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Critique de Presence


Presence
  14 décembre 2015
Ce tome fait suite à Hello, Cosmic! (épisodes 1 à 6) qu'il faut avoir lu avant. Il contient les épisodes 7 à 12, initialement parus en 2006, écrits par Joe Casey, dessinés et encrés par Tom Scioli, et mis en couleurs par Nick Filardi.

En orbite autour de la Terre, des astronautes voient passer une pluie d'un millier de points de lumière qui foncent droit vers New York. le cadavre de Discordia est l'objet d'un affrontement entre Eghad (l'homme de main de Friedrich Nickelhead) et une troupe de rats anthropomorphes habillés comme Superman (sans le S sur la poitrine).

Neela Archer vient dire au revoir à ses 2 soeurs (Angie et Stella) avant de partir en mission dans l'espace. L'opinion publique se soulève contre Adam Archer du fait des conséquences trop importantes sur la population de New York lors de son dernier combat. Maxim provoque la révélation de l'origine de l'univers dans l'esprit d'Adam Archer. Puis ce dernier est capturé alors qu'un vaisseau en forme de pyramide monumentale est en position stationnaire au-dessus de l'océan, à proximité de New York (après avoir percuté la statue de la Liberté).

Pas de changement par rapport au tome précédent, les auteurs continuent de réaliser des comics à la manière de Jack Kirby en mode cosmique. Tom Scioli augmente le nombre de cadrage à la Kirby, c'est-à-dire avec les mains en avant, ou même les pieds en avant. Il réalise de magnifiques séquences cosmiques dignes de Kirby en particulier lors de la révélation relative à l'origine de l'univers.

Il y a des corps célestes à profusion, des entités anthropomorphes de taille gigantesque, de l'énergie qui crépite sous forme de Kirby Crackles. le vaisseau en forme de pyramide est gigantesque, la texture de la pierre de son "hangar" est rendu presqu'aussi bien que l'aurait fait Kirby. Les personnages ont souvent cette expression exagérée d'emphase avec la bouche ouverte.

Joe Casey continue également de faire son Kirby. Il y a bien sûr les péripéties, qu'il s'agisse des combats physiques avec superpouvoirs, et des personnages qui discutent pendant (ou qui exprime leurs réflexions à travers des bulles de pensée), de l'origine de l'univers, de races extraterrestres, ou bien d'un visionnaire illuminé très humain. Ce qui apparaît de manière plus patente dans ce deuxième tome, c'est également le rythme très soutenu du récit, similaire à ceux de Kirby. Les péripéties s'enchaînent sans temps mort, avec une grande inventivité et une belle capacité de renouvellement. Casey utilise également les tourments intérieurs des personnages, mais sur un ton moins intense que celui de Kirby. le départ de Neela Archer est plus raisonné, et moins émotif que les réactions de Johnny Storm ou Ben Grimm.

Bien sûr le lecteur ne peut que constater à nouveau qu'à eux 2, Casey et Scioli ne sont pas Jack Kirby. Scioli n'arrive toujours pas à maîtriser les ombrages conceptuels à la Kirby, et sa représentation de la technologie est plus laborieuse et moins convaincante que celle de Kirby. Les piercings d'Angie Archer changent de place et de nombre d'une séquence à l'autre, dans un manque de cohérence peu professionnel (à moins qu'il n'y ait une explication à cet étrange phénomène dans les tomes suivants). Casey n'arrive pas à rattacher son récit aux grandes mythologies et aux grands mystères de l'humanité. Ils réalisent une ou deux séquences à la naïveté désarmante. Il y a par exemple Angie pilotant un avion monoplace au-dessus de New York capable de dialoguer avec Adam Archer, comme si de rien n'était malgré la vitesse, le vent, et le fracas du moteur. Il s'amuse à faire discrètement référence à une autre de ses histoires (The milkman murders), de manière gratuite, sans rapport avec le récit.

D'un autre côté, Casey et Scioli ne limitent pas leur narration à faire du sous-Jack Kirby, comme un hommage bon marché pour un profit rapide. À plusieurs reprises, Scioli s'abreuve à la même source que Kirby pour le merveilleux. La pluie de points de lumière est enchanteresse, les paysages cosmiques sont imposants, l'énergie crépite avec une vivacité indomptable, Eghad (une sorte de décalque de Toad, Mortimer Toynbee) est bondissant et enjoué, la créature tentaculaire au sein de laquelle Adam Archer se retrouve est un amalgame parfait du dessin et des effets spéciaux de couleurs (infographie qui n'existait pas du temps de Kirby).

Joe Casey fait preuve d'une belle imagination pour les menaces cosmiques et il continue de sonder le concept de la création par une créature d'un ordre supérieur. L'impression donnée par ce thème est assez amusante car Casey et Scioli montrent le créateur comme une sorte d'extraterrestre de grande taille, dans une armure technologique indéchiffrable. Difficile de ne pas y voir comme une déclaration d'athéisme devant cette image infantile du créateur.

La narration des auteurs mélangent images naïves et rebondissements improbables, dans une histoire pétillante et enlevée qui s'adresse aussi bien à des adultes qu'à des enfants. En effet, ils réalisent un hommage, ce qui invite à un deuxième degré de lecture en tant que commentaire sur les comics de Jack Kirby. le ton n'a rien de pédant car ils font preuve d'un humour bon enfant qu'il s'agisse du comportement de Friedrich Nickelback (assez imbu de sa supériorité déambulant avec un verre de vin à la main), ou de celui de Basil Cronus (toujours flottant de guingois dans son bocal, en attente d'un prochain fix).

Le lecteur de comics plonge donc un récit à la forme aisément reconnaissable, aux thèmes classiques, et à l'humour sympathique qui ne verse jamais dans la parodie moqueuse. Il constate également qu'il ressent l'émerveillement d'Adam Archer (et de sa soeur Neela) devant l'immensité de l'univers, ses phénomènes indicibles, et le sens de l'inconnu. Les auteurs ne se contentent pas de faire du Kirby, ils réussissent à se connecter sur cette soif de la découverte, cette volonté d'aventure, ce besoin de remettre en question la place de l'homme dans l'univers. Il est possible de s'agacer des facilités narratives (bulles de pensées, ou situations trop infantiles dans leur conception) ; il est impossible de résister à cette pulsion de découverte, à cet environnement dont l'enchantement n'a pas disparu dans l'oeil de celui qui le contemple. le lecteur aura bien du mal à résister à l'envie de savoir ce que les aventures d'Adam Archer lui permettront de découvrir.
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