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Critique de Zebra


Zebra
  15 janvier 2014
Merci à Babelio et aux Presses de la Cité de m'avoir fait découvrir « Les coiffes rouges » de Daniel Cario, un roman de 437 pages, écrit par un breton et édité en décembre 2013.

Comme l'indique l'auteur, ce roman mêle réalité et fiction. L'action se situe pendant les grèves qui se sont déroulées à Douarnenez en 1924. L'auteur essaye de respecter au mieux ce que l'histoire sait de ces mouvements économiques, politiques et sociaux qui ont bouleversé la vie portuaire et eu des répercussions considérables au plan national, à commencer par la volonté des ouvriers de se sortir de la misère et d'obtenir reconnaissance et émancipation, avec ou sans l'aide des leaders de gauche. Il choisit de nous dépeindre cette réalité sous les traits de Dolorès Marques, fille du marin Diego et de la couturière Marie. Dolorès entre à 16 ans comme Penn-sardin (en breton, « tête de sardine »), c'est à dire comme ouvrière dans l'usine de friture (c. à d. de mise en conserve) d'Alcide Guéret : elle y découvre l'enfer que vit au quotidien la classe ouvrière féminine : des journées qui commencent à 6h00 et se terminent à minuit, une pause déjeuner rapide, des cadences sans cesse accélérées, un sommeil difficile du fait des crampes et des blessures, un salaire qui ne suffit même pas à se payer un quignon de pain, les roueries, brimades et punitions des contremaîtresses, les jalousies entre ouvrières, l'injustice et l'absence totale d'espoir dans le lendemain. En dehors de l'usine, Dolorès vit une bluette avec Glazig et se prend d'amitié pour Clopine, une syndicaliste d'une cinquantaine d'années qui s'est fait virée par Alcide. Avec Alcide, Dolorès aura une relation particulière puisqu'il la prendra quelque temps comme demoiselle de compagnie, au grand dam des ouvrières avec lesquelles Dolorès travaillait et souffrait, en silence. Mais quand survient la grève, Dolorès va choisir son camp : entre les bons et les méchants, il n'y a pas à hésiter.

Le lecteur est plongé dans une époque et des conditions de travail révolues (un esclavage déguisé, un patronat paternaliste, condescendant et méprisant), l'analphabétisme des masses laborieuses, une législation répressive, des fortunes constituées sur l'exploitation évidente des sardinières. Au passage, il découvre de fortes rivalités entre ruraux et maritimes, la place de l'église dans les conflits sociaux, les coutumes régionales (bals populaires), l'alcoolisme rampant et quelques expressions bretonnantes, le tout grâce à un réel effort de documentation de l'auteur. L'écriture est forte, pleine d'images et d'odeurs (et dans les ateliers, ça ne sent pas précisément la rose !). Parfois, des touches d'humour agrémentent le récit. le style est clair et fluide. L'ouvrage ne manque pas d'intérêt mais il y a des couacs. L'intrigue est faible : on devine aisément ce qui va se passer pour Marie, Diego et Glazig. Certains personnages semblent peu crédibles dans leurs attitudes ou dans leur langage : Muriel Sizun -alias « La Murène »- en lesbienne non assumée, Alcide Guéret en patron au grand coeur mais sexuellement impuissant, Dolorès en ingénue devenue en quelques mois capable de faire marcher le vieux barbon qui l'entretient. Quant à la grève –en aboutissement à la lutte des classes- elle ne devient une réalité qu'à la fin de l'ouvrage ! Et puis, le parti pris est trop évident : Daniel Cario, un ardent partisan de la révolte ouvrière, souhaitant « que le monde ouvrier renoue avec la liberté après une éternité d'étouffement ». Ensuite, il y a un côté désagréablement manichéen chez l'auteur (les bons versus les méchants). Quant au style, au-delà du fait que le récit est souvent entrecoupé d'explications historiques et d'extraits de rapports de police ou d'articles de presse de l'époque, c'est plus proche de la petite littérature que de Zola : il y manque le souffle et l'émotion !

Au final, l'ouvrage se situe à mi-chemin entre le roman et l'essai historique. le roman est politiquement engagé, agréable mais inégal et pas très original. Son principal intérêt réside dans sa documentation. Pas mal, mais peut mieux faire : je mets trois étoiles.
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