AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

René L. F. Durand (Autre)Jean Blanzat (Autre)
EAN : 9782070369812
463 pages
Gallimard (16/12/1977)
4.15/5   145 notes
Résumé :
Alejo Carpentier donne un goût exotique à la Révolution française. Ou comment les Antilles, Cuba, la Guadeloupe et les Guyanes reçurent les idées et événements français de 1789 à 1808. Sous nos yeux se tisse une histoire singulière car aux troubles français se mêlent des problèmes locaux, tels que l'esclavage ou les déportations massives à Cayenne. Malgré la somme de connaissances r... >Voir plus
Que lire après Le Siècle des lumièresVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
4,15

sur 145 notes
5
6 avis
4
2 avis
3
3 avis
2
1 avis
1
0 avis
Sans doute le plus abouti des romans d'Alejo Carpentier tant la maîtrise en est parfaite et la maturité d'écriture indéniable. Dans ce livre, L Histoire, passion de l'auteur, est au service d'une fiction aussi théâtrale que baroque. Alejo Carpentier choisit pour son roman un temps historique précis : celui des débuts de l'émancipation latino-américaine et de l'influence de la toute jeune Révolution française, dans un lieu propice aux brassages des populations et des idées : les Caraïbes.
Les protagonistes fictifs côtoient des personnages réels, cernés par les paradoxes de l'idéal révolutionnaire : violence, barbarie, intolérance, idéalisme, cynisme, pragmatisme.
Cette fresque historique quasi épique n'a pas uniquement valeur de construction romanesque ou de réflexion méditative sur l'émancipation des peuples latino-américains. Alejo Carpentier y voit une spirale infernale répétée à l'infini dans laquelle les révolutions entraîneront toujours l'humanité, à l'image de la conclusion chaotique de son roman.

Lien : https://tandisquemoiquatrenu..
Commenter  J’apprécie          370
"La révolution a fait perdre la tête à plus d'un" .
Les idéalistes révolutionnaires, qui rêvaient de liberté, d'égalité et de fraternité, caressaient-ils le doux rêve de la guillotine ?

Carpentier exporte la révolution française en Amérique, en nous présentant un personnage historique : Victor Hugues, l'administrateur colonial chargé de promulguer la fin de l'esclavage en Guadeloupe, chargé aussi, de rétablir, plus tard, l'esclavage en Guyane ...
Victor Hugues débarque en Amérique avec le traité d'abolition de l'esclavage, et avec la guillotine sur le pont ...
Nous constatons en un seul et même personnage le paradoxe que pose la révolution française car la révolution n'aura pas permis, in fine, de libérer le peuple de ses oppresseurs, au contraire ...

Elle aura permis, pourtant, de faire tourner le commerce et les révolutionnaires des Antilles se font corsaires (ou pirates), et les magasins se remplissent des denrées des autres ...

Les hommes qui ont réécrit l'histoire (c'est le rôle d'Esteban, l'un des personnages du roman, d'écrire et de réécrire l'histoire, car son rôle c'est de traduire la Déclaration des droits de l'homme, la Constitution, et d'exporter ... ce qui s'avère être de la vile propagande ? , les mots n'ayant pas l'air d'être appliqués par ceux qui les proclament, sont plutôt utilisés à mauvais escient, employés comme des armes dans le but de fomenter des perturbations politiques dans les pays voisins), les hommes qui réécrivent l'histoire sont déportés, pour être réinstaurés, plus tard, après avoir laissé de l'eau couler sous les ponts, dans d'autres fonctions (ainsi Billaud-Varenne devient-il esclavagiste dans la version de Carpentier).
Dans une scène en particulier, les révolutionnaires français sont exécrables. Bien qu'ayant importé la fin de l'esclavage, ils se font un plaisir de s'emparer des femmes d'un bateau négrier non pour les libérer mais pour les violer ... Les révolutionnaires ne font pas de quartiers, alors Carpentier n'en fait pas non plus et il n'hésite pas à donner une version particulièrement sanglante, terriblement humide, gluante même, de la Révolution française .

Révolution qui aura rendu " légitime" quelques scènes sanglantes et les héros de la révolution deviendront à leur tour des martyrs mais les opportunistes sont peut-être ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu bien qu'ils ne soient que des marionnettes sans volonté, et ils accomplissent leur destin légendaire au prix des valeurs qu'ils auront jetées au sol, qu'ils auront bafouées, au prix sans doute aussi de leur tête qui était au début bien pleine d'idéaux révolutionnaires et qui paraît in fine bien vide, et les idéaux révolutionnaires paraissent bien vains ...

Et lorsqu'on sait que la révolution n'aura pas empêché le rétablissement de la monarchie ...
Commenter  J’apprécie          237
Nous aimons bien la musique cubaine, par contre sa littérature a été très loin de nous séduire jusqu'à ce jour. Ce "Siècle des Lumières" souffre des mêmes défauts que cette autre monstruosité intitulée "La caverne des idées" commise par un certain Somoza. (cf. notre critique de ce livre sur le même site)
Déjà le titre est une supercherie dans la mesure où le récit ne se situe qu'à l'extrême fin du XVIIIème, période pendant laquelle les idéaux de ce fameux siècle ont été bafoués, piétinés. Il eût donc été plus judicieux et surtout plus honnête de titrer ce roman "Le naufrage du Siècle des Lumières" par ex. de plus nous n'avons pas aimé ce mélange des genres : entre histoire ou roman, prose ou poésie, Alejo n'a pas su choisir, le résultat est hélas un salmigondis fort indigeste ... Carpentier comme Somoza
-frustrés de ne pas trouver de personnages suffisamment charismatiques dans la mémoire de leur île- plaquent donc leurs fictions sur des périodes marquantes du passé occidental. À notre sens, ces lacunes ne les autorisent absolument pas à transformer des personnages historiques en marionnettes de leurs fictions délirantes. Ici les héros fictifs ne sont pas moins caricaturaux : gosses de riches capricieux véritables têtes à claques. La Sofia notamment, qui de pucelle effarouchée passe par les stades d'épouse indigne, d'amante soumise, de quasi nymphomane, pour finir lamentablement en Pasionaria avant la lettre. le lecteur n'est évidemment pas en droit de s'étonner que, sans être scolarisés, ces ados se révèlent être de fins érudits : Aucun livre rare ne leur est inconnu, aucun hameau de la toundra, aucun myriapode du Popocatepetl ne sauraient échapper à leur sagacité. Sans compter tout le matériel scientifique - à faire crever d'envie un Lavoisier- qui encombre le Capharnaüm dans lequel ils s'ébattent. En fait, rien que de très normal dans ce foyer culturel d'exception que devait être La Havane de cette époque !
Ce qui précède pourrait être tenu pour négligeable si, au moins, la lecture restait agréable. Mais il n'en est rien, le style emprunté à Proust (avec le talent en moins) est parfaitement imbuvable. (ce que confirment d'autres commentateurs.) Comment peut-on infliger régulièrement à son lecteur des phrases de 11 lignes (cf:p.16) dont le sens, de par leur complexité, reste forcément obscur. On pourrait encore qualifier cette prose -pleine de clichés, de néologismes, de citations en latin ou autres langues- de prétentieuse, d'ampoulée, quand elle ne sombre pas dans le verbiage insipide.
Que dire encore de ces descriptions à rallonge dont on se lasse rapidement à cause de leur caractère bien trop répétitif qui nuit gravement à la progression de la "narration" à défaut d'intrigue véritable. On se surprend vite à les sauter sournoisement en soupirant : "passons enfin au déluge." L'un des pires exemples s'étale de la p.237 (où l'on apprend qu'une baleine est un poisson !!!) jusqu'à la p.245. Rien ne nous est épargné, du plus infime grain de sable jusqu'à la grosse méduse gélatineuse échouée sur la plage, en passant par tous les éléments intermédiaires dont nous vous ferons grâce par compassion. L'action, par elle même, aurait pu facilement se limiter à 50 pages, mais comme pour chaque page de récit il faut en ajouter au minimum 5 de descriptions, ça fait évidemment beaucoup de papier noirci pour ne pas dire gâché ;-) Vous nous direz qu'on n'arrive ainsi qu'à un total de 300 environ, alors que le bouquin en a plus de 400. Que contiennent donc les pages restantes ? Exact, nous avions oublié de préciser que notre auteur aime tellement ses descriptions qu'il en fait des copier-coller pratiquement mot pour mot. On se farcit ainsi au moins 5 fois la description de l'entrepôt-dépotoir où sévissaient les garnements, vous voyez qu'à ce rythme on arrive rapidement au bout du compte...
Que dire encore ? Ah oui, nous avons aussi été particulièrement énervés par certains noms et mots qui reviennent, hors de propos, à une fréquence obsessionnelle : Lycurgue, Hiram Abi, l'abbé Marchena, ancillaire et surtout cécine (que le traducteur aurait dû orthographier cecina pour éviter la confusion avec le composé chimique.)
Étant donné que Somoza souffre des mêmes tocs, nous nous risquerons d'émettre l'hypothèse selon laquelle un virus spécifique sévissant à Cuba pourrait en être la cause... ;-) Et à propos de ce Lycurgue qui hante visiblement Carpentier pour on ne sait quelle obscure raison, nous avons été consternés par cette scène (p.76) d'une puérilité grotesque où Victor est censé animer des épisodes de la vie de ce personnage. S'il n'était décédé, on aurait aimé que Alejo nous montre comment il s'y prendrait pour mimer ce législateur et à plus forte raison une scène de sa vie dont on ne sait rien !!! Il est également évident que d'autres passages (ex: p.361) ont été écrits en pleine ivresse lysergique, sinon on est légitimement en droit de se poser des questions sur la santé mentale de l'auteur. Dans le même ordre d'idées on ne peut pas passer sous silence l'omniprésence d'un tableau représentant une "explosion dans une cathédrale". Oeuvre qui, soit dit en passant, avait autant de chances de se trouver dans cette demeure qu'un portrait dédicacé de tonton Adolf dans le boudoir d'Anne Sinclair ;-) [ Afin de rassurer nos lecteurs fans d'art pictural, précisons que -contrairement aux élucubrations d'Alejo- cette toile n'est pas l'oeuvre d'un artiste anonyme et qu'elle n'a pas été vandalisée par Esteban (p.398) puisqu'on peut la contempler, intacte, au Fitzwilliam Museum sous le titre de "King Asa of Juda destroying the idols" ] Des esprits bienveillants voudront y voir (ce qui reste à prouver) la volonté de l'auteur d'en faire un symbole de ce mode de civilisation en train de s'écrouler. Mais alors pourquoi ne pas faire allusion à d'autres peintres comme Thomas Cole ou John Martin qui ont illustré ce thème de manière encore plus explicite ? Manque de vraie culture ? On est poussé vers ce soupçon dès le premier chapitre où Carpentier commence à déverser le trop plein de son glossaire : mots rares ou techniques glanés au cours de lectures on ne peut plus éclectiques. Il adore le bric à brac et ne se gêne pas pour nous l'infliger encore et encore. C'est bien connu : La culture c'est comme la confiture...moins on en a plus on l'étale et notre pédant ne s'en prive pas hélas. Que d'anecdotes, de digressions hors sujet, qui débarquent comme un cheveu sur la soupe, c'est éreintant...Curieusement ce reproche est fait à Victor au début de la (p.360)...comme quoi on ne se voit jamais tel qu'on est !
La sensibilité de certains lecteurs sera également mise à rude épreuve par ce goût malsain pour la mort et la cruauté, (typique de la mentalité ibérique) illustré par des descriptions complaisantes et insistantes de diverses atrocités, sans compter la foule des autres outrances. On pourrait encore énumérer les plagiats, toutes les invraisemblances et scènes ridicules, mais nous laisserons cette corvée aux lecteurs masochistes qui voudront se risquer dans ce siècle, qui ne nous aura certes pas éblouis par ses lumières.
Faut-il encore voir dans ce livre une critique des dérives de la Révolution Cubaine ? Nous n'y avons trouvé aucune allusion évidente. Alejo n'avait-il pas le courage qu'il prête à Sofia ? Victime d'un assassinat, il aurait pourtant bénéficié d'une aura de gloire pour sa postérité. Comme Mitterrand il a raté la sortie théâtrale dont tous deux devaient rêver...
CONCLUSION : Certes, on ne peut nier que Carpentier soit un écrivain cubain, mais certainement pas un "grand" écrivain comme on voudrait nous le faire admettre.
Commenter  J’apprécie          72
Une idée de départ qui éveille notre curiosité ... comment les évènements de la révolution française ont été vécus dans ces départements de l'autre côté de l'Atlantique ?
Je me retrouve happée par une histoire déjà lue et relue maintes et maintes fois mais cette fois ci, racontée par quelqu'un qui nous montre la vision qu'a donné la Révolution française, avec un grand R s'il vous plaît, de l'autre côté de l'Atlantique, dans ces Caraïbes où on parle de la métropole.
Surprenant, instructif, pleins de petits et grands détails qui ont façonné la vision de la grande Histoire,
Découvrir le degré reaumur, un simple petit détail qui nous plonge dans la découverte du monde des sciences de ces temps là (1),
Suivre la vie d'un drôle de personnage Victor Hugues, loin d'être uniquement un personnage de roman, c'est une figure représentative de ce que furent les politiques de ces temps là (2),
Écouter une complainte venue d'un autre temps qui nous rappelle les croyances de ces temps là (3).

Je suis conquise par cette leçon d'histoire, de notre histoire qui lève un voile sur les événements qui eurent lieu sur le territoire français et sur ce que sont devenus ces territoires d'outre mer.
Je suis conquise par cette leçon d'histoire d'une caraïbe inconnue, laissée aux mains des français, anglais, espagnols et même hollandais pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui avec toutes ses différences malgré une histoire globale.

Une leçon d'histoire magistrale qui nous parle de notre patrimoine culturel et montre l'explosion des idées à travers le monde et l'éclat des idées véhiculées par la révolution française pour le meilleur et pour le pire.
Une leçon de psychologie individuelle qui nous montre les capacités d'un individu pour faire ou défaire ce qu'il avait précédemment réalisé après y avoir lui même cru et fait croire aux autres.


(1)
L'échelle Réaumur est une échelle de température conçue en 1731 par le physicien et inventeur français René Antoine Ferchault de Réaumur, qui a défini son thermomètre à partir de la dilatation apparente de l'alcool et en calibrant un intervalle de référence entre le point de congélation de l'eau (valeur : zéro) et le point d'ébullition de l'esprit de vin (valeur 80).
Ainsi, l'unité de cette échelle, nommée faussement le degré Réaumur, vaut 5/4 (soit 1,25) d'un Kelvin (ou d'un degré Celsius) et a le même zéro que le degré Celsius.

(2)
Jean-Baptiste Victor Hugues (1762-1826), est un administrateur colonial français qui gouverna la Guadeloupe de 1794 à 1798, puis la Guyane de 1799 à 1809.
En tant qu'administrateur français dans les colonies, il participe à l'application de l'abolition de l'esclavage à la Guadeloupe, puis à son rétablissement en Guyane.

(3)
À Notre Dame du Bon Secours

1. Je mets ma confiance,
Vierge, en votre secours.
Servez-moi de défense,
Prenez soin de mes jours.
Et quand ma dernière heure,
Viendra fixer mon sort,
Obtenez que je meure,
De la plus sainte mort.
 
2. Sainte Vierge Marie,
Asyle des pécheurs.
Prenez part, je vous prie,
A mes justes frayeurs.
Vous êtes mon refuge,
Votre Fils est mon Roi,
Mais Il sera mon Juge,
Intercédez pour moi.
 
3. Ah ! Soyez-moi propice,
Avant que de mourir.
Apaisez Sa Justice,
Je crains de la subir.
Mère pleine de zèle,
Protégez votre enfant.
Je vous serai (toujours) fidèle,
Jusqu'au dernier moment (instant).
 
4. A dessein de vous plaire,
Ô Reine de mon coeur.
Je promets ne rien faire,
Qui blesse votre honneur.
Je veux que par hommage,
Ceux qui me sont sujets,
En tout lieu, à tout âge,
Prennent vos intérêts.
 
5. Voyez coulez mes larmes,
Mère du Bel Amour.
Finissez mes alarmes,
Dans ce mortel séjour.
Venez rompre mes chaînes,
Pour m'approchez de Vous.
Aimable Souveraine,
Que mon sort seroit doux.
 
6. Vous êtes Vierge-Mère,
Après Dieu mon support.
Je sais qu'Il est mon Père,
Mais vous êtes mon fort.
Faîtes que dans la gloire,
Parmi les Bienheureux,
Je chante la victoire,
Du Monarque des Cieux.
 
Commenter  J’apprécie          70
Grâce à la licence de l'art romanesque, le Siècle des Lumières illustre les successives et multiples palinodies de l'histoire de la Révolution Française telle qu'elle fut perçue, comme les rides qui se propagent sur l'onde après la chute d'une pierre, dans les colonies françaises et espagnoles des Antilles. Et pour ce faire Alejo Carpentier choisit pour incarner cette période Victor Hugues, figure contrastée et controversée telle qu'il se définit lui-même dans ses différents avatars "Boulanger, négociant, maçon, anti-maçon, Jacobin, héros militaire, rebelle, prisonnier, absous par ceux qui ont tué celui qui m'a fait, agent du Directoire, agent du Consulat". le choix de ce personnage historique mais peu connu est habile car il laisse toute latitude au romancier de développer sa créativité tout en épousant les données de la chronique. Paru en 1962, ce livre écrit par le plus français des auteurs d'Amérique Latine, frappe par l'impression saisissante d'avoir été écrit dans la grande période romanesque du XIXème siècle. C'est une prose majestueuse qui nous est donné de lire, poétique, avec des vastes périodes, qui se scandent, qu'on prend plaisir à rouler dans sa bouche, alors que les dialogues en sont pour ainsi dire absents, seuls quelques soliloques bien troussés demeurent. Ce magnifique opus, consacrant l'art d'un maître romancier, opère une action démythificatrice, salutaire et bienvenue, de la geste révolutionnaire.
Commenter  J’apprécie          81

Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Comme un long et terrifiant coup de tonnerre d’été, annonciateur des cyclones qui assombrissent le ciel et abattent des villes, la nouvelle brutale retentit dans toute l’enceinte de la Caraïbe, soulevant des clameurs et allumant les torches de l’incendie : la loi du 30 floréal, an X, était promulguée, d’après laquelle on rétablissait l’esclavage dans les colonies françaises d’Amérique ; elle annulait les effets du décret du 16 pluviôse, an II. Une immense allégresse éclata chez les possédants, planteurs et propriétaires terriens, promptement informés de ce qui les intéressait, si promptement que les messages avaient volé par-dessus les bateaux, car on avait appris en outre qu’on reviendrait au système colonial antérieur à 1789, ce qui permettait d’en finir une bonne fois avec les élucubrations humanitaires de cette sale révolution.
(...)
On fit savoir ensuite aux présents que ceux qui refuseraient de se soumettre à leur ancien esclavage seraient punis avec la plus extrême sévérité. Le lendemain leurs propriétaires viendraient se saisir à nouveau de leurs personnes, et les conduiraient à leurs propriétés, plantations et habitations respectives. Ceux qui ne seraient pas réclamés seraient mis publiquement en vente. Un vaste concert de pleurs, convulsifs, exaspérés, pleurs collectifs pareils à un ululement de bêtes traquées, s’éleva de la négraille, tandis que les autorités se retiraient, escortées par une batterie assourdissante de tambours… Mais déjà, de tous côtés, des ombres s’enfonçaient dans la nuit, recherchant la protection des fourrés et de la forêt vierge. Ceux qui n’étaient pas tombés dans le premier coup de filet gagnaient le maquis, volaient pirogues et barques pour remonter les rivières, presque nus, sans armes, résolus à retourner à la vie de leurs ancêtres, en un endroit où les Blancs ne pussent les rattraper.
Commenter  J’apprécie          20
L'humanité est divisée en 2 catégories : les oppresseurs et les opprimés. L'habitude, la nécessité et le manque de loisirs empêchent la plus grande partie des opprimés de se rendre compte de leur condition.
Commenter  J’apprécie          110
Ce sont les croyants béats, les naïfs, les dévoreurs d'écrits humanitaires, les calvinistes de l'idée, qui élèvent les guillotines.
Commenter  J’apprécie          90
Les gens qui n'avaient jamais vu un trône l'imaginaient monumental et sans fissures. Mais ceux qui l'avaient eu devant leurs yeux connaissaient ses souillures et ses failles.
Commenter  J’apprécie          60
Où est la maison préférable à toute autre que tu cherches à présent? - Je ne sais pas . Là où les hommes vivent autrement. Ici tout sent le cadavre. Je veux retourner au monde des vivants; de ceux qui croient en quelque chose. Je n'attends rien de ceux qui n'attendent rien.
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Alejo Carpentier (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alejo Carpentier
Vidéo de Alejo Carpentier
autres livres classés : littérature cubaineVoir plus
Les plus populaires : Littérature étrangère Voir plus


Lecteurs (493) Voir plus



Quiz Voir plus

Les classiques de la littérature sud-américaine

Quel est l'écrivain colombien associé au "réalisme magique"

Gabriel Garcia Marquez
Luis Sepulveda
Alvaro Mutis
Santiago Gamboa

10 questions
380 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature sud-américaine , latino-américain , amérique du sudCréer un quiz sur ce livre

{* *} .._..