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EAN : 9782253057567
224 pages
Le Livre de Poche (30/11/-1)
3.73/5   47 notes
Résumé :
Je voulais écrire un livre pour dire mon bonheur d'écrire, et d'écrire en français. Ç'aurait été un livre très construit, qui aurait commencé à la page 1 et aurait fini à la dernière page, ayant dit ce qu'il avait à dire et démontré ce qu'il s'était proposé de démontrer. Et puis... Comment cela s'est-il fait ? Ça n'a pas voulu s'arranger comme ça. Rien à faire. Peut-être parce que j'ai été journaliste trop longtemps et qu'au fond je le suis resté ? Ce que je vous pr... >Voir plus
Que lire après Mignonne, allons voir si la rose...Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Cavanna, fervent défenseur de la langue française, dans un cri du cœur, nous dit son bonheur de parler et surtout d'écrire en français. Il en explore tous les aspects un peu en vrac, des difficultés de l'orthographe au travail d'écrivain, en passant par les problèmes d'un alphabet latin « bouffé aux mites », par l'importance de la ponctuation (il voue une haine féroce au point-virgule, sachez-le), de la syntaxe, par les incongruités de la langue et nous emmène même faire un petit tour à la cour d'Angleterre en nous démontrant que sans Jeanne d'Arc, le monde entier ou presque parlerait français.

Pas de fausse modestie chez Cavanna : il maîtrise parfaitement le français, sa syntaxe, son orthographe et ne s'en cache pas. « Moi, les participes passés viennent me manger dans la main ». Il se joue, se délecte même de ses difficultés et, s'il n'est pas tout à fait contre quelques petites adaptations, (une modeste révision de l'orthographe aura d'ailleurs lieu un an après la sortie du livre), il est farouchement opposé à une réforme en profondeur. Pas question de toucher à ce chef-d'œuvre, sous prétexte qu'il n'est pas accessible à tous !
« Or, à qui servira-t-elle, cette réforme ?
Pour qui la fait-on ?
On la fait pour des gens qui ne lisent pas, qui liront de moins en moins, qui n'écriront pas davantage. On la fait pour des gens qui ne s'en serviront pas. »

Là, j'ai du mal à suivre l'auteur. Pas sur la réforme, je n'entre pas dans le débat ici, mais je peux affirmer que la mauvaise orthographe n'est pas l'apanage des non-lecteurs, parmi lesquels, soit dit en passant, certains écrivent fort bien. En effet, les exemples ne manquent pas de personnes cultivées, baignant dans l'écrit et trébuchant sur le premier é/er venu. C'est que le sens de l'orthographe est une chose fantasque qui ne s'invite pas toujours là où on l'attendait. Il est à cet égard intéressant de rapprocher l'ouvrage de François Cavanna de celui de François de Closets qui, dans « Zéro faute », nous fait part de sa souffrance de « nul en dictée ». Et on ne peut guère dire de cette personnalité qu'elle ne lit pas et écrit encore moins ! On a donc deux approches radicalement différentes du thème et F. de Closets, dans son essai particulièrement bien documenté, plaide bien entendu pour une simplification.

Mais revenons à notre mignonne : loin d'être rébarbative, l'analyse est passionnante, fort bien écrite, la moindre des choses me direz-vous vu le propos, et on s'amuse franchement, l'humour étant tapi un peu partout. C'est Cavanna, quoi ! Et si l'on n'est pas trop regardant sur le côté un peu excessif de sa démonstration, dans l'esprit d'ailleurs des billets au vitriol qui sont sa marque de fabrique, son plaidoyer pour notre beau français se savoure avec le plus grand plaisir.
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Et si nous continuions un peu dans le hit parade du sieur Cavanna ?

Aujourd'hui, attaquons-nous à Mignonne, allons voir si la rose... qui, conformément à la majeure partie - pour ne pas dire l'entièreté - de l'oeuvre du moustachu, est passionnant.

L'histoire, c'est quoi ?

L'histoire, c'est un ancien journaliste (moustachu, ça vous l'aviez compris), co-fondateur de Charlie Hebdo à ses heures perdues aussi, qui raconte à quel point il aime écrire en français. Ça vous paraît con ? Que nenni, c'est génial.

En fait, ce livre, c'est un peu un Grévisse. Un Grévisse en moins chiant. Et en plus personnel, aussi : Cavanna n'hésite pas de raconter des petites anecdotes sur lui, comme toujours.

Et si toi, Camarade, comme moi, tu aimes quand Cavanna gueule un coup, tape du poing sur la table et balance des cendriers par terre, tu vas être servi. Parce que là, la réforme de l'orthographe, déjà décriée par Allais, Cavanna ne la ménage pas. Bon, je n'en dis pas plus, je vous laisserai le soin de vous délecter de ses bons mots. Note : il s'attaque aussi aux anglicismes, et ça aussi c'est délicieux.

Somme toute, c'est un roman d'amour. Un roman d'amour adressé à une femme qui, comme toutes les femmes, présente des défauts, de ces défauts qu'on finit par aimer tendrement.

C'est un livre qui, personnellement, m'a foutu le cafard à la fin, parce que je me suis dit que c'est quand même franchement dommage qu'un si grand amoureux de la langue soit mort si jeune. Bon, 90 ans, d'accord, ça peut faire vieux, mais ces gens-là ne devraient jamais mourir et rester toujours jeune, pour le bien de l'humanité.

Voilà. Bon, j'avais noté plein de trucs à vous dire, mais je ne sais plus où j'ai foutu ma feuille, et j'ai la flemme de me lever. de toute façon, l'essentiel a déjà été dit, tout le reste n'est que superflu.
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France, ton français fout l'camp!
Tel pourrait être ce véritable cri du coeur de la part de Cavanna qui, à l'instar de la majorité des fils d'immigrés (italien en l'occurrence) voue à notre langue un amour immodéré que les français de souche ont négligé depuis belle lurette. On ne remarque plus la beauté de ce que l'on a sous les yeux, trop habitués, blasés en quelque sorte.
Pourtant c'est vrai qu'elle est belle notre langue.
Belle et précise.
Et là, ça se corse. Qui dit approprié dit compliqué. Et on doit l'apprendre cette langue maternelle, c'est là le paradoxe. le vocabulaire, immense, infini, une armée en marche et son corollaire évident : l'orthographe. Bête noire à la fois des cancres et des premiers de la classe.
Ensuite la grammaire (la grand'mère disions nous du haut de nos sept ou huit ans pour nous moquer de cette ogresse sans merci), tordue à n'en plus finir. Qui n'a jamais effectué la moindre faute me jette la pierre.
Et puis parlons de la conjugaison qui, Dieu merci, ne s'applique dans l'hexagone qu'aux verbes (je plains italiens et allemands dont les mots même changent d'habits en fonction de leur utilité). Sans aller jusqu'au plus-que-parfait du subjonctif, il y a déjà quelques beaux écueils aux temps passés ou conditionnels.
La syntaxe, fondation du tout.
Et puis le sens. Forcément, le sens. Sinon tout cela ne servirait à rien.
Ce qui ne laisse que peu de place au style. Mais on ne nous demande pas d'être des Balzac ou même des Camus de la plume. Juste savoir écrire correctement et sans fautes, savoir s'exprimer avec la précision du chirurgien qui s'apprête à vous ouvrir le crâne.
Ce bouquin, très bien écrit (c'est la moindre des choses quand on entend défendre une langue) sans devenir pédant ni tomber dans l'excès élitiste d'universitaires en mal de reconnaissance, se lit comme un roman. Cavanna y aborde, pêle-mêle, les sacro-saints points de litige de la langue française. Mais, avant tout, il s'insurge contre cette réforme qu'on nous promets depuis que je suis au berceau (lui était déjà dans la « force de l'âge »).
Puisque le français est si compliqué et qu'il faut l'inculquer à tous et toutes depuis Jules Ferry, pour n'en rebuter aucun, simplifions-le!
Et voilà que Cavanna brandit sa plume comme un croisé aurait élevé son épée. Quoi? On veut raboter ce chef d'oeuvre? On veut raccourcir ces doubles consonnes qui ne riment à rien, on veut simplifier, réduire, abréger. Et pourquoi pas reproduire un Renoir façon allégée, supprimer la moitié des instruments d'une symphonie ou bien résumer un classique de la littérature (ça c'est vu!).
Sous le prétexte que le goût de l'effort s'est perdu quelque part vers Mai 68...
A trop vouloir défendre une langue qui vit, on passe aisément pour un réac de la pire espèce, vénérant le Maréchal et une ribambelle d'idées d'un autre âge, moisies d'avoir été pensées par des cerveaux mal intentionnés à l'adresse de cerveaux mal éduqués.
Cavanna évite ce premier écueil. En même temps, son parcours interdit de le prendre pour ce qu'il n'est pas, un peu comme seul un juif peut se permettre des blagues antisémites.
Mais oui, l'apprentissage d'une langue, tout comme n'importe quel apprentissage demande un effort, une volonté (qui se soucie des souffrances endurées par les petits rats de l'Opéra ni des rabâchages éternels des apprentis musiciens) . On ne peut maitriser tout du jour au lendemain.
Cavanna n'est pas contre une adaptation du français. Mais il y a des choses sur lesquelles il reste intransigeant. La ponctuation par exemple, même s'il voue au point virgule une haine incompréhensible. Dans un sens, il n'a pas tort. le point virgule est au point ce que le cédez-le-passage est au stop. On peut vivre sans. Soit.
En revanche, je ne le suis plus trop quand il maudit le snobisme de dire scenarii ou pizze pour parler de plusieurs scénario accompagnés d'autant de pizza. Surement un complexe vis-à-vis de la langue de ses parents, je ne sais pas.
Et les anglicismes. Bien qu'il reconnaisse que ce n'est pas le principal écueil qui guette notre langue. Après tout, il y a eu autant de mots français exportés dans la langue de Shakespeare à l'époque où la France rayonnait dans le monde. Car, après tout, un mot s'impose parce qu'il accompagne une puissance qui l'exige. Demain, nous parlerons tous Chinois.
Au fil des chapitre on s'amuse gaiement des incongruités de ce français qui nous surprendra toujours. J'ai même eu un instant l'envie de me remettre dans les « tables de conjugaison » (du reste ça ne me ferait pas de mal).
On arrive au bout de cette gourmandise comme à la fin d'un repas, trop succulent pour être si court.
Allez, les enfants, sortez un stylo et prenez une feuille à carreaux : on va faire une dictée!

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Lu à sa sortie, je m'étais délecté, à la lecture de cet ouvrage de François Cavanna, de ses bons mots, de ses trouvailles et de son amour partagé de notre si belle et si rebelle langue française. Un trésor à lire et relire, ne serait-ce qu'en mémoire de cet artiste mort juste avant d'avoir connu le terrible massacre de Charlie Hebdo, un an plus tard.
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Cavanna défenseur de la langue française... mais toujours avec humour...
Lien : http://mazel-livres.blogspot..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Ma belle langue, ma bien-aimée, il me faut donc te voir jour après jour devenir insipide, bêtasse, rabâcheuse et prétentieuse, il me faut voir te dire « O.K. » en mâchant de la gomme, voir tes yeux pleins de malice s’éteindre et ne plus refléter que la connerie satisfaite des performants de l’immobilier et des battants du marketing, l’emphase boursouflée des « porte-parole » et autres politicards, le faux enthousiasme hystérique des commentateurs sportifs...
Il faudra bien s’y faire. On ne construit plus de châteaux de la Loire, on construit des Centres Pompidou en tôle peinturlurée et des Opéras Bastille décrépis avant d’être terminés. On ne construit plus le Louvre, on construit la pyramide.
Il faudra s’y faire, mais je ne m’y fais pas, et je crèverai malheureux, ô ma bien-aimée. Ils ont posé leur gros cul sur ton cher visage, ils t’ont avilie, ils t’ont ravalée à leur propre nullité, à leur vulgarité crasse.
Même les poètes t’ont lâchée. Ils se sont réfugiés dans l’abscons.
Il n’y aura plus dans nos villes que des opéras Bastille, des lèvres ne sortiront plus que des langues de bois. Le luxe suprême : le formica et la baguette d’aluminium doré sur le gris sale du béton. Pourquoi la parole y échapperait-elle ?
Ils ont passé les moyens de faire grand et beau. Là où les siècles passés n’avaient que la sueur des hommes, ils ont la fantastique puissance des machines, et ils ne savent produire que camelote mort-née...
Allons, ils l’auront, leur réforme de l’orthographe. Mais qu’en feront-ils ? Ils n’écrivent plus.
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J'étais stupide parce que je croyais à ce qu'on m'avait enseigné à l'école. A ce que chacun de mes instituteurs, l'un après l'autre, chacun de mes livres de classe, m'avait répété avec une conviction d'apôtre : que l'on n'étudiait pas POUR un résultat pratique (gagner de l'argent, se hisser dans la société, acquérir de l'honneur, de la puissance ou même posséder un métier) mais pour le pur plaisir d'apprendre, de savoir, de comprendre.
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Un nègre est un monsieur, pas obligatoirement noir de peau - pourtant cette couleur l'aiderait beaucoup à se fondre dans l'ombre où son métier le condamne à rester caché - mais doué d'une certaine aisance dans le maniement de la langue, peut-être même d'un joli brin de talent, mais que le succès n'a pas caressé de son aile capricieuse et qui, comme beaucoup d'autres dans cette vallée de larmes, a besoin de payer son loyer ainsi que quelques menues babioles indispensables à sa survie.
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Tu es contre la généreuse, égalisatrice et progressiste réforme de l’orthographe, DONC tu es aussi pour la peine de mort, pour l’école des curés, pour la reconduction des immigrés basanés à la frontière à coups de pied dans le cul, pour les vigilantes milices de citoyens armés, pour l’église intégriste, pour la femme aux casseroles, contre l’avortement, la pilule et l’accouchement dans la joie, pour l’accroissement du budget de l’armée et, vu ton âge, tu cultives la nostalgie des bons vieux temps vert-de-gris devant un portrait du Maréchal.
La réforme, c’est le Progrès. Qu’est-ce que le Progrès ? Ce qui est nouveau. Quel est le contraire de « progrès » ? Réponse : « ringard ». Surtout, surtout, ne pas être ringard !
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Le langage des sigles suppose une initiation. Il est donc le contraire d’un outil universel de communication. A moins que tout le monde ne soit initié. Auquel cas il devient une sténographie. Il reste encore à en faire de la poésie.
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Videos de François Cavanna (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Cavanna
1/5 François Cavanna : À voix nue (1994 / France Culture). La semaine du 23 juin 2014, France Culture rediffusait une série de cinq entretiens enregistrés avec François Cavanna en 1994 pour l'émission “À voix nue”. Par Ludovic Sellier. Réalisation : Christine Robert. Rediffusion de l'émission du 17/01/1994. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. 1) La mémoire de la ville : de la "folie patrimoniale" au "tout progrès"
François Cavanna est né en février 1923 (et décédé le 29 janvier 2014) d'un père italien et maçon et d'une mère morvandiode, et si l'usage de son prénom s'est un peu perdu, il a conservé son accent des faubourgs. Ecrivain, après avoir débuté dans la presse comme dessinateur, Cavanna est devenu rédacteur en chef de "Charlie Hebdo" et le fondateur de "Hara Kiri", il a conservé le goût de la formule et les saveurs d'une langue truffée d'onomatopées. Invité : François Cavanna
Thèmes : Littérature| Littérature Contemporaine| Mémoires| Presse Ecrite| François Cavanna| Charlie Hebdo
Source : France Culture
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