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Michelle Ortuno (Traducteur)
EAN : 9782376650645
270 pages
Éditeur : Contre Allée (09/04/2021)
4.62/5   4 notes
Résumé :
Dans le Madrid des années 1930, Matilde cherche un emploi. La jeune femme enchaîne les entretiens infructueux : le travail se fait rare et elles sont nombreuses, comme elle, à essayer de joindre les deux bouts. C’est dans un salon de thé-pâtisserie que Matilde trouve finalement une place. Elle y est confrontée à la hiérarchie, aux bas salaires, à la peur de perdre son poste, mais aussi aux préoccupations, discussions politiques et conversations frivoles entre vendeu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
VincentGloeckler
  02 mai 2021
Publié pour la première fois en 1934, censuré par le régime franquiste et redécouvert récemment en Espagne même, le Tea Rooms de Luisa Carnés (traduit par Michèle Ortuno, La Contre Allée, 2021) est une merveilleuse découverte ! Ce roman conserve toute sa puissance évocatrice et critique aujourd'hui, tant ses personnages de femmes soumises aux pressions du système économique et à la loi des petits chefs, dans l'entreprise et la famille, rappellent ce que vivent encore de nombreuses salariées. Au début du roman, Matilde, une jeune femme qui vit encore avec ses parents et ses frères et soeurs, cherche du travail dans un Madrid secoué par la crise du début des années trente. Les entretiens d'embauche révèlent d'emblée le mépris de classe affiché par les patrons, et Luisa Carnés, attentive toujours à tirer d'une situation sa signification symbolique, décrit à travers les différences vestimentaires et les émotions qu'elles suscitent – humiliation de celle qui porte des chaussures défraîchies et ne peut découvrir sa peau, usée et peu attirante, quand la femme riche aux beaux escarpins découvre bras et gorge pour user de sa séduction – l'épreuve terrible que constitue pour les candidates les plus pauvres ces rencontres. Matilde finit par trouver du travail dans un tea room, en plein centre de la capitale espagnole. Ses journées sont rythmées par le service des différentes vagues de clients – il y a les heures matinales des servantes, venant chercher les petits déjeuners des bourgeois, puis celle des petits employés du quartier, mangeant sur le pouce, puis celles plus tardives, de tous les oisifs… , selon un découpage qui montre que tous ces groupes sociaux se côtoient sans jamais vraiment se rencontrer -, les discussions furtives avec ses collègues, la soumission aux moindres volontés de la responsable, la crainte surtout des visites de l'Ogre, le grand patron du tea room, toujours prêt à renvoyer qui ne lui plait pas. Et puis, peu à peu – l'Espagne se dirige, en ce début des années trente, vers la République, et, bientôt, la Guerre civile -, les échos de la contestation politique et sociale envahissent la vie de la famille et du salon de thé… Dans un roman qui emprunte en partie au naturalisme, en partie à l'esthétique du collage – alternance des points de vue, puzzle de petites notations descriptives – chère au Dos Passos de Manhattan Transfer (et qui annonce, d'une certaine façon, le néo-réalisme des italiens Pavese ou Vittorini), les ferments de son écriture, Luisa Carnés, forte aussi de son expérience de journaliste, compose ainsi un émouvant réquisitoire contre le sort des femmes du peuple, si souvent humiliées et rarement maîtresses de leur destin, voire de leur propre corps, quand elles sont soumises aux violences sexuelles des hommes et aux conséquences de leur grossesse, jusqu'à parfois risquer la mort... Un roman qui nous touche profondément, y compris quand on y comprend, à comparer ce qu'il raconte à notre propre réalité contemporaine, que le monde évolue bien lentement et que les grands soirs, les lendemains qui chantent… sont, peut-être, à jamais bien loin !
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viduite
  22 avril 2021
De la condition de la femme, en Espagne, en 1934. Roman collectif détaillé comme le témoignage animé de cette indispensable colère, de cette haute confiance en un bouleversement politique seul à même de changer la ligne de partage entre riches et pauvres. Luisa Carnés, voix injustement oublié, signe un très fort texte sur la responsabilité sociale de l'exploitation, de la misère qui particulièrement frappe les femmes. Tea rooms ou le nécessaire rappel de l'inacceptable, toléré quand on est affamé.
Lien : https://viduite.wordpress.co..
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critiques presse (1)
LesInrocks   20 avril 2021
Publié en 1934, ce roman vivant, enfin traduit, révèle une romancière de haut vol et de grand style. Portraits de femmes prolétaires, entre aliénation et révolte, plus que jamais d’actualité.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
VincentGloecklerVincentGloeckler   02 mai 2021
Les préoccupations d'ordre social n'existent pas encore assez pour le prolétariat espagnol féminin. L'ouvrière espagnole, capable de rares incursions vers l'émancipation et vers la culture, continue à prendre un vif plaisir dans la lecture des vers de Campoamor, à cultiver la religion et à rêver de ce qu'elle appelle sa " carrière " : un hypoythétique mari. Ses colères, si par hasard elle en éprouve, ne sont que des ardeurs momentanées sans conséquences. Son expérience de la misère ne fait pas naître la réflexion. Si un jour son manque de moyens économiques la contraint à un jeûne forcé, lorsqu'elle peut manger à nouveau elle le fait jusqu'à satiété. dans la plus parfaite inconscience. La religion la rend fataliste. Nuit et jour. Eté comme hiver. Nord et Sud. Riches et pauvres. Toujours deux contraires. Bon ! Parfois - rarement - elle sent que sa vie est trop monotone et trop dure ; mais son esprit contient suffisamment d'aphorismes traditionnels qui sont chargés de la convaincre de son erreur et de l'immuabilité de la société jusqu'à la fin des temps. ces proverbes lui ont appris qu'elle ne possédait rien d'autres sur Terre que ses larmes, et c'est pourquoi elle les verse sans compter.
Matilde est l'une de ces rares et précieuses insoumises, capables de renier cet héritage commun.
(pp.49-50)
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VincentGloecklerVincentGloeckler   02 mai 2021
La femme riche aspire à être en été, et à prendre soin de sa délicate nudité. la femme pauvre le redoute. La pauvre voit venir avec crainte l'arrivée des jours radieux et de ce soleil ennemi qui découvre la chaussure informe, qui met en lumière chaque détérioration de sa tenue avec la précision d'un projecteur sur une star. La femme pauvre aime l'hiver, même si l'eau engourdit ses pieds. En hiver, les gens marchent vite - chacun à sa tâche. Il fait trop froid pour observer les autres. Il pleut trop pour contempler de belles jambes. et la jeune fille modeste n'est pas obligée de marcher en gardant son équilibre dans des chaussures bancales. L'hiver fatigue ses membres et gerce ses mains nues, mais la femme pauvre le préfère au printemps ou à l'été, parce qu'avant tout elle a un sexe et une conception de la féminité, qu'elle cultive, comme la femme riche sa délicate nudité sur les plages cosmopolites.
(pp. 21-22)
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