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Marc Chénetier (Traducteur)
EAN : 9782869306219
427 pages
Payot et Rivages (03/02/1993)
4.19/5   47 notes
Résumé :
Claude Wheeler vit dans une ferme du Nebraska. Sensible et secret, il aspire à la culture, à la beauté, mais sa timidité l'empêche de s'affirmer. Au loin montent les rumeurs de la Première Guerre mondiale. Claude étudie, tient la ferme de son père, puis épouse une femme sans charme et tente de fonder un foyer. Mais nous sommes en 1917, l'Amérique s'engage dans le conflit et Claude devance l'appel. Il part pour la France qu'il découvre d'un oeil ravi et où il rencont... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Quelle belle découverte et quelle belle écriture que celle de Willa Cather...!

Ecrit en 1922, ce roman témoigne de cet enthousiasme et de cette recherche d'un idéal qui a poussé de jeunes hommes américains, fermiers pour la plupart ou issus d'un milieu rural, à s'engager pour la France lors de la première guerre mondiale.
On y lit la permanence du monde face à la fragilité de nos vies, les cycles des saisons évoqués avec tant de délicatesse, labours, semences, récoltes se succédant au Nebraska comme en France, et cette lune éternelle qui a vu des millénaires de civilisations face à ces garçons d'à peine vingt ans qui souffrent d'ennui et d'impuissance, qui voient en la guerre une manière d'être vivants, enfin, et utiles.
Claude Wheeler est l'un de ceux-là ( L'un des Nôtres: à quelle famille appartient-il vraiment, semble demander le titre): jeune homme frustré, complexe, passionné qui dépérit de cette existence toute tracée par son père et ses origines, et que rien ne prédestinait à partir ainsi en Europe, ce continent tellement lointain qu'il semble d'une autre galaxie.

Willa Cather dépeint merveilleusement cette énergie de la jeunesse et ce besoin impérial qu'on peut ressentir à s'accomplir. Pauvre génération qui le fera sous les bombes, dans les tranchées et le sang, et qu'on finira par oublier, loin des leurs..
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L'histoire de ces jeunes Américains venus, de si loin, se battre sur le sol français a toujours été pour moi un des épisodes les plus poignants de l'Histoire. L'un des nôtres raconte admirablement celle de l'un d'eux.

Claude est coincé dans une vie qui ne lui convient pas. Et quand il prend une décision, elle s'avère soit impossible à réaliser, soit catastrophique. Pas simple d'être soi-même quand on est fils de fermier. La guerre gronde, mais loin, en Europe. L'occasion pour Claude de changer sa vie ?

Le roman comporte de longues descriptions qui vous plongeront dans la vie d'une ferme du Nebraska au début du siècle dernier. L'auteur ne vous épargnera aucune fleur, aucun arbre, aucune nuance de lumière. Mais c'est dans la deuxième partie — celle que j'ai préférée — que ces descriptions prennent tous leurs sens. Vous connaissez peut-être la Première Guerre mondiale grâce à des livres tels que le feu (Henri Barbusse) ou Les croix de bois (Roland Dorgelès). Mais c'est la guerre en France vue par de jeunes Américains qui est racontée dans L'un des nôtres, avec leur méfiance vis-à-vis des Français, leur émerveillement, mais aussi la différence de culture, très subtilement dépeinte.

Lien : https://dequoilire.com/lun-d..
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L'auteur nous livre une histoire de vie, celle de claude Wheeler, jeune paysan d'une petite ville du Nebraska, au début du vingtième siècle. Là où le protestantisme est très présent et tient une place importante dans la communauté. L'écriture est « carré », sans superflu. L'histoire est simple et questionne sur les destinées de chacun, sur la part de volonté propre qui commande nos actes. Enfin ; le genre de livre qui pourrait paraître ennuyeux mais qui au final, nous a raconté une histoire, avec des personnages forts, de l'émotion, un réalisme touchant.
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Claude Wheeler ce jeune homme né dans une ferme du Nebraska à la fin du 19ème siècle a bien du mal à trouver sa place dans la vie.
Il a du mal à s'aimer physiquement, lui le grand garçon roux aux yeux si bleus qu'ils en paraissent délavés et à la peau si blanche qu'elle en est laiteuse si ce n'est les taches de rousseur qui constellent son visage.
Il a du mal à trouver sa place dans cette famille dont le père est un vrai tyran qui n'hésite pas à humilier son fils en public, et ce n'est pas ni auprès de sa mère, femme effacée, ni auprès de ses deux frères qui eux naviguent aisément dans la vie qu'il va pouvoir trouver du soutien.
Et ce prénom, quelle idée que ce prénom dont ses parents l'ont affublé, personne dans cette petite communauté rurale n'est capable de le prononcer comme il faut.
Claude qui aurait tant aimé aller à l'université d'Etat a été inscrit par sa mère très croyante à l'université religieuse tenue par des pasteurs qui ne savent enseigner que la théologie.
Et il n'ira même pas jusqu'à la fin de ses études, son père ayant décidé qu'il était grand temps pour lui de revenir travailler à la ferme familiale.
Claude va espérer trouver ce qu'il cherche en épousant une jeune fille dont il est tombé amoureux, mais ce mariage va très vite être un échec, sa femme se révélant d'une religiosité effrayante.
Lorsque les premières rumeurs de guerre arrivent d'Europe en cet été 1914, Claude et sa mère ressortent leur carte de géographie du grenier pour suivre les événements relatés dans les journaux.
Mais en 1917, cette guerre va venir jusque dans les endroits les plus reculés des Etats-Unis, le pays ayant décidé de se battre lui aussi dans les tranchées du nord de la France.
Claude qui a 24 ans, va décider de devancer l'appel dès 1917, et le jeune homme va trouver dans ses compagnons d'armes les amis qu'il n'avait jamais eu.
Son courage et sa volonté seront reconnus par tous.
Mais Claude, lui, l'enfant sensible du Nebraska, avait rêvé de la France ce pays dans lequel on célèbre les arts, et ses semaines de permission à travers le pays auront été les plus belles semaines de sa vie.
Livre écrit pratiquement quelques mois après la fin de cette horrible boucherie qu'a été la Première Guerre Mondiale puisqu'il a été publié en 1922, ce n'est pas un livre sur la guerre, mais c'est en fait un hymne à tous ces jeunes américains qui sont allés se battre sur la terre que leurs ancêtres avaient quitté quelques décennies plus tôt pour lui rendre une liberté que leur parents ou grands-parents eux étaient justement allés chercher en Amérique.
Superbe livre d'une grande sensibilité qui nous décrit aussi le mode de vie de ces petites gens des grandes plaines au tout début du XXème siècle, mode de vie qui a totalement disparu en un siècle.
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Je viens juste ajouter une vision subjective du roman, qui a été déjà été très bien décrit. J'ai toujours envisagé ce livre comme un livre sur la guerre de 14. Or la guerre n'est décrite que dans les 200 dernières pages de mon édition qui en comporte 500. Encore cette "guerre" se compose-t-elle largement du transport de troupes des Etats-Unis vers la France. de surcroît, il ne s'agit pas du tout d'une représentation réaliste de la guerre de 14. Hemingway disait que la guerre de Willa Cather était une réécriture des épopées de Griffith.

Mais c'est justement cette dimension épique qui m'intéresse. Outre le fait qu'elle est l'aboutissement d'un cheminement qu'on peut rapporter au roman d'apprentissage, effectivement, ou au chemin du "pélerin" protestant, elle est un des sujets du livre. le roman montre (et peut-être ne montre-t-il que cela) le processus qui conduit Claude à devenir un héros épique. La guerre est d'abord envisagée en opposition avec une vie mortelle d'ennui et de frustration. Par ailleurs, la distance y fait aussi, et les histoires plus ou moins fictives qu'on raconte dans le Nebraska sur l'Europe. La scène où, venant d'apprendre la déclaration de guerre, Claude parle avec sa mère de Paris et de la France en sortant livres et cartes est une de celles qui m'a le plus frappée. Dès lors la guerre n'est pas un fait, mais une histoire, susceptible de mettre en scène un idéal de soi. Avant même de partir, Claude est d'avance statufié, vitrifié, immobilisé dans la dernière vision qu'à travers ses larmes, sa mère a de son "magnifique fils" (elle le dit clairement : "Mes vieux yeux, pourquoi me volez-vous cette dernière image de mon magnifique fils"). Et il reste non pas "one of us", mais "one of ours", l'un des nôtres, dépossédé de sa propre personne, tout entier dévolu à la gloire de la communauté.

Hemingway se moque de l'incapacité de "cette pauvre femme" à écrire la guerre, évidemment. Mais une femme comme Willa Cather pouvait bien se demander pourquoi les hommes qui partaient à la guerre étaient souvent si gais et si fiers (comme on le voit effectivement sur les photos des premiers trains). Et quelles étaient les strates d'histoires lues et entendues, de fierté parentale, de rêves d'aventure qui pouvaient provoquer cela.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Elle se laissa aller sur le sol chaud et luisant de la colline. Le soleil dardait ses rayons rouges à travers le sommet des ormes ; petits cailloux et minuscules fragments de quartz étincelaient, aveuglants. Dans le lit du ruisseau, l'eau, là où plongeait la lumière, scintillait comme de l'or terni. La tête de Claude, couleur de sable, et ses épaules courbées étaient tachetées de soleil alors qu'elles se déplaçaient sur les vertes, et son pantalon aux jambes évasées paraissait beaucoup plus blanc qu'il ne l'était. Gladys était trop pauvre pour voyager, mais elle avait la chance d'être capable de voir beaucoup de choses dans un rayon de quelques kilomètres seulement autour de Frankfort ; son imagination chaleureuse l'aidait à trouver la vie intéressante. Certes, comme elle s'en était ouverte à Enid, elle aurait bien voulu aller dans le Colorado ; elle avait honte de n'avoir jamais vu de montagne.
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Tout de suite après dîner, Claude attela au traîneau Pompey et Satan, leurs deux petits chevaux noirs, secs et nerveux. La lune s'était levée bien avant que le soleil ne déclinât, elle était suspendue, toute pâle, dans le ciel presque depuis le début de l'après-midi et elle inondait maintenant d'argent les terrasses de neige qui recouvraient la terre. C'était l'un de ces soirs d'hiver étincelants où un jeune homme a le sentiment que le monde a beau être très grand, il est plus grand encore, que sous l'immensité cristalline du ciel bleu il n'est personne qui soit si chaleureux et sensible que lui-même et que toute cette magnificence lui est directement destinée. Les grelots du traîneau sonnaient, comme si, musicalement, ils avaient le coeur léger, comme heureux de chanter à nouveau, après tous les hivers qu'ils avaient passés, tout rouillés, suspendus dans la grange, envahis par la poussière.
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Elle reconnut le pas lourd d'une botte cloutée qui montait rapidement l'escalier. Quand Claude entra, le chapeau à la main, elle vit à sa façon de marcher, à ses épaules, à son port de tête, que le moment était venu et qu'il ne tenait pas à ce qu'il dure. Elle se leva, lui tendant les bras au moment où il venait vers elle et la prenait dans les siens. Elle arborait son petit sourire curieux et complice, les yeux mi-clos.
"On se dit adieu, alors ?" murmura-t-elle. Elle lui passa la main sur les épaules, le long de son dos puissant, sur les flancs bien ajustés de sa capote, comme si elle prenait le moule et la mesure de son être mortel. Son menton parvenait tout juste à hauteur de la poitrine de son fils, et elle le frotta contre le lourd tissu. Claude, debout, baissait les yeux vers elle sans dire un mot. Soudain, ses bras se contractèrent et il l'écrasa presque contre lui.
"Maman !" murmura-t-il en l'embrassant. Il descendit l'escalier et sortit en courant de la maison sans se retourner.
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Soldat inconnu, Mort pour la France

Très bonne épitaphe, pensait Claude. La plupart des jeunes gens qui tombaient dans cette guerre étaient des inconnus, même d'eux-mêmes. Ils étaient trop jeunes. Ils mouraient et emportaient leur secret avec eux - ce qu'ils étaient, ce qu'ils auraient pu être. Le seul nom qui demeurât était celui de la France...
Hicks, lui aussi, semblait perdu dans ses pensées. Tout à coup, il rompit le silence. "Je ne sais pas pourquoi, mon lieutenant, mais "mort" ça me fait plus l'effet d'être mort que "dead". Ca vous fait comme un bruit de cercueil. Et puis là-bas, à l'autre bout, ils sont tous "tot", et tout ça c'est la sacrée bon sang de même chose idiote. Regardez-les-moi un peu, là-bas, tous, en noir et blanc, disposés comme sur un échiquier. Et puis la question d'après c'est ça : qui qui les a mis là, et à quoi que ça sert ?
- Trop compliqué pour moi", murmura l'autre d'une voix absente?
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La cave avait un sol en ciment, elle était fraîche et sèche, avec des placards profonds destinés aux fruits en bocaux, à la farine et à l'épicerie, des coffres pour le charbon et les épis de maïs, ainsi qu'une chambre noire pleine d'appareils photographiques. Claude prit place à l'établi sous l'une des fenêtres carrées. Des objets mystérieux étaient disposés autour de lui dans la lumière grise : accus, vieilles bicyclettes et machines à écrire antiques, un appareil permettant de fabriquer des piquets de clôture en ciment, une machine à vulcaniser, un stéréoscope à la lentille brisée. Les jouets mécaniques que Ralph n'arrivait pas à faire fonctionner comme il le voulait, ainsi que ceux dont il s'était lassé, étaient également entreposés là. S'il les laissait dans la grange, Mr Wheeler les voyait trop souvent et faisait parfois des commentaires sarcastiques lorsqu'ils se trouvaient sur son chemin. Claude avait supplié sa mère de le laisser entasser tout ce bazar dans une charrette et s'en débarrasser dans un trou quelconque, le long de la rivière, mais Mrs Wheeler avait dit qu'il ne devais pas y songer, Ralph en serait vexé. Presque à chaque fois que Claude descendait à la cave, il se disait, en désespoir de cause, qu'un jour il déménagerait tout cela, et songeait, amer, que l'argent que toute cette brocante avait coûté aurait permis d'offrir des études universitaires décentes à un jeune homme.
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Video de Willa Cather (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Willa Cather

Mathieu Lindon "Ce qu'aimer veut dire"
Mathieu Lindon "Ce qu'aimer veut dire" - Où il est question notamment de Michel Foucault et d'Hervé Guibert, de Jérôme Lindon, de Samuel Beckett, Marguerite du ras, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Robert Pinget, Pierre Bourdieu et de Gilles Deleuze, d'un père et d'un fils et de filiation, d'amitié et d'amour, de littérature, de la rue de Vaugirad et de LSD et d'opium, d'impudeur et d'indiscrétion,de rencontres, de Willa Cather et de Caroline Flaubert, , et aussi des larmes aux yeux, à l'occasion de la parution de "Ce qu'aimer veut dire" de Mathieu Lindon aux éditions POL, à Paris le 13 janvier 2011
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