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ISBN : 2070394727
Éditeur : Gallimard (03/01/1997)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 801 notes)
Résumé :
La classe de neige commence mal pour Nicolas ; déjà, son père n'a pas voulu le laisser monter dans le car avec les autres et a tenu à le conduire en personne au chalet, histoire qu'il se fasse bien remarquer.

En plus, Nicolas n'est pas du genre à s'intégrer facilement ; or, arrivés la veille, les autres ont déjà pris leurs marques : rien de tel pour qu'il se sente encore un peu plus en retrait.

Mais surtout, il a oublié son sac dans l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (90) Voir plus Ajouter une critique
rabanne
  14 janvier 2018
Chronique d'un drame annoncé.
Un huis-clos à la montagne. Une classe de neige pas tout à fait comme les autres. Et Nicolas, un jeune garçon pas comme les autres non plus, particulièrement sensible et mystérieux.
Un climat oppressant dès le début. L'image du père tout de suite imposante et glaçante, contrastant fortement avec la douceur et bienveillance du moniteur. Même opposition probante entre la maîtresse et la mère de Nicolas. Au coeur de l'histoire : l'enfant, livré à lui-même, seul face au groupe, qu'il croit d'emblée hostile. En lui, une confusion certaine entre la peur et le désir, le cauchemar et le rêve, la réalité et la fiction...
Un récit percutant sur le pouvoir de l'inconscient chez l'enfant, sur la force de l'intuition, de l'imaginaire et du fantasme, sur ce que les secrets peuvent engendrer de nocif, psychologiquement parlant : insécurité affective, affabulation, traumatisme et culpabilité.
Cela ne m'étonne pas que le roman ait été adapté, j'ai trouvé la plume d'Emmanuel Carrère très cinématographique.
(recommandé en 3ème / Français : se raconter, se représenter)
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Lorraine47
  02 mai 2015
Bonne pioche et là encore je me dois de remercier mes amis babelionautes qui ont su aiguiser ma curiosité pour le grand talent de conteur d'Emmanuel Carrère.
On a beaucoup de difficulté à lâcher ce court roman de 171 pages tant le récit est rondement mené. Mon coeur de mère s'est immédiatement empli d'une infinie compassion pour Nicolas, ce petit garçon parti pour un séjour en classe de neige qu'il semble appréhender terriblement à cause de sa grande timidité.
Comble de la déroute pour notre petit bonhomme, son père est reparti en oubliant le sac avec tout son trousseau pour le séjour! Pour couronner le tout, on comprend que l'ouverture au monde est cruellement absente de son bagage éducatif, je vous l'ai dit, un vrai petit pioupiou qu'on aurait envie de prendre sous son aile.
Petit à petit, nous suivons l'ascension du tragique aux côtés de ce petits gars, impuissants que nous sommes!
Une classe de neige initiatique et expiatoire...
Emmanuel Carrère est désormais un auteur qui compte pour moi!
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Jean-Daniel
  17 octobre 2017
« La classe de neige » a obtenu le prix Femina en 1995, ce titre aux résonnances douces de souvenirs d'enfance pourrait laisser penser que nous sommes en présence d'un roman léger et joyeux, il n'en est rien.
Nicolas part en classe de neige avec sa classe. Il n'en a pas envie mais sa maîtresse a insisté, c'est l'occasion de se faire une place dans le groupe. Toutefois une appréhension, partagée par les parents qui redoutent un accident de car, amène le père à conduire Nicolas au lieu de résidence de la classe de neige. Malheureusement, Nicolas oublie son sac de voyage dans le coffre de la voiture de son père, il tombe malade, et commence à s'inquiéter de ne pas recevoir de nouvelles de celui-ci. En quelques lignes, le malaise est déjà bien présent, il ne fera que croitre. A partir de l'oubli de son sac, Nicolas voit son séjour à la montagne se transformer en véritable cauchemar.
Après un début presque banal, l'auteur installe une atmosphère lourde et oppressante ; une menace plane sur Nicolas et le lecteur est amené à se plonger dans l'angoissante imagination de Nicolas où le réel et l'imaginaire s'imbriquent pour ne faire qu'un. Le lecteur ignore d'où le danger va surgir, quel forme il va prendre, mais il devine que quelque chose est en marche. La classe de neige est un roman du non-dit qui est continuellement une source de tension. Certaines choses sont dites à demi-mots, d'autres sont sous-entendues. Tout au long du roman, Emmanuel Carrère donne des indices mais ne dévoile rien, il déstabilise le lecteur et le laisse imaginer et découvrir par lui-même. Ainsi, certaines révélations ne sont que suscitées et font appel à l'esprit de déduction du lecteur. Il y a un sentiment d'étouffement dans ce presque huis-clos que l'auteur nous impose pour créer un sentiment d'enfermement. Le malaise règne en maitre dans ce troublant roman où le père, absent du chalet, est pourtant omniprésent.
Emmanuel Carrère affiche une formidable efficacité en allant à l'essentiel par petites touches successives qui offrent des indices éclairant la situation et pour décrire des sentiments et la capacité des enfants à se raconter des histoires que chez les adultes on nommerait mythomanie. Le mythomane se ment à lui-même, confondant vérités et mensonges, réalité et fiction. C'est exactement ce qui arrive à Nicolas dont les hallucinations prédominent sur le réel qui ne semble plus avoir d'emprise sur lui. Ne sachant plus faire la distinction entre le réel et l'imaginaire, il devient victime de ses propres illusions, en partie pour se protéger.
Ainsi, pour échapper à une terrible réalité, en proie à des angoisses nées de son imagination, Nicolas prend ses rêves pour des réalités et se crée un univers dans lequel il imagine son père en héros. Mais la réalité va se révéler toute autre. A la fin du roman, Nicolas voit ses craintes se concrétiser à travers le comportement de son père meurtrier. La réalité va rattraper le jeune Nicolas avec la révélation finale d'une rare violence. La fin est rude et l'intrigue se termine sans que la vérité soit exprimée de façon explicite.
Emmanuel Carrère nous offre une nouvelle fois un excellent roman, écrit dans un style sobre et précis, où il décrit avec talent la psychologie d'un enfant peu sûr de lui et en recherche de reconnaissance.
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Macha_Loubrun
  12 juin 2013
Nicolas est en CM1, c'est un enfant mal dans sa peau à l'imaginaire morbide. Ses idées sont corsetées par une éducation particulièrement stricte, des interdits et des peurs véhiculés par ses parents. C'est son père qui le dépose à « La classe de neige », il n'est pas question de prendre de risques d'accident en autocar. Pas facile d'être à l'aise devant les copains dans ces conditions ! En plus, son père a oublié de lui donner sa valise en partant…. Nicolas est dans sa bulle et ses terreurs l'empêchent de faire partie du groupe. Une nuit il se retrouve en pyjama dans la nuit glaciale… Il sera malade et ne pourra pas participer aux activités, un enfant René a disparu dans la région…., Nicolas est perdu dans de sombres interrogations.
L'ambiance devient vite oppressante. Comme si une grosse boule noire se dirigeait inexorablement vers le chalet où les enfants résident durant le séjour à la neige. Pourtant, la maîtresse et Patrick, l'animateur, l'entourent d'attention. Et puis il partage enfin un terrible secret avec Hodkann, un camarade de classe.
On est dans l'intimité psychologique de Nicolas, un enfant qui s'isole autant qu'on l'isole Toute l'ambigüité dérangeante du livre se niche dans ce paradoxe.
Et la boule noire reste coincée au fond de la gorge à la fin du roman au moment du dénouement tragique.
Je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique de ce roman par Claude Miller et je n'avais lu avec enthousiasme que des récits autobiographiques ou biographiques d'Emmanuel Carrère. Ce magnifique roman m'attendait dans un vide grenier ce week-end, je l'ai lu d'une traite. Il a fait de moi une lectrice définitivement conquise par le talent d'écriture et de narration d'Emmanuel Carrère.
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Levant
  12 mars 2017
Nul ne guérit de son enfance, chante Jean Ferrat.
L'enfance ce n'est pas un temps de la vie. C'est un lieu où tout est démesuré. Les chaises trop hautes, les chagrins trop profonds. Les grandes personnes trop souvent incompréhensibles. Tout au long de l'existence, l'enfance vous rappelle à ses jeux d'ombre et de lumière.
L'enfance est un refuge quand c'est un sourire qui vous y invite. C'est l'antre de la terreur quand c'est le souvenir d'une larme qui coule.
Celui qui traverse l'enfance a besoin d'une main secourable pour l'accompagner dans le grand vide de l'inconnu. Quand cette main fait défaut, l'enfant sombre dans l'abîme de la solitude. Il n'aura plus de port d'attache où trouver réconfort et consolation.
La classe de neige, c'est l'histoire d'une main qui a lâché prise. C'est émouvant.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
alienor44alienor44   24 novembre 2018
Il y eut un long silence. Personne n'osait bouger. Les vitres étaient tellement recouvertes de buée qu'on ne voyait plus rien dehors. Nicolas joignit les mains et voulut dans sa tête réciter le Notre Père, mais il n'arrivait plus à se rappeler les phrases, même la première. Il lui semblait entendre, très loin, la voix de sa mère en prononcer des bribes qu'il ne pouvait répéter. Autrefois, elle était dame catéchiste. Depuis le déménagement, c'était finit, et elle ne leur faisait plus, à son petit frère et lui, réciter de prière le soir. Il s'imagina, mais c'était absolument impossible, rien que de se représenter les geste l'épouvantait, porter la main à la poche de son blouson, en sortir l'affichette que lui avait donnée le gendarme, la déplier - ô, le froissement du papier ! - et contempler la photo de René. Il se demanda ce qu'il en ferait dans les heures, les jours à venir, s'il oserait la sortir, la garder, où il la mettrait. S'il avait eu son coffre-fort, il aurait pu l'y ranger, et ensuite l'enterrer, oublier la formule. Si quelqu'un la trouvait dans sa poche, ou le surprenait en train de la regarder, est-ce qu'il ne devinerait pas à quoi Hodkann et lui avaient joué pendant la nuit ?
Leur conversation nocturne, ses propres inventions lui faisaient maintenant l'effet d'un crime, d'un participation inavouable, monstrueuse, au crime qui s'était déroulé pour de bon. Il revoyait le visage poupin de René, ses cheveux au bol, ses incisives trop écartées, ou sa dent de lait tombée. Il avait dû la mettre sous son oreiller, attendre que la petite souris vienne la remplacer par un cadeau. Derrière les lunettes, ses yeux se noyaient d'épouvante, l'épouvante d'un petite garçon sur qui un inconnu se penche pour le tuer, et Nicolas sentait se coller sur son propre visage l'expression de René, sa bouche s'ouvrir sur un cri silencieux qui ne prendrait jamais fin. Il aurait presque aimé qu'à ce moment une main s'abatte sur son épaule, qu'un gendarme fouille son blouson et en sorte l'avis de recherche qui le dénonçait. Un gendarme, ou le père de René, ivre de douleur, prêt à tuer à son tour et qui le tuerait sans doute s'il apprenait à quoi Hodkann et lui s'était amusés. Est-ce que les parent de René étaient là, dans le groupe rassemblé sur la place et dont les séparait maintenant le mur de bué opaque ? Est-ce qu'ils étaient encore tous là ? Que faisait Hodkann ? Est-ce qu'il priait ? Est-ce qu'ils priaient tous autour de lui, recueillis dans cette chapelle de buée ? Est-ce qu'il y aurait une fin à ce silence, à cette horreur qui les enveloppait tous et avec laquelle lui, à l'insu de tous, avait partie liée ?
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alienor44alienor44   24 novembre 2018
Quelques rires saluèrent cette répartie, que Patrick ne releva pas. Un peu plus tard, il reprit, comme s'il avait seulement entendu la première question : "ON ne fait rien.. On est tout le temps en train de faire quelques chose, de penser à quelque chose. Là, on ne fait rien. On essaie de ne penser à rien. On est là, c'est tout. On se détend. On se fréquentes…". Sa voix était de plus en plus calme et songeuse. Il marchait lentement dans la pièce, entre les corps allongés des enfants. Nicolas le sentit, plus qu'il ne l'entendit, qui passait près de lui. Il entrouvrit les yeux, les referma aussitôt, craignant d'être pris en faute.
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Charybde2Charybde2   29 septembre 2014
La neige recouvrait tout. Il en tombait encore, des flocons que le vent faisait doucement tournoyer. C’était la première fois que Nicolas en voyait autant et, du fond de sa détresse, il ressentit de l’émerveillement. L’air glacé de la nuit saisit sa poitrine à demi nue, contrastant avec la chaleur de la maison endormie derrière lui comme un gros animal repu, au souffle tiède et régulier. Il resta un moment sur le seuil, immobile, puis avança une main sur laquelle se posa légèrement un flocon, et sortit.
Enfonçant ses pieds nus dans la neige que personne n’avait encore foulée, il traversa le terre-plein. L’autocar aussi avait l’air d’un animal endormi, le petit du chalet, serré contre son flanc, dormant les yeux ouverts de ses gros phares éteints. Nicolas le dépassa, longea le chemin jusqu’à la route, couverte de neige aussi. Il se retourna plusieurs fois pour voir les traces de ses pas, profondes et surtout solitaires : il était seul dehors cette nuit, seul à marcher dans la neige, pieds nus, en pyjama mouillé, et personne ne le savait, et personne ne le reverrait. Dans quelques minutes, ses traces seraient effacées.
Passé le premier lacet, là où se trouvait la voiture de Patrick, il s’arrêta. Très loin, entre les branches des sapins, il aperçut une lumière jaune qui se déplaçait en contrebas, puis disparut : sans doute les phares d’une voiture roulant sur la grande route, dans la vallée. Qui voyageait si tard ? Qui, sans le savoir, partageait avec lui le silence et la solitude de cette nuit ?
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HardivillerHardiviller   21 décembre 2017
Chronique parue dans " Mémoire Online " Titrée : " L'art de la bifurcation , dichotomie , mythomanie et uchronie dans l'oeuvre d'Emmanuel Carrère " :
Dans " La classe de neige " , l'auteur va encore plus loin dans ce que l'on pourrait qualifier de mensonge pathologique . En effet , dans ce roman , le menteur , en l’occurrence un jeune garçon , n'arrive plus à faire la différence entre le réel et l'imaginaire . Le lecteur est amené à se plonger dans l'angoissante imagination du jeune Nicolas , dans un univers de fantasmes .........." la classe de neige " étant une sorte de préambule à ce que sera " L'adversaire " ...... Pourquoi Nicolas ment-il ? pourquoi s'invente-t-il un monde imaginaire ? Un fait demeure : "L'enfant qui se met à mentir et à fabuler , sans avoir le désir de mal faire ou de nuire .... risque d'avoir vécu antérieurement une situation traumatisante " ........
Selon Boris Cyrulnik : " L'enfant élevé dans la sécurité affective s'amuse en inventant une fiction , alors que le solitaire , l’abandonné , le mal-aimé , se défend grâce à la fiction , il est nécessaire qu'on le croie pour qu'il ne se sente plus en danger ; c'est même vital .... " ...........
Ainsi tout au long du roman , le jeune Nicolas , fabule , ment et trompe ; il devient l'acteur d'un scénario qu'il a élaboré afin de s’attirer sympathie et admiration ........
Finalement , pour clore l'analyse de ce roman , et bien comprendre la part importante du mensonge dans cette histoire , nous pouvons dire que " La classe de neige est un roman du non-dit . Carrère se sert du mensonge par omission , car tout au long du roman , il donne des indices , mais ne dévoile rien , laissant le lecteur perplexe . Nous savons que le père de Nicolas s’avère être le tueur recherché ... nous le découvrons presque en même temps que Nicolas ..... Ainsi l'intrigue se termine sans que la vérité soit dite de façon explicite .
Le livre " L'adversaire " avec le personnage de jean-Claude Romand aborde la même facette de la mythomanie .
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TempuslegendaeTempuslegendae   02 décembre 2012
Florent GEORGESCO avait écrit un paragraphe inouï à propos de la «La classe de neige».
Soit je n’avais pas tout compris à l’époque, soit je n’avais pas pris suffisamment de recul face à sa réflexion.
«Un grand livre est toujours un livre insaisissable, ce calvaire du critique. Il faudrait expliquer cette vérité un jour, bien que, inexpliquée, elle ne paraisse pas moins évidente et que suffise à tout le fait qu’il y ait des œuvres pour le manifester. La classe de neige a été durant les douze ans qui se sont écoulés depuis sa parution l’une des rares à l’avoir rappelée avec autant de force. Par quel bout qu’on prenne ce roman bref, limpide, direct, on se voit immédiatement projeté dans un autre bout, qui n’est jamais le bon – faut-il dire par bonheur? Oui, il faut le dire. Que vaudrait un critique qui négligerait ses ravissements de lecteur? Peu importe qu’ensuite il se sente démuni.»
Enfin, ça donne un peu de baume au moral, de revêtir par moment, nous, critiques, un minimum d’importance pour aider à véhiculer dans l’esprit du lecteur ce que le romancier ne peut pas faire par l’intermédiaire de sa trame; la déontologie de l’écrivain ne permet pas tout.
Mais surtout, on a besoin de tout le monde.
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