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ISBN : 2253039284
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/2002)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 38 notes)
Résumé :
D'un séjour à Marrakech en 1953, Elias Canetti enregistre d'abord des voix, des bruits, des gestes et des images.
Et imperceptiblement, par le jeu d'une simple et grave précision dans la relation des faits, ce récit de voyage devient aussi, au sens le plus strict et le plus concret du terme, un récit philosophique...
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Davalian
  05 juin 2018
Bien mieux qu'un guide et à moindre coût, Elias Canetti saura vous faire découvrir Marrakech dans ce que la ville ocre offre de manière intemporelle : son esprit et ses hauts lieux. Pour ce qui est des restaurants et autres curiosités commerciales, il faudra bien entendu se référer à d'autres productions.

Le propos est peut être un peu fort mais tout à fait révélateur tant ce récit de voyage d'un peu plus de cent pages, se révèle être des plus actuels. Il a pourtant été écrit dans les années 1950, en pleine Guerre Froide à une époque ou le Maroc vivait encore sous l'autorité du Protectorat. Les choses ont beaucoup changé depuis et pourtant l'écrit reste valable.
Il est ici question de l'esprit de la ville avec les chameaux (comment ne pas se révolter), les souks (tout cela semble encore d'actualité malgré l'invasion des mobylettes), la pauvreté. Certains passages laisseront la place au mythe et au surnaturel. Si ces passages sont les meilleurs, ceux consacrés à Elie Dahan le sont beaucoup moins. le talent de l'auteur nous permet littéralement de vivre et de comprendre son exaspération.
Ce court récit offre à la fois le compte rendu d'un certain nombre de rencontres ou de visites faites sur place ainsi que de réflexions personnelles. Celles-ci ne sont pas toujours en faveur des nos compatriotes ou des populations locales, bien que l'auteur ne s'attaque pas directement à un individu ou à un État.
Le style est fluide, agréable, plaisant. Comme il s'agit d'une traduction, l'on ne peut que louer et apprécier la qualité du travail de traduction qui est ici particulièrement soignée. L'édition au format poche qui nous est proposée manque peut-être de quelques outils, ne serait-ce que d'un plan pour mieux se projeter sur place.
Ce récit est court, bien écrit, saisi l'essentiel et se révèle être un accompagnement idéal pour les vacances. Une lecture tout à fait indispensable pour celles et ceux qui désirent se rendre sur place.
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ATOS
  16 février 2018
Les voix de Marrakech. Prise de sons. Captation d'un présent. Il fallait le talent d'Elias Canetti pour saisir et retranscrire ce qui, en 1954, se vivait au choeur même de la grande cité. Protectorats, sultanat, présence américaine, populations berbère, juive, arabe, présence européenne.
Maisons silencieuses, femme derrière une grille, conteurs et écrivains publics, souks, bases américaines, mendiants aux portes des grands hôtels, maisons clauses, terrorisme, tensions politiques, grondements invisibles.
Les voix invisibles de Marrakech, ...des voix fières et magnifiques et parfois si terribles.
Les regards et les silences de Marrakech, ses murs, ses cours, ses places et ses marchés. Ses ombres et ses lumières, et surtout tous ses enfants.
Deux ans après le voyage de Canetti , la France et l'Espagne reconnaissaient la fin de leur protectorat instauré sur le sultanat du Maroc en 1912.
Le souverain, imposé par la France en 1927, convertit son titre de sultan en celui de roi sous le nom de Mohammed V. Son fils Hassan II lui succédera, jusqu'à ce qu'à ce que son fils Mohamed VI monte à son tour sur le trône.
Astrid Shriqui Garain
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miriam
  11 décembre 2013
Les voix de Marrakech est sous-titré JOURNAL D'UN VOYAGE. J'ai lu plusieurs fois La langue sauvée. Ce récit de voyage de Canetti
Les premières rencontres sont celles des chameaux, cris angoissés d'un méhari enragé qu'on conduit à l'abattoir, arrivée d'une caravane de 700 bêtes, à la tombée de la nuit, sous les murailles de la ville, conduite par des hommes "bleus" .

Les voix humaines sont souvent celles des mendiants, aveugles, seuls ou en groupe, que Canetti écoute sans comprendre l'arabe
"Je ne voulais rien perdre de la puissance exotique des cris. je voulais être touché par les voix telles qu'elles sont par elles même et n'en rien affaiblir par un savoir artificiel et insuffisant."
Sensibilité de voyageurs, loin du clinquant pour touristes...Le Journal de voyage ne s'attarde jamais sur les curiosités dont se délectent les vacanciers.
maisons silencieuses et terrasses désertes, sous les sommets enneigés de l'Atlas, Canetti ne pourra pénétrer dans l'intimité de ces murs aveugles, une image furtive, une femme derrière une grille, quelques enfants....la ville garde jalousement ses secrets.
Les conteurs et les écrivains publics ne sont pas oubliés. Pouvoir des mots prononcés, pouvoir des mots écrits...
J'attendais Canetti dans le Mellah. Natif de Roustchouk en Bulgarie, séfarade ayant encore gardé les traditions espagnoles, j'imaginais sa rencontre avec les Juifs du Mellah. 1954, le Mellah est encore habité par ses Juifs. Quand je l'a visité en 2001 pour la première fois, il était déjà vidé de sa substance. Magasins de soieries, marchés de légumes, école encore plus misérables, Canetti remarque la diversité des visages qu'il scrute. Avec humour, il remarque même un Juif lui rappelant Goebbels, parmi les Juifs de Rembrandt, ou les Berbères portant la calotte juive... Il découvre une fontaine, des artisans.... Ce n'est qu'à la seconde visite qu'il s'enhardit à entrer dans une cour. le prétexte? la présence d'enfants lui suggère une école. On l'invite : "- le voilà invité par toute la famille Dahan. Invitations chaleureuses, mais pas dénuées d'intérêt : les chômeurs de la familles espèrent obtenir une recommandation de ce Juif anglais riche auprès du commandant américain de la base militaire. Un emploi de plongeur, ou de tailleur conviendrait très bien. Canetti nous fait rencontrer les membres de cette famille dont le père, figure impressionnante....
Dans le Maroc de 1954, les Américains ont encore des bases militaires, le souvenir de la Seconde Guerre mondiale est encore présent, le Glaoui est une figure importante. ....Le tourisme n'a pas encore envahi les souks. Époque révolue.
Ce journal de voyage, d'une grande sensibilité , est aussi empreint d'une réflexion sur les mots, leur musique, ce qui ne m'étonne pas de la part de l'auteur de la Langue sauvée.

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Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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minilaure
  22 février 2013
J'ai lu ce bref récit à mon retour de vacances à Marrakech. Je l'avais apporté là-bas, car je trouve que les livres prennent une autre dimension quand on les découvre "en situation", mais je n'ai pas trouvé le temps de le lire sur place.
Dans le Marrakech d'aujourd'hui, 50 ans après la parution du livre d'Elias Canetti, on retrouve certains sons, certaines couleurs, qui n'ont pas changé. Les lieux sont familiers, et on peut aisément imaginer ces "voix de Marrakech" parcourir la ville aujourd'hui encore. Lecture agréable pour replonger dans le bain du voyage... mais sans plus. Et j'avoue ne pas y avoir vu l'analyse philosophique promise en 4ème de couverture ;)
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Anis0206
  02 juillet 2018
Le récit du voyage de l'auteur au Maroc pour y découvrir les traditions de ce peuple et leurs coutumes.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
ATOSATOS   16 février 2018
"Les portes étaient encore ouvertes et les enfants étaient plantés dehors, pleins d'espoir et de patience.Ils sentaient qu'ils ne seraient pas chassés pendant qu'il racontait son histoire. Lui, qui avait commencé son récit avec un tel mépris à leur encontre, venait en un court instant de se rendre infiniment plus méprisable qu'eux. Qu'il les eût calomniés ou qu'il eût dit la vérité à leur sujet, il était maintenant enfoncé plus qu'eux. Je souhaitai qu'il existât un genre de punition qui l'obligeât à demander leur intercession." La calomnie, Les voix de Marrakech, extrait 1954.
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LandulpheLandulphe   15 décembre 2015
“E-li-as Ca-net-ti ?” répéta le père d’un ton interrogateur et hésitant. Il répéta plusieurs fois mon nom pour lui-même en en séparant nettement les syllabes. Dans sa bouche mon nom prenait de l’importance, devenait plus beau. Il ne me regardait pas, mais au contraire, fixait son regard devant lui comme si le nom avait été plus réel que moi et comme s’il avait mérité d’être appris.
Je l’écoutais, surpris et touché. Dans sa mélopée, mon nom me semblait appartenir à une langue particulière, inconnue de moi. Il le soupesa généreusement quatre ou cinq fois et je croyais entendre le cliquetis des poids. Je ne ressentais aucune inquiétude, il n’était pas un juge. Je savais qu’il découvrirait le sens et le poids de mon nom et lorsqu’il l’eut fait, il me dévisagea de ses yeux rieurs.
Il était là, debout, comme s’il avait voulu me dire : le nom est bon.
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LandulpheLandulphe   15 décembre 2015
Les cimetières dans d’autres parties du monde, sont organisés pour assurer la bonne conscience des vivants. On y trouve beaucoup de vie, des plantes et des oiseaux, de sorte que le visiteur, seul vivant parmi tant de morts, se sent ragaillardi et fortifié. Il lit sur les pierres tombales les noms des gens auxquels il a survécu. Sans qu’il en convienne, cela lui fait un peu imaginer qu’il a vaincu chacun d’eux en combat singulier. Certes, il est attristé par tant de gens qui ne sont plus, mais en compensation, il se sent lui-même invincible. Où, ailleurs, pourrait-il se trouver dans une telle situation ? Sur quel champ de bataille du monde resterait-il l’unique survivant ? Il est là, debout, au milieu de tous les gisants. Cependant, les arbres et les pierres tombales aussi sont debout. Plantés là ou dressés, ils l’entourent comme un héritage destiné à lui plaire. Mais dans ce cimetière des juifs, il n’y avait rien.
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LandulpheLandulphe   15 décembre 2015
(...) cette créature de moins que rien, sans chair, sans force, sans même un poil convenable avait assez de désir en elle pour que je me sentisse, à sa seule vue, libéré de l’impression de sa misère. Je pense souvent à l’âne de Marrakech. Je me dis qu’il est resté beaucoup de lui lorsque je ne l’ai plus vu. Je souhaite à tous ceux qui souffrent d’avoir son désir dans leur misère.
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LandulpheLandulphe   15 décembre 2015
Parmi les hommes de notre hémisphère qui vivent de la littérature, je me suis rarement senti très à l’aise. Je les ai méprisés parce que je méprise quelque chose en moi et je crois que ce quelque chose est le papier. Ici, je me suis trouvé soudain parmi des poètes vers lesquels je pouvais lever les yeux parce qu’il n’y avait pas un mot d’eux à lire.
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Video de Elias Canetti (1) Voir plusAjouter une vidéo

Elias CANETTI : écrits autobiographiques
Depuis le théâtre municipal de Fontainebleau Olivier BARROT présente avce beaucoup de ferveur le livre d'Elias CANETTI "Ecrits autobiographiques".
>Géographie générale>Géographie de l'Afrique>Côtes du Nord-Ouest africain (23)
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