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ISBN : 2070360164
Éditeur : Gallimard (27/01/1972)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 356 notes)
Résumé :
Albert Camus a écrit « Noces » en 1938, à l’âge de 26 ans; cette œuvre confirme déjà ses dons d’écrivain révélés dans un premier essai « L’Envers et l’Endroit » qui contient déjà les thèmes majeurs de son œuvre : le soleil, la solitude, l’absurde destin des hommes.

Noces est composé de quatre récits lyriques, exaltation de la nature, mais aussi impressions et méditations sur la condition humaine et la recherche du bonheur.
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Critiques, Analyses & Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  26 juin 2017
Cette lecture de « Noces » (1936-37) suivie de celle de « L‘été » (1939-53) est pur bonheur.
C'est un condensé d'essais dans lesquels Albert Camus prend pleinement conscience de lui-même. Une communion intime dans la contemplation du monde. Il parle de cette Algérie natale comme s'il faisait un avec cette terre qu'il arpente inlassablement, ces endroits où il aime revenir, sources inépuisables de sensations, de beauté, où rien d'autre ne compte que le moment présent. Tipasa où il déambule dans les ruines antiques, où il a une vue imprenable sur la mer étale et le ciel d'azur, où « les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière », où le mont Chenoua semble protéger toute vie.
Djémila où souffle un vent si fort qu'il façonne le paysage et les corps à son gré, qu'il dessèche la végétation, qu'il force la distance vis-à-vis de l'humain, qu'il fait tourbillonner les pensées, de vie, de mort, de jouissance. Il inspire à Camus cette volonté à ne pas se résigner, ne pas considérer l'éternité car ce qui compte c'est la vie, la vie avec intensité, et continuer de contempler le « ciel qui dure ». Alger la blanche, en été, où le soleil omniprésent donne autant aux riches qu'aux pauvres, où la vie est facile, le jour sur la plage, le soir dans les cafés ou les cinémas de quartier.
Partout éclatent les couleurs, les odeurs, les saveurs, la richesse des paysages que des millions d'yeux avant lui ont contemplés. Ce sont des pages de lumière, de soleil, de bonheur de vivre, de bien-être. de réflexions aussi.
La deuxième partie est nettement plus philosophique, mythologique, mélancolique. La guerre a fait son oeuvre, elle a mis fin à la jeunesse de Camus, la révolte intérieure sommeille et gronde parfois mais « la première chose est de ne pas désespérer. N'écoutons pas trop ceux qui crient à la fin du monde. Les civilisations ne meurent pas si aisément et même si ce monde devait crouler, ce serait après d'autres. Il est bien vrai que nous sommes dans une époque tragique » (p. 123).
Grâce à notre Babéliote Oran qui m'a invitée à découvrir cette oeuvre de jeunesse et que je remercie infiniment, je sais que lorsque Camus est revenu en Algérie, il souffrait de tuberculose. Il ne voit plus les villes comme avant, ni les gens, ou alors avec une lucidité nouvelle, une gravité plus perceptible, une émotion toujours vive pour les Grecs et leurs dieux qui, comme Prométhée donna en même temps aux hommes le feu, la liberté, les arts et les techniques alors qu'aujourd'hui, l'art semble un obstacle et une servitude. Albert Camus développera d'ailleurs abondamment ces thèmes de la souffrance et de la liberté dans « L'Homme révolté » et dans « le Mythe de Sisyphe ».
Un des essais s'appelle « Retour à Tipasa ». Il recèle une nostalgie palpable. Les ruines sont protégées par des barbelés, c'est l'hiver et il pleut mais c'est ainsi que Camus sut avec certitude qu'il y avait au plus profond de lui un "été invincible".
Ce sont des textes vibratoires où la magie de la nature algérienne le dispute à la grisaille des villes d'Europe, où le plaisir des sens donne à ces Noces une poésie et une vitalité qui ouvrent toutes les formes de l'esprit.
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gouelan
  08 août 2015
Noces nous raconte les noces de l’homme avec la nature.
Tipassa c’est la joie de vivre, la plénitude, la communion avec la nature, le soleil et la mer.
Djémila, c’est le désert, le vent qui modèle le paysage, qui fouette les corps, dépouille, dessèche. C’est un endroit pour apprendre à se détacher de soi-même, être le vent, devenir ce qu’on est à l’origine, se délivrer de l’humain. Les ruines de la ville sont comme la mort de l’homme. Tout passe, tout se pétrifie. Seuls des éléments comme la mer et le soleil continuent leur chemin, indifférents, sans regard pour l’homme. L’éternité est ce qui dure après la mort de l’homme. Les ruines sont percées de fleurs, la vie continue.
L’été à Alger nous conte les bonheurs faciles des Algérois. Ils vivent dans le présent, sans passé et sans illusions.
Plaisirs sans remèdes et joies sans espoirs. Les habitants d’Alger sont clairvoyants, lucides. Splendeur et misère, richesse sensuelle et dénuement, lucidité et indifférence, beauté et désespoir, marchent ensemble.
Le bonheur rend la vie absurde. Plus un homme est heureux, plus il souffre, car un jour, il devra quitter cette vie. Mais sa vie sera plus grande s’il consent à cette mort sans tricher, sans s’en remettre aux mythes consolateurs, aux illusions de l’éternité. Il fera de sa mort une mort consciente.
Trouver l’équilibre entre tristesse et beauté, misère et amour, désespoir et beauté, ombre et lumière. Ne pas se réfugier dans l’espoir, le fanatisme, qui conduisent tout droit au malheur, à la résignation. « Car l’espoir, au contraire de ce qu’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner. »
Les grecs ont désespéré de la beauté du monde ; la beauté du monde les oppressait. Mais leur malheur était doré, tragique, tandis que notre monde désespère de la laideur. La pensée grecque n’a pas dépassé les limites, elle a créé un équilibre entre ombres et lumières, elle a reconnu son ignorance.
Pour vivre heureux, acceptons nos limites, notre ignorance, préservons la beauté du monde, reconnaissons sa suprématie, sa permanence.
« J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal. »
Acceptons ce bonheur royal et vivons le pleinement au présent.
Noces est un livre qui fourmille d’idées philosophiques et poétiques. C’est un voyage qui nous emmène loin, qui nous oblige à faire des détours, à revenir sur nos pas, à suspendre le temps, le temps de saisir un détail qui nous a échappé, de savourer une idée, avant qu’elle ne disparaisse sous nos semelles. On y rencontre une idée du bonheur, de l’harmonie, de la beauté, de la tristesse, du désert, du dénuement. C’est un voyage qu’il faudra refaire, parcourir à nouveaux ses sentiers, soulever les galets, gratter dans le sable, regarder ce que la vague a laissé sur le rivage…
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Cath36
  13 novembre 2013
Décidemment Camus est un écrivain solaire. Son écriture est incandescente. Riche de son Algérie, riche de sa générosité et de son espérance en l'homme en dépit de tout (et surtout au sortir de la seconde guerre mondiale), riche de son amour pour la vie et pour l'instant présent, qu'il sait décrire comme personne (mon Dieu quel écrivain!), riche de cette éternité qu'il sait si bien dénicher au creux de ce même instant , riche de ce temps qui passe et dont il sait aussi saluer la fragilité et le périssable. Camus est l'homme des contrastes et des contraires qui se réconcilient dans le devenir humain ; Saluant le moment immédiat, mais se situant dans le grand mouvement de la vie ;déclarant qu'il n'aime pas l'espoir mais mettant l'espérance au coeur du présent ; déclarant que la mort est une porte fermée, mais laissant entrevoir comme une lumière qui filtrerait par-dessous ; voulant libérer l'homme des mirages du progrès et de la technique, en revendiquant la nécessité de réintroduire la beauté du monde dans l'art et dans l'écriture, ce qu'il fait comme personne. Certes, il décrit une Algérie sans conflits ; mais c'est l'Algérie de son enfance, une Algérie où les humbles étaient fraternels entre eux, à la fois par solidarité et par détachement (obligé !) de toute notion de possession, et où la lumière est finalement le personnage principal.
Et si notre attention à la beauté nous permettait de nous réconcilier et de permettre à l'amour de l'emporter sur la haine ? Voilà ce que souhaiterait Camus. Utopie ? peut-être ; source d'espérance, sûrement.
Le Chant du monde est peut-être l'expression qui pourrait définir l'ensemble de l'oeuvre de Camus. Dommage qu'elle est déjà été employée par Giono !
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Chouchane
  27 août 2012
« Noces suivi de l'Eté » sont une méditation mélancolique, rythmée par le flux et le reflux de la Méditerranée sur les côtes d'Algérie. Camus y célèbre les noces de l'homme avec la nature et ce faisant il témoigne de la supériorité de celle-ci. Elle seule nous survivra et d'une certaine façon nous continuera. Très moderne par son propos écologiste (trop d'hommes, pas assez de nature) et par son caractère universel, ce court essai commence par une ode à Tipasa. Il la décrit avec des mots magnifiques « habitée par les dieux (qui) parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes », « la campagne noire de soleil » s'imprime sur la rétine et l' »odeur volumineuse des plantes aromatiques » nous attaque les narines en même temps que l'on tourne les pages. Sous leur couvert poétique ces pages sont une violente attaque contre nos sociétés coupées de la nature, superficielles et guerrières. Il décrit un monde de simplicité empli de bruissements charmeurs et de vie, une nature minérale plombée par le soleil pour l'opposé aussitôt à la vacuité du monde moderne, à son insignifiance au regard de l'éternité de la nature. En toile de fond de ces lignes, la finitude, celle de l'homme, celle de nos sociétés. Dans cet hommage à la Méditerranée et à l'Algérie Camus pose la question « mais qu'est-ce donc qui peut durer ? » Quand on connait sa fin tragique cet écrit résonne comme un adieu à la vie et c'est poignant. Cet amour pour sa terre, c'est comme une tristesse de la quitter et c'est bouleversant de lire « certaines nuits dont la douceur se prolonge, oui, cela aide à mourir de savoir qu'elles reviendront après nous sur la terre et la mer ». C'est beau et c'est triste. Malgré toute la philosophie antique contenue dans ces pages, même en convoquant les Grecs et les philosophes, Camus nous donne le bourdon car au fond il parle de la terrible nostalgie qui peut nous saisir à l'idée que nous ne verrons jamais la terre telle que les anciens l'ont foulé et que si malgré tout nous avons saisi la beauté qui nous entoure nous devrons un jour la quitter. le livre se termine sur "J'ai toujours eu l'impression de vivre en haute mer, menacé, au coeur d'un bonheur royal". Nous aussi Albert nous vivons en haute mer heureux et menacés.
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anyways
  30 avril 2015
On rentre dans Noces comme l'on reviendrait vers une terre où l'on se sent chez soi.
« Sentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu'il est toujours un lieu où le coeur trouvera son accord, voici beaucoup déjà de certitudes pour une seule vie d'homme. »
Pour Camus, l'Algérie, ce sont les siens. Les algérois, il les appelle ses frères. C'est ici qu'il se « rapatrie », selon l'expression consacrée dans L'Envers et l'Endroit, son recueil de nouvelles qui s'inscrit, avec Noces, dans ce duo des écrits algériens publiés avant que Camus n'arrive en France. Oeuvre de jeunesse, donc, mais déjà tellement brillante, singulière et intime.
Noces est une célébration d'une très grande beauté.
Ces essais où se mêlent délicieusement une philosophie et une poétique tout à fait sublimes se trouvent au seuil de la grande oeuvre protéiforme de l'auteur, et l'éclairent profondément. C'est une sorte de préambule, auquel il faudrait toujours revenir, pour ne pas oublier que c'est ici, en Algérie, sous le soleil brûlant, que les fleurs entrent dans les ruines, que la nature rejoint l'histoire, que l'homme retrouve ce qu'il est.

Qu'est-ce que le rapatriement sinon, certes, un retour à la terre natale, mais également un retour de l'homme à sa condition d'homme et à sa nature profonde? C'est un métier que d'être un homme et il faut apprendre lentement cette « science de vivre » qui consiste à ne pas se résigner, c'est-à-dire vivre, et aimer. Et ce devoir, qui prend une importance capitale pour le jeune artiste, lui apparaît là, dans cette communion du ciel et de la mer. C'est là que commence sa philosophie. Il est encore jeune.
Ce que nous dit Camus, dans Noces, mais également dans L'Envers et l'Endroit, c'est que la mort arrête la vie, tout simplement, et arrête par conséquent la jouissance. Elle est donc intolérable et il en va de notre devoir de ne pas l'accepter. Mais Camus, dans une grande lucidité, apprend à refuser la mort tout en ne la dissociant pas de la vie. C'est le balancement entre le oui et le non, entre le consentement et le refus. Qui refuse de mourir consent à vivre, qui consent à mourir renonce à vivre. Il faudrait pourtant consentir à mourir, puisque la mort est présente. Dans ces cimetières en bord de mer, dans la nuit qui tombe, dans la jeunesse qui s'échappe, dans les fleurs qui envahissent les ruines… Les choses tombent. La mort est dans ce qui est beau et dans ce qu'il faut, par devoir, célébrer allégrement. Impossible d'accepter la mort, Camus la refuse.
« Peu de gens comprennent qu'il y a un refus qui n'a rien de commun avec le renoncement. Que signifient ici les mots d'avenir, de mieux-être, de situation ? Que signifie le progrès du coeur ? Si je refuse obstinément tous les plus tard du monde, c'est qu'il s'agit aussi bien de ne pas renoncer à ma richesse présente. Il ne me plaît pas de croire que la mort ouvre sur une autre vie. Elle est pour moi une porte fermée. Je ne dis pas que c'est un pas qu'il faut franchir : mais c'est une aventure horrible et sale. Tout ce qu'on me propose s'efforce de décharger l'homme du poids de sa propre vie. Et devant le vol lourd des grands oiseaux dans le ciel de Djémila, c'est justement un certain poids de vie que je réclame et que j'obtiens. Être entier dans cette passion passive et le reste ne m'appartient plus. J'ai trop de jeunesse en moi pour pouvoir parler de la mort. Mais il me semble que si je le devais, c'est ici que je trouverais le mot exact qui dirait, entre l'horreur et le silence, la certitude consciente d'une mort sans espoir. »
La beauté n'est pas, sans le désespoir. Camus veut la beauté et le désespoir qui l'accompagne. Espérer serait tricher, ou se cacher. Il ne croit pas en Dieu, il ne veut pas de paradis. Il ne veut pas qu'on lui mente. Amoindrir l'horreur de la mort c'est amoindrir ce qu'il appelle « le poids de la vie », qui est selon moi l'intensité que nous offre la vie, que nous nous devons d'incarner. de vivre par notre chair, au présent. Dans une vérité du corps.
« L'immortalité de l'âme, il est vrai, préoccupe beaucoup de bons esprits. Mais c'est qu'ils refusent, avant d'en avoir épuisé la sève, la seule vérité qui leur soit donnée et qui est le corps. Car le corps ne leur pose pas de problèmes ou, du moins, ils connaissent l'unique solution qu'il propose : c'est une vérité qui doit pourrir et qui revêt par là une amertume et une noblesse qu'ils n'osent pas regarder en face. »
Pourquoi lire Noces, alors que de Camus, ce sont plutôt L'Etranger, La Peste ou La Chute qui viennent à l'esprit des lecteurs et qui suscitent (à fort juste titre) un grand intérêt ? Camus s'interroge sans cesse sur le bénéfice du retour.
« Mais être pur c'est retrouver cette patrie de l'âme où devient sensible la parenté du monde, où les coups de sang rejoignent les pulsations violentes du soleil de deux heures. Il est bien connu que la patrie se reconnaît toujours au moment de la perdre. Pour ceux qui sont trop tourmentés d'eux-mêmes, le pays natal est celui qui les nie. Je ne voudrais pas être brutal ni paraître exagéré. Mais ce qui me nie dans cette vie, c'est d'abord ce qui me tue. Tout ce qui exalte la vie, accroît en même temps son absurdité. »
Il dit lui-même, dans une grande humilité, que depuis L'Envers et l'Endroit, il a beaucoup marché, mais peu avancé. Les écrits algériens sont ainsi une sorte de point de repère.
Ce qui est certain, c'est que l'artiste ne supporterait pas qu'on le nomme « Philosophe de l'absurde », il s'en explique très bien, et non sans ironie, dans ce joli essai qu'est L'énigme. « Nommer c'est perdre ». Et quelle perte sèche de ne voir en Camus qu'un penseur d'absurde, ou pire encore, un homme absurde… Sans oublier que par absurde, la majorité entend : « désespéré ». Camus rétorquerait : « Une littérature désespérée est une contradiction dans les termes ».
Il n'est peut-être pas désespéré, mais il ne porte pas l'espoir dans son coeur.
« de la boîte de Pandore où grouillaient les mots de l'humanité, les Grecs firent sortir l'espoir après tous les autres, comme le plus terrible de tous. Je ne connais pas de symbole plus émouvant. Car l'espoir, au contraire de ce qu'on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c'est ne pas résigner. »
A la lecture de Noces : interroger sans cesse les mots les plus simples (refus, résignation, espoir, désespoir), toujours questionner un sens fuyant, être nuancée sans être mesurée. Balancer. Ne pas oublier la place du corps, du soleil et de la mer, et, dans un retour à notre condition d'homme, dont il faut s'enorgueillir, essayer de vivre au mieux, d'aimer, de jouir. Dans cette force de vie, se révolter et combattre ce qui écrase l'homme. Voici une bien jolie porte d'entrée à la pensée de Camus, dont, je crois, il faut vraiment se saisir.
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Citations & extraits (229) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   12 octobre 2017
De la boîte de Pandore où grouillaient les maux de l'humanité, les Grecs firent sortir l'espoir après tous les autres comme le plus terrible de tous. Je ne connais pas de symbole plus émouvant. Car l'espoir, au contraire de ce qu'on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c'est ne pas se résigner.
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enjie77enjie77   12 octobre 2017
Mais qu'est ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l'existence qu'il mène?
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niouar_allaouzniouar_allaouz   22 février 2017
Des millions d'yeux, je le savais, ont contemplé ce paysage, et pour moi il était comme le premier sourire du ciel. Il me mettait hors de moi au sens profond du terme, il m'assurait que sans mon amour et ce beau cri de pierre, tout était inutile. [...] Et ce monde m'annihile, il me porte jusqu'au bout, il me nie sans colère. Dans ce soir qui tombait sur la campagne florentine, je m'acheminai vers une sagesse où tout était déjà conquis, si des larmes ne m'étaient venues aux yeux, et si le gros sanglot de poésie qui m'emplissait ne m'avait fait oublier la vérité du monde.

C'est sur ce balancement qu'il faudrait s'arrêter, singulier instant où la spiritualité répudie la morale, où le bonheur naît de l'absence d'espoir, où l'esprit trouve sa raison dans le corps. S'il est vrai que toute vérité porte en elle son amertume, il est aussi vrai que toute négation contient une floraison de « oui ». Et ce chant d'amour sans espoir qui naît de la contemplation peut aussi figurer la plus efficace des règles d'action : au sortir du tombeau, le Christ ressuscitant de Piero della Francesca n'a pas un regard d'homme. Rien d'heureux n'est peint sur son visage - mais seulement une grandeur farouche et sans âme, que je ne puis m'empêcher de prendre pour une résolution à vivre. Car le sage comme l'idiot exprime peu. Ce retour me ravit. Mais cette leçon, la dois-je à l'Italie, ou l'ai-je tirée de mon coeur ? C'est là-bas, sans doute, qu'elle m'est apparue, mais c'est que l'Italie, comme d'autres lieux privilégiés, m'offrait le spectacle d'une beauté où meurent quand même les hommes [...] On comprend rarement que ce n'est jamais par désespoir qu'un homme abandonne ce qui faisait sa vie. Les coups de tête et les désespoirs mènent vers d'autres vies et marquent seulement un attachement frémissant aux leçons de la terre. Mais il peut arriver qu'à un certain degré de lucidité, un homme se sente le cœur fermé et, sans révolte ni revendication, tourne le dos à ce qu'il prenait jusqu'ici pour sa vie, je veux dire son agitation. Si Rimbaud finit en Abyssinie sans avoir écrit une seule ligne, ce n'est pas par goût de l'aventure, ni renoncement d'écrivain. C'est « parce que c'est
comme ça » et qu'à une certaine pointe de la conscience, on finit par admettre ce que nous nous efforçons tous de ne pas comprendre, selon notre vocation. On sent bien qu'il s'agit ici d'entreprendre la géographie d'un certain désert. Mais ce désert singulier n'est sensible qu'à ceux capables d'y vivre sans jamais tromper leur soif. C'est alors, et alors seulement, qu'il se peuple des eaux vives du bonheur. À portée de ma main, au jardin Boboli, pendaient d'énormes kakis dorés dont la chair éclatée laissait passer un sirop épais. De cette colline légère à ces fruits juteux, de la fraternité secrète qui m'accordait au monde à la faim qui me poussait vers la chair orangée au-dessus de ma main, je saisissais le balancement qui mène certains hommes de l'ascèse à la jouissance et du dépouillement à la profusion dans la volupté. J'admirais, j'admire ce lien qui, au monde, unit l'homme, ce double reflet dans lequel mon cœur peut intervenir et dicter son bonheur jusqu'à une limite précise où le monde peut alors l'achever ou le détruire. Florence ! Un des seuls lieux d'Europe où j'ai compris qu'au cœur de ma révolte dormait un consentement. Dans son ciel mêlé de larmes et de soleil, j'apprenais à consentir à la terre et à brûler dans la flamme sombre de ses fêtes. J'éprouvais... mais quel mot ? quelle démesure ? comment consacrer l'accord de l'amour et de la révolte ?
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gouelangouelan   07 août 2015
En tout cas, comment se limiter à l'idée que rien n'a de sens et qu'il faille désespérer de tout. Sans aller au fond des choses, on peut remarquer au moins que, de même qu'il n'y a pas de matérialisme absolu puisque pour former seulement ce mot il faut déjà dire qu'il y a dans le monde quelque chose de plus que la matière, de même il n'y a pas de nihilisme total. Dés l'instant où l'on dit que tout est non-sens, on exprime quelque chose qui a du sens. Refuser toute signification au monde revient à supprimer tout jugement de valeur. Mais vivre et par exemple se nourrir, est en soi un jugement de valeur. On choisit de durer dés l'instant qu'on ne se laisse pas mourir, et l'on reconnaît alors une valeur, au moins relative, à la vie.
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PhilippeMauricePhilippeMaurice   21 juillet 2012
Je m'étais assis sur un banc. Je regardais la campagne s'arrondir avec le jour. J'étais repu. Au-dessus de moi, un grenadier laissait pendre les boutons de ses fleurs, clos et côtelés comme de petits poings fermés qui contiendraient tout l'espoir du printemps. Il y avait du romarin derrière moi et j'en percevais seulement le parfum d'alcool. [...] J'avais au coeur une joie étrange, celle-là même qui naît d'une conscience tranquille.Il y a un sentiment que connaissent les acteurs lorsqu'ils ont conscience d'avoir bien rempli leur rôle, c'est-à-dire, au sens le plus précis, d'avoir fait coïncider leurs gestes et ceux du personnage idéal qu'ils incarnent, d'être entrés en quelque sorte dans un dessin fait à l'avance et qu'ils ont d'un coup fait vivre et battre avec leur propre coeur. C'était précisément cela que je ressentais : j'avais bien joué mon rôle. J'avais fait mon métier d'homme et d'avoir connu la joie tout un long jour ne me semblait pas une réussite exceptionnelle, mais l'accomplissement ému d'une condition qui, en certaines circonstances, nous fait un devoir d'être heureux. Nous retrouvons alors une solitude, mais cette fois dans la satisfaction.
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L’Étranger, texte intégral lu par Albert Camus en avril 1954.
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