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René L. F. Durand (Autre)
EAN : 9782070370207
119 pages
Éditeur : Gallimard (12/04/1978)

Note moyenne : 3.6/5 (sur 72 notes)
Résumé :
A Venise, pendant le carnaval, un Mexicain déguisé en Moctezuma rencontre Vivaldi. Puis Scarlatti et Händel se joignent à eux pour visiter un couvent de nonnes musiciennes et pour aller prendre un petit déjeuner sur la tombe d'Igor Stravinski. Car les chronologies s'enchevêtrent dans ce merveilleux concert baroque où la musique, forme sublimée du temps, mène le récit. Si Vivaldi avait pris la plume, il n'aurait pas écrit autrement ce Concert baroque.
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
araucaria
  02 avril 2020
Roman où il est question en premier lieu de musique et tout particulièrement de l'opéra d'Antonio Vivaldi "Montezuma". Dans ce livre la musique tient la première place, mais le lecteur y trouve beaucoup d'informations ayant trait à la culture, L Histoire, la littérature. L'auteur évoque la conquête du Mexique par Cortès et la capitulation de Montezuma. Au 18 ème siècle, un créole mexicain, part en voyage vers la vieille europe. Après un séjour en Espagne, il se pose pendant un temps à Venise où il rencontre plusieurs grands musiciens baroques, notamment Vivaldi... Mais dans ce roman étrange car ne respectant pas du tout la chronologie, un pique-nique est organisé dans le cimetière Saint-Michel à proximité de la sépulture d'Igor Stravinski. La villégiature se déroule à l'époque du Carnaval ou toutes fantaisies et badinages sont permis... Rêve, fable? Louis Amstrong, lui même, fait résonner sa trompette dans une salle de concert de Venise... alors qu'une locomotive, tirant des voitures des Wagons-lits Cook, venait à peine de quitter la gare de la Sérénissime.
Un peu plus de 100 pages pour une écriture intense et un récit touchant au merveilleux.
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Lazlo23
  19 septembre 2017
Au coeur de ce roman jubilatoire, il y a « Montezuma », un opéra de Vivaldi joué en 1700 et dont Alejo Carpentier (1904-1980) s'amuse à imaginer l'histoire. Une histoire en forme d'errance, qui nous mène des rivages du Mexique au carnaval de Venise. C'est au milieu des masques et des feux d'artifice que le Cubain Filomeno et son maître, un riche Indiano* mexicain, font la rencontre d'une bande de joyeux fêlés ayant pour noms Haendel, Scarlatti et Vivaldi.
A partir de là, ce qu'on avait d'abord pris pour un roman historique comme tant d'autres change subitement de dimension. Aux côtés des deux voyageurs, l'on assiste médusé à une sorte de « retour vers le futur » à la faveur duquel (et sans quitter la Venise du XVIIIè siècle) il nous arrive de croiser l'ombre de Stavinsky, la silhouette de la Tour Eiffel ou la trompette d'Armstrong.
On l'a compris, cette histoire déjantée est pour l'auteur l'occasion de questionner les rapports d'influence entre Europe et Amérique – rapports qui ne sont pas à sens unique, loin de là, comme le prouve l'opéra précédemment cité, ou bien encore les « Indes Galantes » de Rameau, quelques années plus tard.
Mais ce roman est aussi une manière de remonter aux sources de l'identité latino-américaine : ainsi, lorsqu'il assiste à la première de « Montezuma », curieusement, ce n'est pas pour ses ancêtres espagnols que le maître prend parti mais bien pour le malheureux monarque aztèque :
« J'eus l'impression que le chanteur était en train d'interpréter un rôle qui m'était destiné, et que moi, par mollesse, par trouille, j'eusse été incapable d'assumer. Tout à coup, je me sentis déplacé, exotique dans cet endroit, étranger, comme éloigné de moi et de tout ce qui fait que je suis moi. »
Très souvent drôle, parfois érudit, ce court roman d'Alejo Carpentier est un vibrant éloge du métissage (musical, littéraire, culturel…), en même temps qu'une fête des mots et de l'intelligence.
* Indiano : C'est ainsi qu'on nommait au Siècle d'or les colons espagnols enrichis aux Amériques (ou leurs descendants) et qui revenaient au pays les poches pleines.
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Josephine2
  01 juin 2016
Une bulle de champagne ! Un tourbillon de musique, de couleurs, de sons. Entrez dans le monde d'Alejo Carpentier et laissez-vous bercer par la musique.
Je n'ai peut-être pas toutes les clés pour comprendre toutes les subtilités de ce livre à sa juste valeur, n'étant pas musicienne et n'y connaissant pas grand-chose, mais j'ai aimé l'écriture et les sensations procurées par cette lecture. Je me suis simplement laissée porter.
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Lutopie
  18 avril 2019
Et voilà la magie d'un livre poétique, sonore, qui nous vient de la Havane. Les phrases d'Alejo Carpentier, musicologue, écrivain, se déroulent et s'enroulent, allegro, andante, et le concert baroque se fait concerto grosso ou s'enfuit le temps d'une fugue. Quelques regrets en lisant ce livre : ma formation musicale – bien insuffisante - ne me permet pas de voir dans ce texte toute la science, l'art musical de l'auteur, et le fait de ne pas l'avoir lu en espagnol, hormis quelques extraits – c'est également dommage parce que l'espagnol est chantant ( la plata acababa por parecer plateada) - mais je dois dire que la traduction française est savoureuse, parce que le texte a un rythme ultra-maîtrisé, surprenant, qui nous entraîne dans la danse des mots. le texte foisonne de références, à l'opéra notamment ( parce que les compositeurs se rassemblent pour un concert baroque), à l'Espagne (le pays d'origine du Maître, ou le pays des conquistadors), au Mexique (où le Maître vit), surtout autour de Montezuma, l'empereur aztèque, qui fera l'objet d'une pièce d'opéra, à Cuba (d'où viennent les percussions de Filomeno, cet initiateur d'une jam-session entre Vivaldi, Haendel, Scarlatti) cet amoureux de la trompette et ce fou d'Armstrong – et son concert c'est celui qui clôt le roman) mais le concert se fait à Venise, la Sérénissime, lors du carnaval. C'est un dialogue interculturel, qui estompe les frontières terrestres, temporelles, entre réel et imaginaire. Et le Maître fait l'analogie lors de ses méditations les plus sombres entre ce Royaume du Danemark où l'on verse non plus de la musique mais du poison dans l'oreille et le Mexique, où l'on sort les têtes des morts, à la Fête des Morts. C'est magique oui, cette harmonie, cette symphonie, ce baroque foisonnant tout en effervescences, en volutes, en circonvolutions, en courbes et en obliques (comme un serpent qui danse).
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5Arabella
  05 juillet 2018
Il s'agit plus d'une longue nouvelle que véritablement d'un roman (une centaine de petites pages). C'est donc forcément moins complexe, moins choral, que les grands oeuvres de l'écrivain cubain.
Nous sommes au XVIIIe siècle, un riche Mexicain décide de faire un voyage en Europe, en commençant par l'Espagne, le pays de ses ancêtres. A Cuba, il engage un valet noir pour remplacer le sien, décédé en route. Il s'ennuie très vite en Espagne, et part pour Venise. Il y rencontre trois grands compositeurs, Scarlatti, Haendel, et Vivaldi, ce dernier se laissera inspirer par le déguisement de carnaval de notre Mexicain, pour écrire un de ses opéras, Montezuma.
Le récit est un peu impressionniste, Alejo Carpentier mêle au récit du XVIIIe siècle, des images ou faits plus tardifs (il évoque par exemple la tombe de Stravinsky ou un concert de Louis Armstrong), il y a peu de véritables événements à proprement parlé, plutôt des ambiances, des sensations, des idées…
Un livre flamboyant, mais en même temps un peu sur un mode décadent, de gens qui ont tout connu, tout essayé, dans un monde un peu usé, qui n'a pas de véritables révélations à leur offrir. Sauf peut-être l'art, et plus particulièrement la musique, qui arrive à surprendre, à faire ressentir, à retrouver une forme de fraîcheur, à s'étonner à penser, à être autre chose ce que l'on pensait être.
Il ne me reste plus qu'à écouter Montezuma de Vivaldi que je ne connais pas encore...
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   01 avril 2020
Et c'était là qu'avaient échoué, avec leurs caisses, leurs malles, leurs ballots et leurs corbeilles, les passagers du bateau malade, attendant qu'on pansât ses plaies, tandis que dans la ville d'en face, qui dominait superbement les eaux du port, régnait le sinistre silence des demeures fermées par l'épidémie. Fermées étaient les salles de bal et les boîtes à matelots, avec leurs mulâtresses aux chairs offertes sous les jours des dentelles amidonnées. Fermées les maisons de la rue des Marchands, de la rue de l'Oeuvre-Pie, des Métiers, où l'on présentait souvent, bien que ce ne fût pas il est vrai bien grande nouveauté, des orchestres de chats mécaniques, des concerts de glass-harmonica, des dindons qui dansaient la forlane, les célèbres jumeaux de Malte, et des merles dressés qui, non contents de siffler les mélodies à la mode, offraient avec leur bec des cartes où était écrit le destin de chacun. Et comme si le Seigneur avait voulu châtier de temps en temps les nombreux péchés de cette ville cancanière, vaniteuse et insouciante, voici que tombaient sur elle soudain, au moment où on s'y attendait le moins, les souffles maudits des fièvres qui selon des opinions fondées provenaient de la pourriture qui empestait les marécages voisins.
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MicheleTurbinMicheleTurbin   14 février 2015
En un ciel gris d'eau et de ciel embrumé, malgré, cette année-là, la douceur de l'hiver ; sous la grisaille des nuages colorés de sépia lorsqu'ils se reflétaient, en bas, sur les larges ondulations, molles et arrondies, alanguies en leur flux et reflux sans écume, qui s'amplifiaient ou s'entremêlaient quand elles étaient poussées d'une berge à l'autre ; parmi les teintes floues d'aquarelle très délavée qui estompait le contour des églises et des palais ; dans une humidité que rendaient sensible les tons d'algues sur les perrons et les débarcadères, les reflets de la pluie sur le carrelage des places, les suintements le long des murs léchés par de courtes vagues silencieuses ; parmi des évanescences, des sons assourdis, des lumières ocres et la tristesse de la rouille à l'ombre des ponts jetés sur la quiétude des canaux ; au pied des cyprès qui étaient comme des arbres à peine ébauchés ; au milieu de grisailles, d'opalescences, de reflets crépusculaires, de sanguines éteintes, de fumées d'un bleu pastel, avait éclaté le carnaval, le grand carnaval de l’Épiphanie, en jaune orange et jaune mandarine, en jaune canari et vert grenouille, en rouge grenat, rouge de rouge-gorge, rouge de coffres chinois, en costumes à carreaux bleu indigo et jaune safran, en devises et cocardes, en torsades de couleurs comme berlingot et enseigne de barbier, en bicornes et plumets, en chatoiement de soies fondu dans un tourbillon de satins et de rubans, de turqueries et de grotesques déguisements, avec un tel fracas de cymbales et de crécelles, de tambours, tambours de basque et clairons, que tous les pigeons de la ville, d'un seul envol qui, l'espace de quelques secondes, obscurcit le firmament, s'enfuirent vers des rivages lointains.
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LutopieLutopie   18 avril 2019
En argent la fine coutellerie, les élégantes fourchettes ; en argent les plats où un arbre d'argent ouvré dans la concavité du métal recueillait le jus des rôtis ; en argent les compotiers à trois coupes, couronnés d'une grenade en argent ; en argent les cruches à vin martelées par les orfèvres ; en argent les plats à poisson avec leur pagre en argent au ventre rebondi sur un entrelacs d'algues ; en argent les salières, en argent les casse-noisettes, en argent les gobelets, en argent les petites cuillères ornées d'initiales... Et tout cela était emporté, lentement, avec des gestes réguliers, en prenant soin que l'argent ne heurtât pas l'argent, vers les sourdes pénombres de caisses en bois, de paniers en attente, de coffres aux solides verrous, sous Ia surveillance du Maître qui, en robe de chambre, se bornait à faire résonner l'argent, de temps à autre, en pissant magistralement, d'un jet précis, abondant et percutant, dans son pot de chambre en argent, dont le fond s'ornait d'un œil malicieux en argent, vite aveuglé par une écume qui, de tant refléter l'argent finissait par paraître argentée ...

De plata los delgados cuchillos, los finos tenedores ; de plata los platos donde un árbol de plata labrada en la concavidad de sus platas recogía el jugo de los asados ; de plata los platos fruteros, de tres bandejas redondas, coronadas por una granada de plata ; de plata los jarros de vino amartillados por los trabajadores de la plata ; de plata los platos pescaderos con su pargo de plata hinchado sobre un entrelazamiento de algas ; de plata Ios saleros, de plata los cascanueces, de plata los cubiletes, de plata las cucharillas con adorno de iniciales... Y todo esto se iba llevando quedarmente, acompasadamente, cuidando de que la plata no topara con la plata, hacia las sordas penumbras de cajas de madera, de huacales en espera, de cofres con fuertes cerrojos, bajo la vigilancia del Amo que, de bata, sólo hacía sonar la plata, de cuando en cuando, al orinar magistralmente, con chorro certero, abundoso y percutiente, en una bacinilla de plata, cuyo fondo se ornaba de un malicioso ojo de plara, pronto cegado por una espuma que de tanto reflejar la plata acababa por parecer plateada ...
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araucariaaraucaria   02 avril 2020
Que cherche-t-on avec l'illusion dramatique, si ce n'est nous faire oublier le monde où nous vivons pour nous transporter là où nous ne saurions parvenir de notre propre gré? demande Filomeno. Le théâtre nous permet de remonter le cours du temps, et de vivre, chose impossible pour nous, hommes d'aujourd'hui, en des époques à jamais révolues. - Il sert aussi et cela un philosophe de l'Antiquité l'a écrit, à nous purger d'angoisses secrètes lovées au plus profond de notre être...
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araucariaaraucaria   31 mars 2020
En argent la fine coutellerie, les belles fourchettes: en argent les plats où un arbre ouvré dans la concavité du métal recueillait le jus des rôtis; en argent les compotiers à trois coupes, couronnés par une grenade en argent; en argent les cruches à vin martelées par les orfèvres; en argent les plats à poisson avec leur pagre en argent au ventre rebondi sur un entrelacs d'algues; en argent les salières, en argent les casse-noisettes, en argent les gobelets, en argent les petites cuillères gravées d'initiales... Et tout cela était emporté lentement, d'un geste toujours égal, soigneusement, afin que l'argent ne heurtât pas l'argent, vers les sourdes pénombres de caisses de bois, de corbeilles en attente, de coffres aux solides ferrures, sous la surveillance du Maître, qui, en robe de chambre, se contentait de faire résonner l'argent, de temps à autre, en pissant magistralement d'un jet précis, abondant et percutant, dans un pot de chambre en argent, dont le fond s'ornait d'un oeil malicieux, en argent, vite aveuglé par une écume qui à force de refléter l'argent finissait par paraître argentée...
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Un romancier latino-américain Alejo Carpentier
Portrait d'Alejo CARPENTIER, à travers ses interviews, et ceux de Roger CAILLOIS, Wilfredo LAM, Jean-Louis BARRAULT, Jacques PREVERT. L'écrivain cubain, né en 1904, a vécu au Vénézuela, puis à Cuba après la révolution. Il devient en 1966, ambassadeur de Cuba en France, où il résidera jusqu'à sa mort, 1980 . Evocation de son oeuvre, de la création littéraire et artistique en Amérique...
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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