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Cécile Lombard (Traducteur)
EAN : 9782752900579
272 pages
Phébus (14/01/2005)
4/5   7 notes
Résumé :
Un si brave garçon !.... Lui !.... Ce crime horrible !.... C'est à n'y pas croire. Mais la vie, aussi, est une si drôle d'affaire (enfin, " drôle " n'est pas vraiment le mot) que c'est souvent à n'y pas croire non plus. Alors... Alors sa mère l'a toujours pris pour un moins que rien sous prétexte qu'il ne roulait pas en auto... Sa femme l'a plaqué pour un mari plus " pratique ", mais elle vous dira si vous le lui demandez qu'elle a gardé un petit béguin pour lui... ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
lusina
  27 octobre 2015
Cœurs arrachés
Dans un roman aux allures de polar métaphysique, la Portugaise Dulce Maria Cardoso décrit le quotidien rapiécé, les rêves ravaudés, jusqu'à la folie.
Il est des êtres englués dans leur présent, entravés par le passé, prisonniers de leur futur. Ces êtres-là, invisibles, ne portent pas de nom. Tel le héros de Coeurs arrachés, dont le titre originel Campo de sangue (Champ du sang) désigne le terrain acheté par les prêtres avec l'argent de la trahison de Judas. Du coup, le champ du sang fut utilisé comme lieu de sépulture des étrangers. Cette trahison a-t-elle engendré une malédiction ? Pas forcément, mais le nombre de citations tirées de la Bible qui parsèment cet ouvrage développe un climat lugubre, augurant d'un drame.
" Car les pensées des mortels sont timides, et instables nos réflexions ; un corps corruptible, en effet, appesantit l'âme. Sg 9, 14-15 ". Toujours est-il que bon nombre d'humains, baiser de Judas ou pas, paraissent étrangers à eux-mêmes, étrangers à ce monde et enterrent leur vie dans des champs de sang singuliers. Notre héros enterre la sienne dans une pension de famille, promise à la démolition. Promiscuité, remugles domestiques et mensonges. Pour tous, il représente le brave garçon, par excellence. Pour sa logeuse, pour sa mère, il exerce la profession de comptable, accablé de travail. Dans la journée, il est toujours dehors à traîner. Son ex-femme l'entretient, elle a divorcé pour un mari plus pratique, mais a gardé de l'affection pour lui. Tout aurait pu continuer ainsi s'il n'avait eu la faiblesse de tomber amoureux d'une très jolie jeune fille ou plutôt de s'inventer un amour fou comme d'autres changent de destin. S'ensuit une quête amoureuse où la jeune fille prendra différents aspects et l'homme sombrera peu à peu dans la folie. Une folie d'abord quasi domestique, avec jalousie intégrée, puis ponctuée d'un acte monstrueux. Mais n'est-il pas mythologique ?
Si ce premier roman développe un pessimisme radical et convoque Kafka, Gogol, Simenon, ou autres Gustav Herling, cela tient autant au thème qu'à sa construction. Le récit alterne pérégrinations du personnage principal et confrontation à huis clos, dans les locaux de la police, des quatre femmes, la mère, la logeuse, l'ex et la jolie jeune fille, étrangères les unes aux autres, pleines d'animosité. Ne portent-elles pas le levain du drame ? La sécheresse de leur vie, l'impersonnalité des lieux, l'enfermement dans ces locaux administratifs, le fait qu'elles n'arrivent pas à expliquer le drame contrastent avec les errances de l'homme, ses quêtes, les retours en arrière, le sentiment amoureux qui le pousse si loin. Se pose alors l'éternelle question de la liberté. Peut-on être libre ? Qui dans ce récit est vraiment libre ? Le héros, son amour, son geste fou ? Les quatre femmes ? La mère accrochée à son chapelet, la logeuse à sa pension, l'ex-femme à ses souvenirs, à son amour pour cet homme, la jolie jeune fille, la main sur son ventre rond ?
La réitération narrative jusqu'au ressassement introduit le lecteur dans une sorte de jardin des Ténèbres, résonnant de lourds requiems où il peut percevoir toutes sortes d'hallucinations. Les vies du héros et du lecteur sont ainsi mises en perspective, leurs vides et leurs pleins s'emboîtant parfaitement. Que nous dit cet ouvrage ? Que vivre est un acte vain ? Que le mal est ontologiquement en nous ? Que le monde n'est qu'une vallée de larmes ? Peut-on encore croire à la rédemption ? Des questions, de toute éternité sans réponse.
Dulce Maria Cardoso, Marie si douce, a écrit là un terrible et magnifique ouvrage, sombre, glacial comme un hiver nucléaire, favorisant un salutaire examen de conscience. De là à prétendre que l'origine spirituelle de l'Europe n'est que lugubrement catholique, il y a un fossé que certains heureusement ne franchiront pas. Nous ne sommes pas tous des Européens du ressentiment.
Coeurs arrachés
Dulce Maria
Cardoso
Traduit du portugais
par Cécile Lombard
Phébus
270 pages, 19,50 e
Lien : http://www.lmda.net/din/tit_..
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Lali
  31 janvier 2011
C'est la plume qui retient actuellement tous les regards. Et avec raison. Coeurs arrachés (Campo de Sangue, littéralement « Champ de sang »), son premier roman, publié en 2002 et depuis traduit en espagnol, en italien, en catalan et en français, lui a valu dès sa sortie le prestigieux Grande Prémio Acontece de Romance. Je ne tairai pas plus longtemps son nom. Elle s'appelle Dulce Maria Cardoso.
Née dans le Trás-os-Montes en 1965, Dulce Maria Cardoso a passé son enfance en Angola avant de rentrer au Portugal en 1975. Licenciée en droit, elle a écrit pour le cinéma avant de s'adonner à la littérature. Et pas de n'importe quelle manière. Pas en nous servant du réchauffé ou du déjà fait ni déjà dit. Mais avec une voix qui se démarque et qui étonne. Avec une écriture singulière qui ne ressemble à rien de ce que j'aie pu lire au fil de mes nombreuses années de lectrice.
L'histoire est celle d'un homme. D'un homme et de quatre femmes : son ex, sa mère, sa petite amie, sa logeuse. Quatre femmes qui n'ont rien en commun, rien à se dire, alors qu'elles se trouvent réunies dans une salle du commissariat afin d'être interrogées sur celui qui vient de commettre un meurtre immonde. Quatre femmes pour lesquelles il s'est inventé une vie (quatre fois plutôt qu'une) pour cacher le vide et l'inutilité de son quotidien.
C'est donc une histoire en deux temps, une histoire en alternance qui nous est proposée, alors que ce qui se passe dans la salle d'attente du commissariat est constamment interrompu par des retours en arrière nous relatant les mois qui ont précédé le tragique événement. Une manière habile et efficace de nous présenter celles qui furent les seules personnes qu'il y eut dans sa vie.
Outre l'histoire, déjà menée avec brio grâce à ces promenades entre le commissariat et le passé, il y a surtout et avant tout une écriture originale dont la facture peut être déroutante au début mais à laquelle on prend bien vite goût, à savoir des phrases très longues où se mêlent à la fois le moment présent, les réflexions des personnages et même les dialogues. Un véritable tour de force devant lequel je ne peux qu'être admirative.
Évidemment, je n'ai pas lu le livre en portugais, mais il m'est facile d'imaginer les difficultés et les pièges de traduire de telles phrases, puisque je pratique cette activité au quotidien. Or, aucune phrase ne m'a semblé lourde ou maladroite, mais plutôt chaque fois juste et dans le ton.
C'est à Cécile Lombard qu'on doit la traduction de Campo de Sangue, celle qui a aussi traduit le marchand de passés de José Éduardo Agualusa, dont je vous ai parlé ici, Mémoires d'une jeune fille triste de Bernardim Ribeiro, dont Armando vous a entretenu il y a peu et dont je vous parlerai à mon tour puisqu'il fait partie de la pile tout à côté de mon lit.
Pour l'heure, je ne peux que vous conseiller de lire Coeurs arrachés. Sans aucune hésitation. Et surtout sans tout vous dire de ce roman troublant à bien des égards, lequel pose l'inévitable question du sens de la vie.
Lien : http://lalitoutsimplement.co..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
lusinalusina   27 octobre 2015
C’est dans ce désert de sable qu’il remarqua, non sans surprise, qu’il ne s’était pas coupé les ongles depuis longtemps, ses pieds nus montraient des ongles noircis et recourbés, des griffes de chien, il faut que je me coupe les ongles, il le répéta deux ou trois fois pour ne pas oublier, ce soir il faut que je me coupe les ongles. Il se leva et se mit à marcher, il éprouva du plaisir lorsque ses pieds froids s’enfoncèrent dans le sable tiède et marcha plus lentement, en se concentrant sur le simple acte de marcher, il enfouissait un pied dans le sable et le posait en avant en le laissant sans protection, l’autre suivait, et il fit ainsi une trace de ses pas, ses pieds étaient encore petits quand ils avaient pris cette habitude, quand ils avaient connu la mer à la colonie de vacances. Le jour où il était arrivé à la colonie de vacances, on lui avait donné de la soupe au lait et on l’avait fait coucher au premier étage de lits superposés, une cabine, l’excitation d’être couché dans un lit avec une échelle l’empêchait de s’endormir, le lendemain matin il allait rencontrer la mer, on aurait dit qu’il allait rencontrer quelqu’un. Il avait préféré la cabine à la mer, mais il n’avait pas osé le dire, pendant la semaine où il avait dormi dans la cabine il s’était habitué à surveiller les traces de ses pas dans le sable, il les cherchait le lendemain, autant essayer de vider l’océan, le dernier jour des vacances ses camarades avaient laissé dans le sable une file bien ordonnée de pieds tristes, qu’a bien pu devenir le garçon qui dormait dans le lit du bas, comment s’appelait-il déjà, ses pieds avaient grandi et ils avaient des griffes de chien mais quelquefois le bonheur attaque aussi des pieds comme ça, à 19 heures 05 il laissa dans le sable des traces de pieds heureux.
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patatarte2001patatarte2001   04 juillet 2014
Une famille attardée abandonnait la plage en ployant sous son matériel, les enfants courant devant, les parents au milieu croulant sous les chaises et les sacs, le vieux fermant le convoi, ses pieds s'enfonçant dans le sable, la file reproduisait l'ordre naturel de la vie, l'avenir courait devant, le passé pesait à l'arrière, le présent se contentait de porter les sacs et les chaises, partagé entre avenir et passé, les parents chargés de chaise veillaient sur la course des enfants et la difficulté du vieux, ils s'efforçaient de ne rien perdre, bientôt ce seront eux qui marcheront en arrière en s'enfonçant dans le sable, les enfants se chargeront de chaises et de sacs et seront fatigués, ceux qui sont à venir courront devant.
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patatarte2001patatarte2001   04 juillet 2014
Il y a une hygiène dans le froid qui me plaît, les gens sentent moins mauvais, ils transpirent moins, ils se couvrent davantage, la décence du froid me plaît.
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patatarte2001patatarte2001   04 juillet 2014
Il ferma les yeux pour en faire un souvenir, il voulut l'apprendre par cœur, mais la beauté ne se laisse pas enregistrer, elle doit être vue.
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patatarte2001patatarte2001   04 juillet 2014
Le bonheur n'est guère plus qu'entendre chanter quelqu'un en même temps qu'un disque.
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Vidéo de Dulce Maria Cardoso
L'autrice portugaise Dulce Maria Cardoso est l'invitée du Chandeignographe !
Dans cet entretien, elle nous parle de son roman "Eliete, la vie normale". Elle évoque aussi son désir d'écrire des histoires de femmes, son intérêt pour la mémoire, et le choix du prénom "Eliete" pour son héroïne.
Pour en savoir plus sur le roman, c'est par ici : https://editionschandeigne.fr/livre/eliete-la-vie-normale/
Vidéo : Logo : Matthieu Lambert Animation : Jean-François Bertrand Montage et réalisation : Chloé Poirat
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