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ISBN : 2746734109
Éditeur : Autrement (22/03/2013)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 12 notes)
Résumé :
« Enracinement et déracinement : voilà la nostalgie. »

La nostalgie

Quand donc est-on chez soi ?

Au départ, il y a une question émouvante : pourquoi, se demande Barbara Cassin, suis-je en proie à la nostalgie dès que je mets les pieds en Corse, alors que je n'y ai pas mes racines ?

C'est peut-être que cette île appartient ; à la Méditerranée, mer de l'Odyssée et de l'impossible retour.

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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Apoapo
  20 septembre 2018
Ce livre se penche sur la problématique des conditions de la perception « d'être chez soi », c-à-d. sur le déracinement et l'enracinement, à travers trois essais philologiques et philosophiques assez indépendants et différents. Tout en partant de l'observation que « nostalgie » est un mot moderne et suisse – du XVIIe s., relatif au mal du pays des mercenaires de Louis XIV (on aurait pu dire « philopatridomania » ou « pothropatridalgia » et c'eût été horrible!) – l'archéologie du concept peut être fait remonter, dans notre culture, au personnage d'Ulysse. La nostalgie d'Ulysse, « polytrope, aux mille tours », comme lui-même, constitue l'objet de premier essai. D'Ulysse à Énée, la pérégrination devient exil, le déracinement, enracinement, et d'emblée l'on découvre qu'il est question de langues. Pour devenir ancêtre, Énée cessera de parler le grec, et Virgile, sous forme poétique, semble aussi refléter toute la question politique de « l'altérité incluse » de Rome, que l'on associe plus généralement à la plume de Cicéron (De Legibus).
Mais rappelons que la problématique initiale concernait la perception, donc l'aspect subjectif d'être chez soi (on aurait presque envie de dire : « se sentir chez soi »). le troisième essai termine l'analyse par la réflexion – largement autobiographique – de Hannah Arendt sur son exil de l'Allemagne nazie et son rattachement identitaire électif à la langue allemande. Cette partie, la plus longue et complexe, la plus philosophique aussi, est à nombreux égards la plus intéressante. Il faut d'abord faire la place à la conception arendtienne de l'identité comme assignation et non comme essence : en somme une question politique. Cette conception dans son articulation même avec le peuple (d'origine?) et la langue maternelle, s'oppose radicalement à celle de Heidegger, et Cassin exprime cette opposition en termes de « nostalgies » de l'une (Arendt) et de l'autre (Heidegger) [mais ça peut marcher aussi comme : « de l'une (langue maternelle) et de l'autre (peuple) »...]. Découle aussi de la pensée d'Arendt une étonnante conséquence sur l'impossibilité de définir « maternelle » une langue dans laquelle l'on n'invente plus (on ne sait plus, on ne peut plus inventer), en particulier une langue faite de clichés ou muselée par le totalitarisme (l'incontournable référence à Victor Klemperer est évidemment développée ici). Une autre réflexion essentielle de la philosophe est la richesse heuristique que seuls le plurilinguisme et la traduction sont capables d'assurer : conséquence du renversement de la perspective ontologique et phénoménologique du rapport entre langue et pensée (cf. cit. infra). de là, Barbara Cassin reprend la main dans les deux sous-chapitres conclusifs : « Les exilés, avant-garde de la condition humaine » et « Des racines aériennes », qui, en somme, relient et font dépendre la perception de l'enracinement à l'accueil du déraciné avec ses langues.

Cit. :
[Expression de la xénophobie grecque datant de l'époque de Périclès que Platon rapporte dans le Ménéxène par la voix d'Aspasie – contrairement à Barbara Cassin, je n'y vois aucune caricature mais je constate, en revanche, une effrayante modernité] :
« C'est ainsi que la bonne naissance et la liberté de notre cité sont fermes et saines et par nature pleines de haine pour le barbare, parce que nous sommes purs grecs et sans mélange de barbares. Car nul Pélops, Cadmos, Ægyptos, Danaos ou autres, par nature barbares mais par loi grecs, ne partage notre vie : nous vivons en Grecs authentiques sans mélange de sang barbare, d'où le fait que la haine pure à l'égard de la nature étrangère soit constitutive de notre cité. » (cit. pp. 75-76)
« La marque de l'exil, c'est la transformation du rapport à la langue : l'exil dénaturalise la langue maternelle. Énée ne parle plus le logos, comme Ulysse, mais une langue, entre autres. Et quand on s'installe dans une autre "patrie", on se fait "naturaliser". » (p. 85)
« Arendt souligne cette direction anti-aristotélicienne, anti-phénoménologique, anti-ontologique, qui ne va plus de l'être ou de la pensée à la langue mais, à rebours, de la langue à la pensée et à l'être :
"Tout ce pour quoi la langue dispose d'un mot existe pour la pensée. Ce pour quoi la langue ne dispose pas d'un mot échappe à la pensée. […] C'est une erreur de croire qu'une réalité pensée dans le langage est moins réelle qu'une réalité vécue non pensée. En ce qui concerne l'homme, il se pourrait bien que ce soit le contraire." » (p. 100)
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AnnaDulac
  11 avril 2016
Barbara Cassin, dans cet essai passionnant consacré à la nostalgie, part d'une constatation personnelle. Pourquoi se sent-elle tellement chez elle en Corse, alors qu'elle est parisienne pure souche ? Pourquoi ce sentiment si fort ? Fort au point d'avoir fait enterrer son mari près de la maison qu'elle possède sur l'île ?
C'est à cette question émouvante qu'elle tente de répondre. Sa conclusion est que : « Quand donc est-on chez soi ? Quand on est accueilli, soi-même, ses proches et sa, ses langues. »
Ailleurs, elle dit « hospité », soit reconnu comme hôte.
Auparavant Barbara Cassin nous aura entraînés sur les traces d'Ulysse, le héros du retour par excellence ; sur celles d'Enée, l'exilé et sur celles d'Hannah Arendt pour qui la patrie est sa langue allemande.
Elle montre que l'enracinement et le déracinement vont de pair. Nous apprenons aussi que le mot « nostalgie » n'est pas grec contrairement aux apparences. C'est un mot suisse allemand inventé en 1678 par un médecin, Jean-Jacques Harder pour dire le mal du pays dont souffraient les mercenaires de Louis XIV.
L'essai de Barbara Cassin, philosophe spécialiste de l'Antiquité, est érudit, mais parfaitement abordable. de larges citations d'Homère, de Virgile et d'Hannah Arendt permettent de se replonger dans ces textes magnifiques et de démêler ce sentiment complexe de la nostalgie qui oscille entre « Heimweh », mal du pays, désir du retour, et « Fernweh », mal du lointain.
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Vermeer
  29 mai 2017
Court essai philosophique mais assez complexe dans lequel Barbara Cassin essaie d'étudier ce sentiment qu'est la nostalgie. Spécialiste de l'Antiquité, elle prend pour exemple Ulysse de l'Odyssée et Enée de l'Enéide. Pourtant, le mot "nostalgie" n'a rien de grec. Il a été forgé au XVIIème siècle par des médecins pour décrire le mal dont souffraient les mercenaires suisses allemands éloignés de leurs montagnes..
La nostalgie n'est pas l'enracinement ou pas seulement, elle est aussi errance. Ainsi le récit d'Ulysse se rattache t-il à l'errance et au retour alors que celui d'Enée qui fuit Troie à tout jamais pour fonder une ville dans le Latium est fuite, exil et enracinement, fondation.
Enfin, avec l'exemple moderne d'Hannah Arendt, exilée aux Etats-Unis, l'auteur explique que la nostalgie n'est pas seulement liée au sol mais aussi et surtout à la langue et la culture. Elle n'est pas un chez soi immuable mais une maison imaginaire.
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clairelili
  29 juin 2017
"Quand donc est-on chez soi ?" demande Barbara Cassin, à partir de son sentiment d'exil loin de Corse, où elle n'est pourtant pas née, ni ses ascendants. Avec Ulysse, Enée, puis Hannah Arendt, elle invite à repenser ce que sont la patrie, l'étranger, l'hospitalité. Une pensée vivifiante, et extrêmement bouleversante.
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etherealminah
  07 mai 2019
Je ne suis qu'amateur de livres de philosophie, j'ai trouvé celui-ci un peu au hasard et j'ai décidé de l'emprunter car le titre m'intriguait. Il m'a beaucoup parlé, surtout la partie sur Arendt et Anders et leur rapport à la langue car je suis moi-même d'origine roumaine. Une lecture passionnante.
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critiques presse (4)
NonFiction   26 juin 2015
A travers des récits d’exilés, refusant l’identité fondée sur le sol ou la reconnaissance, Barbara Cassin montre que seule la langue est notre « propre lieu ».
Lire la critique sur le site : NonFiction
Lexpress   02 juillet 2013
La philosophe et grande hélleniste Barbara Cassin fait appel à sa propre histoire pour explorer les sources de la nostalgie.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Bibliobs   19 juin 2013
Ou comment les Helvètes ont donné à l'Europe sa première pathologie moderne.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Liberation   08 avril 2013
Mais de quoi la nostalgie est-elle la douleur ? Ni du proche, qui est là, à disposition, ni du lointain, hors de vue, hors de prise. De la proximité du lointain, sans doute, d’une terre qu’on a quittée et d’où on ne peut s’éloigner, d’une terre d’où on s’est éloigné et qu’on ne sait quitter.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
petitsoleilpetitsoleil   07 avril 2018
La réalité d'une île. Une île est réelle de manière bien précise. On en voit les bords, depuis le bateau, l'avion. (...) Une île est par excellence une entité, une identité, un quelque chose, avec un contour, eidos, elle émerge comme une idée. Dans sa finitude, une île est un point de vue sur le monde. Une île est immergée dans le cosmos, cosmique et cosmologique, avec le ciel étoilé au-dessus de nos têtes et l'immensité de face, sensible au regard.
En Grèce, en Corse, j'ai fait constamment l'expérience du cosmos, le "monde" des Grecs - "ordre et beauté", dit Baudelaire.
+ Lire la suite
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petitsoleilpetitsoleil   10 avril 2018
C'est parce qu'on a une responsabilité à l'égard des mots qu'on emploie, une responsabilité d'auteur et non de récepteur ou de passeur communicant,
que la langue est elle aussi chose politique.
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etherealminahetherealminah   22 avril 2019
La nostalgie s’écrit alors au futur antérieur, et tel est sans doute le temps de toutes les fondations, qui ne sont peut-être jamais que de re-fondations. Il y va, en somme, de la force rétrograde du vrai qui construit l’histoire via le récit qu’on en fait, history et story, comme un performatif du passé; car les historiens font exister un certain passé quand ils écrivent l’histoire, à partir de leur connaissance du présent, selon leur perspective et leur visée.
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coco4649coco4649   18 novembre 2017
 
 
L’Irlande : pluie, vent, partout du vert, partout des pierres,
partout des souvenirs des humiliations passées (le spectre
atroce de la famine, la noirceur aigre du catholicisme étroit,
l’émigration). Des esprits et des fantômes qui ont le sommeil
plus léger qu’ailleurs. L’amour déraisonnable des habitants
pour les mots, le sens du dérisoire, un peuple d’anges.
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coco4649coco4649   18 novembre 2017
 
 
La langue n’est plus 'maternelle’ dès lors qu’on n’y invente plus ….
Quand la langue maternelle n’est plus une langue, alors il n’y a plus
que de la propagande. De fait, c’est parce qu’on a une responsabilité
à l’égard des mots qu’on emploie, une responsabilité d’auteur et non
de récepteur ou de passeur communiquant, que la langue est elle aussi
chose politique.
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Videos de Barbara Cassin (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Barbara Cassin
Repenser la langue pour penser le monde qui nous entoure... La philosophe Barbara Cassin est notre invitée à l'occasion de la parution d'un échange sur le mélange des genres chez Fayard, "Homme, femme, philosophie", livre composé à quatre mains avec son complice Alain Badiou.
La Grande table Idées d'Olivia Gesbert – émission du 23 décembre 2019 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/saison-26-08-2019-29-06-2020
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