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ISBN : 1910669296
Éditeur : Salmon Poetry (06/06/2016)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
In this bilingual edition of her poems Hélène Cardona is our contemporary ecstatic, time-traveler, and shape-shifter. Behind the dreamlike atmosphere of her poems lies a fierce will to discover beauty, to resurrect ancient enchantments, and to defend enigmas of the spirit. ‘I like transforming into an animal, / devouring who I was,’ she writes. Her luminous poems celebrate the imagination’s power to dignify and exalt our highest yearnings. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
ghislainelejard
  28 juin 2017

La poésie d' Hélène Cardona s'inscrit dans une filiation affective et familiale, son père José Manuel Cardona est lui aussi poète ; C'est une poésie portée par des langues, l'espagnol la langue paternelle, le français langue du pays où elle a passé son enfance et l'anglais, Hélène vit aujourd'hui aux États – Unis. Trilingue, Hélène Cardona est aussi traductrice de recueils de poésie, elle publie en revues et a fait paraître des poèmes dans des anthologies.
Les poèmes de ce recueil Life in suspension ont d'abord été écrits en anglais, puis traduits en français ; la résonance en ce recueil des 2 versions ajoute à la force poétique de l'ensemble.
Le poème qui ouvre le recueil est pour Kitty, la mère, « l'ange aux senteurs de mon enfance », trop tôt disparue et toujours si présente…
L'absence, si elle fait naître le tristesse, thème du deuxième poème, est source d'apprentissage, la tristesse est un joyau à ciseler, elle peut être bijou à porter et peut paradoxalement embellir la vie !... Dépasser la souffrance, la regarder avec amour pour renaître, en poésie…
Car étrangement, l'ange maternel est aussi Ceridwen la magicienne celtique qui peut dispenser la potion de la connaissance et de la sagesse et donc donner naissance au poète, Ceridwen : « lumière » à « l'âme en bordure des ténèbres » « mystérieuse » « insaisissable » ; elle est l'initiatrice des mots. Elle est celle qui invite à la cérémonie druidique pour que reviennent les souvenirs livrés en offrandes. Hélène Cardona est de plusieurs terres, son enfance a traversé plusieurs pays, la France, l'Italie, l'Allemagne, la Suisse, le Pays de Galles, la Californie ; elle a été bercée par plusieurs langues.
Le long poème La vie suspendue proche de la prose poétique,aux accents autobiographiques, donne le titre au recueil , c'est d'une vie vécue pleinement, mais « suspendue » aux souvenirs dont se fait écho le recueil.
Cette première partie du recueil illustre bien la citation de Carl Sagan qui ouvre le dernier poème de cette partie : « Un chant d'amour lancé dans les profondeurs de l'immensité ». le pantoum est la forme choisie pour celui-ci : Pantoum d'Ouranoupolis, cette forme dont certains vers se répètent, rappelle le chant et donne rythme au poème. « Vivre c'est défier la douleur » et la chanter.
La partie 2 s'ouvre donc sur l'espoir, la confiance, grâce au souvenir de la mère ou d'un dieu à peine nommé qui peut illuminer la vie. Il semble bien que la poésie tisse le lien entre la terre et le ciel, par la fenêtre entrouverte entrent les anges. L'univers tout entier appelle alors à la prière.
Les vers libres de poèmes tantôt brefs, tantôt plus longs, suivent le souffle qui se déploie au rythme des sentiments, des sensations. Parfois, la structure du poème adopte une forme fixe, le quatrain comme dans le poème Rituel, constitué de 5 quatrains, ou le tercet comme dans le poème Galahad ; le rythme se fait alors plus régulier et convient mieux à des poèmes plus méditatifs qui font penser à des ballades celtes, alliant tradition et modernité. L'univers ouvre au mystère, la magie de la nature opère. L'Esprit de la Nature apaise, réconcilie. La poète ne devient-elle pas alors fée ou magicienne, telle Viviane sortie de son lac. Autant de poèmes qui ont leurs sources dans la mythologie celtique d'avant le christianisme.
Il y a en cette partie une quête de sens, une interrogation constante, la chrysalide a du mal à devenir papillon, à prendre son envol et donc à devenir libre !
Si le dernier poème de la partie 1 était teinté d'espoir, le dernier de la partie 2 résonne plus tristement.
La partie 3 s'ouvre sur une image surprenante, deux cygnes « enlacés » « enchassés » ; cette image est un héritage symbolique, le cygne est le symbole de chant et de mort, de pureté aussi. Nombreux étaient à l'époque féodale, les chevaliers qui firent de cet oiseau leur emblème. Ce cygne, symbole aussi de la lumière et de l'amour éternel ce que rappelle le premier quatrain du poème qui ouvre cette troisième partie : « notre attachement est éternel ».
Ces poèmes qui prennent des oiseaux comme symboles des voyages et de la quête d'une promesse, d'un nouvel envol, d'un nouveau départ, ont des accents mallarméens :
« Tel un fou aux pieds bleus volant
………………..
je voyage……………
……………………..
J'ai foi que je trouverai ce qu'il me faut
……………………
La promesse d'un nouveau départ
un sanctuaire bâti par Dieu, un coin juste pour nous
avec des oies sauvages et des roseaux en abondance. »
En lisant ces vers comment ne pas penser à ceux de Mallarmé :
« fuir ! là-bas fuir !
Je sens que les oiseaux sont ivres
d'être parmi l'écume inconnue et les cieux. » (Brise marine)
La vie d'Hélène Cardona a été traversée par la mort, celle de la mère, cette absente magicienne, prêtresse du temps et de l'espace, est-ce pour la rejoindre que le monde se fait onirique, fantasmagorique, apocalyptique ou chamanique ; pour entrer de l'autre côté du miroir et peut-être avoir un aperçu de cet autre monde « aux confins de l'esprit ».
Deux artistes qui produisent entre ombre et lumière, Klimt et Giacometti, ouvrent la dernière partie.
La poésie d'Hélène comme les oeuvres de ces artistes s'écrit entre symbolisme et effacement, la créativité poétique, « trait de lumière », oscille entre croyance et magie, entre ignorance et connaissance, en quête de rituels magico religieux, évoquant la figure de Lillith, la Lune noire, figure obscure voire démoniaque et pas seulement pour les enfants…des poèmes comme des incantations séductrices pour fusionner entre réel et irréel.
L'esprit habite tous les éléments de la nature, une Nature divinisée où les bouleaux se font temples quand l'âme habite tout l'espace et que dans le souffle du vent, c'est le souffle de la mère ou « les voix ancestrales qui apaisent et soulagent le chagrin ».
En cette dernière partie, la poésie se fait danse rituelle pour exorciser la mort. Mais, il n'y a pas d'apaisement, le monde n'est pas sacré, il est magique, il envoûte, il jette un sort, emprisonne et laisse encore plus dans le doute et l'interrogation. L'absence reste lourde et entière. La voie empruntée ne permet pas d'atteindre la quiétude, même si elle libère une parole poétique qui seule peut apaiser…
Ghislaine Lejard
http://www.le-capital-des-mots.fr/
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mythborne
  28 mai 2017
Hélène Cardona : Musica eterna
Critique de Dana Shishmanian sur Francopolis
En guise d'introduction…
Pour la compréhension du lecteur, il faut dire avant tout que ces poèmes, comme l'auteure le dévoile dans une note sur la page de garde du volume, ont été écrits en anglais, et traduits ensuite en français par la poète elle-même. Or, il y a une brève préface de Richard Wilbur (récipiendaire de deux prix Pulitzer) qui remarque, de manière très révélatrice :
« Yet for such a many-languaged mind as hers, the "translations" must have been there from beginning. Seems, in any case, that each poem fully exists in two tongues at once, and this adds to the book's great charm and visionary quality ».
En effet, c'est bien ce qu'on ressent, « chaque poème existe pleinement dans les deux langues à la fois » – mais plus encore. L'être du poème, unique, possède en même temps une ubiquité native qui le fait vivre simultanément dans tout règne de la nature ou de la pensée, de même qu'il vit dans toute langue : on dirait que l'écriture est, comme la poète le dit dans un vers clé, une « identité à double fond » - en fait, à multiple niveaux de profondeur sémantique et à plusieurs dimensions de représentation : une « partition de magicien » qui surgit sans cesse de partout et dans toutes les directions... « telle une eau venant de jaillir des mains » (Musica eterna, p. 82).
Chez Hélène Cardona, en particulier, cette qualité extrême qui rend si naturelle la « traduction », comme une circulation génuine entre les règnes de la parole, s'associe à une autre, tenant à l'être-sujet et non seulement au poème : l'existence elle-même et l'univers en entier sont ressentis comme une magie perpétuelle qui fait alterner les expériences de l'hyperéveil et du songe, et confère à l'esprit poétique qui les vit une portée chamanique. En voici quelques exemples :
Je suis en symbiose avec mes os.
La richesse de l'espace et sa densité me ravissent,
Me transportent, me font osciller, vibrer. Je deviens le son de cloches tibétaines, écho flottant dans le cosmos.
Je perçois le monde entier, la vie suspendue. (La vie suspendue, p. 28)

Te souviens-tu
quand tu étais aigle et moi jaguar,
quand nous étions deux dauphins s'embrassant
ou des couguars sous la pluie
si bien que maintenant nous ne pouvons nous distinguer
l'un de l'autre, nos cellules enchâssées
dans une tapisserie de vies partagées ? (Le temps retrouvé, p. 58)

Je comprends la nature des plantes,
je sais vivre du terroir et de la pluie.
Avant, j'étais fleur.
J'aime devenir animal,
dévorer qui j'étais.
La terre ne me trahit jamais. (La pensée Divine est surprenante, p. 68)

Innovant, je me fais loup
Puis cheval fusionnant en léopard,
Je retrouve ma meute au museau excentrique
Bondissant dans le monde.
Un cheval fusionnant en léopard,
La gratitude frappe à ma porte, fait fondre l'armure,
Bondit dans le monde,
Maîtresse du temps et de l'espace. (Patience, p. 76)

Je suis née avec Lilith, la Lune noire,
Messager et Guerrier côte à côte.
(…) Dès que mon souffle
Épouse les battements de mon coeur,
J'habite des mondes inconnus. (L'Univers Stupéfait, p. 94)

Ainsi donc, armée d'oreilles léopardines,
Entends-je au-delà des limites du son,
L'ineffable, le sublime, le souffle de ma mère,
Le sourire de ma grand-mère, les voix
Ancestrales qui apaisent et soulagent le chagrin.
(En quête d'immortalité bienveillante, p. 98)
De cette empathie universelle naissent de vastes envolées mystiques, une poésie de grand large, d'ascension – mais aussi de plongée à « basse altitude » comme sous la peau d'une réalité apparente… Une poésie spirituelle et sensuelle en même temps, où rien n'est rejeté, tout est instantanément senti, compris, transformé, transfiguré : c'est l'éternel devenir perçu comme âme du monde, chimère multiforme portant l'esprit poétique, comme sur des vagues extatiques, à l'apogée du mouvement, le projetant au zénith, tel un aigle, ou un ange... « L'univers ne peut résister à un tel poète. »
Dana Shishmanian

Une maison navire
Je vis dans une maison navire
tantôt sur terre, tantôt sur mer.
J'existe à coups de volonté
m'abandonne et invite la grâce du ciel.
J'obéis à l'appel de la sirène.
Sur le bateau fantôme
Je ne sais si je suis vague
ou nuage, ondine ou goéland.
Fouettée par les vents, je m'agrippe bien au mât.
Rares sont ceux qui reviennent du voyage.
Désormais j'ai pour habit la mémoire du néant
une pièce de voile blanche en guise de seconde peau. (p. 36)
Aigle
Sur le mur du temps à venir
une fenêtre apparaît.

Je l'ouvre, laisse entrer les anges.

Le vortex logé dans son oeil
me fait tournoyer hors de mon être,
l'infini contenu dans son iris bleu
se referme sur moi, me saisit

sous la forme d'un aigle, réveille
d'anciennes cicatrices, engloutit
et l'espace et l'amour pour s'évanouir
en un divin silence.

L'univers ne peut résister
à un tel poète. (p. 50)
Un Esprit comme l'Éclair
Les étoiles griffonnent dans nos yeux les sagas glaciales,
Les chants embrasés de l'espace inconquis. – Hart Crane

Sans pesanteur
je vole en éclats,
en mille morceaux scintillants –
étoiles échues, collisions de lumières –
je métamorphose tout.
Je le proclame être océan, mercure, reflets
d'argent, contes de fées, fascinée.
Cette singulière atmosphère séduit,
modifie nos consciences,
renouvelle nos sangs et
les fait monter à la tête.
Laisse ton prochain horizon t'appeler,
esprit-éclair, poète prospère,
duelliste sans combat,
dans l'étreinte du lac, à son écoute. (p. 60)
Chrysalide
Nous avons reçu un coeur pour partage,
merveilleux calice à savourer.
Je me déchire de l'intérieur,
chrysalide ouvrant mes ailes,
garnie de créatures marines,
digue prête à se fendre.
Les cycles éoliens carillonnent,
ineffable dévotion, réconfort de l'âme.
Je cherche d'anciens remèdes, à l'affût d'un serpent
déroulé le long de mon épine dorsale et sa tête
surplombant la mienne pour me guider, demi-lune
pendue dans le ciel pour calmer mon esprit loquace.
L'énergie pure, joyau surgi du néant,
serpente en émoi cosmique,
séduisante métamorphose dissipant les obstacles (p. 62)
Tambours distants
Dans le vide sacré j'habite
la partie ancienne de la psyché.

La sagesse – cette femme débridée,
soeur des océans, en symbiose avec leurs forces
amniotiques – observe le monde au lieu de penser,
enfantine, émerveillée, alors que l'esprit,
tel l'artisan, mûrit en quête de mémoire émotive.

Il n'y a rien à faire.
J'oscille telle l'herbe dans le courant de l'eau,
mi-poisson pourfendant les rayons verts pourpres.
Suis le cours du fleuve, le coeur à nu,
protégé, l'amour un absolu auquel je n'échappe pas.

Abandonne toute illusion tandis que les vents dispersent
les partitions de musique parmi les fraisiers en fleurs. (p. 102)
Envoûtée
Endors-toi à l'orée du lac
ce soir, sans frontières, comme une fée.
Je suis le chant de l'aigle, l'appel, lumière
défiant la pesanteur, celle avec qui tu cueilleras
les étoiles, l'erreur sur la personne, larmes
transformées en poissons dans l'air, force
qui propulse vers l'avant, proclame
qui je suis avec un passeport divin, une volonté
explosive, des mots en guise de balles. Je t'offre
tout : poussières d'étoiles, silence, la grâce espiègle
et les flûtes comme le vent –
malicieuse, convenable ou pas, extirpée
hors de moi-même dans le sortilège.
J'exige l'impensable.
Je me déplace si vite, essoufflée, délicate
création. Je marche à quatre pattes,
étirée, ni humaine ni animale,
créature que seule la magie dévoile. (p. 106)

Hélène Cardona, extraits de la Vie Suspendue
Recherché Dana Shishmanian
Avril 2017



Lien : http://www.francopolis.net/l..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
mythbornemythborne   28 mai 2017
Ainsi donc, armée d’oreilles léopardines,
Entends-je au-delà des limites du son,
L’ineffable, le sublime, le souffle de ma mère,
Le sourire de ma grand-mère, les voix
Ancestrales qui apaisent et soulagent le chagrin.
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mythbornemythborne   28 mai 2017
Je comprends la nature des plantes,
je sais vivre du terroir et de la pluie.
Avant, j’étais fleur.
J’aime devenir animal,
dévorer qui j’étais.
La terre ne me trahit jamais.
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mythbornemythborne   12 juin 2017
Je suis en symbiose avec mes os.
La richesse de l’espace et sa densité me ravissent,
Me transportent, me font osciller, vibrer. Je deviens le son de cloches tibétaines, écho flottant dans le cosmos.
Je perçois le monde entier, la vie suspendue.
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mythbornemythborne   12 juin 2017
J’ai foi que je trouverai ce qu’il me faut
La promesse d’un nouveau départ
un sanctuaire bâti par Dieu, un coin juste pour nous
avec des oies sauvages et des roseaux en abondance.
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