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EAN : 9782070360673
208 pages
Gallimard (05/03/2009)
3.72/5   30 notes
Résumé :
Par " imposteurs ", Belinda Cannone ne désigne pas
les escrocs de la confiance, ceux qui en imposent ou qui usurpent une place. L'auteur décrit un sentiment
très commun mais qu'on a toujours grand soin de cacher : l'intime conviction de ne pas être celle ou celui qu'il faudrait être pour occuper légitimement la place dans laquelle on se trouve, et la crainte d'être démasqué. Si ce trouble met en cause l'identité, il n'engage pourtant pas la question : ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Le sentiment d'imposture est ce que l'on ressent quand on se trouve dans une situation (professionnelle, sentimentale, …) que l'on juge imméritée, craignant à tout moment que quelqu'un ne dévoile la supercherie que nous sommes. Ce sentiment semble plus répandu qu'on ne pourrait le croire, atteignant même les acteurs, les sportifs de haut niveau, et les cadres qui semblent pourtant solidement ancrés à leur poste.

Nous avons globalement trois identités : la manière dont nous nous voyons, l'image que nous essayons de donner aux autres, et la façon dont les autres nous voient. le sentiment d'imposture se développe quand les deux dernières identités coïncident, en nette rupture cependant avec la première.

L'essai est intéressant, il ne va pas vraiment au fond des choses mais est composé d'une multitude d'exemples qui aident à avoir une image globale du phénomène.
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« le sentiment d'imposture » Belinda Cannone (Folio, 160 pages).
Bélinda Cannone étudie ici les mécanismes et les effets de la conviction chez une personne de ne pas être légitime à la place (professionnelle, amicale, familiale, amoureuse, sur un podium sportif, ou à une responsabilité politique …) qu'elle occupe, de ne pas en être digne, le sentiment d'avoir usurpé une position pour laquelle elle n'aurait pas l'impression d'avoir réellement les qualités requises… alors même que l'environnement du sujet lui en reconnait les compétences nécessaires.
Elle procède par petites touches successives, en de très courts chapitres, en s'appuyant sur des exemples dans les domaines de la littérature, du cinéma et de l'histoire, ou dans son environnement personnel, en s'aidant des outils de la psychanalyse et de la psychologie. L'artiste maudit (tel Van Gogh), jamais reconnu de son vivant, mais s'accrochant à son art envers et contre tout, offre une image inversée de cet « imposteur en italique », celui qui s'estime indigne d'une vraie reconnaissance qu'il a pourtant gagnée par ses mérites. Si le premier souffre du rejet, le second vit mal ses succès, il fait par exemple de manière récurrente des rêves d'échecs à des examens, et s'il arrive parfois en guérir, c'est au prix d'années d'efforts. Ça l'amène parfois à s'inventer des obstacles supplémentaires à franchir pour arriver à justifier de sa place. Bref, il est mal avec lui-même plus qu'avec les autres, et BC fait l'hypothèse que la source de cette insécurité intime est à chercher du côté du regard dévalorisé qu'on porte parfois sur ses origines et sa filiation ; si celles-ci sont trop modestes, le sujet ne se reconnait pas dans un monde qui ne lui semble pas être le sien, il se sent intrus ; s'il est né « avec une cuillère en argent dans la bouche », il pense parfois n'avoir aucun mérite à être parvenu à la place qu'il occupe. Pourtant, dans les deux cas, se maintenir à cette place supposée indue lui demande toujours des efforts redoublés.
J'ai vraiment trouvé pertinent son analyse… sauf lorsqu'elle élargit son champ de réflexion au politique, en cherchant à démontrer que l'échec de la gauche mitterrandienne (le livre est écrit en 2005) serait dû à ce sentiment d'imposture du « peuple de gauche ». Celui-ci ne se serait pas senti légitime à ce que ses représentants (ou supposés tels) se maintiennent au pouvoir, ayant en quelque sorte intériorisé la supériorité du camp d'en face, ce sentiment de dévalorisation finissant par démobiliser nombre d'électeurs. Belinda Cannone n'oublie-t-elle pas au passage un certain nombre de trahisons avérées des élus de gauche ?
J'ai beaucoup aimé la construction, et surtout l'écriture ; elle s'adresse à un « Tu » non nommé, qui pourrait être le lecteur interlocuteur, mais qui est plutôt ici ce « Tu » qu'on utilise pour parler de soi, dans une sorte de conversation complice avec un interlocuteur ami… ou devant son propre miroir. Cela donne une tonalité en apparence légère, pour un thème qui ne l'est guère.
Un essai plus que pertinent qui peut tous nous concerner.
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Ne vous est-il jamais arrivé de ne pas vous sentir à votre, place, d'estimer ne pas mériter un poste, n'être pas digne de l'amour que l'on vous porte? C'est ce sentiment que Belinda Cannone analyse dans le détail dans cet ouvrage. Un sentiment que nous avons tous connu.


L'auteure utilise imposture écrit en italique quand elle veut parler de ce sentiment de ne pas être à sa place, de ne pas avoir toutes les qualités requises pour occuper le poste que l'on occupe. A ne pas confondre avec l'imposture classique, celle ou l'imposteur trompe son monde sciemment. Belinda Cannone s'intéresse, elle à ce sentiment qui est purement imaginaire que nous usurpons une position sociale, que nous ne méritons pas les honneurs que nous pouvons recevoir, l'amour que l'on nous donne mais tout cela n'est nullement ressenti par notre entourage ou par notre hiérarchie.


"L'imposture est une affaire secrète. L'imposteur tremble à l'idée qu'autrui finisse par s'apercevoir de ce qu'il est - ou plutôt de ce qu'il n'est pas. La plupart du temps autrui semble penser que nous occupons légitimement notre place (il nous a d'ailleurs invité au château), mais dans le secret de notre chimère, nous ne croyons pas à cette légitimité, nous pensons qu'autrui s'est trompé et nous tremblons d'être découvert."


Belinda Cannone étudie ce sentiment dans le monde du travail, dans celui de l'amour, du sport. Elle nous cite des exemples littéraires traitant de ce sentiment si répandu, un sentiment qui s'est construit dès l'enfance et qui n'est pas si négatif tant qu'il ne paralyse pas! L'imposteur agit il est dans un poste, et il donne le meilleur de soi pour pouvoir mériter ce poste, cet amour, ce succès qu'il n'estime pas être en droit d'obtenir. Une analyse passionnante.
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Ce petit bijou parle de, s'adresse à, sans doute est dédié à toute personne qui "[... est] comme la boîte de vitesses d'une Jaguar qui se serait dit que la voiture était trop belle pour qu'elle fît réellement partie du moteur..." (p. 58) : imposteur sans malice donc, mais avec peine, dans le désir et dans le risque, éventuellement avec héroïsme pourtant toujours en secret... Néanmoins cette conception originale d'imposture (en italiques) qui fait appel à la sympathie n'est pas sans entretenir un rapport surprenant avec l'autre imposture qui nous indigne.
Il s'agit donc d'un phénomène composite et multiforme s'il en est, dont chaque facette est opportunément traitée par de très courts chapitres d'une extrême légèreté, tels des pétales de rose, qui suggèrent et évoquent la méditation au lieu de guider et contraindre la pensée. Ils s'appuient tantôt sur la littérature (Gary-Ajar ne manque pas, à mon grand délice!), tantôt sur la psychanalyse, sans oublier le cinéma et même la politique, toujours dans un style fortement narratif (pas du tout celui de l'essayiste pédant et didactique!). Encore une particularité stylistique : le récit à la première personne - dont l'auteure semble être une spécialiste - se laisse aisément deviner sous les semblants de la... deuxième personne du singulier, et donc d'une esquisse de personnage masculin "imposteur", lequel, entre une pérégrination littéraire et une divagation psychanalytique, prend le temps de rencontrer de multiples personnages mineurs, hommes et femmes, chacun porteur de sa propre variante du sentiment d'imposture. Un rêve ouvre le récit; une note d'espoir le clôt. le tout respire une finesse et une intelligence nobles et précieuses.
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Imagine une porte cachée dans un coin de ton cerveau, elle t'a toujours semblé condamnée mais peu t'importe, ce qu'il y a derrière, tu le présumes, n'a que peu d'importante. Enfin tu te retrouves par hasard devant cette porte, tu as une clé dans la main, tu ne sais pas à quoi elle sert, machinalement tu la passes dans la serrure et la fais pivoter, juste pour voir... là aucune résistance tu entends avec stupeur le cliquetis du verrou qui cède sans effort...
Et voilà l'effet que m'ont fait les premières pages du livre : une ouverture sur une pièce lumineuse dévoilant les peintures d'un sentiment qui m'avait forgée sans que je ne le remarque ni ne le nomme. Je levais le voile sur le sentiment d'imposture et découvrais quelques uns de mes confrères imposteurs... pauvre, cinéaste, femme, champion, politique...

Une réflexion sur les origines de ce sentiment, douce, accessible, et rassurante de part la variété des profils "touchés", évoqués dans cet essai.

Le titre est énigmatique pour ceux qui n'en ont encore jamais entendu parler, mais le lecteur saura (comprendra) dès le premier chapitre s'il (qu'il) est un imposteur.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
...quand on [naît] pauvre, on le [reste] toute sa vie, même si l'on (devient] riche; Car il ne suffit pas d'avoirde bonnes manières, du goût ou de la culture: il faut que tout cela soit "naturel"; la caricature de celui qui n'a pas su "naturaliser" ses acquisitions: le "nouveau riche". Plus insidieux, le redoutable commentaire des nantis qui vient toujours comme une explication globale et vague de la personnalité de quelqu'un, si brillant soit-il: "Il vient d'un milieu très populaire." Le privilège de la naissance n'est pas seulement une croyance d'Ancien Régime. On a beau être entré dans l'idéologie du mérite (chacun valant par la somme de ses actes et non par la grâce de sa naissance), reste que tel fauteuil Empire a beaucoup plus de prix (symbolique) s'il nous vient de notre grand-mère que si on l'acheté à un antiquaire, car dans le premier cas il est naturalisté par la transmission: la puissance est un donné au lieu d'être un acquis. L'ancien pauvre est souvent partie prenante de cette vision, il se sent imposteur parce qu'il se souvient que ce que d'autres possédaient en naissant il a dû, lui, l'"emprunter".
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"... ce qu'ils sont ne correspond pas à la case, laquelle case apparaît exactement comme un idéal."
"Au royaume des apparences, il faudrait ne se soucier que de son être profond. A l'ère de la consommation de masse, il faudrait être unique. Evidemment lorsqu'on ouvre les magazines ou qu'on allume la télé pour écouter parler de l'être profond, on ne découvre que l'être standard : "ressemble-nous, sois toi-même"... D'un côté, une société d'une grande complexité, qui propose une infinité de cases assez strictes. De l'autre, l'injonction d'être singulier. Tu ne sais trop si tu trouves là quelque chose de paradoxal ou d'au contraire très cohérent. Car tu te demandes si le sentiment d'imposture ne vient pas parfois de ce que le monde dans lequel nous vivons est si complexe, si organisé, si ordonné (à certains égards), de ce que l'existence y est tellement prise en charge par toutes sortes de discours de recommandation, de conseil, d'experts, de gens-comme-soi, qu'on a vite fait de perdre ses repères parmi la multiplicité de ceux qui nous sont proposés, qu'on contrarie forcément un modèle en optant pour un autre, et que de toute façon on a du mal à se conformer aux cases disponibles... monde plein de cases, certes, mais dont aucune ne peut être "sienne"
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Tu as bien travaillé, tu étais intelligent, et tu es devenu grand ingénieur de carrière. Longtemps pourtant, tu ne t'es pas débarassé d'un sentiment d'imposture qui te rongeait secrètement. Toi, le petit provincial bisagnon, qu'est-ce que tu faisait donc à l'Ecole, parmi ces jeunes gens sûr d'eux, puis ensuite parmi ces brillants carriéristes, Oh, bien sûr, tu travaillais beaucoup, tes dossiers de carrière était parfaits, tes collègues t'appréciaient vraiment, c'est toi qui dénouais souvent les problèmes de chantier. Combien de verres de magoude avez-vous partagés après chaque opération réussié, avec cette tranquillité des travailleurs contents d'eux et des autres.
Alors? Pourquoi cette conviction que tu occupais une case qui n'avait pas été prévue pour toi?
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L’imposture est une affaire secrète. L’imposteur tremble à l’idée qu’autrui finisse par s’apercevoir de ce qu’il est - ou plutôt de ce qu’il n’est pas. La plupart du temps, autrui semble penser que nous occupons légitimement notre place (il nous a d’ailleurs invité au château), mais dans le secret de notre chimère, ne ne croyons pas à cette légitimité, nous pensons qu’autrui s’est trompé et nous tremblons d’être découvert.
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tu ne sais pas pourquoi "imposteur" n'existe pas au féminin. Hypothèse de Camille qui te paraît un peu tirée par les cheveux (...) mais bon : on remarque que parmi les mots français qui ne connaissent pas le féminin (ou seulement depuis peu), on trouve ceux qui expriment des fonctions auxquelles est attaché du pouvoir : ministre, directeur de cabinet, conseiller d'Etat (pouvoir réel), écrivain, auteur, peintre (pouvoir symbolique), etc. Or, pour être (ou se sentir) imposteur, il faut occuper une place qui corresponde à un minimum de pouvoir (ce que tu as déjà formulé plusieurs fois : pour se sentir imposteur, il faut avoir réussi). (...) pour qu'un imposteur existât au féminin, il eût fallu que la nécessité s'en fît sentir, c'est-à-dire qu'il y eût des femmes ayant du pouvoir, ou le briguant, ou en jouant. Or la chose est si récente qu'on n'a pas eu le temps (le besoin) d'inventer le féminin de ce substantif.
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Videos de Belinda Cannone (31) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Belinda Cannone
Une conversation présentée par Raphael Zagury-Orly Avec Isabelle Alfandary, auteure et professeure Belinda Cannone, auteure Serge Hefez, psychiatre
Le «un» n'est jamais le chiffre de la vie. Certes, il y a les organismes unicellulaires, bactéries, levures, plancton et autre protozoaires… Mais eux aussi on besoin de quelque chose d'autre, d'un milieu.. A la base de toute molécule organique, outre la durée temporelle et les sources d'énergie, se trouvent des multiplicités, des altérités, des combinaisons d'éléments, carbone, oxygène, hydrogène, eau, azote, dioxyde de carbone, diazote… Bien sûr, cela fait la vie sur Terre, la vie des vivants, mais ne dit rien sur la façon dont les êtres humains, eux, choisissent de la porter, cette vie, c'est-à-dire d'exister. de là aussi l'unicité est exclue: on vient au monde «plein des autres», le monde ne vient à l'enfant que par les autres, et il n'y tient que si d'autres d'abord le tiennent et tiennent à lui. Né d'une union qu'il n'a pas choisie, il lui appartiendra ensuite de s'unir volontairement à qui il voudra, par affinité, par intérêt même, par amitié, par amour, et de constituer des couples, des clans, des groupes, des familles, des communautés, des sociétés… Il se peut dès lors que des personnes, pour supporter le faix de la vie, choisissent de la porter à deux, de faire de leur cohabitation une convivance, et de leur existence une coexistence, le plus souvent solidifiée par le ciment de l'amour. La «vie à deux» devient dès lors une vie rêvée que les partages quotidiens rendent réelle. Mais est-ce si sûr? Combien coûte le sacrifice du «un», de la libre et insouciante existence solitaire, qui n'a de comptes à rendre à personne? Combien coûte le sacrifice du trois, ou du quatre, d'union plurielles où la diversité fait loi, où les plaisirs varient et s'égaient de ne point devoir s'abreuver à une seule source? Est-il possible qu'une «vie à deux», soudée par le plus bel amour, résiste aux soudaines envies d'autonomie, demeure imperméable aux petites disputes, aux grosses scènes de ménage, aux soupçons, aux jalousies, aux perfidies, aux humeurs insupportables, aux messages indus sur le portables, aux désirs d'être seule(e), de partir seul(e), de dormir seul(e)? On ne sait pas. On ne sait pas si la «vie à deux» est le paradis de l'amour ou l'enfer de la liberté.
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