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EAN : 9782843375897
379 pages
Éditeur : Anne Carrière (04/10/2012)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 53 notes)
Résumé :
La mécanique du monde se dérègle. Les certitudes s’effacent. Pour beaucoup, c’est la fin de l’abondance et de la facilité. Faute de travail et d’avenir, des millions de nouveaux pauvres sont jetés sur les routes à la recherche confuse d’un nouvel espoir, d’un nouveau guide. C’est le temps des faussaires et des menteurs. Le temps des oracles et des sauveurs. Peut-être…
Sur la côte du Canada, les habitants d’un petit village de pêcheurs se précipitent dans l’oc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
SMadJ
  10 janvier 2016
"Hobboes" de Philippe Cavalier – La chronique qui va faire du chemin !
Cryptique, intelligent, meurtrier, intrigant, ce roman atypique au souffle ravageur va te faire voyager au-delà de tes habitudes et faire vaciller tes certitudes. Est-ce que tu sens le vent ?
"Hobboes", c'est d'abord une superbe couverture qui te fait de l'oeil quand tu déambules dans les rayons de ton dealer de livres préféré. Ça a un air de fin du monde alors même que l'année commence. Une impression d'Amérique en déliquescence. Ça sent la chute, ça pue l'ivresse. Tu le sens le bourdonnement, le tourbillon qui va te mettre à terre ?
Tu n'as pas encore ouvert le livre que tu sais que ça va te picoter, te démanger de l'acheter, de l'emporter chez toi et de le commencer de suite. Ton instinct te dit que tu vas vivre une expérience livresque hors du commun, que tu vas faire partie d'un club d'initiés qui se transmet la bonne came mais que le voyage va t'envoyer high in the sky.
Une fois ouvert, "Hobboes" va s'inoculer dans tes veines de lecteur et tu vas commencer à sniffer les chapitres, ligne après ligne... Voilà le premier effet "Hobboes".
Philippe Cavalier crée un roman ambitieux, revisite l'Apocalypse selon Jean et refaçonne toute une mythologie. Pas moins. Celle des laissés pour comptes, des chemineurs, de ces gens abandonnés sur le bord de la route, éjectés du train d'une société qui fonce à toute allure se moquant bien de se délester en route de ses passagers clandestins : Les Hobboes.
"Hobboes" est un roman d'anticipation dystopique à la saveur sauvage. Comme une soudaine fureur qui va s'abattre sans prévenir sur le lecteur. Plein de rage. Cavalier lâche ses cavaliers de l'apocalypse sur le monde et nul ne sortira indemne de cette folle épopée. Un scénario catastrophe aux conséquences funestes et universelles.
L'auteur ne recule devant rien, ne s'impose aucune limite et explose les codes. Car au final, ce livre est indéfinissable, ouvre différentes portes, prête à plusieurs interprétations et se permet même de te faire réfléchir.
Car en plus d'un Road Book haletant, Philippe Cavalier propose une sévère réflexion sur l'état de notre société occidentale et capitaliste, à bout de souffle et de course.
C'est à travers le destin d'un anonyme, Raphaël Banes, petit prof dans une université et un monde trop grand pour lui, que va se jouer la destinée du monde. Et il va vivre un vrai parcours initiatique, un questionnement sur son être, une déconstruction de sa pensée. Qui vont redéfinir ses priorités. Et méditer sur ce qui compte vraiment. L'amour, non ? What else ?
Les influences sont nombreuses, une partouze entre "Sur la Route" de Jack Kerouac (roman fondateur du vagabondage), "Le Fléau" de Stephen King et le définitif "La Route" de Cormac McCarthy. Chacun de ces livres figurant sur une palette de peinture sur laquelle l'auteur va puiser par touches pour construire et édifier son propre univers.
L'écriture est belle, racée, travaillée, lumineusement obscure, c'est à dire avec une charpente de mots en bétons pour soutenir un édifice crépusculaire. Cavalier aligne les mots comme on aligne ses pions sur un échiquier. Avec patience, constance, malice même. L'auteur n'est pas doux avec ses personnages donnant à leur destin une couleur tragique, volontairement cynique. S'il ne fait pas bon être un de ses personnages, en revanche il est jubilatoire d'être l'un de ses lecteurs. 4/5
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ssstella
  23 août 2018
Ce livre associe de nombreux genres... dystopie, anticipation apocalyptique, fantastique, policier, road trip... assaisonné d'économie, de politique, de mythologie, de violence.
Quelle salade, dites-vous ? Ben non, pas tant que ça... c'est bien amené et ça se laisse très bien lire. Difficile de condenser tout ce que ce livre contient, mais je vais essayer de vous en donner un court aperçu :
Le prologue nous conte le suicide collectif de presque toute la population d'une petite ville du Canada. Les quatre survivants se sentent aussitôt investis d'une mission et partent chacun dans des directions différentes.
Nous faisons ensuite la connaissance de Banes, un professeur d'université qui perd son boulot par un geste inconsidéré. Parce qu'il n'a plus grand chose à perdre, il prendra la route au coté d'une poignée de vagabonds au savoir particulier.
Parce qu'ils sont sur les routes, qu'ils sont en dehors du système, qu'ils perçoivent mieux que les autres toutes les dérives du monde actuel qui créent tant d'inégalités, les "Hobboes" sont les premiers réceptacles de nouvelles prophéties. Deux camps s'opposent, d'un coté les "Fomoroïs" partisans de la destruction de quasiment toute l'humanité et de l'autre les "Sheltas" qui se veulent protecteurs de cette humanité.
Notre professeur découvrira bien des choses insoupçonnées, elles le mèneront beaucoup plus loin qu'il ne pouvait l'imaginer et qui le changeront à tout jamais.
En principe, je ne suis pas du tout attirée par ce genre de lecture... mais le titre m'a interpellée et comme c'est un emprunt à la bibliothèque, je ne prenais pas un grand risque. Contre toute attente, les premières pages m'ont entraînée jusqu'au bout sans un instant d'ennui. Bien sûr, j'ai tiqué sur les parties "fantastiques", mais sans elles, l'histoire aurait probablement du mal à tenir debout.
J'ai aimé l'écriture qui sait nous absorber, la réflexion suscitée avec la dénonciation des abus de nos sociétés et ce que cela engendre... j'ai un peu moins aimé les cotés trop manichéen et mystique.
Mais dans l'ensemble, ce livre fut une bonne surprise, et je dois me laisser plus de chance d'en découvrir d'autres comme celui-ci en piochant de temps en temps dans des registres qui ne me sont pas habituels.
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okka
  06 décembre 2016
Si vous aimez le genre anticipation, fin du monde, fantastique, dystopie (comme notre monde actuel), épicé à la sauce policier dans une aventure sur la route : cela vous comblera de plaisir.
Le drapeau Américain recouvre la 1ère page de couverture de l'édition d'Anne Carrière. Mais un détail m'avait intrigué en y regardant de plus près. Pas d'étoiles blanches mais un serpent découpé limite poussé par une tâche sombre qui ressemble à un visage, ou à un plus gros serpent avec deux ronds sombres pour les yeux et un plus gros pour former la bouche. Et ce drapeau a un rôle important. L'Amérique cette grande terre origine du chaos de l'humanité. Qui en spéculant sur les denrées conduit des millions de gens à la pauvreté et enrichi une minorité. Berceau des guerres et des conquêtes sur la planète Terre, imposant son idéal capitaliste de consommation et d'exploitation des richesses naturelles… C'est bien dans ce pays que ferait un tour le Christ / Dieu pour commencer le nettoyage de l'humanité.
Ça commence très fort par la venue d'un étranger dans une petite ville de la côte Ouest Canadienne, qui laisserait penser à la banalité quotidienne, mais qui nous plonge directement dans le sujet. Cet inconnu sème la mort là où il passe, et ceux qu'il a épargnés vont vers les USA pour faire de même.
Le personnage principal Raphaël Banes professeur d'Histoire et méthodes de sociologie politique, aux idées minoritaires dans une faculté de la ville d'Ithaca (New-York) se voit licencié. Il est directement recruté par la Fondation Farnsborough, une agence mystérieuse qui anticipe l'avenir. Son nouvel employeur Franklin Peabody lui demande de partir à la recherche d'un de ses anciens étudiants de thèse : Millicent Milton porté disparu. Banes suit la piste de cet étudiant qui l'amène à découvrir qu'il est en possession d'un rare livre surnommé Virga Vagos, « le Flambeau des errants » dedans serait écrit le chaos à venir. Et voilà notre professeur qui n'a jamais vaincu son manque de confiance à aller de l'avant sur les routes en compagnie de vagabonds, dans la peur, le froid, la faim, la fatigue… Pendant ce temps-là des catastrophes font de gros dégâts qui ont pour cause les quelques Canadiens qui ont eu un don maléfique. Mais là où le Mal réside il y a le Bien pour équilibrer, même si l'un pèse plus lourd que l'autre. Libre-arbitre ou le destin ? le lien entre les deux est bien plus complexe qu'on ne le pense.
Deux groupes dominants se font face : le premier les Sheltas qui sont des gens mis aux bannes par la société car ne rentrant pas dans l'unique moule proposé. Ce sont des individus honnêtes, humbles. Et de l'autre leur opposé les Fomoroï : des gens violents, voleur, violeur, assassins. Chacun ayant son berger qui les guide via un livre écrit par eux-mêmes disant ce qui va se dérouler…
L'auteur pointe du doigt des sujets importants, dont si peu d'humains remettent en cause par le formatage de leurs esprits : la société de consommation, de surpopulation, d'informations, social, d'exploitation par le travail… et la plus importante : les lois qui n'ont pour rôle que de brasser de l'air par la forme mais dans le fond : pomper l'argent du lambda. Comme on l'apprend ici avec le décret 6102 aux USA (qui a eu aussi lieu en France). Au final le citoyen n'est qu'un numéro qui se « doit » comme il l'a toujours fait, de donner son temps, son salaire, sa santé pour nourrir des êtres oisifs qui les contrôlent. Donc difficile pour le citoyen d'être libre.
🐎 Philippe Cavalier → Cavalier de l'Apocalypse, son nom l'aurait-il inspiré ? En tout cas une excellente histoire. Et si cela ne fait pas vibrer en vous la corde de la conscience, alors vous êtes passé à côté.
Merci à Annabelle pour me l'avoir fait découvrir ♥
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monicmic
  21 décembre 2015
"Banes pénétra dans le parc par la grande entrée du rond-point de Broadway. Il marcha d'abord jusqu'au Pond, un petit lac où la pêche était autrefois autorisée comme loisir, à condition de remettre à l'eau les poissons ferrés. Il n'y avait plus de prises à faire ici. Ses carpes et ses sandres depuis longtemps dévorés, l'étang n'était plus qu'un marigot souillé par des taches d'huile et des déchets en plastique qui flottaient à sa surface. Sous une première rangée d'arbres, Raphaël avisa deux grandes tentes marquées du symbole de la Croix-Rouge. C'était un poste de consultation médicale et un autre de distribution de colis. Deux files de malheureux serpentaient devant l'entrée. Hésitant à s'avancer, Banes alluma une cigarette. Ce qu'il avait sous les yeux le mettait mal à l'aise. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'il assistait à pareille scène. Depuis qu'il avait l'âge de s'intéresser à l'actualité, dans les journaux ou à la télévision, sa mémoire était emplie d'images de centres de secours. Mais, en l'occurence, les malheureux qui faisaient ici la queue pour consulter ou se ravitailler n'étaient pas les victimes d'une guerre lointaine ou d'une catastrophe naturelle survenue à l'autre bout du monde. Ce n'était pas la Mésopotamie du chaos ou l'Asie des typhons, c'était l'Amérique! New York! le coeur même du rêve américain! Surplombés par les silhouettes hautaines du Rockefeller Center ou du Dakota Building, des milliers de miséreux dûment estampillés citoyens de l'empire US ne pouvaient recourir qu'à la charité pour assurer leur survie."
le roman de Philippe Cavalier résonne encore étrangement en moi, 24 heures après l'avoir fini. le monde décrit dans cette dystopie, ô combien crédible, hélas, malgré les quelques envolées fantastiques qui pourraient nous faire nous tromper de chemin, est un monde qui paraît aujourd'hui à portée de main.
Le Prologue du roman est pour le moins destabilisant: tous les habitants d'un petit village de la côte canadienne répondent à l'appel silencieux d'un vagabond venu de nulle part et se jettent à la mer. Tous, à l'exception de quatre parmi eux: trois hommes et une adolescente. Ils seront les élus d'une mission de destruction.
Pendant ce temps, dans un coin de l' Amérique en désordre, Raphaël Banes, professeur de sociologie et de sciences politiques à l'Université de Cornell, perd son poste suite à un coup de sang qui mettra KO l'un de ses collègues. Malgré son inquiétude, Banes ne restera pas longtemps désoeuvré: une très allécheante proposition de collaboration lui sera faite par la Fondation Farnsborough. Inconnue pour le professeur jusqu'à son "entretien d'embauche", la Fondation en question s'avère être "un des instituts de prospective les plus reconnus au monde".
"... il s'agit de recueillir de l'information de première main, de compiler les donnés et d'en tirer les lignes directrices pour l'avenir. Nous intervenons dans toutes les branches: sciences, économie, technologie, sociologie, politique et même... religion! Aucun domaine de la pensée humaine ne nous échappe. Anticiper. Prévoir. Saisir la globalité du présent pour mieux préparer l'avenir. C'est ça notre travail."
Si le profil de Raphaël Banes semble intéresser sincèrement son interlocuteur, un autre profil, surgi, lui, au détour de la conversation, changera la destinée de notre professeur: Milton Millicent, ancien étudiant de Banes, préparant une thèse sur les "Mécanismes du don et de l'échange au sein des sociétés néomarginales contemporaines" et disparu des radars de l'université depuis des mois.
"Si mes souvenirs sont bons, M. Millicent ne s'était pas tenu à cette stricte définition, précisa Raphaël. Il avait vite dérivé sur d'autres thématiques plus fumeuses.
- Lesquelles? voulut savoir Peabody.
Banes se passa nerveusement la main dans les cheveux. Il ne comprenait pas pourquoi la conversation se fixait ainsi sur le plus insignifiant de ses anciens étudiants. Encouragé par Franklin, il ressembla néanmoins le peu de souvenirs qui lui restaient.
Milton s'était mis à se passionner pour des histoires sans queue ni tête qui se colportent parmi tous ces pauvres gens victimes de la crise... (...) de simples réitérations des mythes de la fin du monde. Des contes de bonne femme opposant des destructeurs et des rédempteurs sur fond d'effondrement du système, justement."
Ce qu'employeur veut, il l'aura: Milton Millicent et ses mythes eschatologiques deviendront ainsi la première mission de Banes au sein de la Fondation Farnsborough , l'ancien étudiant doit être retrouvé coûte que coûte.
Commence alors pour Raphaël Banes une épopée personnelle qui le portera jusqu'au sein de la réfection prédite par Milton Millicent. Vagabond parmi les vagabonds dans une Amérique où les marginaux occupent de plus en plus de territoires en attendant le meneur qui saura les guider, Raphaël apprendra que l'on peut coexister avec les mythes et que ces derniers peuvent nous rattrapper.
Road-trip et roman initiatique à la fois, Hobboes soulève de nombreuses questions: la liberté, l'individualisme, le matérialisme, la transmission du savoir, parmi tant d'autres. En ce qui me concerne, j'ai choisi de m'attarder sur la problématique des masses.
La crise a poussé à la rue des milliers de gens. Central Park, à New York ou le quartier Skid Row à Los Angeles étaient devenus des bidonvilles à l'Américaine. le chômage, la misère, le froid, la faim ont fini par atteindre des classes sociales qui se croyaient à l'abri de tous ces malheurs. En filigrane, deux mouvements, tendus vers un but identique, faire changer la société, mais dont les moyens diamétralement opposés en font des ennemis mortels: les Sheltas et les Fomoroï.
Qui sera le maître choisi par les masses? Qui portera la force mortelle d'une foule soulevée par les frustrations? Et quel en sera le but?
"D'aucuns chantaient des psaumes chrétiens ou des litanies inventées de toutes pièces. Plusieurs hurlaient des prières ou dansaient sur des airs anciens. Comme les mystiques le font aux Indes, certains perçaient leurs membres de longues aiguilles quand d'autres faisaient contrition, en avançant sur les genoux. Il y avait des évangélistes et des satanistes. Des born again et des athées. Des dérangés et beaucoup d'êtres sans histoire...
Camden Hodge- Okhlos- était parvenu à rassembler ces gens qu'aucun lien n'aurait dû unir. Il leur avait donné une cause, un but. Plus important que tout: il leur avait donné un chef à suivre - lui-même, bien sûr. Un chef qui avait désigné des responsables à leur misère, à leur mal-être. Un chef en la parole duquel il était facile de croire."
Manipuler les masses, appuyer sur les bons leviers, donner une voix unique à tant de frustrations et d'humiliations distinctes, appeler vengeance et se servir de la force unique d'une foule soulevée pour réaliser son rêve de domination: Hobboes nous livre une leçon magistrale sur ce mécanisme qui a si bien fonctionné par le passé et qui, aujourd'hui encore, fait très bien ses preuves.
Philippe Cavalier maîtrise sa narration de façon magistrale: la quête de Banes, la lutte entre Sheltas et Fomoroï, le soulèvement des populations dans les grandes villes des Etats Unis, un mounty canadien qui mène son enquête en solitaire pour connaître les raisons du suicide collectif qui ouvre le récit, autant de paliers que le lecteur descendra le souffle coupé jusqu'à l'éclat final.
Sous ses apparences dystopiques, Hobboes nous met face à nos démons, à notre présent et pose des questions sur notre avenir proche. Mais il porte aussi malgré tout une lumière qui traverse tout le récit et qui porte aussi son lecteur: suivez-la!
Hobboes, Philippe CAVALIER, Editions Anne Carrière 2015

Lien : http://lavistelquilest.blogs..
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dedanso
  20 février 2016
Voici un roman pour le moins difficile à définir. C'est un thriller déroutant et, si l'on en comprend l'enjeu (rien moins que la fin de l'humanité), on n'en comprend pas bien les tenants et aboutissants.
J'ai également mis beaucoup de temps à comprendre la place de chaque personnage dans cette Guerre : un personnage que l'on pensait faire le Bien est en fait un acteur principal du Mal , parmi les Gentils il y a des méchants et il y a aussi des traîtres parmi les Méchants. Enfin bref, l'auteur se joue des codes du Bien et du Mal et remet en cause tout ce qui, pour le lecteur, semble acquit. C'est un bon principe mais la lecture s'en trouve ardue pendant un certain temps, avant que tout ne finisse par s'imbriquer.
Dans ce récit s'opposent deux prophéties : celle des Sheltas, pour la survie de l'humanité, et celle des Fomoroï, pour la fin des Hommes. Ils ont chacun leur prophète et leur Virga Vagos, ou livre des prophéties, dont il est question tout au long du roman : lequel sera le plus proche de la Vérité ? l'Humanité survivra-t-elle ? Dans tous les cas, cela ne se fera pas sans de grandes catastrophes (l'ouverture du récit, sur les suicidés de la falaise, est un des plus beaux passages du roman).
Si cette dichotomie entre le Bien et le Mal est le thème principal du roman, elle n'est pas le seul. Philippe Cavalier remet en question toute notre société capitaliste, notre système politique et social, notre rapport à l'argent. Il y est question également d'une quête initiatique, le héros principal, Raphaël Banes, étant amené à revoir radicalement sa place dans le monde lors de sa traversée de l'Amérique.
Je dois cependant dire que la place des femmes dans ce roman est quasi nulle. La plupart servent d'ailleurs les Fomoroï, aucune parmi le clan des Sheltas qui oeuvre à la survie de l'Humanité. Philippe Cavalier réglerait-il ses comptes ?
Enfin je ne peux terminer sans parler de la couverture, tout à fait sublime ! Ce drapeau américain, peint sur un mur en décrépitude, annonce la couleur : une Amérique en déchéance, des chamboulements sans retour en arrière possible. Mais que vient faire là ce serpent coupé en morceau, me direz-vous ? Eh bien lisez ce roman indéfinissable et vous aurez le fin mot de l'histoire...
Merci à Babelio et aux éditions Anne Carrière pour cette rencontre particulière qui, si elle ne m'a pas emballée au plus haut point, a en tout cas marqué durablement mon esprit.
Challenge Multi défis 2016
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critiques presse (1)
LeFigaro   10 décembre 2015
L'écrivain passionné de surnaturel signe un nouveau roman d'aventures apocalyptique et initiatique, au coeur de l'Amérique actuelle.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
ssstellassstella   23 août 2018
Banes froissa le quotidien. Comme il s'apprêtait à le jeter dans le caniveau, Gerald le retint :
"Faites pas ça ! Faut pas gaspiller ! C'est précieux, le papier journal tout propre ! "
Déchirant soigneusement les feuilles, le petit homme au nez en trompette montra au professeur comment placer des pages à même la peau sous son pull pour couper le vent et le froid. "C'est une des trois seules vraies utilités des canards, ajouta Gerald. Faire isolation sous les fringues..."
Constatant immédiatement l'efficacité de cette pratique, Banes eut assez de curiosité pour s'enquérir des deux autres fonctions.
"Ben, servir d'allume-feu et emballer le poisson, pardi !
- Vous oubliez informer, quand même, non ?
Gerald pouffa. "Vous croyez à ça, vous ? C'est vraiment un truc "d'abonné" de croire que la presse est là pour instruire le peuple ! Moi, je vais vous dire : elle est là pour le faire tenir tranquille, et c'est tout ! Brouiller définitivement le peu d'esprit des couillons avec des trucs sans importance, genre sport et potins, et faire croire aux légèrement moins couillons qu'ils font partie de l'élite sous prétexte qu'on les entretient un peu des grandes affaires du monde. Mais c'est rien que du vent, tout ça. Les journaux appartiennent à des banques ou à des consortiums industriels. Vous croyez vraiment que les conseils d'administration vont laisser les reporters travailler au risque de nuire aux intérêts des actionnaires ? De la blague, oui ! D'ailleurs, j'ai toujours dit qu'il suffisait de prendre le mot "information" dans sa forme brute pour comprendre ce que ça voulait vraiment dire.
- Je ne comprends pas...
- "Informer", littéralement, c'est rendre informe, non ? Eh bien c'est justement ce que font les journalistes, d'après moi. Ils sont payés pour rendre "informe" ce qui justement devrait avoir une "forme". Vous me suivez ?"
Banes acquiesça vaguement, sans être convaincu le moins du monde par cette démonstration hasardeuse. Sur sa lancée, Gerald continua :
"Dans le même registre, vous savez pourquoi le gouvernement laisse tant de pauvres dans la rue, m'sieur ?
- Parce qu'il n'y a pas assez d'argent pour les accueillir dans des centres sociaux. C'est la crise..."
Gerald éclata de rire. "La crise, c'est aussi un mensonge des journaux, m'sieur ! J'y croirai quand les traders et les banquiers de Wall Streeet se jetteront du haut de leurs tours ! Non, vous avez tout faux. L'argent, le gouvernement en a bien assez pour ses prote-avions, ses missiles de croisière, ses satellites et tout le tremblement ! Alors, vous savez pas, hein ?
- Non.
- Ben moi, je vais vous le dire, la vraie raison ! Le gouvernement, démocrate ou républicain, notez bien, de toute façon c'est pareil... le gouvernement laisse des millions de gens crever dehors pour faire peur au reste de la population ! c'est du contrôle social, que ça s'appelle !
- Vous voulez dire que c'est une manière d'effrayer ceux qui ne sont pas encore tombés dans la pauvreté ?
- Tout juste ! On laisse les miséreux déambuler dans les villes parce que c'est comme un message lancé par les autorités. Ça veut dire : "Regardez un peu ce qui vous attend si vous ne filez pas droit ! Il y a des millions de braves gens qui dorment dehors, un de plus un de moins, ça ne fera pas de différence. On n'aura aucune pitié pour vous si vous sortez des clous ! Payez vos impôts, travaillez, consommez, baissez la tête, soyez contents et surtout pensez pas !" Voilà pourquoi ils font pas grand-chose pour remédier à la misère, les types aux commandes. Vous captez ?
- Oui, oui... convint Raphaël pour la forme.
- À la fois victimes et épouvantails du capitalisme ! poursuivit le vagabond. C'est comme ça qu'on est, nous autres. Comme des pendus pour l'exemple accrochés à leur gibet en plein milieu de la place du village, voyez ? C'est le même principe ! J'ai saisi ça parce qu'on réfléchit mieux quand on est dans le besoin que quand on a tout ce qu'il faut, conclut Gerald. On voit les choses que le commun voit pas et on comprend des trucs que les "abonnés" veulent surtout pas comprendre..."
Malgré leur caractère loufoque et assurément paranoïaque, les remarques du vagabond ne semblaient pas si stupides.
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ssstellassstella   03 septembre 2018
Les événements du 11 septembre 2001 avaient changé en profondeur bien des habitudes aux Etats-Unis. Vingt ans ou presque après les attentats, plus personne ne s'énervait à l'idée de piétiner une heure dans les files de contrôle aux aéroports ou de faire vérifier son sac avant de pénétrer dans un grand magasin. Comparées aux innombrables problèmes qu'affrontait le pays, ces petites contrariétés de la vie quotidienne semblaient sans importance. Moins connues, car ne concernant qu'une faible partie de la population, d'autres altérations avaient pourtant pris effet. L'une d'elles, à Wall Street, concernait la répartition des employés dans les étages des buildings. Si l'élévation spatiale reflétait autrefois fidèlement les hiérarchies - en clair, plus vous occupiez une position élevée dans l'organigramme d'une banque ou d'une société d'assurance, plus votre poste de travail se trouvait à proximité du sommet -, il en alla tout autrement après que les vols AA11 et UA175 se furent encastrés dans les tours du World Trade Center. Depuis lors, on tenait les étages en suspicion, au point de déménager les bureaux des dirigeants et des salariés les plus rentables au plus près des sorties de secours et autres tunnels d'évacuation. C'était ainsi que, depuis quinze ans à New York, les employés des services généraux et des ressources humaines - valets à petit salaire de moins de cinquante mille dollars par an - s'étaient retrouvés occuper les anciens plateaux aristocratiques des étages supérieurs. Tandis qu'ils jouissaient naguère de vues sublimes sur l'Hudson ou l'East River, les traders surdoués et les gros pontes des conseils d'administration étaient désormais souvent logés dans les sous-sols.
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okkaokka   03 décembre 2016
p.92-3.
« Peut-être nous avons tort de nous préparer au pire. Peut-être… Mais ce que nous, anonymes, démunis, avons entrepris depuis des années – et qu’aucun gouvernement n’a jamais eu l’idée de réaliser -, ce n’est pas seulement de protéger le patrimoine le plus précieux de l’humanité, c’est aussi, et peut-être surtout, de donner un dessein et une raison d’exister à des centaines de braves gens broyés par un monde indifférent. Ceux qui viennent à nous, monsieur Banes, ceux qui, d’une manière ou d’une autre, trouvent notre refuge, nous les traitons bien. Mieux que le système ne l’a jamais fait. Avec moins de moyens sûrement, mais avec beaucoup plus d’humanité. Nous ne laissons personne de côté. Ni les vieux, ni les faibles, ni les pauvres d’esprit. Les indigents, nous les nourrissons et les habillons. Les abandonnés, nous les prenons sous notre aile. Les ignorants, nous les instruisons et leur donnons des livres. Il y a des cours chaque jour sur tous les sujets, ici. On apprend à penser, à raisonner, à composer de la vraie musique selon les règles classiques, à peindre et à dessiner selon les canons académiques. Cela élève l’esprit des gens. Des étudiants qui ne bénéficient plus de bourse viennent chez nous achever leurs études. Des professeurs mis à la porte parce que des villes n’ont plus les moyens de payer leur salaire poursuivent leur mission d’enseignement avec nous. Même chose pour des infirmiers au chômage ou des artisans dont les banques ont saisi la maison. La société normale ne veut pas de nous ? Tant pis pour elle ! Nous lui laissons ses règles qui ne nous conviennent pas et nous en inventons d’autres. Secessio plebis… Vous qui êtes lettré, vous devez savoir ce que cela signifie ?
- La sécession de la plebe, traduisit Banes, particulièrement féru d’histoire antique. C’est un terme qui renvoie aux rivalités entre patriciens et plébéiens au début de la République romaine, si je ne m’abuse. La masse, opprimée par l’oligarchie, choisit de se retirer de la ville plutôt que de recourir à la violence. Laissés seuls face à eux-mêmes, sans personne pour s’occuper des champs, fabriquer les objets du quotidien ou simplement les débarrasser des tâches domestiques, les patriciens furent contraints d’octroyer des droits à ceux qu’ils voulaient asservir. C’était très bien joué de la part du petit peuple romain, qui a mené là une révolte douce, d’autant plus efficace qu’elle s’est exprimée sans violence. Des précurseurs de la désobéissance civile à la Gandhi, en somme…
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dedansodedanso   14 février 2016
A ses propres faiblesses, à ses regrets et à ses fautes s'ajoutaient désormais le fardeau immense de toutes les horreurs du monde... Comme s'il lui était infligé dans sa chair, Banes vécut le malheur des guerres, des famines, des persécutions. Son coeur prit le deuil des peuples disparus, des races massacrées, des tribus éradiquées. Les millénaires de violence infligée aux faibles, aux vaincus, aux marginaux, il les ressentit tel un fer rouge fouaillant son épine dorsale, remontant par ses vertèbres jusque dans son crâne pour racler sa cervelle. Pire que tout : les maux de la Terre parachevèrent son martyr. Les animaux sacrifiés, les mers asséchées, les vallées polluées... Tout en lui criait une souffrance incommensurable, inhumaine.
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okkaokka   04 décembre 2016
p.282.
N’avaient-ils pas honte, ces jeunes soldats d’Amérique, d’avoir ouvert le feu sur ceux-là mêmes qu’ils auraient dû protéger ? Ne comprenaient-ils pas qu’ils servaient un pouvoir inique, un pouvoir malfaisant qui œuvrait depuis bien trop longtemps contre les intérêts du peuple ? Comment pouvaient-ils vendre ainsi leur conscience à cette classe d’affairistes, de prévaricateurs et de traîtres qui arpentaient les couloirs de la Maison Blanche et du Congrès ? N’avaient-ils pas honte, vraiment-honte devant Dieu et devant les hommes ?
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Vidéo de Philippe Cavalier

La chronique de Gérard Collard - le marquis d'Orgèves.mov
Gérard Collard vous avez parlé la saison dernière des différents tomes du héros "Le marquis d'Orgèves" de Philippe Cavalier aux éditions Anne Carrière. La maison d'édition a eu la bonne idée de sortir l'intégrale de la série en un seul livre. Une idée de cadeau à l'approche de Noël... Regardez... La présentation du livre "Le marquis d'Orgèves" par l'éditeur : "On a colporté mille légendes à mon propos et l'on m'a dit pire que le diable. J'ai menti et volé bien souvent, c'est vrai. Et je ne compte plus les femmes dont j'ai brisé le coeur. Dans les batailles, je n'ai jamais baissé ma garde et beaucoup ont vu en moi le dernier justicier du royaume de France. Mais voyez plutôt par vous-même comment, au temps des libertins, des philosophes et des révolutionnaires, vécut, combattit et aima Gauthier, marquis d'Orgèves". Trahisons, complots, séductions, amitiés, batailles épiques et voyages au long cours... Découvrez le plus turbulent des héros de cape et d'épée, dans cette fresque enivrante, où Histoire et romanesque dessinent un XVIIIe siècle féroce et sensuel ! Des vallons d'Ecosse aux déserts d'Afrique orientale, des jardins de Versailles aux forêts d'Amérique, Gauthier relève insolemment tous les défis. Vif comme d'Artagnan, désinvolte comme Fanfan, galant comme Casanova, le marquis d'Orgèves est une comète dont le panache n'a pas fini de miroiter au firmament des fines lames. Vous pouvez commander "Le marquis d'Orgèves" sur le site de la librairie en ligne www.lagriffenoire.com
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