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Critiques sur Les Rêveurs (150)
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palamede
  07 janvier 2019
J'ai été touchée par Isabelle Carré. À travers son histoire, ses rêves ses questionnements, ses mots simples nous parlent. Et avec quel talent ! Sa petite musique personnelle, si belle, humaine, juste, nous atteint au plus profond. Les émotions de ses héros déjantés et dépressifs, de ses rêveurs en quête de sens, sont les nôtres. Celles de tout un chacun qui a compris qu'on ne réussit jamais mieux que ses rêves.

« Pourquoi est-ce si difficile de les laisser, d'accepter qu'on ne pourra pas les revoir car ils ne nous appartiennent plus, la porte s'est claquée pour toujours, le temps ne fera que nous en éloigner, à moins d'être un bon rêveur, celui qui se souvient toujours de ses rêves, de rêves si clairs et précis qu'ils permettent de s'y attarder encore, d'entrer à nouveau dans ces pièces de l'enfance, sans autre clé que le désir constant d'y revenir. »


Challenge MULTI-DÉFIS 2019
Challenge PLUMES FÉMININES 2019
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Gwen21
  28 mars 2018
Touchant, intime, parfois poétique... mais surtout soporifique !

La comédienne Isabelle Carré raconte et se raconte.
Se la raconte ?

Autobiographie ou roman, ce n'est pas clair mais ce n'est pas cela qui m'a vraiment dérangée pendant ma lecture. J'ai plutôt eu du mal avec le style que j'ai trouvé trop peu sûr de lui, je suis habituée à des plumes plus affirmées, plus téméraires, or l'excès de sensibilité qui transparaît dans le verbe d'Isabelle Carré - actrice que j'apprécie beaucoup au demeurant pour sa finesse de jeu - m'a très rapidement agacée. Sa narration m'a semblé surjouée, et au fil des pages, de plus en plus éparpillée. Sans doute était-ce l'effet recherché ? Entraîner le lecteur dans un rêve, ou plutôt dans les rêves de ses différents personnages, d'où le titre ? C'est exact que dans un rêve, on ne distingue pas de contours, de structure, on traverse un nuage, une pensée fugitive, on erre d'illusions en espoirs. Comme tout le monde, ça ne me déplaît pas, de temps en temps, de lâcher prise et de rêver, mais alors pourquoi confronter le rêve à la réalité et lui donner des visages si réels, ceux de ses propres parents et frères ? On sent tous les efforts déployés par l'auteure pour nous faire aimer ces derniers mais ça s'essouffle, l'ennui gagne du terrain.

Je ne peux pas dire qu'Isabelle Carré soit une bonne conteuse, j'ai surtout eu l'impression qu'il y avait dans son écriture davantage de bonne volonté et d'envie de bien faire que de talent. Je reconnais qu'il faut énormément de cran pour se mettre à nu ainsi, je veux donc voir dans ce premier roman un hommage, un peu bancal, rendu aux siens. Mais en ce qui me concerne, je continuerai à l'apprécier sur grand écran ou sur les planches, mais pas à travers ses pages.


Challenge MULTI-DÉFIS 2018
Challenge PLUMES FÉMININES 2018
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sylvaine
  10 janvier 2018
« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu'un parfum s'épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu'il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l'odeur de leur mère, d'une maison, d'une époque bénie de leur vie, d'un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l'odeur de leur enfance…" Ce sont ces mots qui m'ont "accrochés" ! Je ne pouvais qu'ouvrir ce livre , c'était inimaginable de ne pas le faire. Comme j'ai bien fait !
Pantin 1969 une toute jeune femme confinée dans un minuscule studio au confort minimaliste attend la fin du terme. Isolée du monde par une famille « bien » elle est harcelée par ses proches ils veulent qu'elle signe …. Signera ou ne signera t'elle pas ? Elle n'aurait pas signé ,cette histoire n'aurait pas pu s'écrire…
Isabelle Carré se raconte , nous raconte elle , son père , sa mère , ses frères, sa maison, les années 70 , celles de son enfance . Une enfance pleine de rêves mais était-ce une enfance rêvée se demande t'elle. Nous la suivons discrète, toujours le sourire aux lèvres mais inconnue et incomprise de tous . C'est la rencontre avec le théâtre qui sera le déclic vital et lui permettra de VIVRE ... Une plume magnifique,un récit nourri du passé mais tourné irrémédiablement vers l'avenir . Alors lorsque j'ai découvert au fil des pages qui était l'auteure je me suis sentie mal à l'aise devant mon inculture cinématographique . Mais au fond n'était-ce pas là un cadeau ? j'ai ainsi pu profiter de ces pages sans arrière pensées ni influences diverses et variées. Je me dois de remercier les Editions Grasset via NetGalley pour cette lecture et surtout Isabelle. Carré pour ces pages lumineuses
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isabelleisapure
  27 février 2018
La vie d'Isabelle Carré a certainement davantage occupé les médias depuis la parution de son livre que durant le reste de sa carrière.

Car, mise à part son talent qui fait l'unanimité dans le milieu du cinéma et auprès du public, on savait bien peu de chose sur la vie privée de l'une des actrices les plus discrètes du cinéma français.

En refermant ce livre, que l'on qualifie de roman, mais qui est davantage une autobiographie, je me pose la question des motivations qui ont poussé Isabelle Carré à lever le voile sur sa personnalité.
Besoin de se livrer pour se sortir d'un passé douloureux et encombrant où envie de pénétrer « en littérature » ?
Qu'importe au fond, même si pour ma part, j'aimerais bien retrouver cette plume délicate et élégante dans une histoire de pure fiction.

Mais, patience. Je reviens donc à ces rêveurs qui ont façonné la jeune femme.
Avec une grande franchise, oubliant toute chronologie, Isabelle Carré évoque avec pudeur son enfance, puis son adolescence au sein d'une famille post-soixante-huitarde.
Avec délicatesse, elle évoque cette mère fragile, pour laquelle, la moindre action devient un combat.
Son père mettra des années à s'accepter tel qu'il est et à s'assumer.

Elle-même nous confie ses angoisses existentielles, ses rêves contrariés qui l'ont conduite à faire une tentative de suicide. Révélant cette part d'ombre présente en chacun, qu'elle dissimule au quotidien sous un sourire.
J'ai beaucoup aimé ce texte particulièrement touchant, teinté d'une certaine nostalgie.

A bientôt, Isabelle, au cinéma et je l'espère en librairie.

Merci aux Editions Grasset et à NetGalley.


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AudreyT
  11 février 2018
*****

Isabelle est une jeune fille qui qualifie elle-même sa famille de peu banale : elle vit avec ses deux frères et ses parents dans un immense appartement parisien aux murs rouges, aux tableaux peints par son père artiste, aux sons de la musique du moment et des frappes sur les touches de piano par son frère. Mais tout n'est pas simple, ni rose, ni fluide : sa mère semble parfois leur parler comme à des fantômes, les yeux vides, et son père s'enferme dans la salle de bain, à la recherche d'un corps de magasine. Isabelle se sent seule, abandonnée, et a du mal à trouver sa place. Ou sont les bras dont elle a besoin pour être réchauffée ? Ou sont les baisers qui lui assureraient qu'elle est une enfant aimée ?

Il est difficile de parler de ce premier roman, tant on le sent autobiographique. Et pourtant !!! Il est sublime !!!
L'écriture est maîtrisée, la narration navigue entre les époques, les personnages, les points de vue, sans que jamais le lecteur ne soit perdu. Isabelle Carré est une auteur pudique et douce, dont on imagine sans mal le sourire sur les lèvres quand elle écrit. Elle nous livre son enfance, son adolescence, sans jamais un mot déplacé, sans jugement de valeur ou accusions non fondées. Elle nous fait cadeau de ses blessures, de ses cicatrices et de ses failles. On ne l'apprécie que d'avantage.

Et si Isabelle Carré, de son écriture poétique, nous fait une place à ses côtés, c'est peut être qu'elle a tant cherché la sienne, qu'elle connaît le prix et la force qu'elle peut nous apporter...
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tynn
  20 mars 2018
J'ai entamé cette lecture en ronchonnant (gentiment)!
« Encore un livre intitulé roman et qui va sans doute s'apparenter à une autobiographie ».
Cette ambiguïté semble récurrente dans la production littéraire française et me procure autant d'agacement, par un voyeurisme imposé, que de plaisir quand le livre est bon.

Et c'est bien le cas ici, par la découverte d'un auteur niché derrière le talent de l'artiste connue et appréciée. Un premier livre au style fluide et généreux, qui démontre encore une fois que chaque histoire de famille peut être un roman et qu'il suffit de savoir la raconter.

Et elle raconte fort bien, Isabelle Carré.
Elle parle d'elle, de ses parents, de ses frères, du milieu familial étrange dont elle est issue. On croit voir son sourire un brin angélique derrière les pages, ce petit air mutin qui permet de tout dire, avec dérision et léger sarcasme, mais aussi simplicité et pudeur. Il y a bien sûr beaucoup à dire, à explorer et à comprendre dans cette famille dysfonctionnelle (ou au moins très singulière) et la catharsis est encore une fois une forme de reconstruction et de bilan personnel. Et honnêtement, elle admet inventer quand elle ne sait pas. Finalement, ce sont des souvenirs très littéraires dans leur forme expressive, sans excès de manche pour exprimer la fragilité et le doute.

J'ai lu avec plaisir en dépit de mon peu d'intérêt pour les confidences d'autrui par le biais de l'écrit. Enfant de son époque, trop tôt confrontée aux réalités sociales, Isabelle Carré s'interroge et réagit sur la famille, l'éducation, l'homosexualité et l'impact du contexte de vie dans la construction d'un individu. L'insolite s'invite derrière l'image bien lisse et souriante d'une belle actrice solaire, par tout un pan de miroirs brisés qui étonne et intrigue.

« Je suis une actrice connue que personne ne connaît »
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sabine59
  20 février 2018
Toute la grâce lumineuse de l'actrice se retrouve dans ce premier roman autobiographique... Et ce n'est certes pas un livre de plus où l'auteur(e) se regarde le nombril. Pas du tout! Poétique et touchant, il m'a séduite dès le début.

J'évoque la lumière,et pourtant, quelle tristesse, quelle enfance angoissante! Je suis passée par différents sentiments: empathie, compassion, mais aussi colère et incompréhension devant l'irresponsabilité des parents, leur démission . Mais à aucun moment, comme Delphine de Vigan dans " Rien ne s'oppose à la nuit", l'adulte qu'elle est devenue ne fait de reproches, n'accuse. On sent une grande tendresse , en dépit de tout, pour sa mère, comme pour son père.

Les souvenirs de l'enfance et de l'adolescence nous sont rapportés de façon un peu anarchique, de même que la jeunesse de ses parents. Elle écrit :" Mon récit manque d'unité , ne respecte aucune chronologie, et ce désordre est peut-être à l'image de nos vies, en tout cas de la mienne ." Ce que je trouve tout à fait juste. Une famille atypique, borderline, où elle ne connaît aucun repère, entre une mère souvent dépressive ,absente ,et un père à la vie professionnelle en forme de montagnes russes,qui se libère soudain du joug familial en vivant au grand jour son homosexualité, Après une tentative de suicide à 14 ans, comment peut-on excuser les parents de l'avoir laissé habiter seule, pleine de peur et de vide, dans un appartement, à 15 ans?? J'en frémis encore!

Mais au-delà de la souffrance, de la solitude, il y a les mots, consignés dans un cahier. Il y a l'imagination débordante d'une enfant qui se réfugie dans ses rêves et va pouvoir s' exprimer dans un cours de théâtre,en étant autre, il y a ce sourire lisse qu'elle affiche face aux fracas des jours, aux peurs qui dévorent le corps,et comme je la comprends, ayant plaqué le même sourire sur le visage, pour cacher des tourments profonds...

Et surtout, il y a cette belle écriture, délicate, sensible, qui souffle avec légèreté sur le poids du passé, qui transcende et illumine. Lucide mais inspirée, renouant les fils de la mémoire, tentant de trouver sa voie intime. Elle explique qu'elle est enfin revenue à l'écriture de soi:" Je continue et je reviens à moi, dans un aller-retour heureux, enfin fluide."

Cette musique intérieure, ténue et nostalgique, ces accords vibrants et brisés de l'enfance continuent à résonner longtemps dans le coeur du lecteur...
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Fleitour
  05 avril 2018
Les Rêveurs, un récit où les mots sont portés jusqu'à leur incandescence par Isabelle Carré, jusqu'à la rupture, quand la voix se brise, quand les yeux se ferment, où quand l'émotion retient ses larmes. Il faut alors apaiser les battements du coeur et reprendre son souffle. Abasourdi par cette acuité à faire revivre, les hésitations de la mère, la tendresse qui ne sait plus par où passer, "une famille où les femmes n'ont pas de bras". le Grand-Père est le seul être, qui fut capable de rattacher la mère d'Isabelle à la vie.


Ce roman est la révélation d'un réel talent. Isabelle Carré n'a pas seulement raconté son enfance, elle a imaginé les blancs, créé des passerelles entre des événements disjoints, éparpillés, dans une géographie familiale de plus en plus complexe. Quel magie pour repeindre des épisodes douloureux, en vaudevilles bouleversants.
Elle rejoint dans ma bibliothèque Lionel Duroy, un autre écrivain cabossé par une enfance tourmentée où plane comme par hasard une vieille famille bordelaise.


Isabelle Carré, a fait de la rêverie, un sas, une parenthèse, pour ne pas étouffer, pour ne pas chercher à tout deviner et à tout comprendre de ses parents, de la fragilité de sa mère, aux humeurs changeantes de son père. Elle ressent une bizarrerie, qui fait d'elle un vilain petit canard, qui n'est pas tout à fait comme les autres enfants.
Ses parents, poursuivent parfois semble-t-il des chimères, comme des châteaux en Espagne, des rêves un peu fous.

Alors oui, ce sont des rêveurs, vus de loin, une périphrase pour ne pas dire, des parents un peu déglingués, riches un jour ruinés le lendemain.

Il est difficile d'imaginer le parcours chaotique d'Isabelle Carré, où la peur envahit chaque enfant, au point de les pousser à des postures violentes, "le voisin craque, exige que mon frère arrête avec ce piano, qu'on n'a même pas pris la peine d'accorder il ne cesse de jouer pendant des heures improvisant Keith Jarrett." p 108.
Ce sont aussi des actes insensés, comme cet envol d'Isabelle à l'âge de trois ans, depuis le 2ème étage, pour rejoindre sa mère, dans la crainte possible, d'être oubliée.

Puisque l'homosexualité du père est au coeur du livre, sa révélation, devient un épiphénomène, tant les indices, les attitudes ambivalents du père, ne pouvaient que révéler une personnalité singulière. Comment ne pas remarquer cette peinture faite par un ami du père, sur la porte de leur appartement, côté public, vu sur le palier, ou deux hommes nus courent sur une plage !

l'adresse d'Isabelle Carré, est d'avoir su se moquer de la fragilité ou de la singularité de ses parents sans jamais les juger, en ayant pour eux de la tendresse, celle qui a manqué à sa mère, une tendresse où les bras brusquement vous enveloppent, telles de grandes ailes pour vous protéger de la tempête.



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pyrouette
  19 août 2018
Isabelle raconte son enfance et la vie de ses parents, les rêveurs. Leur rencontre était improbable : la mère d'Isabelle enceinte et reniée par sa famille d'aristocrates qui attendait qu'elle accouche pour faire adopter l'enfant, et son père artiste refoulant son identité amoureuse. Pourtant le couple s'installe dans un appartement dans le 7ème arrondissement de Paris. du rouge, de la couleur, des tableaux, un piano, Isabelle et ses deux frères grandissent dans un habitat peu adapté pour des enfants. Leur mère, secrétaire de direction, combat sans cesse ses démons, ses angoisses, sa fragilité. Les enfants grandissent livrés à eux-mêmes, sans réelle tendresse. Isabelle ressent de l'insécurité, sa mère n'est pas vraiment là, ne la sauvera d'aucun danger. Leur père peint, travaille et mène une vie parallèle et un peu secrète.

Les enfants ont du mal à trouver leur place à l'école. La normalité est, pour eux, à la maison et celle des autres terrorise cette petite fille.

Une tentative de suicide à l'âge de quatorze ans fait comprendre à Isabelle qu'elle doit quitter ses parents qui se séparent, vivre seule malgré sa terreur, se construire. Son père ne combat plus son homosexualité, sa mère ses talents d'artiste. Ils trouvent l'un et l'autre une sorte de stabilité.

Isabelle trouve sa voie, sa passion : le théâtre. Quoi de plus réconfortant que de se mettre dans la peau de personnages différents ?

C'est un très beau récit de souvenirs, pudique et sobre. La plume de l'auteure, ferme et posée, fait remonter ses souvenirs, ses ressentis de petite fille, son enfance chaotique dans un désordre total et vécu.

Il est très difficile de donner son avis sur un roman lié à l'enfance, celui-ci est délicat.
Lien : http://pyrouette.canalblog.c..
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hcdahlem
  15 janvier 2018
La vie et rien d'autre
Pour ses débuts en littérature, Isabelle Carré nous livre un roman d'apprentissage étonnant et détonnant.

Une fois n'est pas coutume, commençons par la dernière page du roman d'Isabelle carré, celle des remerciements, pour noter d'abord qu'elle a participé à l'atelier d'écriture «Marcher sur la queue du tigre» de Philippe Djian. Quand ce dernier explique qu'il n'apprend pas à écrire à ses élèves «mais à éviter les écueils, à gagner du temps et à réfléchir à ce qu'ils font à l'aide d'exercices dont ils doivent respecter l'énoncé. Il n'y a pas de manière d'apprendre à écrire, plutôt une façon d'apprendre à ressentir», on ne peut que constater ici combien elle a pu faire son miel de ces conseils.
En remerciant sa mère, qui «a compris ce qu'elle voulait faire», Isabelle Carré nous livre une seconde clé. Comme elle l'a expliqué au micro de Léa Salamé sur France Inter, elle n'a pas voulu une «vérité vraie», mais raconter des impressions. «Ce sont beaucoup plus des émotions que des faits» expliquera-t-elle en revendiquant sa subjectivité.
Concrètement, cela donne un premier chapitre où la petite fille qu'elle est encore se promène main dans la main avec sa mère jusqu'au moment où cette dernière lâche sa petite menotte. «Ma mère ne me voit pas, elle ne me sauvera d'aucun danger, elle n'est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s'en va.» Ne cherchons pas plus loin l'explication du titre du roman. Tous les acteurs de cette tragi-comédie sont des rêveurs. La mère qui vit dans un monde parrallèle, fait plus de dépressions que d'exaltations. le père qui va se transformer au fil des ans physiquement et mentalement jusqu'à finir par avouer son homosexualité et quitter le domicile pour rejoindre son ami. Et Isabelle qui ne trouve pas sa place dans ce tourbillon et choisit de rêver sa vie plutôt que de l'affronter. C'est ainsi qu'elle choisit, par exemple, de prendre son envol du second étage de son domicile… La dure réalité, la chute qui s'en suit, aura pour conséquence de briser sa carrière de danseuse.
Une autre tentative de suicide, par la prise d'une grande quantité de pilules, l'obligera à séjourner dans un hopitâl psychiatrique. Où elle fera une belle rencontre. Car c'est bien à un roman d'apprentissage que nous avons affaire, à l'étude d'un parcours qui – pour dramatique qu'il soit – a fait d'Isabelle Carré l'actrice «discrète et lumineuse» que l'on connaît.
En explorant ses souvenirs, elle va refuser la narration chronologique pour laisser les fortes impressions dominer, pour essayer d'attrapper ces moments intenses avant qu'il ne soit trop tard : « le temps ne fera que nous en éloigner, à moins d'être un bon rêveur, celui qui se souvient toujours de ses rêves, de rêves si clairs et précis qu'ils permettent de s'y attarder encore, d'entrer à nouveau dans ces pièces de l'enfance, sans autre clé que le désir constant d'y revenir. »
Les parfums et les odeurs, les lieux et les personnes: la romancière nous propose un concentré d'émotions qui par vagues successives vont dessiner le portrait de cette famille très particulière. Dont elle aimerait beaucoup trouver le mode d'emploi. Jusqu'au moment où elle comprend que c'est mission impossible, qu'elle ne changera pas son passé et que ce roman est aussi celui de sa «vraie» vie.
« Puisque tout est vrai, et que les acteurs "font semblant de faire semblant", comme l'écrit Marivaux
Lien : https://collectiondelivres.w..
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