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ISBN : 2226084754
Éditeur : Albin Michel (22/08/1996)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 24 notes)
Résumé :
Philippe d'Orléans, régent de France après la mort de Louis XIV, aime d'une passion interdite l'aînée de ses filles, la scandaleuse duchesse de Berry, qui le comble et le torture.
Adélaïde, la cadette, éprise en secret de son père, s'enferme au cloître pour racheter les péchés d'un règne qui viole les lois humaines et divines. Dans l'ombre, dévorée elle-même de désir jaloux, elle dresse le procès d'un amour au-delà du bien et du mal. Autour de ce drame intime... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Woland
  05 mai 2010
Chez Eve de Castro, c'est avant tout le style qui retient l'attention, un style sensuel, soyeux, chatoyant, toujours en prise directe sur l'époque évoquée. "Nous serons comme des dieux" se déroulant sous la Régence de Philippe d'Orléans et le roman étant mené à deux voix (celle, à la troisième personne, du narrateur traditionnel et omniscient et celle, à la première personne, d'Adélaïde, fille cadette du Régent, entrée dans les ordres pour expier la vie scandaleuse de son père et de son aînée,), le lecteur peut supposer que, au moins sur ce point, il ne sera pas déçu.
Cette technique, excellente si on la maîtrise - ce qui est le cas - a pour effet de faire entrer de plain pied dans l'époque et l'intrigue sans qu'on soit le moins du monde déstabilisé. (La réussite absolue dans le genre demeure sans doute Françoise Chandernagor et son "Allée du Roi".)
Pourtant - car il y a un pourtant - on reste assez sur sa faim, encore plus si on lit ce roman après l'extraordinaire "pavé" consacré par Eve de Castro aux "Bâtards du Soleil."
Certes, les enfants légitimés du Roi-Soleil ayant survécu à la terrifiante mortalité infantile du siècle étaient, à l'arrivée, au nombre de six et, sur eux, il y avait beaucoup à dire et à souligner. le neveu de Louis XIV, lui, eut aussi quelques bâtards mais il eut aussi huit enfants légitimes, sur lesquels il en conserva sept. Si l'on garde en général à l'esprit que son fils aîné fut le père du régicide "Philippe-Egalité", de ses filles, on se rappelle surtout Marie-Louise-Elisabeth, duchesse de Berry, morte à l'âge de vingt-quatre ans, et sa cadette immédiate, Louise-Adélaïde, future abbesse de Chelles. Des quatre autres, dont l'une devint pourtant reine d'Espagne, on ne se souvient guère à moins d'être totalement immergé dans L Histoire.
Eve de Castro, et on le regrette parce que ce parti pris souligne la superficialité de "Nous serons ...", les évoque à peine et se focalise sur les troubles rapports que l'on reprocha au Régent d'entretenir avec sa fille aînée, rapports constatés, observés et blâmés avec une sévérité croissante par Adélaïde, la future nonne. Certes, sous cette austérité réprobatrice, la romancière fait courir le fil d'un amour incestueux au moins aussi passionné que celui unissant le père et la fille aînée, bien plus même puisque, ici et là, Elisabeth donne l'impression d'en vouloir à son père de lui avoir imposé un sentiment qu'elle était trop jeune pour comprendre et maîtriser. Alors que l'amour d'Adélaïde pour le Régent, bien que non consommé charnellement, n'a rien d'une contrainte ou d'un abus pratiqué dans l'enfance : il naît d'une sensation de rejet, puis d'une jalousie conçue par la fillette le jour où elle voit son père enlever sa soeur à leur mère pour la faire soigner par ses médecins personnels. Ce jour-là, c'est pour Elisabeth que le Régent tremble et s'inquiète mais pas un instant, il ne songe que le mal dont souffre son aînée peut s'abattre aussi sur la cadette qu'il abandonne derrière lui ...
On le voit, la situation familiale, chez le premier prince du sang, était loin d'être simple et eût probablement réjoui Freud. Mais le thème a quelque chose d'antique qui méritait mieux, bien mieux qu'un survol et, en regardant les personnages succomber à des passions aussi ombrageuses que contradictoires, on regrette le manque d'analyse en profondeur. de si belles convulsions, des volcans si terrifiants ... on aurait bien aimé en savoir un peu plus sur tout ça.
Alors, reste le style, un style qui charme, qui retient - et qui s'efface dans notre souvenir, le livre à peine refermé. Dommage que la flamme, cette flamme qui illumine "Les Bâtards du Soleil", fasse ici défaut. A croire que, jusque dans la création romanesque, l'Oncle-Soleil aura poursuivi de son antipathie et de sa méfiance le neveu bien trop doué : le fils de Madame Palatine ne méritait pas cela. ;o)
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GildeLonce
  08 septembre 2013
Magnifique! Un chef d'oeuvre parmi les romans historiques où tous les
personnages - ou presque - sont des célébrités : la famille du Régent
Philippe d' Orléans,avec - excusez du peu ! - son oncle Louis XIV,sa mère
la Princesse Palatine,sa femme, fille légitimée de la Montespan , deux de
ses filles : la sulfureuse duchesse de Berry et l'abbesse de Chelles.
Faire agir et parler ces gens-là dans le ton exact du Grand Siècle finissant , quand se lève celui des Lumières , est un tour de force.Un narrateur neutre - et donc "objectif"- alterne avec Adélaïde,future abbesse de Chelles,laquelle voue à son père une immense admiration,jalousant sa soeur de Berry qui entretient avec ce même père une relation "privilégiée" . Ainsi apparaissent la hardiesse novatrice de la Régence et ses faiblesses fatales...
Un moment grandiose : celui où le vieux roi Louis XIV,au seuil de la mort,
songe à ce qu'il fut : un grand roi,certes,mais à force de travail,de volonté
opiniâtre,quand le prochain Régent son neveu,doué de tous les talents,
est l'aisance même,le brio,la facilité.Philippe séduit sans effort tous ceux
qui l'approchent et "traîne tous les coeurs aprés soi" alors que Louis,de
par sa majesté,n'a jamais pu que s'imposer.
Le style est d'une densité exceptionnelle : pas un mot de trop,et pourtant
tout est dit ; les répliques,souvent cinglantes,fourmillent ; le récit est
parfaitement maîtrisé et la fin respecte à la fois l'Histoire et la personnalité de la jeune abbesse : pas une seule fausse note dans cette difficile partition !
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Anassete
  10 décembre 2010
Un livre intéressant écrit dans un style très proche du 18e siècle. On s'y croirait vraiment ! Sur ce point, on ne peut nier la qualité littéraire de l'auteur et sa capacité à s'immerger dans le quotidien de ce siècle.
Cette époque est souvent connue pour ses romans libertins et on est peu habitués aux récits de religieuses qui maintient la plus possible la bienséance. Malheureusement, je trouve que le roman met beaucoup trop de temps à commencer réellement. Jusqu'à la page 210 à peu près, on passe d'un événement à un autre sans vraiment s'attacher aux personnages. On a l'impression de rester en surface.
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Orha08
  10 novembre 2017
Une bonne histoire sur les destinées de Philippe d'Orléans et sa famille, on apprend beaucoup de choses intéressantes
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
WolandWoland   05 mai 2010
[...] ... Aurais-je repoussé l'homme dont les sentiments se seraient fait entendre avec les accents que mon père trouvait pour Elisabeth ? Comment l'assurer ? Que sais-je du désir, que sais-je du plaisir, moi qui cache mes appas sous des voiles sévères ? Quelle amante, quelle épouse aurais-je été, si je n'avais étouffé la voix de ma nature ? (...)

Ainsi aimer était-il soit pécher, soit souffrir. Au vrai, je ne péchais pas et je ne souffrais réellement que de voir Elisabeth mener train de reine avec gardes et tambours, une reine d'Orient vautrée sur sa litière, frottée d'or, de parfum, de semence, une déesse amorale et somptueuse devant laquelle même le prince pliait le genou. Je ne possédais ni sa lascivité, ni son ascendant sur autrui, ni son extraordinaire appétit à vivre. Je ne me sentais pas plus le goût que le talent de marcher sur ses brisées, et l'eussé-je désiré que ma fierté m'en eût détournée. Car j'avais de l'orgueil, cet orgueil raide, ombrageux, tyrannique, qui est l'arme des timides et des délaissés. La naissance m'avait faite seconde. Mon père exhibait sa passion pour mon aînée d'une manière qui me faisait souhaiter de n'être jamais née. Yeux bandés, chemise ouverte, le royaume tout entier s'attablait pour leurs noces et moi, au lieu de festoyer, j'avais envie de pleurer. Quelle place devais-je accepter dans cette bacchanale ? Qu'allais-je faire de ma vie ? Se pouvait-il que je n'eusse d'autre horizon qu'un mariage convenu, avec sa couronne de dégoûts, de lâchetés et de trahisons ? Se pouvait-il que mon père et ma soeur fussent dans le vrai, et l'exemple qu'ils offraient la règle de ce temps ? (...)

C'est alors que, penchée au bord du gouffre, titubant d'une nausée où désir et dégoût se disputaient le pas, j'entrevis une issue dont je crus que jamais je n'aurais à rougir. Un sort digne des nobles martyrs, un de ces destins qui survivent à la mort en imprimant dans les mémoires une admiration subjuguée. C'était là, devant moi, aussi vivant que sont vivants mes souvenirs aujourd'hui. Je tenais le moyen d'éclipser Elisabeth sans souiller mon âme ni mon corps dans une rivalité triviale. Elle était l'Ange noir du duc d'Orléans. Moi, Adélaïde, je deviendrais son Ange blanc. Par ma soeur, il se perdait. Par moi, il se sauverait. Devant lui, j'ouvrirais toutes grandes les portes du royaume des cieux. En m'offrant sur l'autel que souillaient ses impiétés et ses débauches, je gagnerais son paradis. Personne, jamais, ne lui témoignerait si éloquent amour. ... [...]
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markko31markko31   17 février 2015
Pauvre prince qui, pourrissant tout vif sous des larmes hypocrites, luttait contre l'atroce fin et l'avenir aveugle, contre le désespoir, contre l'oubli. Sur le visage des gens qui l’approchaient, il retrouvait l’horreur qu'il s'inspirait à lui-même, le dégoût de la chair cariée, puante, de l’inhumaine douleur, la révolte de l'esprit sain contre la débâcle du corps, la hâte d'en finir. Les derniers jours d'août 1715 bruissaient de tractations, les seigneurs portaient panache arrogant et les alcôve des dames s’ouvraient pour qu'entre les draps s'échangent les promesses du pouvoir à venir.
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markko31markko31   17 février 2015
- Qui sait...là-haut, peut-être me pardonnera-t-on mes offenses lorsque l'on connaitra l'immensité de mon amour. Je te le dis, tu ne peux pas comprendre. Tu ne sais pas ce que c'est que d'aimer.
Adélaïde entoure son front de ses deux mains glacées.
- De grâce, ne me forcez pas à vous répondre.
- Que me répondrais-tu? Elisabeth dit vrai, même moi tu ne m'aimes pas. Tu as voulu cesser d'être mon enfant, tu as choisi le Christ comme ton père.
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WolandWoland   05 mai 2010
[...] ... J'ai attendu sept années. Il y aura en juillet prochain quatre étés qu'Elisabeth est morte, et voici que mon père vient de la rejoindre dans la tombe. Que me reste-t-il encore à attendre, et qu'espérer encore ? Seule je demeure, avec mes regrets, avec mes remords. Il est écrit que celui qui juge sera jugé. C'est maintenant mon procès qui s'ouvre. Le procès de la vierge noire, de l'illuminée qui pour mériter l'estime des siens a renoncé au bonheur terrestre. Le siège de Dieu, au tribunal de ma mémoire, est vide mais c'est Lui, à la fin, qui tranchera. Vous, mes défunts, qui vous pressez pour témoigner, je vous vois comme sous un clair de lune. Vous portez ma vie et la vôtre enlacée sur vos lèvres. Depuis les commencements, jusqu'au jour d'aujourd'hui. Vous ouvrez la bouche. Vous allez tout dire. Et moi, par vous, je vais devoir tout revivre. ... [...]
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AnasseteAnassete   08 décembre 2010
Je tenais le moyen d'éclipser Élisabeth sans souiller mon âme ni mon corps dans une rivalité triviale. Elle était l'ange noir du duc d'Orléans. Moi, Adélaïde, je deviendrais son ange blanc. Par ma sœur, il se perdait. Par moi, il se sauverait. devant lui, j'ouvrirais toutes grandes les portes du royaume des cieux. En m'offrant sur l'autel que souilleraient ses impiétés et ses débauches, je gagnerais son paradis. Personne, jamais, ne lui témoignerait si éloquent amour.
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