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EAN : 9782752906564
448 pages
Éditeur : Libretto (05/04/2012)
4.1/5   45 notes
Résumé :

Dans un coin perdu de l'Angleterre, un manoir jadis imposant, aujourd'hui délabré, est divisé en appartements. Les anciens propriétaires des lieux, aristocrates excentriques et désargentés y vivent avec leur fils unique, grand gamin solitaire de trente-sept ans qui ne quitte jamais ses gants de coton achetés par dizaines et jetés à la moindre salissure.

Les autres locataires sont tout aussi étranges : Miss Higg, éternellement collée devan... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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sur 45 notes
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gouelan
  15 septembre 2020
L'observatoire, immeuble délabré, gît comme un rond-point où les voitures bourdonnent. La ville le grignote, elle étend sa masse grise et tourbillonnante, elle étend la vie moderne là où il n'y a plus que passé et décrépitude.
Avant cela l'Observatoire était le manoir de Tearsham, propriété de la famille Orme. Elle comptait de nombreux Francis et des terres verdoyantes alentour. Cinq rangées de portraits ornaient les murs du hall d'entrée. Ils sont devenus poussière, le temps a fait son oeuvre, la famille Orme n'a plus qu'un Francis pour lui donner un héritier, un garçon premier né. Francis Orme le dernier rejeton d'une famille aristocrate.
L'Observatoire est divisé en appartements tous plus miteux les uns que les autres. de drôles de locataires y ont imprimé leurs marques, leurs solitudes, leurs histoires ternes et lugubres, leurs secrets honteux, leurs crimes silencieux. Chacun cache et lèche ses blessures comme un chien galeux. C'est poisseux, nauséabond, d'une tristesse s'engluant dans un temps quasi immobile, ou dont les aiguilles tournent dans le sens inverse.
Derrière ce récit décalé, farfelu, d'une noirceur improbable, se cache une émotion pure. Francis Orme, le fils, porte des gants blancs. Il collectionne des objets trouvés, des objets volés. Étiquetés, mis sous plastique, ces objets s'amoncellent, ils sont comme un paravent, un mur. Ils sont comme un secret du bonheur des autres, une part d'amour. À travers un télescope, un microscope, des jumelles, des lunettes, avec des gants, lui et son père flottent au-dessus de la réalité. Ils l'aménagent pour qu'elle soit plus supportable.
Dans l'Observatoire on retrouve la plume particulière d'Edward Carey, celle qui s'intéresse aux ordures, aux objets, aux personnages atypiques, bancals mais tellement émouvants dans leurs difformités, leurs invraisemblances. Ils interpellent. Une plume qui rend la noirceur poétique.
Derrière le silence et la poussière, on entend le bruit de l'amour et de la souffrance. On entend notre monde grouiller.
Un récit noir et farfelu à ne pas manquer ainsi que la trilogie des Ferrailleurs du même auteur, tout aussi captivante que l'Observatoire.
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LePamplemousse
  21 juillet 2017
Vous aimez les romans inclassables ?
Vous voulez du bizarre, de l'étrange, de l'absurde avec une belle pointe de mystère et de poésie ?
L'Observatoire est fait pour vous !
C'est un roman au style original avec une intrigue prenante, qui oscille sans cesse entre l'univers de Tim Burton et celui de Wes Anderson.
Nous découvrons le quotidien des habitants d'un étrange manoir à l'abandon, quelque part en Angleterre.
Chaque habitant y a ses particularités, ses failles, sa douleur ou sa faute, et l'histoire est un mélange de mélancolie, d'espoir, de tristesse et de joie mélangées, de surprises, de découvertes aussi incroyables que poétiques, on passe par le désespoir le plus profond, le plus lourd, le plus sombre à la joie la plus pure, la plus lumineuse, on croit lire un roman léger et on tombe sur des révélations « coup de poing », on pense être au coeur d'un roman noir et soudain, une lueur irradie et donne au récit une douceur et une tendresse fantastique.
Un roman merveilleusement écrit qui vous emmène dans un univers à part, fait de folie, de compassion, de chagrin, mais aussi d'amour et d'humanité, qui vous fait rencontrer des personnages que vous ne pourrez pas oublier même après avoir refermé le livre, qui vous émeut et vous donne envie de sourire et de partager de bons moments avec la terre entière.
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alberthenri
  12 février 2021
Muni de ses gants de coton blanc toujours immaculés, Francis exerce la curieuse profession de statue vivante.
Nous suivons au gré de ses pérégrinations, son histoire, celle de sa famille et de sa demeure : une ancienne propriété luxueuse, devenue par la force des choses un immeuble d'appartements loués.
Au cours de ce récit, nous faisons la connaissance de personnages improbables aux destinées tragicomiques.
Résolument original, "L'observatoire" est une réussite, même si pour ma part, j'ai trouvé que les dernières lignes laissent une impression amère de tristesse, sentiment qui sous-tend déjà la majeure partie du livre.
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Fauvine
  25 décembre 2018
Dans ce roman, nulle suite d'événements sortant du commun ne vous sera contée puisqu'on reste presque exclusivement dans la résidence de l'Observatoire et centré autour des petits incidents de la vie quotidienne de ses locataires très peu nombreux. Mais toute la richesse de ce roman se loge là, dans le minuscule, le quelconque, l'insignifiant, représenté par la collection de Francis Orme, curieux narrateur qui amasse des objets plus banals les uns que les autres (ticket de caisse, soldat de plomb, bouton de veste…) pour constituer une sorte de musée personnel et secret qu'il vénère et contemple en cachette. Car des personnages bien étranges habitent cet endroit : une femme vivant uniquement par procuration à travers des feuilletons télévisés et ses personnages qu'elle confond avec des personnes réelles, une « femme-chien », qui se croit un canidé et ne vit qu'avec eux, que comme eux, et qu'on n'ose chasser de la résidence, le portier, qui ne parle pas vraiment mais « chuinte » et passe son temps à faire le ménage de façon maniaque, les parents du narrateur, une mère plongée à jamais dans la nostalgie du passé et un père apathique, comme mort au monde et à lui-même, ainsi qu'un professeur à la retraite ne cessant de transpirer et pleurer tout à la fois. Et Francis n'est pas de reste, plus étrange sans doute qu'aucun autre, avec ses gants blancs qu'il ne peut jamais quitter, sa « loi des gants blancs » qu'il s'est lui-même donnée et son incapacité à réellement communiquer avec autrui.
Mais une nouvelle locataire va entrer dans leur vie, bien malgré eux au départ, et, voulant se faire des connaissances, va peu à peu chercher à comprendre chacune de leur bizarrerie, ce qui va donner lieu à une entrée progressive dans le passé et le cerveau de toutes ces personnes incompréhensibles, car Anna, dont le nom n'est peut-être pas un hasard, est un peu comme une psychologue qui parvient, sans se laisser impressionner, à mettre au jour les traumas et mécanismes qui les ont fait devenir comme ils sont. Et comme en thérapie, il y a des résistances, les locataires ne veulent pas fouiller trop loin, ce qui menace de mettre en péril leur équilibre, le bouleverser mais pourrait aussi les mener vers une vie nouvelle plus ouverte au monde extérieur et plus heureuse…
Francis parait alors tour à tour affreux et malsain, vu tout ce qu'il met en oeuvre pour qu'Anna parte aussi vite qu'elle est arrivée mais on découvre aussi finalement les raisons profondes d'un tel comportement : en premier lieu la peur, une peur vissée au corps de la moindre nouveauté dans sa vie. Car ce personnage, à travers le regard duquel on sait tout ce qui se passe dans la vie de tous, et dont on se demande s'il est légèrement attardé, ou bien autiste, ou phobique social, ou bien insensible, ou bien tout autre chose, qui parait aimer certaines personnes puis être complètement indifférent à tout, qui parait perpétuellement obsédé par ses gants et les taches qu'il peut y faire et qui passe du « je » au « il » pour parler de lui-même, restera plus ou moins une énigme jusqu'à la fin mais on découvrira aussi l'origine de son obsession pour ses gants et l'importance de son trouble (qui faut le conduire à se laisser mourir, même dans le danger le plus grand, tellement sa phobie de transgresser sa « loi des gants blancs » est vissée en lui), de son goût pour le vol des objets d'autrui auxquels ils tiennent plus que tout dont il fait collection.
La fin du roman est très émouvante également.
En bref, voici un roman singulier aux protagonistes tout autant singuliers, dans un style également étonnant -celui de Francis puis du discours direct de ses parents un moment- , poétique, touchant, mystérieux, qui fouille l'humain, l'enfance et la magie du quotidien, qui doit se laisser apprivoiser mais qui est beau et mérite le détour dans cette résidences de « fous ».
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Griffe
  21 décembre 2012
Ils sont sept locataires à vivre dans le manoir de l'Observatoire, dans les faubourgs d'une ville qui pourrait être Londres. Sept habitants bizarres et maniaques, qui se morfondent consciencieusement dans un ennui dûment structuré, et dont la règle première pourrait être : " La solitude n'a de prix que si elle est vécue au milieu des autres. " Dès les premières pages, l'éblouissant roman de Carey défile comme une sorte de chronique des jours moribonds : " Les années s'étaient succédé à notre insu. " le narrateur, Francis Dorme, est un garçon un peu laid, un peu bête, un peu méchant, qui vit dans l'appartement de ses parents : " Je n'étais pas un petit garçon. J'avais trente-sept ans. Ma lèvre inférieure était enflée. Je portais des gants blancs (...). J'étais le gardien d'un musée. Un musée d'objets précieux. Je portais des gants blancs pour ne salir aucun des neuf cent trente-six objets de ma collection (...). " Des objets souvent volés, gardés secrètement au fond d'une cave, des objets si mal assortis qu'ils en disent long sur l'état mental et moral de Francis : une cireuse industrielle, les minutes d'un procès, un monocle, une poignée de chasse d'eau, etc. L'univers de Carey est traversé par des êtres jamais vraiment fous, jamais vraiment malheureux, douloureusement humains : le père de Francis vit reclus en lui-même, cloué dans un fauteuil à l'abri de la lumière ; Miss Higg, éternellement collée devant le petit écran, croit réel l'univers de fiction des séries télévisées ; Peter Bugg, l'instituteur à la retraite, passe son temps à pleurer et à transpirer ; " la femme-chien " aboie mais il y a longtemps qu'elle n'a plus l'usage du langage. Et voilà les habitudes de ce petit monde perturbées par l'arrivée d'une nouvelle locataire venue occuper l'appartement 18. Anna Tap est jeune, myope, pas particulièrement jolie, et elle a la mauvaise idée de faire remonter à la surface les histoires personnelles de chacun, faisant entrer la petite communauté dans ce que le narrateur appelle " l'ère des souvenirs " : " Et ce fut elle qui nous libéra de nos histoires, jusqu'au moment où il y eut trop de voix, trop de fantômes d'objets pour qu'elle put en garder le contrôle. " Car cet accouchement d'une mémoire non désirée provoquera bien des drames. Autour d'une idée simple, Carey a réussi à créer un univers décalé et inquiétant, pourtant si tangible. On gage qu'avec son jubilatoire sens de la démesure, non éloigné de celui d'un Will Self, il s'affirme comme l'une des voix les plus originales de la nouvelle littérature anglaise.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
tex_242tex_242   15 janvier 2009
408. Un médaillon de saint Christophe.
409. Une paire de bretelles à rayures multicolores.
410. Une plume d’autruche.
411. Un casque de soldat.
412. Un flacon d’arsenic.
413. Des esquisses préliminaires faites par un peintre.
414. Une lame de scie circulaire.
415. Une spatule de sculpteur.
416. Un porte-mine en argent.
417. Des moules pour une tête en cire.
418. Plusieurs mèches de cheveux blonds
419. Un pied en cire.
420. Un œil de verre.
421. Un serre-tête en soie.
422. Une machine à compter les billets de banque.
423. Plusieurs mèches de cheveux bruns.
424. Une carte postale représentant la fondatrice d’un musée de figures de cire.
425. Un kaléidoscope.
426. Une photographie en noir et blanc (un portrait de famille).
427. Une paire de gants de cuir noirs.
428. Un paquet de cigarettes (non entamé).
429. Une dent d’engrenage métallique.
430. Une bouillotte.
431. Un plan d’architecte.
432. Un lot de boîtes d’allumettes (toutes vides).
433. Plusieurs mèches de cheveux roux.
434. Une rose fanée.
435. Un trophée provenant d’une compétition sportive.
436. Un bracelet en argent.
437. Un arc et une flèche.
438. Une poire en cire.
439. Une paire de lunettes à monture d’écaille.
440. Un imperméable d’enfant.
441. Une laisse de chien.
442. Une touche de piano.
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gouelangouelan   15 septembre 2020
Prenez une feuille et tenez-la en l’air, en direction du soleil. Vous verrez la feuille dans ses moindres détails, tout ce qu’il y a à l’intérieur, toutes ses nervures, rien de cette feuille ne vous échappera. Anna ressemblait un peu à cela après que je lui eus parlé, ce soir-là. Son visage affichait une expression d’angoisse telle que je pus deviner tout ce qui se passait dans son cerveau et dans son corps ; combien elle était malade, combien il était facile de la soulever ou de s’en débarrasser.
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gouelangouelan   08 septembre 2020
Que cette jubilation à faire des phrases vint à franchir le seuil du manoir de l'Observatoire, et nous allions vivre des temps difficiles. J'imaginais les portes s'ouvrant, les secrets s'étalant au grand jour. Il est bien connu que ce genre de conversation qui se déroulait sous mes yeux favorise la détente, et la détente est dangereuse. Détendus, nous baissons la garde. Surtout au beau milieu d'une conversation. La conversation détendue conduit à l'ouverture. Et dans ce cas, nous révélons souvent ce qui devrait rester caché.
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GriffeGriffe   24 décembre 2012
En rentrant du travail, je ne tombai pas sur Anna Tap sortant de l'église, pas plus que je ne l'y trouvai à l'intérieur. Elle semblait pourtant s'y être rendue. Des mégots de cigarettes, des Lucky Strike mordillées, jonchaient le trottoir jusqu'au manoir de l'Observatoire. Je commençais à les ramasser lorsque je m'arrêtai brusquement : empalé sur un barreau de la grille en fer forgé de parc de Tearsham, il y avait un unique gant blanc. Oui, il était bien à moi! Un peu plus loin, sur le trottoir crasseux, il y avait un autre, mais pas de la même paire. Un deuxième main gauche. Encore plus loin, de l'autre côté de la rue, une paire de gants était clouée sur le panneau qui annonçait le manoir de l'Observatoire. Appartement spacieux, conception de qualité....
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gouelangouelan   11 septembre 2020
Tandis que le cercueil disparaissait dans l’obscurité, je compris qu’il n’existait aucun autre destin possible : en mourant nous allons retrouver Dieu, Dieu finit toujours par nous recevoir comme les déchets que nous sommes. Bons ou mauvais, promis au ciel, à l’enfer, ou simplement à pourrir sous la terre, nos corps pesants et sans vie sont irrémédiablement balayés et placés sous le signe de la Croix. Dieu n’est qu’une benne à ordures. Dieu, l’éboueur suprême.
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