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EAN : 9781091447899
Éditeur : Ring (08/11/2018)
3.83/5   107 notes
Résumé :
Suisse. 1942. Le Val Sinestra, refuge isolé au cœur de la vallée des Grisons entouré de monumentales montagnes, accueille un convoi de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Des mères brisées au bras de leur progéniture, des orphelins meurtris et atteints de désordres psychiques. Mais là où ils croyaient avoir trouvé la paix, les résidents vont réaliser que le mal a franchi la frontière avec eux.

Surnommée la "nécromancière", Armelle Carbonel est... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
3,83

sur 107 notes

Antyryia
  03 janvier 2019

Les maisons ont une âme.
Et elles parlent.
La preuve, mon appartement m'adresse souvent la parole.
En pleine nuit, quand j'entends mon plancher qui grince, je traduis immédiatement ses mots :
- Anty, il commence à y avoir beaucoup de poussière en dessous du lit, tu ne pourrais pas donner un petit coup de balai ?
Quand il émane une vague odeur nauséabonde, je comprends :
- Tu devrais ouvrir un peu la fenêtre, ça commence à sentir le fauve chez toi.
Et quand je sors chercher le courrier et qu'un coup de vent reclaque brusquement la porte d'entrée, j'arrive à percevoir son petit ton ironique :
- Ah, tu as encore oublié tes clefs à l'intérieur ? Bon ben il ne te
reste plus qu'à appeler un serrurier.
Oui, les demeures parlent. Et ça n'est pas le refuge du Val Sinestra qui prétendra le contraire.
"Mes murs soutenaient les maux du monde et leurs fissures n'étaient que les cicatrices de mes échecs."
La dernière fois que je suis allé en Suisse, je me suis contenté de me promener dans Lausanne, découvrant en charmante compagnie ses différents quartiers, deux de ses restaurants, ses centres universitaires hospitaliers et bien sûr les abords du lac Léman.
Tout à l'Est, encore aujourd'hui, dans les Grisons ( le plus grand canton de Suisse, tout en relief montagneux ), le Val Sinestra est, comme son nom l'indique, un endroit des plus bucoliques abritant un hôtel homonyme.
La bâtisse existait déjà en 1942, l'année durant laquelle se déroule le roman, alors que la seconde guerre mondiale sévissait dans les pays alentours.
Considéré comme un refuge, quatre nouveaux pensionnaires échappant aux Allemands vont quitter la France pour y trouver un abri. Ils y seront accueillis par Signur Guillon, leur hôte et maître des lieux, et par son bras droit, El Docter ( de nombreux mots sont écrits en romanche par souci
d'authenticité ).
Et oui, l'histoire d'Armelle Carbonel va multiplier les narrateurs, donnant tour à tous la version de ces nouveaux arrivants et des pensionnaires plus anciens de l'immense manoir aux décors féériques.
"Perché dans les hauteurs, le Val Sinestra déchirait les lambeaux de brume flottant comme des étendards funestes."
"Les meurtrières côtoyaient de larges vantaux, percés de manière anarchique par le doigt affûté d'un architecte fou."
Les résidents sont répartis par catégories : Les dames au premier étage, les homme au second, et les nombreux enfants - séparés de leur mère lorsqu'ils ne sont pas déjà orphelins - au troisième étage.
Beaucoup prendront la parole tour à tour, au même titre que la monstrueuse forteresse, considérée comme personnage à part entière et narrateur omniscient.
"Car ma nature n'épargnait pas les âmes innocentes. Elle les détruisait."
Rapidement, le lecteur se rendra compte que le Val Sinestra n'est pas le havre de paix dont pouvaient rêver les réfugiés.
Mais quel est en réalité le rôle de ce macabre refuge isolé ? A quelles expériences s'adonne le fameux El Docter avec la bénédiction du Signor Guillon ?
La présence d'eaux curatives à proximité pourrait faire penser à une station de cure thermale, mais les traitements infligés aux pensionnaires semblent se rapprocher davantage de la torture.
Pourrait - il s'agir d'un hôpital hanté et désaffecté ?
Comment ne pas penser, en ces temps troublés, à un centre d'expérimentation nazi ?
Notamment avec le sort réservé à Arthur, jeune juif au nez crochu, à qui l'on propose d'inhaler des semaines durant une nouvelle sorte de gaz pour le guérir de son hypersomnie.
"Tous les enfants envoyés ici sont malades, d'une manière ou d'une autre."
Je vous dirais bien que ce roman va vous permettre de retrouver votre âme d'enfant, mais la plongée dans l'horreur est telle que je ne souhaite pas à vos souvenirs de refaire surface.
Atteints de boulimie, d'onirophobie, de surdité ou d'hystérie, quels remèdes va nous concocter le savant fou pour soigner ses différents patients ?
"Il pénétrait dans le monde incongru et malsain d'une science inexacte."
Comment venir à bout de l'homosexualité perverse de Valère, l'un des principaux protagonistes âgé d'à peine douze ans ?
"Vous remarquerez son penchant abject pour les enfants de même sexe …"
Comment faire recouvrer la vue à la jeune Ana, victime de cécité de conversion ( comme Gabriel pour ceux qui ont lu La prunelle de ses yeux d'Ingrid Desjours ) depuis le choc psychologique provoqué par l'exécution de son père par un soldat du Reich ?
"Le destin emprisonné dans sa coquille de noir absolu, dérobant les formes et les nuances, au profit d'un vide cruel."
Quant à la petite Colette, elle n'a aucune maîtrise sur ce qu'exerce sa main gauche ... Euh, sa main senestre pardon. Capable des pires atrocités.
"Gauche" n'appartient pas au vocabulaire d'Armelle Carbonel qui préfère multiplier l'adjectif vieillot "senestre" ad nauseam.
"Colette mordait, encore et encore, cette main qui, dans son esprit malade, n'était pas la sienne."
Qui pourra leur venir en aide ?
Et qui est ce mystérieux vieillard malade, à la fois discret et
omniprésent ? Dont les intentions semblent on ne peut plus ambiguës ?
"Avare de mots, le vieil homme ne parlait jamais, ce qui le rendait plus énigmatique depuis son cocon d'obscurité."
Combien de cadavres devront s'empiler avant que quelqu'un ne mette un terme à cette folie ?
Comme dans chacun des romans d'Armelle Carbonel, celui-ci se déroule en huis-clos.
Il ne se cantonne cependant pas à l'enceinte du manoir de Val Sinestra. de nombreuses scènes se déroulent en extérieur.
Et pourtant, nous sommes bien en vase clos.
Si un résident cherche à s'éloigner un peu trop, il sera immanquablement dévoré par les fauves de Sent que l'on entend rugir dès qu'on s'aventure un peu trop loin.
"Ces grands loups légendaires aux gueules féroces dévorant de leurs dents longues et pointues le quidam s'aventurant sur leur territoire."
Aucune issue n'est possible.
Davantage que l'auteure de Criminal Loft, on reconnaît ici la nécromancière qui avait écrit Majestic Murder un an et demi auparavant. Ni tout à fait thriller, ni réellement roman d'horreur, Sinestra est à la croisée des genres. Atmosphère macabre à souhait, gothique, inquiétante, on est très proches de l'ambiance d'une saison d'American Horror Story ou d'une version très moderne d'un roman comme Frankenstein.
L'ambiguïté des personnages, leur folie apparente, la difficulté à distinguer les motivations de chacun, tous ces éléments contribuent à créer un climat de méfiance qui confine au chaos.
Mais à l'instar de Majestic Murder, l'apparente complexité psychologique des personnages est à double tranchant. On ne s'attache à aucun d'entre eux. Les pires sévices peuvent être infligés à ces jeunes adolescents ou à leurs mères que l'on reste de marbre devant ce qui devrait nous apparaître comme cruel et révoltant.
Et puis même si la nécromancière n'est pas réputée pour les bienfaits qu'elle procure à ses personnages, je suis vite arrivé à saturation des scènes de viols, de tortures ou de pédophilie.
Qui deviennent inutiles et gratuites passé le premier choc.
Est-ce une volonté éditoriale de Ring qui souhaite que leurs auteurs aillent toujours plus loin dans la provocation ?
Je n'aime pas les happy ends, j'apprécie les histoires malsaines qui me remuent. Mais ici ça n'a pas vraiment fonctionné pour cause de gratuité et de surenchère.
Il n'en demeure pas moins que Sinestra est un thriller horrifique ( et sûrement pas psychologique comme indiqué en quatrième de couverture ) qui se lit sans accroc, et qui réserve son lot de rebondissements et de révélations permettant au lecteur de vouloir connaître la suite.
La galerie de personnages extravagants donne également un certain relief à cette histoire ( même si on n'y croit jamais vraiment ).
Et autre point positif : L'écriture.
Peut-être parfois un peu pompeuse, d'autres fois un peu désuette, il n'en reste pas moins qu'Armelle Carbonel affirme de plus en plus un style qui lui est propre et qui frôle parfois la perfection poétique sous forme de métaphores aussi riches qu'originales.
"En ces temps troublés, les cauchemars et les larmes s'enfilaient comme des grains à un chapelet."
J'espère que dans un futur proche la nécromancière osera quitter sa zone de confort pour nous proposer des oeuvres tout aussi magistralement écrite mais dans un registre moins répétitif et plus accessible à un large public.
D'ici là, je me ferai un plaisir de la rencontrer à Noeux - les - Mines le 10 février prochain lors du salon des mines noires.
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sylvieboop24
  20 mars 2021
L'histoire :
1942 - Une poignée d'exilés fuit les horreurs de la guerre et la France pour trouver refuge en Suisse, au coeur des Grisons.
A l'arrivée, il restera, du convoi initial, un vieil homme au bout de sa vie, secoué par des quintes de toux, Valère l'orphelin, Ana la jeune aveugle et sa mère Klara.
Extrait page 14 :
« Elle se figura un paradis rempli de rires, de réglisses fondantes et de pommes d'amour, jusqu'à ce que l'haleine démoniaque du Val Sinestra effleurât sa nuque délicate tel un tisonnier labourant les cendres de l'innocence perdue.
Alors, Ana sut que maman s'était trompée.
Le Mal ne connaissait pas la frontière.
Il était la frontière. »
Dix-neuf résidents occupent déjà le Val, ainsi que Guillon, leur hôte, et le docteur.
Valère, au fil du voyage, est devenu les yeux d'Ana.
De Guillon il lui dira : « C'est un drôle de bonhomme. Il a le sourire dans les yeux et la fringale sur l'menton. »
Du Val Sinestra, il indiquera : « On dirait plutôt un vieux château hanté… »
D'Arthur, l'un des résidents, il murmurera, à la question « à quoi il ressemble » : « A un bon garçon qu'a le vice au mauvais endroit. »
- Ana a perdu la vue lorsque son père a été assassiné sous ses yeux par un soldat allemand. le choc sans doute. Klara est surprotectrice avec sa fille. Ana doit garder leur lourd secret. Sinon elles finiront au bûcher. C'est maman qui l'a dit !
- Valère est le seul survivant de sa famille qu'il a retrouvé assassinée car sa mère a refusé de dénoncer des juifs. Sa survie il la doit à un soldat ennemi. Sa haine, profonde, va à tous les juifs qu'il tient pour responsables de son malheur.
- le vieil homme est mutique. Personne ne connaît son nom.
Les voilà eux aussi dans les murs du Val Sinestra. Un lieu qui a une âme, qui se nourrit de la souffrance qui imbibe ses murs depuis si longtemps.
Extrait page 36 :
« Il suffisait de substituer une seule lettre pour me révéler tel que le monde m'avait forgé.
J'étais le Mal Sinestra. »
A peine arrivés, voilà que la violence qu'ils fuyaient les rattrape. La mère de Colette, l'une des fillettes qui vit là, est retrouvée morte. Rose n'est plus. Elle semble s'être suicidée. Mais si Colette, fillette violente et bizarre avait tué sa mère ?
Le Val renferme tant de secrets.
Lui qui avant la guerre servait d'abri aux couples illégitimes dont les relations avaient des conséquences. Des enfants naissaient. Des enfants mourraient. de plus en plus. Et Guillon et ses pinceaux immortalisaient ces enfants morts. Les murs supportaient un nombre important de ces tableaux morbides. le Val Sinestra était fier de ses parures.
Aujourd'hui il y a tous ces enfants avec leurs failles qui vivent dans ses murs.
Ana et sa cécité, Valère qui préfère les garçons, Arthur qui n'arrive pas à dormir, Colette dont l'une de ses mains, en toute autonomie, ne sait délivrer que de la souffrance. Ces quatre-là vont devenir amis. Une amitié improbable. Les autres enfants ont eux aussi des pathologies diverses.
Guillon et le Docteur sont là pour les aider. A leur façon.
Mais la violence est omniprésente au Val. Les quatre ravitailleurs dont ils dépendent pour se nourrir réclament leur dû à chaque visite. Ils sont la terreur des femmes. Une d'elle sert systématiquement de paiement. Elle n'est plus qu'un morceau de viande à leur merci, dont ils usent et abusent avec violence.
L'explication au suicide de Rose ?
Guillon laisse faire. Il n'a pas d'autres choix. Ce qui importe ce sont les expériences tentées sur les enfants avec ce bon Docteur. Tant mieux si elles les soignent. Sinon… ça n'a pas grande importance. Arthur va faire les frais de leurs délires et vivre un calvaire sans nom dans ces sous-sols où les foetus flottent dans des bocaux, leurs organes prélevés au nom de la science, de la folie.
Puis il y a Ana. Si belle, si douce, Guillon ne peut s'empêcher de la toucher…
Le vieil homme, pas si mutique, pas si mourant, tente de veiller au mieux sur les enfants, telle une ombre. Mais que peut-il, seul, face au Mal qui rôde ?
Le Val Sinestra l'exprime mieux que moi.
Extrait page 119 :
« J'aurais dû les dissuader, pauvres petits !
Oui, j'aurais pu. Par quelques courants d'air plus effrayants que les précédents ou les craquements sinistres de ma charpente.
Mais j'aurais vécu dans le déni de ma nature véritable.
Car ma nature n'épargnait pas les âmes innocentes.
Elle les détruisait. »
Les mères vont tenter de fuir ces lieux où on leur a pris leur dignité en menaçant leurs enfants pour qu'elles plient. Quittent à abandonner les orphelins. Leurs priorités ce sont leurs enfants.
Hélas on n'échappe pas à son destin.
On n'abandonne pas le Val Sinestra.
Le bûcher tant redouté va flamboyer dans la nuit.
On n'abandonne pas le fantôme malveillant qui rôde.
Valère se souviendra de ce visage aperçu. Trop tard.
Le monstre les aura rattrapés et avalés…

Une fois encore Armelle nous offre un récit d'une noirceur étouffante.
Le folie humaine y galope à loisir et détruit tout.
Point d'innocence ici.
Juste les plus bas instincts qui s'expriment dans un lieu anxiogène, personnage à part entière, qui se nourrit du malheur qui suinte de chacune de ses pierres.
Du grand Armelle ! A lire sans faute.
En revanche âmes sensibles s'abstenir.

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LeoLabs
  22 février 2020
Un roman qui ne m'aura pas emballé plus que ça, mais non dénué de grandes qualités. L'écriture est remarquable - et le vocabulaire employé très riche - déstabilisante au début mais délectable une fois apprivoisée. L'ambiance est également un point fort. Il s'agit d'un huis clos très sombre et malfaisant dans lequel le lecteur, tout comme les protagonistes, ne verront comme seul lumière, que l'espoir d'un meilleur lendemain. le gros bémol, et pour ma part, pas des moindres, est le manque de profondeur dans la psy des personnages pour lesquels j'ai ressenti peu d'empathie malgré leur calvaire quotidien.
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collectifpolar
  19 mars 2021
La kronik d'Eppy Fanny
L'histoire :
1942 - Une poignée d'exilés fuit les horreurs de la guerre et la France pour trouver refuge en Suisse, au coeur des Grisons.
A l'arrivée, il restera, du convoi initial, un vieil homme au bout de sa vie, secoué par des quintes de toux, Valère l'orphelin, Ana la jeune aveugle et sa mère Klara.
Extrait page 14 :
« Elle se figura un paradis rempli de rires, de réglisses fondantes et de pommes d'amour, jusqu'à ce que l'haleine démoniaque du Val Sinestra effleurât sa nuque délicate tel un tisonnier labourant les cendres de l'innocence perdue.
Alors, Ana sut que maman s'était trompée.
Le Mal ne connaissait pas la frontière.
Il était la frontière. »
Dix-neuf résidents occupent déjà le Val, ainsi que Guillon, leur hôte, et le docteur.
Valère, au fil du voyage, est devenu les yeux d'Ana.
De Guillon il lui dira : « C'est un drôle de bonhomme. Il a le sourire dans les yeux et la fringale sur l'menton. »
Du Val Sinestra, il indiquera : « On dirait plutôt un vieux château hanté… »
D'Arthur, l'un des résidents, il murmurera, à la question « à quoi il ressemble » : « A un bon garçon qu'a le vice au mauvais endroit. »
- Ana a perdu la vue lorsque son père a été assassiné sous ses yeux par un soldat allemand. le choc sans doute. Klara est surprotectrice avec sa fille. Ana doit garder leur lourd secret. Sinon elles finiront au bûcher. C'est maman qui l'a dit !
- Valère est le seul survivant de sa famille qu'il a retrouvé assassinée car sa mère a refusé de dénoncer des juifs. Sa survie il la doit à un soldat ennemi. Sa haine, profonde, va à tous les juifs qu'il tient pour responsables de son malheur.
- le vieil homme est mutique. Personne ne connaît son nom.
Les voilà eux aussi dans les murs du Val Sinestra. Un lieu qui a une âme, qui se nourrit de la souffrance qui imbibe ses murs depuis si longtemps.
Extrait page 36 :
« Il suffisait de substituer une seule lettre pour me révéler tel que le monde m'avait forgé.
J'étais le Mal Sinestra. »
A peine arrivés, voilà que la violence qu'ils fuyaient les rattrape. La mère de Colette, l'une des fillettes qui vit là, est retrouvée morte. Rose n'est plus. Elle semble s'être suicidée. Mais si Colette, fillette violente et bizarre avait tué sa mère ?
Le Val renferme tant de secrets.
Lui qui avant la guerre servait d'abri aux couples illégitimes dont les relations avaient des conséquences. Des enfants naissaient. Des enfants mourraient. de plus en plus. Et Guillon et ses pinceaux immortalisaient ces enfants morts. Les murs supportaient un nombre important de ces tableaux morbides. le Val Sinestra était fier de ses parures.
Aujourd'hui il y a tous ces enfants avec leurs failles qui vivent dans ses murs.
Ana et sa cécité, Valère qui préfère les garçons, Arthur qui n'arrive pas à dormir, Colette dont l'une de ses mains, en toute autonomie, ne sait délivrer que de la souffrance. Ces quatre-là vont devenir amis. Une amitié improbable. Les autres enfants ont eux aussi des pathologies diverses.
Guillon et le Docteur sont là pour les aider. A leur façon.
Mais la violence est omniprésente au Val. Les quatre ravitailleurs dont ils dépendent pour se nourrir réclament leur dû à chaque visite. Ils sont la terreur des femmes. Une d'elle sert systématiquement de paiement. Elle n'est plus qu'un morceau de viande à leur merci, dont ils usent et abusent avec violence.
L'explication au suicide de Rose ?
Guillon laisse faire. Il n'a pas d'autres choix. Ce qui importe ce sont les expériences tentées sur les enfants avec ce bon Docteur. Tant mieux si elles les soignent. Sinon… ça n'a pas grande importance. Arthur va faire les frais de leurs délires et vivre un calvaire sans nom dans ces sous-sols où les foetus flottent dans des bocaux, leurs organes prélevés au nom de la science, de la folie.
Puis il y a Ana. Si belle, si douce, Guillon ne peut s'empêcher de la toucher…
Le vieil homme, pas si mutique, pas si mourant, tente de veiller au mieux sur les enfants, telle une ombre. Mais que peut-il, seul, face au Mal qui rôde ?
Le Val Sinestra l'exprime mieux que moi.
Extrait page 119 :
« J'aurais dû les dissuader, pauvres petits !
Oui, j'aurais pu. Par quelques courants d'air plus effrayants que les précédents ou les craquements sinistres de ma charpente.
Mais j'aurais vécu dans le déni de ma nature véritable.
Car ma nature n'épargnait pas les âmes innocentes.
Elle les détruisait. »
Les mères vont tenter de fuir ces lieux où on leur a pris leur dignité en menaçant leurs enfants pour qu'elles plient. Quittent à abandonner les orphelins. Leurs priorités ce sont leurs enfants.
Hélas on n'échappe pas à son destin.
On n'abandonne pas le Val Sinestra.
Le bûcher tant redouté va flamboyer dans la nuit.
On n'abandonne pas le fantôme malveillant qui rôde.
Valère se souviendra de ce visage aperçu. Trop tard.
Le monstre les aura rattrapés et avalés…

Une fois encore Armelle nous offre un récit d'une noirceur étouffante.

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LesReveriesdIsis
  18 février 2019
J'ai offert Sinestra à mon père pour Noël, à force de le voir sur bookstagram, ce roman m'avait intriguée. Comme à notre habitude, nous nous prêtons les livres, et ce roman a donc fini entre mes mains, il y a quelques jours.
L'intrigue se déroule en Suisse, en 1942, alors que la guerre fait rage. Partout, les gens fuient les conflits, et le Val Sinestra devient un refuge pour des mères épuisées et leurs enfants, pour des orphelins malades… Mais bientôt, les griffes de l'enfer se referment, et le Mal n'est finalement peut être pas si loin.
Je commencerai par évoquer la plume et la narration de ce roman qui sont deux éléments caractéristiques et originaux. Tout d'abord, de page en page, la narration est laissée aux différents protagonistes qui nous racontent ce qui arrive. Étonnamment, le récit reste très fluide et n'est à aucun moment entrecoupé par ce changement de fil directeur. Il est donc très savoureux pour le lecteur de passer d'un chapitre à l'autre et de découvrir peu à peu les facettes de chacun des personnages. A cela s'ajoute une plume fine et poétique. J'ai été enchantée au début de ma lecture par la douceur et la poésie du texte, j'y ai trouvé de belles images, qui formaient un contraste d'autant plus saisissant avec le fond évoqué. Mais, bientôt, cette beauté du texte s'est effacé au profit d'autre chose. La brutalité, la violence des appétits voraces, les bas instincts ont pris le dessus à l'apparition de certains personnages et lorsque d'autres ont acquis leur pleine mesure. La langue s'est faite plus crue, plus rude, plus agressive et je reconnais qu'à partir de là, j'ai commencé à me distancier. Effectivement, lorsqu'un personnage parlant d'une femme enceinte dit qu'elle « va mettre bas« , cela permet de recréer tout son mépris pour la femme et cela montre la dégradation du féminin, réduit à l'animalité… Mais ça m'a déplu même si j'en comprends les effets littéraires. « Des ventres à remplir de foutre » est une expression qui me fait le même effet. La femme que je suis reste persuadée qu'au delà de l'effet stylistique indéniable, et que je reconnais volontiers, d'autres manières de le dire seraient tout aussi efficaces, et souvent, je préfère la force de la suggestion à cette violence crue. J'ai malgré tout conscience que nous parlons ici d'un goût très personnel, et que cela n'engage que moi.
du reste, les personnages campés par Armelle Carbonel sont d'une grande complexité. J'ai aimé que chacun ait sa part d'ombre, même les personnages en apparence lumineux et doux. le personnage d'Ana, petite aveugle qui ne voit que le bien chez autrui est particulièrement intéressant. Elle est l'un des êtres les plus humains de ce livre. Quant à sa mère, Klara, ne prend sa pleine mesure que peu à peu et l'on comprend progressivement l'ampleur de l'amour qu'elle porte à sa fille. Valère est touchant également : doux et gentil, il se débat lui aussi avec ses ténèbres intérieures mais reste un ami extraordinaire pour Ana. Enfin, je terminerai sur Colette. Nous avons là un extraordinaire personnage : à la fois ange et démon, cette enfant nous désarme par sa méchanceté, par ses deux facettes antithétiques et cruelles, enfant manipulée, torturée moralement par une histoire qui la dépasse, elle est ici autant un bourreau qu'une victime. Seulement, le lecteur ne comprend pleinement le drame de sa petite vie que tardivement, et déjà, elle ne nous est plus sympathique depuis longtemps, mais elle exerce sur nous une espèce de fascination détestable. Nous nous demandons sans cesse quelles seront ses limites, et pour autant, nous ne les entrevoyons pas!
Enfin, l'autrice parvient ici à faire cristalliser des figures de méchants particulièrement efficaces. Nous avons en plein le bourreau ordinaire. L'homme de tous les jours, le voisin, le docteur, l'être que nous côtoyons sans soupçonner l'étendue de sa folie et de sa cruauté. Il docter et Guillon deviennent l'emblème de ces êtres et nous révulsent bientôt, sans parler des hommes de Vulpera bien entendu. Ces figures cadrent tout à fait avec la période évoquée : la seconde guerre mondiale, les essais sur des cobayes humains, la banalité du mal… Alors, oui, c'est efficace. Maintenant, tout ce volet plus historique – pour ainsi dire- m'a moins emporté. Peut-être est-ce à cause de mes études, au cours desquelles j'ai déjà beaucoup étudié cette période sombre de l'histoire? Ou parce que cela m'a semblé presque classique et déjà vu…? Je ne saurais le dire, toujours est-il que j'ai vite compris ce que faisait il docter et que dès lors, cette partie là de l'histoire ne m'a pas poussée en avant, alors même que j'avais envie de connaître la fin.
Par contre, une des trouvailles de ce roman est de donner la parole au Val Sinestra. J'ai beaucoup aimé les chapitres qui personnifiaient ce lieu de désastre, et qui, à la manière d'un choeur antique, venait annoncer l'inéluctable tragédie, minant de l'intérieur toute tentative heureuse d'évasion. Ce procédé littéraire est à la fois poétique et d'une redoutable efficacité dramatique.
Enfin, et sans gâcher à quiconque le plaisir de la découverte, j'ai aimé la fin. Inattendue, cruelle, violente, elle est à l'image du roman et termine le récit en nous laissant un goût amer dans la bouche. N'attendez pas de happy end, ici la souffrance humaine est portée à son paroxysme, transformant les êtres et déployant Cruauté et Revanche jusqu'à leur point d'orgue.
Ainsi, Sinestra est une belle découverte. Ce thriller reste complexe. Mené de main de maître, il nous emporte au coeur de l'horreur. Néanmoins, tout ne m'a pas pleinement convaincue et j'ai encore quelques réserves malgré une narration des plus singulières et efficaces.
Lien : https://lesreveriesdisis.com..
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
AntyryiaAntyryia   28 décembre 2018
C’etait cela, le paradoxe de la haine, enduire sa terreur de fiel dans l’espoir insensé qu’elle disparaisse.
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collectifpolarcollectifpolar   19 mars 2021
Elle se figura un paradis rempli de rires, de réglisses fondantes et de pommes d'amour, jusqu'à ce que l'haleine démoniaque du Val Sinestra effleurât sa nuque délicate tel un tisonnier labourant les cendres de l'innocence perdue.
Alors, Ana sut que maman s'était trompée.
Le Mal ne connaissait pas la frontière.
Il était la frontière.
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collectifpolarcollectifpolar   19 mars 2021
J’aurais dû les dissuader, pauvres petits !
Oui, j’aurais pu. Par quelques courants d’air plus effrayants que les précédents ou les craquements sinistres de ma charpente.
Mais j’aurais vécu dans le déni de ma nature véritable.
Car ma nature n’épargnait pas les âmes innocentes.
Elle les détruisait.
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sylvieboop24sylvieboop24   20 mars 2021
J’aurais dû les dissuader, pauvres petits !
Oui, j’aurais pu. Par quelques courants d’air plus effrayants que les précédents ou les craquements sinistres de ma charpente.
Mais j’aurais vécu dans le déni de ma nature véritable.
Car ma nature n’épargnait pas les âmes innocentes.
Elle les détruisait.
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lemurmuredesameslivreslemurmuredesameslivres   17 janvier 2019
Je portais en mon sein les reliques de l'innocence. J'étais à la fois le témoin privilégié de leurs espérances et le complice de leurs souffrances incompressibles. Il suffisait de substituer une seule lettre pour me révéler tel que le monde m'avait forgé.
J'étais le Mal Sinestra.
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Vidéo de Armelle Carbonel
Les 15 et 16 juin 2019 auront lieu la 11ème édition du salon international du livre de poche Place des Marronniers à Saint-Maur-des-Fossés organisée par la librairie La Griffe Noire et la ville. Le libraire Jean-Edgar Casel vous présente quelques informations de l'édition 2019...
Sa Majesté des Ombres - tome 1 La trilogie des ombres (01) de Ghislain Gilberti aux éditions Ring https://www.lagriffenoire.com/108530-meilleures-ventes-polar-sa-majeste-des-ombres---tome-1-la-trilogie-des-ombres.html
Les Anges de Babylone de Ghislain Gilberti aux éditions Métropolis https://www.lagriffenoire.com/1000534-nouveautes-polar-les-anges-de-babylone.html
Les Démoniaques de Mattias Koping aux éditions La mécanique générale https://www.lagriffenoire.com/110744-nouveautes-polar-les-demoniaques.html
Le Manufacturier de Mattias Koping aux éditions Ring https://www.lagriffenoire.com/126894-nouveautes-polar-le-manufacturier.html
Sinestra de Armelle Carbonel aux éditions Ring https://www.lagriffenoire.com/132049-nouveautes-polar-sinestra.html
Criminal Loft de Armelle Carbonel aux éditions Bragelonne https://www.lagriffenoire.com/62069-divers-polar-criminal-loft.html
Qaanaaq de Mo malo aux éditions De La Martinière https://www.lagriffenoire.com/115567-nouveautes-polar-qaanaaq.html
Vindicta de Cédric Sire aux éditions Metropolis https://www.lagriffenoire.com/145578-nouveautes-polar-vindicta.html
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