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Critique de kielosa


kielosa
  31 juillet 2019
Le 21 mai dernier, j'ai fait une critique relativement détaillée de l'ouvrage de Jorge Volpi Escalante : "Un roman mexicain" sur la tumultueuse affaire Florence Cassez.

Comme je craignais que même le grand Franz Kafka aurait eu quelques difficultés à saisir les finesses du dossier de Florence Cassez et qu'ils me restaient quelques questions, j'ai décidé de lire un des 2 ouvrages de la victime de cette ténébreuse affaire elle-même, à savoir : "À l'ombre de ma vie", sorti chez Michel Lafon en 2010. L'auteure a écrit un autre ouvrage "Rien n'emprisonne l'innocence", publié par le même éditeur en janvier 2014. Pour les 2 livres elle a bénéficié de l'aide d'Éric Dussart, animateur et producteur de télévision.
Le présent ouvrage contient une brève préface par Jean-Yves Tapon, journaliste de radio, de France Bleu Nord.

En fait, ce qui m'intriguait le plus c'était d'apprendre le ressenti de la victime principale de cette horrible histoire.

L'auteure de cet ouvrage est presque une voisine, née à Beuvry dans le Pas-de-Calais et à 80 kilomètres d'où j'habite, le 17 novembre 1974, ce qui lui donne 44 ans. Mais elle n'en avait que tout juste 31, lorsque le 8 décembre 2005, le sort s'est abattu sur elle sous la forme d'une arrestation brutale par l'AFI - Agence Fédérale d'Investigation - du Mexique. Dans le registre criminel, il se trouve que cet État important d'Amérique Centrale connaît 2 grandes spécialités : le narcotrafic et l'enlèvement ou plutôt le "kidnapping" pour des sous. Si la première spécialité a assuré au pays une réputation mondiale que personne n'ignore, l'ampleur de la 2e, par contre, est beaucoup moins connue ici en Europe.

L'enlèvement, séquestration et libération pour des dollars sont devenue un fléau national. Une calamité contre laquelle les autorités ont eu l'idée de frapper un grand coup spectaculaire en direct sur les plus grosses chaînes de télévision. Un montage : arrestation spectaculaire de quelques gros criminels et simultanément libéralisation de quelques pauvres victimes. Seul inconvénient un tel procédé ne respecte pas des principes universels juridiques de base, telle la présomption d'innocence.

Nous sommes en décembre 2005. Cela fait 2 ans et demi que Florence Cassez soit arrivée au Mexique, où habite un de ses 2 frères, Sébastien avec son épouse Iolany et leurs 2 enfants. Son frère est un homme d'affaires qui lui offre un job dans une de ses entreprises, "Sistemas de salud y belleza" (systèmes de santé et beauté).

Florence, déjà comme gamine, était ambitieuse et impatiente, à qui le dur boulot ne faisait pas peur. C'est ainsi qu'elle ait arrêté ses études à 16 ans et s'est lancée dans toutes sortes de jobs avec la même énergie admirable, mais a malheureusement connu des hauts et des bas. C'est lors d'une période de bas, qu'elle décide, en mars 2003, d'aller tenter sa chance à Mexico City, cette énorme capitale avec presque 9 millions d'habitants, comme New York.

L'esprit brillant à l'origine de cette idée lumineuse, mais juridiquement totalement inacceptable bien sûr, se nomme Genaro García Luna, le créateur et le directeur de l'AFI. J'ignore si c'est l'arrestation bedonnée de Françoise Cassez qui lui a valu sa nomination comme Secrétaire d'État à la sécurité nationale ? Toujours est-il qu'il a été très puissant dans cette fonction de 2006 à 2012, avant de fuir à Miami, où il se cache. Car ce beau monsieur était aussi en ménage avec les narcotrafiquants, qui le "subventionnaient" !

Mettez-vous à la place de Florence : vous venez de passer une série de tests difficiles et éliminatoires pour un job d'hôtesse à l'étage VIP d'un des meilleurs hôtels de la capitale mexicaine, vous croyez être finalement sortie d'une mauvaise passe, vous avez 30 ans et fière du job qui vous attend, vous .... et soudain le ciel vous tombe sur la tête. En direct. Accusée de ravisseuse criminelle devant des millions de téléspectateurs.

J'ai ajouté à la bibliothèque virtuelle de Babelio une photo du Paris Match de ce jour fatidique du 8 décembre 2005. On y voit son ex petit ami, Israel Vallarte Cisneros, fermement tenu par un agent de l'AFI et notre Florence ébahie et inquiète.

Tout juste un an après, l'auteure avoue être "au fond du désespoir", d'être entrée dans une "dépression profonde" (page 121). Elle mentionne aussi l'abattement et la peur. Elle craint d'être broyée par la machine. Elle vient de renvoyer son premier avocat Jorge Ochoa, qui n'a sûrement pas fait de miracles et ne vaut pas ses 10.000 euros par mois, que son père pour pouvoir payer, a été obligé vendre sa petite entreprise de textile.

En fait, les perspectives changent pour elle avec le soutien du pénaliste réputé, Frank Berton, qui à plusieurs reprises étudie l'énorme dossier à fond et constate qu'il y a 15 violations de la Constitution et des pratiques juridiques fondamentales mexicaines dans la condamnation et l'appel de Florence Cassez, condamnée d'abord à 96 ans et ensuite à 60 ans de prison. le "super-héros du barreau", comme Paris Match l'a surnommé, a l'oreille du Président Nicolas Sarkozy, mais les rapports entre lui et son homologue mexicain, Felipe Calderón (2006-2012), se gâtent. Il en résulte une confrontation de prestige, jusqu'à ce que la Cour suprême du Mexique annule, le 23 janvier 2013 la condamnation de Florence Cassez, qui le lendemain s'envole pour Paris.

Sur ce "bulldozer" du barreau, originaire d'Amiens, Elsa Vigoureux a publié une intéressante biographie : "Le Journal de Frank Berton" , en avril dernier.

Le plus intéressant de ce livre est, bien entendu, le témoignage personnel de l'auteure. Confinée dans une prison primitive, elle a vécu des moments très forts de bonheur, telle par exemple sa rencontre avec Me. Berton et surtout son coup de fil avec Sarkozy qui lui promet "je vous sortirai de là", (page 181) et l'encouragement de Carla Bruni au téléphone, en mars 2009. Les complications entre la France et le Mexique et les "initiatives" de Luna et ses acolytes contre elle l'amènent au bord du suicide : "J'ai envie d'en finir... Je n'ai plus le courage, plus la force. J'en ai assez d'être humiliée, bafouée ...(page 198).

Malgré le fait que son ouvrage ne soit pas littéraire du tout, il est authentique et vous tient en haleine jusqu'à la dernière page.
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