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Pierre-Louis Rey (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070388721
176 pages
Gallimard (03/03/1995)
3.76/5   375 notes
Résumé :
Rêvant de faire fortune et d'aller vivre au soleil, Martha et sa mère assassinent pour les dépouiller les clients de leur auberge.
Le frère de Martha, parti depuis vingt ans et revenu incognito, sera leur dernière victime : quand elles découvrent qui elles ont tué, les deux femmes se suicident. D'un malentendu, Camus a fait le sujet d'une " tragédie moderne ". Le malheur y vient moins de l'aveuglement, propre aux tragiques grecs, que d'une éperdue volonté de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
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Cette pièce, créée en 1944, fait partie comme « Caligula » (1944), du cycle de l'absurde (qui contient également le roman « L'Etranger » (1942) et l'essai « le mythe de Sisyphe » (1942).
L'histoire était déjà annoncée dans le chapitre II de la 2ème partie de « l'Etranger » : un homme, en Tchécoslovaquie, voulait retrouver sa mère et sa soeur. Voulant leur faire la surprise, il laisse sa femme dans un hôtel voisin. La mère et la soeur l'accueillent comme un hôte ; il attend le bon moment pour leur dire la vérité, mais la nuit les deux femmes l'assassinent. le lendemain, l'épouse, inquiète, vient prendre des nouvelles de son mari et dévoile son identité ; la mère se pend, la soeur se jette dans un puits. Et Camus-Meursault conclue : « je trouvais que le voyageur l'avait un peu mérité et qu'il ne faut jamais jouer ».
Voilà donc la trame de la pièce. le message que veut faire passer l'auteur à travers ce drame est un peu plus complexe.
Jan et Maria sont jeunes beaux, riches, heureux et amoureux. de passage dans son village natal, Jan décide de rendre visite à sa mère et à sa soeur qui tiennent une auberge. Il se fait inscrire sans décliner sa véritable identité. Mais la mère et Martha, la soeur, l'assassinent pendant la nuit. Maria, involontairement, leur dévoile la vérité.
Le « malentendu », en fait, c'est d'abord le « mal dit » : si Jan avait dit qui il était en entrant dans l'auberge, tout baignerait dans l'huile ! Mais ce n'est qu'un début d'explication, qui n'éclaire que la première partie de la pièce, la mort de Jan. Ce qui est absurde, ce n'est pas la mort de Jan, c'est que la mort soit tombée précisément sur lui. La pauvre Maria qui cherche à comprendre n'arrive pas à trouver des réponses. Mais c'est justement le thème de la pièce : l'absurde se nourrit d'incompréhension et de loupés : incompréhension parce qu'on ne sait pas communiquer, et aussi parce que Jan d'un côté, sa mère et sa soeur de l'autre, sont dans des rôles qui ne sont pas naturels : Jan est un client (alors qu'il devrait être le fils et le frère) Martha et sa mère sont aubergistes (et meurtrières de surcroît) alors qu'elles devraient être mère et soeurs aimantes. Les loupés sont de plusieurs ordres : loupé sentimental : le trop d'amour d'un côté (Jan et Maria) qui entraîne la jalousie et la rancoeur (Maria) ; le manque d'amour maternel (la mère), la frustration (Maria) ; loupé personnel : l'échec de leur vie qui les condamne à tuer pour vivre (si ça ce n'est pas de l'absurde !) et à préparer un voyage fictif pour sortir du trou ; enfin loupé social : les deux femmes vivent en vase clos en totale solitude. L'arrivée de Jan est celle d'un chien dans un de jeu de quilles, elle est encore plus tragique quand son identité est dévoilée…
Le malentendu procède donc de tous ces éléments, et alimente l'absurde. le coup de grâce est assené dans les dernières répliques : Maria, épouvantée par l'ampleur de la tragédie, appelle le Ciel, Dieu, ou qui que ce soit qui, là-haut, peut éventuellement faire quelque chose :
MARIA : « Oui, c'est à vous que je m'en remets. Ayez pitié de moi, tournez-vous vers moi ! Entendez-moi, donnez-moi votre main ! Ayez pitié, Seigneur, de ceux qui s'aiment et qui sont séparés !
La porte s'ouvre et le vieux domestique parait
LE VIEUX : Vous m'avez appelé ?
MARIA : Oh, je ne sais pas ! Mais aidez-moi, car j'ai besoin qu'on m'aide. Ayez pitié et consentez à m'aider !
LE VIEUX : Non ! »
Vertigineux, non ? La seule porte de sortie, la foi, ou à tout le mois l'espérance, est refusée.
« le malentendu » est donc une pièce particulièrement noire : l'absurde bloque toutes les issues. Pour vous le représenter, imaginez le mime Marceau étendant ses mains devant lui sur un mur invisible en cherchant désespérément une ouverture.
Camus ne mettra pas longtemps à comprendre qu'à cet absurde que la vie nous impose, il faudra un correctif efficace : ce sera la révolte.
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" le Malentendu" est une pièce théâtrale en trois actes . Elle
fait partie du cycle de l' absurde .Cette oeuvre est, certes,
brève et courte mais elle est dense et puissante par le
message qu' elle véhicule . Pour Camus , ce message est que
la vie est absurde .
Dans le " Malentendu", il s' agit de deux femmes, la mère
et sa fille, Martha, qui exploitent une auberge dans une
petite ville .
Un jour, un jeune homme, Jan, débarque avec sa femme,
Maria dans cette petite ville .Jan, voulant faire une surprise
à sa mère et soeur , décide de passer une nuit dans l'auberge
de sa mère mais de façon incognito et seul sans être
accompagné de sa femme , Maria .
La mère et la fille ont pour habitude, durant la nuit de tuer
le client , le détrousser de son argent et se débarrasser de son cadavre .
le lendemain, Maria, la femme de Jan ne voyant pas son
mari rentrer se rend à l' auberge et explique à la mère et
à la fille que le client de la nuit est leur fils et frère !
Les deux femmes ont compris qu' elles ont commis
l' irréparable et que cette fois la victime est le fils, pour
l' une et le frère pour l' autre . C' est le drame et quel drame . Et pensez ce que sera la fin des deux criminelles ?
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Cette histoire noire, comme un polar ou un drame antique. Cette absurdité de la vie et du destin. Ne l'auraient-elle pas tué le frère, le fils même si elles l'avaient reconnu ? d'ailleurs on peut s'interroger... Avides et démunies dans leur trou glauque où elles vivent. Où rien ne semble bouger. Ces êtres révoltés et bâillonnés par la fatalité qui se cognent à leur destin comme des papillons de nuit à une lampe à pétrole.
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Ambiance 'Auberge rouge' (film de Claude Autant-Lara, avec Fernandel, 1951).

Une mère et sa fille gèrent un petit hôtel banal. La fille rêve d'une vie oisive sous les tropiques, mais la clientèle est rare. Les deux femmes ont trouvé un moyen radical de plumer quelques clients : barbituriques à gogo, puis largage dans le cours d'eau voisin, en récupérant au passage les biens de la victime.

Après la mort du père, c'est le fils qui s'en est allé à l'étranger. La mère n'a plus que sa fille, pour qui elle est prête à tout ! Et cette dernière n'a que sa mère en exemple... Difficile de savoir qui mène la barque.

Un voyageur plutôt curieux se présente. Cette nuit il sera le seul client de l'hôtel, alors son destin semble tracé...

L'histoire était prometteuse, mais elle manque finalement de punch. Certaines réactions de personnages, à des moments clefs de la pièce m'ont semblé manquer de crédibilité durant le dernier acte (la mère, et la fille).

Ayant récemment pu apprécier "Les justes", du même auteur, j'ai été déçu.
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Le fils qui veut se faire reconnaître sans dire son nom est tué par sa mère et sa soeur, à la suite d'un malentendu. Comme le rappelle Lucien, ce fait est déjà mentionné dans le roman 'L'Etranger" quand en prison Meursault trompe son ennui en lisant et relisant "l'histoire du tchécoslovaque".
Une très belle pièce de théâtre, à découvrir.
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Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
Le Malentendu

Martha :
Tout ce que la vie peut donner à un homme lui a été donné. Il a quitté ce pays. Il a connu d’autres espaces, la mer, des êtres libres. Moi, je suis restée ici. Je suis restée, petite et sombre, dans l’ennui, enfoncée au cœur du continent et j’ai grandi dans l’épaisseur des terres. Personne n’a embrassé ma bouche et même vous, n’avez vu mon corps sans vêtements. Mère, je vous le jure, cela doit se payer. Et sous le vain prétexte qu’un homme est mort, vous ne pouvez vous dérober au moment où j’allais recevoir ce qui m’est dû. Comprenez donc que, pour un homme qui a vécu, la mort est une petite affaire. Nous pouvons oublier mon frère et votre fils. Ce qui lui est arrivé est sans importance : il n’avait plus rien à connaître. Mais moi, vous me frustrez de tout et vous m’ôtez ce dont il a joui. Faut-il donc qu’il m’enlève l’amour de ma mère et qu’il vous emmène pour toujours dans sa rivière glacée ?
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"Le Malentendu" - pièce en trois actes -
Après une absence de vingt ans, Jan revient en Bohême dans l'auberge tenue par sa mère et par Martha, sa soeur, qui ne le reconnaissent pas.
Par jeu et par curiosité, il décide de cacher jusqu'au lendemain son identité.
Dans la nuit, les deux femmes l'endorment et, après l'avoir dépouillé, le jettent dans la rivière comme elles avaient coutume de le faire avec tous les riches voyageurs de passage.
Apprenant au matin, de la bouche m^me de la femme de Jan, l'identité de leur victime, la mère se noie et Martha se pend.
(extrait de "Récits, pièces et essais" de " Albert Camus" de la collection "Génies et Réalités" parue aux éditions "Hachette" en 1964)
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Non, les hommes ne savent jamais comment il faut aimer. Rien ne les contente. Tout ce qu'ils savent, c'est rêver, imaginer de nouveaux devoirs, chercher de nouveaux pays et de nouvelles demeures. Tandis que nous, nous savons qu'il faut se dépêcher d'aimer, partager le même lit, se donner la main, craindre l'absence. Quand on aime, on ne rêve à rien. (...) C'est pour cela que l'amour des hommes est un déchirement. Ils ne peuvent se retenir de quitter ce qu'ils préfèrent.
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MARTHA
Tout ce que la vie peut donner à un homme lui a été donné. Il a quitté ce pays. Il a connu d’autres espaces, la mer, des êtres libres. Moi, je suis restée ici. Je suis restée, petite et sombre, dans l’ennui, enfoncée au cœur du continent et j’ai grandi dans l’épaisseur des terres. Personne n’a embrassé ma bouche et même vous, n’avez vu mon corps sans vêtements. Mère, je vous le jure, cela doit se payer. Et sous le vain prétexte qu’un homme est mort, vous ne pouvez vous dérober au moment où j’allais recevoir ce qui m’est dû. Comprenez donc que, pour un homme qui a vécu, la mort est une petite affaire. Nous pouvons oublier mon frère et votre fils. Ce qui lui est arrivé est sans importance : il n’avait plus rien à connaître. Mais moi, vous me frustrez de tout et vous m’ôtez ce dont il a joui. Faut-il donc qu’il m’enlève l’amour de ma mère et qu’il vous emmène pour toujours dans sa rivière glacée ?
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Une piece qui nous plonge des le debut dans une ambiance etrangement morbide mais a la fois mysterieuse et profondement tragique . Un grand aspect sombre sous jacent de cache derriere un drame familial . Mais c'est surtout la fin de la piece edifiante et tetanisante . L'absurdite du monde et sa tendre mais cruelle indifference se cristallisent sous la forme de personnages entre monstres et humains a la sensibilite exacerbee
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Vidéo de Albert Camus
Rencontre avec Denis Salas autour de le déni du viol. Essai de justice narrative paru aux éditions Michalon.
-- avec l'Université Toulouse Capitole


Denis Salas, ancien juge, enseigne à l'École nationale de la magistrature et dirige la revue Les Cahiers de la Justice. Il préside l'Association française pour l'histoire de la justice. Il a publié aux éditions Michalon Albert Camus. La justice révolte, Kafka. le combat avec la loi et, avec Antoine Garapon, Imaginer la loi. le droit dans la littérature.


--
02/02/2024 - Réalisation et mise en ondes Radio Radio, RR+, Radio TER
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