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ISBN : 2253001112
Éditeur : Le Livre de Poche (31/08/1992)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 70 notes)
Résumé :
Au-dessus de Mazel-de-Mort, lorsqu'on atteint le hameau de Maheux, commencent les hautes solitudes : les torrents disparaissent, les sources tarissent, d'immenses étendues sans arbres moutonnent à l'infini. Brûlant ou glacial, le climat confère à toutes les saisons quelque chose de cosmique ou de tellurique
voilà le Haut-Pays des Cévennes, terre huguenote. Les vieux meurent, les fermes sont abandonnées les unes après les autres, les enfants quittent le pays :... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  31 août 2017
Prix Goncourt de Littérature 1972
ISBN : 2 253 00111 2
"... Et Reilhan le Taciturne engendra Abel,
Puis il engendra Joseph Samuel,
Et ensuite il mourut loin de tout secours,
Une grâce que Yahveh lui accorda
Parce qu'il s'était toujours soumis à Sa Volonté.
Et Abel engendra une fille qui mourut à la naissance.
Et Joseph-Samuel n'engendra personne.
Parce que, à l'inverse du Taciturne,
Abel osa défier l'Eternel
Et parce que Joseph-Samuel
0sa se poser trop de questions sur Ses Voies.
Ainsi Jehovah les brisa tous deux
Comme l'homme brise de simples noix,
Car telle était Sa Volonté,
Que celle-ci soit faite à jamais."
Cette courte litanie, entièrement de mon invention (et qui ne vise pas à la rime), résumerait assez bien "L'Epervier de Maheux" et le destin abominable de ses héros. Autant vous recommander, dès le début, de n'offrir cet ouvrage ni à un dépressif, ni à un pessimiste. A moins que Jehovah ne vous ait soufflé de les pousser au suicide, bien sûr. Et même dans ce cas-là, méfiez-vous du retour de bâton ...
Ce jugement, que j'estime lucide bien qu'impitoyable, ne m'empêche en rien d'approuver la remise du Goncourt 72 à Jean Carrière. Son "Epervier de Maheux" est l'un des textes les plus puissants que j'ai pu lire sur la vie rurale. Et l'on voit bien, dans la poésie de son style et le naturel apparent de ses descriptions de ces terribles Cévennes où se déroule l'action qu'il ne fut pas pour rien le secrétaire du grand Giono. Mais là où Giono maintient l'espérance, Carrière laisse son lecteur nu, livré à lui-même aussi bien dans la sécheresse atroce de l'été que dans la glace infernale de l'hiver, le tout sous l'oeil d'un Jéhovah tout-à-fait fidèle à son profil biblique : hostile, perpétuellement courroucé, indifférent à la souffrance, et l'encourageant même, d'un orgueil luciférien et doté d'un mépris envers ses créatures que Zeus lui-même n'afficha jamais.
Les Reilhan, comme la plupart de leurs voisins, sont protestants. Je serais même tentée, sans preuve aucune, d'ajouter calvinistes purs et durs. Passons sur les persécutions que subirent leurs ancêtres dans les siècles passés : si cela explique peut-être certaines de leurs lâchetés, cela ne justifie en rien leur passivité révoltante face celui qu'ils nomment l'Eternel. C'est bien simple : plus ledit Eternel se révèle hargneux et injuste envers eux, plus ils le glorifient . Puisque l'Eternel le veut, laissons-nous piétiner et, si possible, trouvons le moyen de nous piétiner nous-mêmes ...
Chez Reilhan Père, surnommé le Taciturne, qui n'a trouvé à se marier qu'en recopiant sans vergogne - et donc, en mentant à celle qui espérait en lui - les modèles de lettres trouvés dans un antique paquet de "Veillées des Chaumières", le piétinement de soi, l'écrasement volontaire sous la volonté soi-disant divine, se manifestent par un attachement quasi obsessionnel à sa terre. Si encore il s'agissait d'une terre relativement normale, comme celle de "La Terre", ce roman de Zola (peut-être le plus dur, à bien y réfléchir, de la saga des Rougon-Macquart), mais non : la terre du Taciturne fait toujours des siennes. Aussi maussade que le Dieu vénéré par son propriétaire, elle se dessèche à plaisir, ou alors se convulse avec volupté sous des pluies qui tuent les éventuelles récoltes. Ne parlons pas des mois les plus terribles de l'hiver où tout gèle, glace et expose tout un chacun à grelotter dans son coin en avalant son assiettée de bajara - un mélange de lait et de châtaignes. Quand encore il y a du lait ...
Reilhan aurait pu, avec un peu d'effort et un peu plus de jugeote, vivre avec plus de dignité. Mais bon, puisque Jehovah a voulu que ce soit ainsi, n'est-ce pas ? ...
Joseph-Samuel, son second fils, prendra avec le temps celui de s'interroger sur ce Dieu si sévère. Sa mère rêve de le voir devenir pasteur mais il devra se contenter, grâce d'ailleurs à l'appui du pasteur de Florac, le hameau voisin, lequel a de la famille en Suisse, de devenir vendeur dans une librairie religieuse, au pays du chocolat et des montagnes, des vraies. A la fin du roman, on se demande encore si Joseph croit ou non en un Dieu, quel que soit Celui-ci. On sait en tout cas que, s'il s'est fait à l'idée de reposer un jour à côté des membres de sa famille, dans le cimetière qui jouxte les bâtiments délabrés de Maheux où il passa sa jeunesse, jamais il n'acceptera de revenir vivre là en attendant la Camarde.
Ainsi, en quelque sorte, Joseph parvient à s'échapper. En est-il plus heureux ? Un peu sans doute. Mais à peine : le Dieu terrible de son enfance et de sa jeunesse, les conditions dans lesquelles il a grandi, l'abandon dans lequel il a laissé sa mère, laquelle a pourtant tout sacrifié pour lui, le mépris qui est né en lui envers tout son passé à Maheux et ses origines paysannes, ce reniement presque total en fait l'en empêcheront à jamais d'abord parce qu'il possède une certaine sensibilité et ensuite parce que, bien que le plus intelligent des deux frères, ce n'est tout de même pas une flèche.
Abel, lui, par contre, esprit beaucoup plus simple (pour être franc, les gens de Maheux apparaissent souvent au lecteur comme des êtres primitifs perdus en plein XXème siècle), se satisfait de son mode de vie. Jusqu'au jour où, pour qu'elle s'occupe de sa mère, laquelle a perdu la raison, la malheureuse, après le départ pour la Suisse de son cher Joseph (son préféré de toujours), il épouse Marie la Noiraude, la fille d'un ami de son père. Au début, la jeune femme met de l'ordre et essaie d'arranger les choses. Mais, née et élevée plus bas, chez un fermier plus riche, moins soumise également (les femmes ne sont-elles pas des créatures du Démon ? ) à la Loi de l'Eternel, elle se rend très vite compte que le sempiternel combat d'Abel est perdu d'avance. Et le jour arrive où elle le quitte pour retourner chez son père ...
Je passe sur la fin : vous n'aurez pas grand mal à la deviner mais vous en aurez peut-être plus à imaginer l'abominable tour que Jéhovah, toujours lui, joue au malheureux Abel, lequel, en une scène de révolte que j'ai beaucoup aimée bien que sachant qu'elle venait trop tard, hélas, tant pour Abel que pour le lecteur, refuse enfin de se coucher devant celui qui lui a donné des dés pipés pour jouer sa vie.
Âpre, sans concession, le style de Carrière, derrière lequel on devine, en parallèle à l'influence de Jean Giono, les démons personnels de l'auteur, nous donne probablement l'un des plus grands romans de la littérature française - non, je n'exagère pas - et l'une des remises en question les plus incisives et les plus implacables de la religion et de Dieu, particulièrement le "Dieu de Colère" du protestantisme. On y décèle aussi la révolte personnelle de l'écrivain face à la passivité, encouragée, et pour tout dire imposée, par cette religion haineuse (désolée mais je vois mal quel adjectif utiliser à la place) à un peuple à qui il voue une tendresse et une admiration profondes mais auquel il en veut tout aussi profondément de se soumettre sans protester à une parole qualifiée de "divine" alors qu'elle ne cesse d'humilier et d'amoindrir la créature au profit de son supposé Créateur. le seul avantage reste la déresponsabilisation, en tout cas envers les vivants, des gens de Maheux. (Mais ils n'en demeurent pas moins responsables de tout devant leur cher Eternel, cela va sans dire .)
Un avantage aussi ténu en vaut-il la peine devant la Folie qui les guette tous et qui finit par les toucher, un jour ou l'autre ? D'ailleurs, cet épervier qu'Abel ne cesse d'apercevoir, tournoyant au dessus de lui et de ses travaux divers (et qui échoueront tous) pour donner satisfaction à son épouse, n'est-il pas le symbole de cette Folie, de ce Mal qui le guettent comme ils ont guetté son père, sa mère et tant d'autres ? Et n'est-ce pas au moment où il le croit enfin mort qu'Abel est, sans le savoir, pris au piège de son destin ? Et pour finir, cet épervier est-il réel ou n'est-ce qu'une hallucination engendrée par un cerveau très simple, harassé de soleil et de fatigue, et qui n'aspire plus qu'à libérer une fois pour toutes l'esprit, si simple soit-il, qu'il abrite ? ...
A vous de vous faire une opinion. Mais accrochez-vous bien : "L'Epervier de Maheux", avec son rythme lent et l'horreur larvée et aussi vieille que le monde qu'il nous dépeint, est un roman redoutable. ;o)
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lecassin
  30 décembre 2011
Si les paysans de Maheux ne parviennent pas à « lâcher » cette terre aride des Cévennes, force est de reconnaître qu'il n'est pas facile non plus de lâcher ce livre somptueux.
« L'épervier de Maheux », c'est l'histoire de ces familles qui se meurent sur leurs terres, en quasi-autarcie, sur fond d'exode rural ; mais avaient-ils le choix : « là où la chèvre est attachée il faut qu'elle broute » dit-on.
Deuxième ouvrage de Jean Carrière après « Retour à Uzès », « L'épervier de Maheux » valut à son auteur les honneurs du Prix Goncourt, assorties de critiques acerbes et l'étiquette régionaliste qu'on tenta de lui faire porter ; inconcevable pour ce proche de Giono. Giono, régionaliste lui aussi sans doute, qui dépeint si bien « sa » Provence ?
Qu'importe, le prix Goncourt lui apporta la célébrité, mais aussi profonde dépression ; preuve que les Hautes Terres cévenoles ensoleillées ne préparent pas forcement aux feux de la rampe.
« L'épervier de Maheux » reste un roman d'une rare force qui ne soffre pas de la comparaison avec Jean Giono. A lire et à relire.
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igaluck
  06 décembre 2013
Il faut s'accrocher pour démarrer. Les phrases ne sont pas simples. Jean Carrière nous offre une langue râpeuse, rude et tellurique, toute de cailloux et de douleurs. le pays est lourd, âpre, peu enclin à la présence humaine. C'est un endroit où « il n'est pas de maîtresse branche ni de poutre à portée de main qui n'aient offert au moins une fois la tentation d'y accrocher un bien vilaine corde ». Une peinture du pays cévenol qui sort des sentiers touristiques.
Le vieux Reilhan, taiseux lunaire, trouve sa consolation dans la « navigation à travers les grands espaces » « avec enfin le ciel immense pour lui seul » quand il peut emprunter un cheval pour labourer ses champs hauts. Samuel, le benjamin, cultive son handicap par mollesse et se débat avec une mère omniprésente. Abel, l'aîné, est un ours des montagnes buté. Il s'acharne à « tirer avec un mauvais fusil sur une cible inaccessible ». Les personnages secondaires ont autant de densité que les personnages principaux. Ils marquent, frappent l'imagination de leur réalité.
Le médecin, surtout, personnage cynique, cultivé, au regard distancié, parsème le roman de ses commentaires, témoin désabusé mais aimant à sa façon. L'irréalité des apparences matérielles face à la vie de l'esprit, la valeur dérisoire de l'être humain écrasé par les parois de la montagne, la superficialité de la vie courante, l'habitent à le hanter.
« Il vaudrait mieux être une pierre que ce nous sommes. » (315)
Un de ces bouleversements littéraires qui remuent l'intérieur comme il en arrive rarement. J'ai été soufflée.
Lien : http://versautrechose.fr/blo..
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allard95
  27 juin 2017
En 1972, Jean Carrière nous a livré ce chef d'oeuvre. Livre de terroir (nous sommes dans un hameau perdu dans la Lozère), roman de moeurs paysannes, mais aussi oeuvre philosophique sur l'homme et sa destinée. Il y a tout d'abord une écriture magistrale (l'auteur peut nous décrire sur 60 pages l'hiver autour de la maison), riche, colorée: une description époustouflante de cette campagne désolée. Et puis un drame humain: une famille pauvre, tiraillée entre l'envie de s'en sortir (donc de partir) ou de rester, en faisant face à l'adversité des lieux et des situations. Un couple malheureux, maladroit et aigri, enfermé dans l'impasse de sa solitude; et l'homme qui va, jusqu'à l'aveuglement, travailler, se tuer à la tâche, dans un but absurde et vain. C'est superbe, et beau. de plus, ne nous voilons pas la face: le sisyphe campagnard dont nous parle J.Carrière, il peut tout aussi bien être urbain. C'est un peu chacun de nous. Le terme de nos vies sera bien le même, et aurons-nous construit davantage?
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Ledraveur
  05 janvier 2014
Une certaine lecture d'une région des Cévennes riche en bruyère sur ces coteaux fin août, terre farouche du côté de Trabassac, haut-lieu des Camisards de Jouany et Roland.
Épopée rude et aride d'un monde de lumières accablantes et ténébreuses des tourments d'êtres mi-homme, mi-bête, obstinées, butés enfouis dans les profondeurs insondables de leur détresse d'être né en un monde hallucinatoire ...
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Les critiques presse (1)
Bibliobs   17 février 2016
Merci de ne pas passer à côté de ce très beau petit livre, qui ne s’avantage pas et qui se mérite.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   01 septembre 2017
[...] ... - "Tout ça pour rien !" disait Despuech de sa voix courte et sifflante d'homme qui n'en a plus pour longtemps à vivre et qui voit les choses comme elles sont. Il considérait le remblai de la mine en hochant la tête :

- "Dure qu'il a fait ça pour rien !"

Il avait l'air effondré, il ne cessait de de répéter :

- "Tout ça pour rien !"

L'autre secouait la tête et refusait d'entendre, embastionné dans son secret :

- "J'ai mon secret ... Puisque je vous dis que j'ai mon secret ...

- Quel secret, qu'est-ce que tu nous fatigues avec ton secret," s'impatienta tout-à-coup Despuech, "mais Bon Dieu, regarde !"

Il se baissa péniblement, ramassa une poignée de sable dans les dernières brouettées déversées, l'écrasa dans sa main :

- "Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? Tu n'as donc pas compris que tu ne trouveras rien ? Hein ? Tu n'as pas compris que tu ne peux pas en trouver parce que tu t'es trompé de montagne ?"

Reilhan jeta sa cigarette à moitié fumée et laissa tomber ses bras, mains grandes ouvertes - blanc comme un linge. Il n'y avait pas le plus petit souffle d'air, pas une feuille qui bougea. C'était le cas de dire qu'on entendait voler les mouches ; à croire que la forêt n'était qu'un immense charnier.

- "Qu'est-ce que vous dites ?" articula-t-il.

- "Mon pauvre, je dis que depuis des mois et des mois, tu te crèves pour rien : l'Aiqualette, c'est une autre crête que celle-ci, là-bas, derrière ... "

Il désignait la croupe couverte de bois qui n'était pas l'Aiqualette et qui, de ne pas l'être, semblait instantanément étaler au grand jour tares et vices éhontés, insignificiance et stérilité.

A voir la tête que faisait son gendre, il ajouta un peu de pommade :

- "Tu me diras que c'est le même massif, et que la nappe pouvait très bien venir jusqu'ici. C'est ton facteur qui m'a mis la puce à l'oreille en me parlant de la source de Combebelle. Il prétend qu'elle se trouve sur le versant est de l'Aiqualette ... Je la connais, cette source, on y allait quand on était gosses. Et je peux te dire qu'entre cette crête et Combebelle, il y a une autre crête, justement, l'Aiqualette ...

- Hé ! L'Aiqualette ! L'Aiqualette ! Vous commencez à m'emmerder avec votre Aiqualette, et puis voilà !"

L'autre vint lui respirer sous le nez :

- "Même que tu trouverais là-dessus les chutes du Niagara, est-ce que ça changerait quelque chose à ta situation ? Est-ce que tu serais moins con pour ça ?

- Et si ça me fait plaisir, moi, de creuser pour rien ?"

Démasqué ! ... [...]
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igaluckigaluck   03 novembre 2013
Prenons un exemple : un beau matin, des messieurs très calés décident qu'il faut soigner les crétins du Haut-Pays (tenus pour tels) : ces énergumènes baveurs et ravis qu'on rencontre parfois là-haut assis au pied d'un arbre, et qui ont avec les papillons ou le vent de mystérieux conciliabules, les empêchent de dormir. Soigner, c'est- à-dire essayer d'ajuster le comportement d'un zèbre qui vit au milieu de ses chèvres dans un isolement presque total, sur celui du premier couillon venu, et d'ailleurs parfaitement abruti par les cohues, le tiercé, les bistrots ou le cinéma. On voit qu'il ne s'agit pas du même animal. Guéris, c'est-à -dire bons pour l'abrutissement général, on les renvoie chez eux. (22)
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lecassinlecassin   28 décembre 2011
La première neige de l'année tomba en abondance vers la fin novembre. C'était une apparition précoce qui entraîna le haut pays, et presque tout le Sud dans un hiver sans précédent : pression inouïe du silence, calfeutrant de son étoupe le sang au fond des oreilles.
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WolandWoland   01 septembre 2017
[...] ... Evidemment, cet incident ne se serait pas produit, ni la suite, si le vieux maniaque n'avait retardé la fermeture du cercueil en voulant boucher cette fente de crainte qu'elle ne fasse mauvais effet sur d'éventuels clients. Les sept ou huit personne qui attendaient dans la cuisine étaient montées à leur tour, ainsi que M. Barthélémy et, derrière lui, se tenant sur le pas de la porte, blanc comme un linge et à moitié mort de peur, le jeune boiteux. Grand silence, comme tout à l'heure et dehors, grand concert d'insectes : des millions d'élytres proclamant le noir triomphe de l'été (sur de longues aires calcinées comme de hauts plateaux d'Ethiopie, des glaives, des pinces, des couteaux-scies, des mandibules, des machines de guerre, des combats sans merci de chevaliers-homards, des génocides à la gloire d'un dieu minotaure). M. Barthélémy, un peu défraîchi par l'algarade de l'escalier, et atteint dans son prestige, paraissait avoir brusquement vieilli de plusieurs années. Il avait retiré ses lunettes pour les essuyer et on ne voyait plus que ses yeux de myope, des yeux rapetissés, aux paupières chiffonnées et légèrement enflammées. Dépouillé de l'emblème de son autorité, il avait l'air nu, flétri, vulnérable : une huître sans coquille. A la fin, le docteur avait pris la veuve par le bras : "Maintenant, ça suffit comme ça," et il avait ordonné aux deux zèbres de boucler la caisse. Au moment où le vieux s'apprêtait à enfoncer les vis, la veuve s'était penchée vers lui et elle lui avait dit quelque chose à l'oreille ; le vieux avait paru interloqué et il l'avait regardée d'un drôle d'air ; elle lui avait parlé de nouveau doucement à l'oreille, alors il avait hoché la tête et dit : "Bon, d'accord, on va essayer" ; il avait retiré les vis une à une ; les gens retenaient leur respiration et se regardaient sans comprendre ; ils se demandaient ce qui allait arriver, et si la veuve n'était pas subitement devenue folle. Non, elle désirait simplement récupérer le drap, et le vieux s'était exécuté devant une assistance pétrifiée ; par bonheur, la manœuvre avait été facilitée par le fait que le drap s'était presque entièrement roulé au-dessus du corps quand on avait fait basculer celui-ci dans la bière : le vieux n'avait eu qu'à tirer dessus en soulevant le couvercle ; elle le lui avait pris aussitôt des mains, comme on fait avec du linge sale qui traîne lorsqu'un visiteur fait irruption inopinément, et l'avait fourré en boule sous le lit ; M. Barthélémy avait tiré son mouchoir et il l'appuyait discrètement contre le bas de son visage ; d'ailleurs, d'autres personnes en faisaient autant. Il est certain qu'il fallait avoir le cœur bien accroché pour ne pas rendre ses tripes. ... [...]
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lecassinlecassin   30 décembre 2011
Il ne pleuvait jamais le soir, mais le ciel s’ouvrait au contraire, vaste et multicolore, vers le couchant, l’océan, l’ouest somptueux, les Amériques – l’Amérique du Nord, l’étoilée, à laquelle avaient appartenu ces plateaux à l’ère des trilobites. Le Haut-Pays reprenait la mer, au crépuscule, et remontait le vent dans la direction de l’étoile polaire.
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