'homme, puiser dans ses vagabondages, dans le désert vers une autre lumière, celle des amants, et confier au ciel des vœux fixés à ces étoiles filantes. Qu'ils retombent en pluie sur ton beau visage, là-bas, si seulement tu lèves les yeux vers le ciel, cette nuit. Qu'ils te disent le feu, le froid, les flèches, l'amour, pour que tu restes toute droite, immobile, figée jusqu'à mon retour, endormie toute entière, sauf au coeur, et je te réveillerai une fois de plus...Écrit Camus le 31.07.1948
Mais, l'absence de Maria Casarès, irradie son corps tout entier, un corps privée de sa source, de cette eau qui lave et apaise, car dit-il, j'étouffe, la bouche ouverte, comme un poisson hors de l'eau. J'attends que vienne la vague, l'odeur de nuit et de sel de tes cheveux. AC à MC 24 août 1948

le chassé croisé des lettres s'harmonise pour fluidifier cet intense dialogue à distance, entre Maria Casarès à Albert Camus, les échanges se font plus sensuels et plus poétique le jeudi 30 décembre 1948.

Elle lance," Ah viens vite et tout au creux de tes grandes jambes, lors , tout se fera tout seul... Et je t'emmènerais au milieu du vent, de la pluie battante, des rosaces, des vagues, dans l'odeur du varech, et je te ferais comprendre, "sale lacustre brûlé de soleil", " je t'aime de ce mouvement infini, tout mouillé, salé, où l'on ne peut vivre qu'au passé tellement l'instant est fugitif, et inaccessible".
C'est aussi dans ces échanges épistolaires tournés vers la vie partagée, qu'Albert Camus trouve des accents d'une beauté aveuglante ; nous aimer le plus fort et le mieux que nous pourrons, jusqu'à la fin, dans notre monde à nous, écarté du reste, dans notre île, et nous appuyer l'un sur l'autre pour faire triompher notre amour pas sa seule force, par sa seule énergie, en silence.
Maria Casarès y répond avec cette beauté singulière que donne au coeur l'intelligence de l'âme.
"La mer devant moi est lisse et belle, comme ton visage parfois quand mon coeur est en repos".
"Mais l'amour que j'ai de toi est plein de cris. Il est ma vie et hors de lui, je ne suis qu'une âme morte."
Les deux correspondances se répondent dans une langue à la poésie tenue, une écriture juste qui décuple les énergies de chacun. Ce sont deux amours fructueux, débordant de projets, d'attentions, de connivences, un couple soudé à leur devenir.
"Ta présence, toi, ton corps, tes mains, ton beau visage, ton sourire, tes merveilleux yeux tous clairs, ta voix, ta présence contre moi, ta tête dans mon cou, tes bras autour de moi, voilà tout ce dont j'ai besoin maintenant."
"Que tu m'aides un peu, très peu, et cela suffira pour que j'aie de quoi soulever les montagnes répond encore Camus à Maria Casarès."
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patrickdml
  19 février 2018
Aujourd'hui, Saint-Valentin. Je viens de terminer la lecture de cette formidable correspondance, avec, n'ayant aucune honte à l'avouer, les larmes aux yeux. Depuis un mois, ces deux-là m'accompagnaient. Quel vide désormais !
J'imagine avec effroi le vertige ressenti par Maria devant le gouffre creusé par l'annonce de la mort tragique de son cher Albert. Son amant avec lequel elle avait vécu sans cesse, par pensée, par la correspondance ou la présence physique auprès d'elle. Sans jamais cesser de l'aimer.
L'amour qui unit ces deux prestigieux amants n'est jamais à mettre en doute. Alimenté par de longues périodes de frustration, il s'épanouit lors de leurs retrouvailles. Un amour qui se nourrit de ces échanges épistolaires et d'une complicité érotique partagée dans leurs chairs. Ni Maria ni Albert, tout en restant plutôt pudiques, n'hésitent à décrire leur désir. C'est un amour indestructible, et la confiance qu'ils avaient l'un est l'autre dans leurs sentiments n'a jamais faibli.
Ces lettres, quelle somme ! Nul doute que nombre de commentateurs de tous poils vont s'en emparer pour les analyser, les comparer, les critiquer. C'est vrai qu'elles resteront une mine pour les biographes, les historiens du théâtre, les amoureux de Maria Casarès, les admirateurs et, je le pressens, les détracteurs d'Albert Camus.
Nous suivons les déplacements de chacun d'eux quasiment au jour le jour. Nous pourrions aligner les séjours successifs de l'un et l'autre, tant en France qu'à l'étranger (et ils bougent beaucoup) et mesurer ainsi leurs « périodes » ensemble et répondre à la question : combien de jours ont-ils vécu ensemble, somme toute ? J'en connais qui se feront une joie de répondre à cette question.
Le Camus qui écrit à son amante n'est pas celui que le public connaît. C'est un homme confronté à la maladie, aux aléas du quotidien, aux affres de la création et à l'instabilité de sa situation familiale. C'est un homme amoureux qui cherche désespérément un équilibre pour sa vie personnelle. C'est un homme, tout simplement. Et si nous ignorions quel intellectuel il était, un homme ordinaire.
En revanche, nous découvrons Maria Casarès, une femme extraordinaire, franche, spontanée, naturelle, intelligente, indifférente à sa célébrité, ce qui ajoute à son charme, généreuse en tout, et fidèle à l'indestructible amour qui l'habite pendant douze ans (quinze ans et demi auxquels je retranche la coupure de trois ans et demi).
Dernière lettre du 30 décembre 1959 : Camus écrit : « Bon. Dernière lettre. »Certains y voient comme une prémonition. Il n'en est rien ici. Cette formule revient souvent dans ses lettres : 7 septembre 1948 ; 3 janvier 1949 ; 11 juillet 1950 ; 11 mars 1951 ; 24 août 1951 ; 12 décembre1954 ; 23 avril 1957, donc presque à chaque fois qu'il écrit à Maria avant leurs retrouvailles, sous-entendu : « Dernière lettre avant de nous retrouver ». Aucune prémonition ce 30 décembre 59. (Sa lettre à Catherine Sellers datée du même jour commence aussi par « Voici ma dernière lettre »)
En revanche, l'évocation de la mort est souvent présente dans les missives de l'année 1959 :
Le 2 juillet : « Non, la mort ne sépare pas, elle mêle un peu plus au vent de la terre les corps qui s'étaient déjà réunis jusqu'à l'âme. Ce qui était la femme et l'homme tournés l'un vers l'autre devient le jour et la nuit, la terre et le ciel, la substance même du monde — on peut s'oublier dans la vie, se détourner, se séparer, la vie est oublieuse — mais la mort est cette mémoire aveugle qui n'en finit pas — pour ceux qui veulent, qui consentent à mourir ensemble. »
Le 14 décembre : « Je te suis pas à pas, jusque dans la tombe et au-delà — à moins que je ne t'y précède. Qu'importe ! Un seul coeur aura battu en nous qu'on entendra encore, nous disparus, dans le mystère du monde. »
Quel style, pour un homme aux préoccupations ordinaires ! Bon. Je retire « ordinaire ».
Où l'on apprend leur détestation des pays nordiques et de la Belgique en particulier. Lettre du 8 octobre 1954 : « Aussitôt la frontière passée, dès le douanier belge, la vulgarité commence et l'ennui. Étrange peuple, vraiment, né de rien, semble-t-il et voué à d'épaisses tâches. Depuis mon départ, je n'ai pas vu non plus qu'en Hollande ou en Belgique un seul beau visage ». Plus loin, Maria Casarès enfonce le clou : « Voir la Belgique et mourir »
C'est sans doute de l'humour méditerranéen ! Je pourrais personnellement leur en vouloir et chercher à me venger. Après avoir écrit « le Belge égaré en Ariège », qui m'empêcherait d'écrire « L'Algérien égaré en Belgique » ? Hum…, humour belge !
Où l'on apprend que « le Premier Homme » devait comporter « cinq à six cents pages, au moins » (lettre du 18 septembre 1959), que sa rédaction ne commence guère qu'en mai 59 (lettre du 22 mai : « J'ai démarré le chariot embourbé ». Ce seront 144 pages manuscrites qui seront trouvées le 4 janvier 1960.
À la différence de Maria Casarès, Camus s'exprime peu sur son travail ni sur ses fréquentations, par pudeur, peut-être par précaution. Il cultive une sorte de secret, comme s'il avait cloisonné sa vie. J'imagine assez bien une grande maison où les portes de chaque pièce sont soigneusement maintenues closes. Dans la chambre « Correspondance avec Maria », personne n'entre.
À l'inverse, Maria raconte tout : son emploi du temps, ses projets, ses rencontres. Elle n'hésite pas à donner son avis sur ses lectures, les spectacles qu'elle voit (ça, Camus le fait aussi parfois), les gens qu'elle fréquente. Nous vivons avec les acteurs, les metteurs en scène, le public des admirateurs, partageons ses succès, ses extinctions de voix. Elle ne cache ni ses douleurs, ni ses efforts pour grossir un peu, ni les attentes de son désir. Une femme dont tous les hommes tombent amoureux, forcément. Elle, la tête froide, reste compréhensive et souriante, sauf avec les importuns qu'elle écarte sans ménagement. Je suis persuadé qu'elle est restée fidèle à son bel amant tout au long de ces douze années d'un amour d'abord passionné et douloureux, puis fort et serein, sûr de lui, indestructible, éternel.
Il faut saluer la publication de cette correspondance, et même si notre époque est friande de ce genre de dévoilement, celle-ci, entre Maria et Camus (nom et prénom volontairement omis) restera, plus qu'une révélation, le témoignage rare d'un amour sublimé.
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Chaoukia
  30 mars 2018
Chaque lettre de cette longue correspondance entre Albert Camus et Maria Cassarès dévoile un peu le monde intérieur immense de ces deux êtres humains, sensibles, au grand talent littéraire et artistique. Nous retrouvons en eux un reflet de nous-mêmes. Chaque homme aurait souhaité écrire les lettres d'amour écrites par Albert à Maria et chaque femme aurait rêvé d'écrire les lettres que Maria a écrites à Albert.
La transparence et la limpidité, la sincérité des mots et du verbe reflète la transparence et la sincérité de leurs sentiments, qui ne sont pas toujours purs ni beaux ni joyeux mais des sentiments également de colère, de tristesse, de dépression, de jalousie et de rancune, même si l'amour finit par toujours l'emporter.
Ici, les mots et les phrases volent très haut dans le ciel littéraire, non pas que les amoureux en question se soient aimés plus que d'autres amoureux sur terre mais parce que Maria aussi bien qu'Albert ont pu explorer et exprimer avec leur plume les profondeurs du coeur et de l'âme humaine.
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critiques presse (2)
LeDevoir   18 décembre 2017
Tout comme Philippe Sollers et Dominique Rolin, leur amour se met à nu dans une abondante correspondance passionnée.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Lexpress   04 décembre 2017
La sublime correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès dévoile au grand jour la puissance d'un amour extraordinaire, resté "pur et dur comme la pierre" pendant plus de quinze ans.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   04 décembre 2017
Maria Casarès à Albert Camus
mardi, non jeudi 30 décembre 1948
Ah viens vite et tout au creux de tes grandes jambes, maintenant que j'ai cette confiance illimitée en toi, en moi, en nous, peut-être m'apprendras-tu la confiance dans la vie !
Alors , tout se fera tout seul... Et je t'emmènerai au milieu du vent, de la pluie battante, des rosaces des vagues, dans l'odeur du varech, et je te ferai comprendre, "sale lacustre brûlé de soleil", je te ferai comprendre et aimer ce mouvement infini, tout mouillé, salé, où l'on ne peut vivre qu'au passé tellement l'instant est fugitif, inaccessible.
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berni_29berni_29   18 mars 2018
Albert Camus à Maria Casarès
Jeudi 14 juillet 1949
Au revoir, mon amour. La mer devant moi est lisse et belle - comme ton visage parfois quand mon coeur est en repos. Te souviens-tu du dernier 14 juillet ? Celui-ci sera solitaire : je pense à Paris. Nous le détestons bien parfois, mais c'est la ville de notre amour. Quand je marcherai à nouveau dans ses rues sur ses quais, avec toi près de moi, ce sera la guérison d'une longue maladie - cruelle comme l'absence. Mais d'ici là, je reste tourné vers toi, avec autant d'anxiété que de joie, amoureux comme on dit. Mais l'amour que j'ai de toi est plein de cris. Il est ma vie et hors de lui, je ne suis qu'une âme morte. Soutiens-moi, attends-nous, veille sur nous et dis-toi bien que je t'embrasse chaque soir, comme je le faisais au temps du bonheur, avec tout mon amour et ma tendresse.
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nadejdanadejda   27 janvier 2018
Maria Casarés à Albert Camus
lundi 6 février 1950
Au fond, très au fond de moi, j'ai toujours gardé, naturellement la certitude de te retrouver ; sinon comment aurais-je pu supporter ces longues heures mornes qui passent, qui glissent impitoyablement dans leur course effrénée et devant lesquelles, je me suis arrêtée, stupide et épouvantée ? Oui, quelque chose de plus profond, de plus grave et de plus véritable que mon imagination déjà usée et impuissante, m'ont retenue à toi, à nous, à moi-même ; c'est la terre, le ciel, la mer, la respiration que tu as mis en moi ; c'est la vie même que je ne connais vraiment que depuis que tu es là, en moi ; c'est cette douleur sourde qui gronde au milieu de moi, cet étirement sans fin vers un but qui me semble chaque jour plus lointain, plus insaisissable, plus abstrait mais aussi plus nécessaire, plus vital. Par quel miracle dois-je t'aimer davantage à mesure que ton image s'éloigne de mon souvenir ? Je ne sais pas mais c'est ainsi, et je ne connais pas de pire souffrance que celle qui s'efforce en vain de recréer des chers disparus.
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berni_29berni_29   30 mars 2018
De Maria Casarès à Albert Camus
Dimanche 12 août 1951 au matin
Oh, mon cher amour, je comprends maintenant la juste légende de l'immortalité. Elle provient sans doute de la gêne profonde à la pensée de vivre encore après la disparition des êtres chers, on accueille alors avec quiétude l'idée de mourir à son tour, avec une certaine joie même et l'on ne peut s'empêcher de croire malgré tous les scepticismes, que, d'une certaine manière, on va les rejoindre dans cette terre devenue alors si chère. Ce sont des rêveries intimes et inexplicables, ombres vaines sans doute, mais bien chaudes.
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berni_29berni_29   20 mars 2018
Maria Casarès à Albert Camus
Jeudi 15 septembre 1949
La seule chose qui me sépare de toi maintenant et qui me pousse à la folie par instants, c'est l'idée qu'un jour la mort vienne nous obliger à vivre l'un sans l'autre. Lorsque cette pensée s'empare de moi avec assez d'acuité pour me faire vivre, par exemple, un matin, avec l'idée que tu n'es plus là et que tu ne seras plus jamais là, toutes mes facultés se brouillent dans un chaos total, je me sens une terrible envie de vomir, et des sons de folie se font entendre partout en moi.
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Vidéo de Albert Camus
Maria Santos-Sainz vous présente son ouvrage "Albert Camus, journaliste : reporter à Alger, éditorialiste à Paris" aux éditions Apogée. Entretien avec Christophe Lucet de Sud Ouest.
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