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ISBN : 2021090868
Éditeur : Seuil (05/11/2015)

Note moyenne : 2.83/5 (sur 6 notes)
Résumé :
La fin du XXe siècle a vu, à la droite de l'échiquier politique, l'émergence de partis extrêmes ou radicaux, en rupture avec les traditions nazie ou fasciste, et dont l'objectif est bien la conquête du pouvoir par la voie électorale et démocratique. Ces mouvements permettent de penser les mutations de l'extrême droite et son adaptation aux temps présents.
Ce livre définit et décrit les différentes familles de cette partie du spectre idéologique, avec une atte... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
YvesParis
  08 décembre 2015
En ces temps troublés, où la percée du Front national bouleverse la scène politique française, un détour par l’extérieur n’est pas inutile. Jean-Yves Camus, qui dirige l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès et Nicolas Lebourg, qui y travaille, nous y invitent. Leur ouvrage est dense, qui privilégie l’esprit d’analyse à l’esprit de synthèse, en présentant l’histoire et l’idéologie d’une myriade d’organisations dans tout le continent européen au risque de nous égarer.
Les « droites extrêmes » se caractérisent en effet par leur diversité, justifiant largement l’usage de ce pluriel de préférence au singulier « extrême droite ». Elles se caractérisent aussi par leur plasticité intellectuelle (dont témoigne par exemple le nazi-maoïsme d’un Franco Freda) qui s’accommode mal d’être réduite à « un point ultime de l’axe linéaire droite-gauche » (p. 53). Cela ne signifie pas qu’on ne puisse leur rechercher des caractéristiques communes. La première est l’organicisme c’est-à-dire « l’idée que la société fonctionne comme un être vivant » (p. 29). Comme un être vivant, la société doit être défendue de ce qui la menace (l’altérophobie qui se décline selon les lieux et les époques en antisémitisme et en islamophobie) et rassemblée autour de ce qui la constitue (l’autophilie déclinée en suprématisme raciste ou en intégrisme religieux). Conséquence de l’organicisme, l’enclosure dont la défense d’un « nationalisme fermé » et l’exigence de protection (face à la mondialisation, l’immigré, etc.) sont les manifestations les plus contemporaines. Autre caractéristique : le sentiment de faire partie du camp des laissés-pour-compte (vaincus de la révolution française, des Trente glorieuses, de la Chute du mur, de la mondialisation …) et le désir de laver cette injustice. Au-delà de ces caractéristiques communes, les droites extrêmes peuvent se diviser en deux catégories. D’un côté les « nationaux » conservateurs et réactionnaires qui inscrivent leur action dans le jeu démocratique. De l’autre les « nationalistes » révolutionnaires, plus jeunes et plus violents, résolument anti-système.
Suivant une approche historique, les auteurs distinguent depuis 1945 quatre vagues de partis extrémistes de droite, qui se sont stratifiées au fil du temps. La première vague, néo-fasciste, entre 1945 et 1955 se caractérise par sa proximité avec les idéologies totalitaires des années 1930. Le MSI italien et le NPD allemand en sont issus. La deuxième correspond à une radicalisation des classes moyennes. C’est le poujadisme en France ou les mouvements intégristes hostiles à Vatican II (l’Œuvre française, la Fraternité sacerdotale de Saint-Pie X). Arrive ensuite avec la crise les mouvements nationaux-populistes tels que le FPÖ autrichien, la Lega Nord italienne ou le Vlaams Blok belge. La quatrième vague depuis 2000 a fait de la lute contre l’immigration son cheval de bataille : le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas, Aube dorée en Grèce, Jobbik en Hongrie, PEGESA en Allemagne …
Le Front national en France est un parti « attrape-tout » (p. 211) qui a su fédérer tous ces mécontentements. Avec Marine Le Pen, il s’est dédiabolisé en écartant les fascistes les plus enragés et déringardisé en marginalisant les catholiques intégristes. Il a du coup élargi son électorat – sans éloigner pour autant ses soutiens historiques. Il prospère avec la crise économique, la montée du chômage et la peur du déclassement. Mais son succès n’est pas réductible aux seuls facteurs économiques. Le serait-il, on ne comprendrait pas les importantes variantes nationales entre des pays qui ont tous été frappés par la crise. Pourquoi l’Espagne, où le taux de chômage frise les 25 %, ne connaît-elle pas de droite extrême ? L’explication est historique : l’extrême droite est durablement décrédibilisée en Espagne par les longues années du franquisme. Mais l’explication est aussi politique : l’extrême droite se développe là où les partis de gouvernement échouent. Terrible conclusion pour la droite et la gauche française.
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HADJIAN
  11 août 2017
Quelles sont les frontières de l'extrême-droite ? le Front national est-il fasciste ? Existe-t-il un populisme de gauche ? Les partis au pouvoir en Hongrie et en Pologne sont-ils d'extrême-droite ? Ces questions brûlantes sont d'une grande actualité ; or elles ne sont abordées que de biais et de manière incomplète dans l'ouvrage.
Pourtant, on ne peut qu'admirer l'érudition des auteurs qui montrent leur parfaite connaissance des ramifications des groupuscules d'extrême droite et du cheminement de leurs idées. Ils dressent un parfait récit des scissions, changements de sigles, réunifications, nouvelles scissions, des groupuscules d'extrême-droite (récit qui n'est pas sans rappeler, dans l'autre camp, les scissions, changements de sigles, réunifications… des différentes variétés de trotskisme). Mais cette précision généalogique ne permet pas toujours de se faire une idée du poids politique de groupes, voire d'individus, qui pour certains semblent ne représenter qu'eux-mêmes. On a parfois l'impression que les groupuscules engendrent des groupuscules, les idées engendrent des idées sans égard pour l'évolution de la vie sociale et politique.
L'ouvrage aurait sans doute gagné à s'appeler Histoire des extrêmes-droites en Europe, car trop souvent, l'histoire l'emporte sur l'analyse politique.
Dans de nombreux pays, comme la France, les Pays-Bas, l'Autriche, des partis d'extrême-droite se sont approchés du pouvoir ces dernières années, même s'ils n'y ont pas accédé. Comment analyser ce phénomène ? Quelle est la nature de ces mouvements ? Comment les caractériser ? Peut-on les relier aux mouvements fascistes et néofascistes.
La nature du Front National
Le FN a réussi à fédérer les divers courants de l'extrême-droite, il présente donc plusieurs visages (traditionnaliste et révolutionnaire, néo-païen et intégriste catholique, libéral et dirigiste…). S'appuyant sur la définition de Gentile, les auteurs considèrent que le FN ne peut pas être qualifié de fasciste : ce n'est pas un parti de masse, ce n'est pas un parti-milice, il n'utilise pas la terreur pour arriver au pouvoir, il ne prône pas l'homme nouveau et la subordination totale de l'individu à l'Etat (p. 57-58). Mais le FN arbore une « esthétique » qui le rapproche du fascisme : état de guerre contre toutes les forces politiques, projet de régénération de la société etc.
Comment, dès lors, le qualifier ? Les dénominations sont nombreuses dans l'ouvrage, mais jamais strictement définies : national-populiste, néopopuliste, ethnolibéral, souverainiste intégral…
La diversité des extrêmes droites
En filigrane, les auteurs distinguent des partis installés dans le champ électoral (comme le FN, le FPÖ autrichien ou le PVV néerlandais) et ce qu'ils appellent (sans en délimiter les contours) « l'extrême-droite radicale » qui aurait davantage recours à la violence et pourrait se rattacher au fascisme d'avant 1939. Mais c'est surtout dans la comparaison des variétés de l'extrême-droite en Europe que les auteurs montrent leur grande connaissance du sujet.
Quatre modèles peuvent être isolés : le PVV cultive l'hostilité à l'islam en la justifiant par la défense des droits individuels (femmes, gays) ; Aube dorée en Grèce affiche son racisme et répond à la définition du parti-milice propre au fascisme ; enfin le FN met l'accent sur le souverainisme et affiche un antilibéralisme économique. Un quatrième modèle est constitué par les extrêmes droites de l'Est, elles cultivent le nationalisme ethnique (au détriment des minorités juive, rom, mais aussi turque en Bulgarie), affichent souvent leur antisémitisme (en particulier en Russie).
L'extrême-droite est elle au pouvoir ?
Certains partis se sont intégrés au jeu des coalitions parlementaires et on ainsi accédé au pouvoir, c'est le cas du MSI ex-néofasciste, devenu Alliance nationale, en Italie, ou du FPÖ autrichien. L'expérience historique tend à montrer que ces passages ont été plutôt défavorables à ces partis qui ont perdu en « radicalité ». Nos auteurs soulignent d'ailleurs que ces expériences sont l'exemple même de ce qu'il ne faut pas faire, selon le FN.
Cependant, le plan adopté dans l'ouvrage, qui est structuré sur la généalogie des partis d'extrême-droite (du 19e siècle jusqu'au partis néonazis et néofascistes après 1945), empêche de traiter de la nature des partis au pouvoir en Hongrie et en Pologne, qui relèvent d'une autre filiation mais qui mettent en oeuvre des programmes autoritaires et anti-migrants. Les auteurs consacrent quelques pages au parti de Viktor Orbán en Hongrie, qualifié d'extrême droite institutionnalisée (p. 268), et quelques lignes au parti des Kaczyński, en Pologne, qualifié de « droite conservatrice radicalisée » (p. 283), ce qui ne nous éclaire guère… Alors même que des partis comme le MSI ont pu sortir du néofascisme, on pourrait se demander si des partis de droite traditionnelle ne peuvent pas rejoindre l'extrême-droite, ce qui montre, une nouvelle fois, que nos auteurs ne parviennent qu'imparfaitement à fixer les frontières de l'extrême-droite. En revanche, ils excellent à présenter toutes les variétés de néonazis ou encore de national-bolcheviks, qui nous apparaissent quelque peu folkloriques, en tout cas en dehors de la Russie.
Pourquoi la montée de l'extrême droite ?
Dans ce vaste kaléidoscope, comment distinguer des lignes de force ? Il faut peut-être se référer au tournant du 11 septembre. Camus et Lebourg soulignent une évolution de l'extrême-droite, qui voit le musulman remplacer le marxiste et le juif, comme ennemi principal. Mais cette fixation sur l'islam peut coexister avec l'antisémitisme, l'antiaméricanisme et la dénonciation du mondialisme. Cependant l'hostilité à l'islam tend à devenir un dénominateur commun des extrêmes droites, y compris dans le cas de la Hongrie d'Orbán, pour qui les migrants musulmans menacent les valeurs chrétiennes.
En conclusion
Après avoir terminé l'ouvrage, on en sait beaucoup plus sur les divers groupes que l'on peut ranger dans l'extrême-droite : des skinheads aux nazis-ésotériques, en passant par les suprémacistes blancs ou les tenants de la révolution conservatrice.
En revanche, on n'en sait pas beaucoup plus sur la nature politique, sociologique et intellectuelle des partis dits d'extrême-droite ou populistes qui progressent, de manière spectaculaire, dans toute l'Europe.
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Vidéo de Jean-Yves Camus
Ce que nous dit la montée des nationalismes en Europe : entretien avec Jean-Yves Camus .
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