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EAN : 9782213616117
400 pages
Éditeur : Fayard (14/01/2004)
4/5   1 notes
Résumé :
Quand paraît Claudine à l'École en 1900, Colette est une inconnue. C'est la jeune épouse discrète d'un des hommes les plus en vue de la vie parisienne, Henry Gauthier-Villars, dit Willy : le boulevardier, l'écrivain polisson, le critique musical, l'homme qui signa une centaine d'ouvrages (dont les six premiers romans de Colette) et n'en avait peut-être pas écrit cent lignes en tout. La situation s'est inversée : aujourd'hui, l'inconnu c'est lui. Elle était la femme ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Woland
  17 juillet 2009
Il s'appelait Henri Gauthier-Villars mais il préférait écrire "Henry". Des noms de plume, il en eut à revendre car il fut le maître d'oeuvre d'un véritable "atelier" d'écriture où des "nègres" aussi talentueux que Paul-Jean Toulet et Colette mirent en forme, pendant des années, les idées de romans, le plus souvent légers et très "Belle-Epoque", qu'il leur proposait. Deux de ces pseudonymes au moins sont passés à la postérité littéraire : "Willy", que l'on associe toujours à Colette, laquelle signa longtemps "Colette Willy", et "Maugis", personnage de papier celui-là, qui apparaît au moins dans deux "Claudine" ("Claudine à Paris" et surtout "Claudine s'en va") ainsi que dans "L'Ingénue libertine", remaniement des "Egarements de Minne." Pour les initiés, il subsiste également le pseudo "post-Colette", celui de "Robert Parville", qui succéda à Maugis comme alter ego de cet écrivain réel mais paresseux et désespérément tourné vers la gaieté, les bons mots et la superficialité d'une époque que fut Gauthier-Villars.
François Caradec lui consacre une biographie exigeante et affectueuse qui n'entend pas pour autant résoudre les mystères de l'homme. Il semble en effet prouvé que Willy - utilisons ce nom puisqu'il l'aimait tant - aima Colette et que celle-ci le lui rendit largement. Tout comme il est clair que, en dépit des terribles coups de griffes qu'ils échangèrent après leur séparation définitive, Colette, plus jeune, se révélant plus redoutable à ce petit jeu, aucun des deux ne cessa réellement de vouer une passion jalouse à celui qui l'avait quitté.
Car si Willy a existé sans Colette et si Colette a existé sans Willy, on ne peut évoquer l'un sans parler de l'autre. L'apothéose de leur destin personnel, c'est le couple qu'ils formèrent pendant de longues années. Un couple brillant, à la mode, toujours là où il fallait être vu, se répandant en bons mots et en rosseries, soignant sa publicité à coups de scandales, des petits, des moyens, des plus gros. de nos jours, on les dirait "people" et sans doute s'en féliciteraient-ils l'un comme l'autre.
Sous le masque se dissimulent deux écrivains. le plus âgé, bon technicien et esprit beaucoup plus cultivé qu'il n'entendait paraître, apprit les ficelles du métier à la plus jeune, lui mettant le pied à un étrier qu'elle ne vida jamais au cours de sa chevauchée dans les lettres françaises - chevauchée qui fut longue et inégale. Car, sans Willy, y aurait-il eu une Colette ?
François Caradec ne nous apporte pas de réponse : au lecteur, en fonction des sentiments que lui inspire la romancière, de se faire sa propre opinion. Il observe simplement - et avec un regret que le lecteur partage - que, si Colette et Curnonsky (autre "nègre" de Willy) possèdent tous deux à Paris une rue qui porte leur nom, Willy, lui, n'a rien.
Sur cette note amère, adoucie par la citation de Colette qui disait : "Mais son nom est lié à un moment, à un cas de la littérature moderne, et au mien", se termine une biographie qui, sans sombrer dans une hagiographie qui aurait sans doute beaucoup amusé celui qui en était l'objet, nous restitue un Willy plus profond et plus sympathique que celui que les partisans de Colette - et Colette elle-même - ont tenté de faire passer à la postérité. ;o)
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
WolandWoland   17 juillet 2009
... Les premiers mois de mariage ne sont pas très heureux, et l'éducation de la nouvelle Parisienne ne se fait pas sans agacer Willy. Colette se sent mal à l'aise, et la cible des curiosités : "On ne voyait que lui. Si on me regardait un instant, c'était pour le plaindre, je crois. On me faisait si bien comprendre que, sans lui, je n'existais pas." (La Vagabonde) Le peintre Jacques-Emile Blanche, dont la femme est apparentée aux Gauthier-Villars, organise le premier dîner en ville du jeune ménage, dans une brasserie du Quartier latin. Vêtue d'une robe lie-de-vin à col tuyauté, Colette fait sensation, "traînant la corde à puits de ses cheveux" (Jules Renard), avec ses tresses qui descendent à la hauteur des genoux. Willy surveille l'effet que font sur ses hôtes les "r" bourguignons. "Elle émiette un petit pain chaud sur la nappe et nous regarde d'un air embarrassé. Willy la gronde. Rageuse mais soumise, elle détourne la tête."

A Marcel Schwob (c'est la première des "Lettres à ses Pairs", datée du 9 décembre 1893, elle écrit : "Willy me gronde et me bouscule et crie." Il lui avait caché un télégramme de Schwob annonçant le décès de son amie Renée, et Colette "demande pardon d'avoir été vilaine tout à l'heure", car elle ne savait pas. Willy s'applique à enseigner à sa trop jeune femme la discrétion et le tact, mais il la tient à l'écart de sa comptabilité personnelle. Colette tient un livre de ses dépenses journalières, comme toute bonne épouse ordonnée soumise au maître de la maison : on en trouve la trace, au dos d'une page d'un cahier de "Claudine en ménage", d'1,60 de miel à 6,50 de papeterie en passant par 0,45 de papier WC, 3,25 de rideaux et 0,75 de beurre ; mais rien au crédit. ...
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WolandWoland   17 juillet 2009
... "On veut me couper le gaz. Ca vaut mieux que les couilles mais c'est embêtant tout de même. (...) Nous différons trop : tu aimes la littérature quand même, pour elle-même. Moi, je la hais, comme on poursuit d'une sauvage rancune la femme qu'on n'a pas pu étreindre. J'avais rêvé des viols fougueux, une splendide frénésie de spasmes, je n'ai pu aboutir qu'à des frôlements, agréables certes, mais décevants. D'où mes rages inassouvies. Il me reste du moins la joie - insuffisante - de mépriser les confrères qui chante le los de la Très Chère, de la Muse divine, alors qu'ils forniquent avec des maritornes au cul mal lavé.

Déçu, j'ai âprement cherché à gagner ma vie, faute de lauriers. Or, que tu le saches ou non, je me trouve actuellement dans une passe des plus difficiles. En cette occurrence, toi, tu t'étends, ta pipe d'opium à portée de la main, ou bien tu alignes des phrases - moi, je burine. La Défense de buriner n'existe pas pour moi. Quand je serai trop las, je disparaîtrai, net." ... [...]
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