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EAN : 9782290349205
93 pages
Éditeur : J'ai Lu (01/06/2005)
3.27/5   192 notes
Résumé :
Le démon se rend souvent hideux à plaisir. C'est d'abord cette image qu'il donne à don Alvare lorsque celui-ci l'évoque dans les ruines du palais de Portici sous le nom de Belzébuth. Une tête de chameau hurlant de sa grande gueule : "Que veux-tu ? " Mais Alvare a de l'audace et, vite maître de sa terreur, il réduit le spectre à l'état d'esclave et en use comme Aladdin de son génie. Sous les traits d'une sylphide, la créature qui va désormais le servir n'a plus rien ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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PhilippeCastellain
  05 septembre 2020
Tous les livres vieillissent. Mais sur ‘le diable amoureux' et quelques autres, il plane comme un souffle d'intemporalité. C'est bizarre, en un sens. Voila l'histoire du jeune chevalier Alvare, qui invoque le Diable, et le soumet comme son serviteur. le diable se venge en prenant la forme d'une jeune femme, Biondetta, et en faisant tout ce qu'il est en son pouvoir pour le séduire. Bien entendu, le chevalier s'accroche à ses obligations morales et au souvenir de sa chère mère pour ne pas céder. Or aujourd'hui le sexe hors mariage n'a plus rien d'un tabou, et on devrait surtout rire des scrupules du chevalier !

Mais il y a dans l'écriture un dynamisme et un sens du rythme certain. Et surtout, au-delà de Alvare et de ses états d'âmes, il y a le Diable. Dans les contes populaires, l'homme triomphe généralement de lui par la ruse ; mais cette fois c'est lui qui mène le jeu. Avec quelle habileté et quel cynisme on le voit déployer peu à peu ses stratagèmes autour du pauvre naïf qui se croyait si malin ! Il y a une truculence incroyable dans ce chameau grimaçant métamorphosé en femme, se retranchant derrière sa pudeur et ses larmes. Suprême mépris : il finit par le planter là. L'âme d'Alvare ne l'intéresse même pas.

De Milton aux ‘Visiteurs du Soir' et jusqu'à ‘Docteur Who', quand l'homme se heurte au prince du mal, c'est généralement à son corps défendant, et il le paye cher. Un seul a eu la témérité de l'appeler à lui pour en faire son serviteur. Saluons Cazotte et son héros Alvare, qui ont bâti le personnage du Grand Méchant Sardonique. ‘Avenger' pourrait les remercier, il leur doit Loki.
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Patsales
  01 mai 2020
Deuxième lecture. Maintenant que je n'ai plus besoin de tourner frénétiquement les pages pour savoir si oui ou non Alvare va céder à la tentation et se laisser séduire par le Diable, je suis plus à même de succomber moi-même à la délicieuse perversité de ce petit conte immoral.
Prenez un roman de Richardson, tiens, Clarisse Harlowe, allégorie de la vertu, qui se défend avec âpreté contre les désirs de Lovelace malgré son amour pour lui. Inversez. Et vous obtenez le Diable amoureux où Alvare fou de concupiscence pour Biondetta résiste comme il peut aux assauts de la jeune femme parce qu'il voudrait se réserver jusqu'au jour du mariage...
C'est hilarant. D'autant plus qu'Alvare est soldat, qu'il a une bonne épée (mmm...) et qu'on pourrait penser qu'il refuserait de battre en retraite.
« J'ai révolté contre moi les passions les plus cruelles, les plus implacables ; il ne me reste de protection que la vôtre, d'asile que votre chambre : me la fermerez-vous, Alvare ? Sera-t-il dit qu'un cavalier espagnol aura traité avec cette rigueur [...] une personne de mon sexe ? »
Je me reculais autant qu'il m'était possible, pour me tirer d'embarras ; mais elle embrassait mes genoux, et me suivait sur les siens : enfin, je suis rangé contre le mur. « Relevez-vous, lui dis-je, [...] Quand ma mère me donna ma première épée, elle me fit jurer sur la garde de servir toute ma vie les femmes, et de n'en pas désobliger une seule.
— Eh bien ! cruel, à quelque titre que ce soit, permettez-moi de rester dans votre chambre. [...]
Je lui tourne le dos, et m'approche de mon lit pour me déshabiller. « Vous aiderai-je ? me dit-on. — Non, je suis militaire et me sers moi-même. »
Voilà donc le beau militaire armé de sa seule pruderie (et de sa chemise de nuit) acculé par la tendresse de Biondetta et en butte aux attaques les plus impitoyables. Biondetta se plaint, pleure, gémit, se pâme, s'effraie de tout.
« Je veux la rassurer. « Mettez la main sur mon coeur, disait-elle. » Elle me la place sur sa gorge, [...] quoiqu'elle se trompât en me faisant appuyer sur un endroit où le battement ne devait pas être le plus sensible »
Comme on le voit, le danger est grand et la vertu d'Alvare en passe d'être balayée. Heureusement (?), Dieu veille:
« Tout ce badinage agréable était mêlé de caresses trop séduisantes pour que je pusse m'y refuser : je me livrais, mais avec réserve ; mon orgueil compromis servait de frein à la violence de mes désirs. Elle lisait trop bien dans mes yeux pour ne pas juger de mon désordre et chercher à l'augmenter. Je fus en péril, je dois en convenir. Une fois entre autres, si une roue ne se fût brisée, je ne sais ce que le point d'honneur fût devenu. »
Eh oui, on se le demande, qu'est-ce qu'il va devenir le point d'honneur de notre vertueux Alvarounet? le combat est douteux et son dénouement ambigu. Mais pouvait-il en être autrement? le Diable est chameau et épagneule, mâle et femelle; sa duplicité nous divise quant à la signification de cette ultime nuit où Alvare et Biondetta se connaissent bibliquement -ou pas, où la vertu l'emporte sur le vice -ou pas, où l'homme enfin s'est donné -à moins qu'il ne se soit repris.
À lire, donc, et d'autant plus que « Le Diable amoureux » fait au bas mot 1900 pages de moins que le roman de Richardson. Et même en ces temps de confinement, ça compte.
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colimasson
  14 juillet 2019
J'ai lu ce truc parce que c'est Lacan qui m'en a parlé. Il arrêtait pas de me rabâcher cette ritournelle lancinante à laquelle je ne comprenais rien, dans l'un ou l'autre de ses séminaires : « Chè vuoi ? ». Et ché vuoi quoi alors ? Qu'est-ce que c'est encore que cette connerie Lacanou ?

Quelques petites recherches plus tard, je tombe sur « le diable amoureux » de Jacques Cazotte, dans la traduction de Gérard de Nerval. de l'un à l'autre, une certaine accointance de style. Des histoires courtes fantastiques, avec de l'amour malheureux qui ponctue les péripéties du personnage principal, des phrases à enluminures sans être forcément emmerdantes, des paysages et des personnages comme de beaux objets exposés derrière les vitrines des musées. Mais là n'est pas le principal. L'histoire a attiré l'attention de Lacan et – si tout le reste m'emmerde – cela mérite quand même vigilance de ma part.

Alvare de Maravillas, le narrateur, rouille en garnison près de Naples. Pour tromper l'ennui, il se laisse embarquer dans des aventures occultes. Un personnage rencontré au hasard d'une soirée de picole lui apprend par quel moyen ésotérique il pourra enfin trouver une bellâtre à culbuter. Séduit par cette idée, Alvare se rend un jour dans les ruines de Portici à Herculanum et invoque Belzébuth.
« A peine avais−je fini, une fenêtre s'ouvre à deux battants vis−à−vis de moi, au haut de la voûte : un torrent de lumière plus éblouissante que celle du jour fond par cette ouverture ; une tête de chameau horrible, autant par sa grosseur que par sa forme, se présente à la fenêtre ; surtout elle avait des oreilles démesurées. L'odieux fantôme ouvre la gueule, et, d'un ton assorti au reste de l'apparition, me répond : Chè vuoi ? [Que veux-tu ?] »

AH ! voilà ce Chè Vuoi ? question qui cible le désir de celui qu'elle interroge d'une manière si directe qu'elle n'est pas sans susciter l'angoisse existentielle. Question si malaisée à répondre qu'Alvare préfère la retourner à son interlocuteur histoire de se laisser trente secondes de réflexion. Et toi donc, qu'est-ce que tu veux ? qu'il lui balance avec grand courage, comme pour cerner ce qu'il en est du désir de l'autre avant d'oser donner une voix au sien. le chameau, moins timoré mais un peu fourbe, lui répond : « Maître, me dit le fantôme, sous quelle forme me présenterai−je pour vous être agréable ? »

Puisque son désir est le mien, se dit Alvare, plus cocu que jamais, je peux y aller – et il lance ainsi la machine des illusions, le piège du fantasme, le leurre de l'amour. Alvare tâtonne, toujours aussi peu couillu : il demande d'abord une chienne épagneule (quelle idée de merde) qui lui serait fidèle et qu'il appelle Biondetta. Après quelques papouilles, Alvare se rend compte qu'il voudrait un peu mieux et au cours d'une réception qu'il organise plus tard avec ses potes, il lui demande de se transformer en page à sa livrée. le page, servant liqueurs et coupelles, fantastique en répartie et en noblesse d'allure, propage autour de lui une effusion extraordinaire dont Alvare s'empare pour nourrir le désir des autres : c'est mon page, fanfaronne-t-il.

« Mon aisance les déconcerta plus encore que le changement de la scène et la vue de l'élégante collation à laquelle ils se voyaient invités. Je m'en aperçus, et résolu de terminer bientôt une aventure dont intérieurement je me défiais, je voulus en tirer tout le parti possible, en forçant même la gaieté qui fait le fond de mon caractère. »

Porté par l'enthousiasme, se défiant de toute retenue, Alvare finit par saluer la femme imaginaire de ses récits par un toast : « Je porte la santé de la plus jolie courtisane de Naples ; nous la buvons ». Alvare sait qu'il peut demander n'importe quoi à présent : « la signora Fiorentina m'a promis de me donner un instant ; voyez si elle ne serait point arrivée ». le page sort de l'appartement et « Fiorentina entre tenant sa harpe ; elle était dans un déshabillé étoffé et modeste, un chapeau de voyage et un crêpe très-clair sur les yeux ». La séduction exercée par ces objets sur Alvare lui fait oublier qu'il est à l'origine de leur création. le chameau à la voix caverneuse qui se cache derrière leurs figures charmantes s'est fait oublier. Mais la fête se termine, les convives partent et ne reste plus qu'une Biondetta qui concentre à la fois la figure charmante de Fiorentina, la volonté de perfection de Biondetto et la fidélité de la petite chienne épagneule. Elle reste aux côtés d'Alvare qui se défend de ne plus pouvoir se passer de cet étrange objet suscité par son désir. Il lui demandera à plusieurs reprises de disparaître mais Biondetta, par un don d'acuité démoniaque, semble savoir instinctivement quel comportement adopter, quelle posture revêtir, quelles paroles proférer pour piéger Alvare dans le reflet de ses désirs et de ses fantasmes.

Alvare ne veut pas de cette Biondetta derrière laquelle se cache une figure de dromadaire mais il la désire à la mesure de l'ambivalence des sentiments qu'il éprouve pour elle, entre fascination et répulsion. Après des aventures qui conduiront Alvare et Biondetta à Venise puis vers l'Estramadure, Biondetta poursuit plus loin la proposition de se faire le semblant de l'objet de son désir. Pour cela elle lui propose de régler ses créances au jeu, de lui enseigner la science secrète des nombres qui lui permettrait de gagner à tous les coups et, en ultime requête, elle annonce qu'elle serait prête à abandonner son immortalité pour passer sa vie avec lui. Alvare finit par se marier à Biondetta dans un demi-rêve duquel la conscience s'estompe de plus en plus mais, après avoir consommé leur union, la maléfique épouse annonce le prix du semblant. Elle demande à être l'unique adorée d'Alvare, elle demande à être adorée pour ce qu'elle est : Belzébuth. Biondetta retire alors le voile pour révéler à Alvare la véritable apparence de l'objet de son désir. « À l'instant l'obscurité qui m'environne se dissipe : la corniche qui surmonte le lambris de la chambre s'est toute chargée de gros limaçons ; leurs cornes, qu'ils font mouvoir vive ment et en manière de bascule, sont devenues des jets de lumière phosphorique, dont l'éclat et l'effet redoublent par l'agitation et l'allongement ». Et tout de suite après cela, « presque ébloui par cette illumination subite, je jette les yeux à côté de moi », nous raconte Alvare, « au lieu d'une figure ravissante, que vois-je ? Ô ciel ! c'est l'effroyable tête de chameau. Elle articule d'une voix de tonnerre ce ténébreux Chè vuoi qui m'avait tant épouvanté dans la grotte, part d'un éclat de rire humain plus effrayant encore, tire une langue démesurée… ».

Lacan s'est appuyé sur ce récit pour illustrer la métaphore du voile quant à l'accent pervers (qui se trompe sur son objet) du désir et son articulation au fantasme. Au terme de cette histoire, Alvare découvre qu'il est l'instrument de la jouissance de l'Autre et qu'il s'est lui-même fait objet de la demande de l'Autre en croyant suivre son désir. C'est la réponse qu'offre le névrosé à la question Chè vuoi ? (« que me veut-il ? ») : ce n'est pas son désir qu'il cherche avant tout puisqu'il le délègue à l'Autre sous la forme d'une demande de reconnaissance, bien souvent sans qu'il ne le sache lui-même. Cette historiette a aussi permis à Lacan d'illustrer l'idée que le désir tourne autour d'un manque fondamental, impossible à connaître, impossible à combler pour cela même que c'est ce manque qui engendre le mouvement dynamique de la vie. Ce que le sujet croit désirer, il ne le veut pas puisqu'il ne peut jamais l'avoir, mais il ne le sait pas. le désir qui se noue au désir de l'Autre engendre une boucle au sein de laquelle gît le désir de savoir ce qu'il en est du désir.

L'histoire d'Alvare a également permis d'illustrer ce qu'il en est du transfert dans la cure analytique puisque c'est une demande de vérité que l'analysant adresser à l'analyste. Qui suis-je ? Que me veut-on ? demande-t-il en espérant que l'analyste, support de ses projections, objet érigé en fantasme d'un sujet-supposé-savoir, lui enseignera la vérité de son existence et de son être. C'est pour éviter cela que Lacan préconise l'effacement de l'analyste dans la cure jusqu'au point où il se confond avec le non-être car « l'être du sujet surgit sur un fond de non-être [de l'Autre] ». le reflet de soi que le sujet va voir en l'Autre ne devrait souligner que l'absence de désir de celui-ci à l'égard du sujet afin que celui- ci cesse de s'en référer à l'Autre pour répondre aux questions qui sont les siennes. L'analyste se limitera « à n'être que l'espace où résonne le Chè vuoi ? ».

Voilà ce qu'il en est pour la petite dissertation sur le Chè vuoi de Lacan. Si on a pu reprocher à Lacan d'être un charlatan de la psychanalyse (jaloux), on ne peut l'accuser de n'être pas un lecteur passionné et méticuleux. Peu importe. Cette histoire plaît pour elle-même. Elle plaît en ce qu'elle nous fait comprendre pourquoi nos vies semblent parfois se barrer dans tous les sens sans cohérence. « Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages sur les collines », écrivait Buko, et il en est ainsi de nos journées agitées, frénétiques mais surtout aveugles, comme cet Alvare qui se leurre avec des objets qui ne le charment que parce qu'ils nourrissent des fantasmes qui lui furent inspirés par une béance impossible à deviner. Sans eux, il verrait que tout n'est que tête de dromadaire. Pensons à ceux que nous avons laissés et qui nous ont laissés : par quel prodige avions-nous pu devenir fous pour eux ? Une fois l'illusion amoureuse disparue, il ne reste qu'un sain éclat de rire. L'amour, disait Lacan, c'est donner à l'autre ce que l'on n'a pas et ce dont il ne veut pas. Voilà un parfait résumé de ce Diable amoureux.
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Ellane92
  18 mars 2014
Don Alvare est un Espagnol au service du Roi de Naples. Par une relation, Bernardillo, il acquiert des connaissances dans le domaine de l'occulte et est poussé, par forfanterie, à invoquer le Diable. Celui-ci, peu disposé à se soumettre à ce nouveau maitre, se présente à lui sous la forme d'un chameau monstrueux, puis d'un épagneul, enfin, d'un page. Partageant la vie du jeune homme, le Diable succombe à son charme, et, sous la forme de la belle Biondetta, il s'attache, sans contrainte et de lui-même, par amour, aux pas de l'Espagnol.
J'ai beaucoup aimé ce livre de Jacques Cazotte, tout autant roman courtois que conte fantastique. "Le diable amoureux" est, dit la préface, à l'origine des romans fantastiques à la française (comme ceux de de Nerval par exemple). La préface indique également que ce livre a connu trois dénouements différents : dans deux d'entre eux, Don Alvare était puni de sa prétention et de ses erreurs ; c'est cependant la troisième, dans laquelle la morale est sauve et où tout finit bien (pour Alvare), qui a été éditée par Les mille et une nuits. Et c'est bien dommage !
Que dire de ce Diable amoureux ? le livre est court, la lecture est aisée, le langage poétique. Je n'ai pas beaucoup d'amitié pour le héros de cette aventure, censé être le représentant du Bien, comme Biondetta, le Diable, est celui du mal. On peut lire ce roman comme une bataille gagnée par le "pénitent" contre la tentation et la luxure. Sans aucun doute.
Pour ma part, j'ai lu le Diable amoureux parce qu'Arturo Perez Reverte l'évoque fréquemment dans son Club-Dumas (plus connu comme La neuvième porte, porté au cinéma par Polanski). Je ne suis donc pas arrivée neutre dans cette histoire. Et qu'y vois-je ?
Biondetta, une jeune femme, qui serait le Diable, revendiquant sa part d'ombre ? Elle est dangereuse, certes, belle et dangereuse. Mais qui l'a convoquée ? Qui l'a contrainte à obéir ? Elle troque son immense pouvoir pour s'incarner en humaine, assumant sa part de femme et sa part de puissance, volontairement, par amour, et se jette corps et âme aux pieds de notre héros. Qu'a-t-elle en échange ? Mépris, abandon, silences. Alvare joue au chaud et au froid, partagé entre sa passion des sens et la peur de perdre son âme et finalement, pris de terreur et de remords par un songe, s'en va courir, je vous le donne en mille… dans les jupes de sa maman !! Voilà un homme qui assume ce qu'il fait.
Histoire fantastique, roman courtois, allégorie du combat du bien contre le mal, etc…, chacun lira ce qu'il voudra dans ce court roman. La seule chose à retenir, c'est que c'est un roman à lire, parce qu'il est emblématique d'un courant littéraire français, parce que l'histoire est plaisante et l'écriture pleine de subtilités ! Ce serait dommage de ne pas en profiter !
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candlemas
  03 décembre 2016
Un ouvrage ancré dans son temps, par son environnement, qui nous fait pénétrer les travers et l'élégance matérialiste de la Venise galante du XVIIIème siècle, que Cazotte entend dénoncer, et par son style littéraire, et un relatif érotisme, pas très éloigné De Laclos et Sade. Tout part donc d'une démarche hédoniste à la Dorien Gray mais, chez Cazotte, la lutte qui s'en suit prend le détour du fantastique pour se matérialiser dans un corps à corps direct avec le diable. L'auteur délivre ainsi ses messages mystiques et symboliques, à travers des paraboles empruntées aux rose-croix. Aussi le roman finit-il bien, car le héros, éclairé par la foi, finit par échapper au diable qu'incarne la délicieuse succube Biondetta.
Du coup, ce côté moralisateur et manichéen me fait aussi penser à La Lettre Ecarlate d'Hawthorne et le rend plus intellectuel, moins goulayant que Sade ou Laclos. Les ficelles du fantastique, bien mieux maîtrisées dans les siècles à venir, sont un peu grosses (alternances du rêve et de la réalité), et la langue se fait parfois lourde, alambiquée.
Ainsi, un livre intéressant, mais sans plus, aux vertus surtout historiques, marquant pour moi le passage entre les Contes légendaires traditionnels qui continuent de hanter les ponts du diable et autres gouffres d'enfer de nos campagnes, et le roman fantastique, gothique, puis moderne, libéré de ces références religieuses, qui s'épanouira aux deux siècles suivants.
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
AMR_La_PirateAMR_La_Pirate   20 février 2017
Un peu rassuré par mes réflexions, je me rassois sur mes reins, je me piète ; je prononce l’évocation d’une voix claire et soutenue et, en grossissant le son, j’appelle, à trois reprises et à très-courts intervalles, Béelzébuth. Un frisson courait dans toutes mes veines, et mes cheveux se hérissaient sur ma tête.
À peine avais-je fini, une fenêtre s’ouvre à deux battants vis-à-vis de moi, au haut de la voûte : un torrent de lumière plus éblouissante que celle du jour fond par cette ouverture ; une tête de chameau horrible, autant par sa grosseur que par sa forme, se présente à la fenêtre ; surtout elle avait des oreilles démesurées. L’odieux fantôme ouvre la gueule, et, d’un ton assorti au reste de l’apparition, me répond : Che vuoi ?
Toutes les voûtes, tous les caveaux dès environs retentissent à l’envi du terrible Che vuoi ?

[…]

Que dirai-je ? Le lendemain matin je me trouvai logé sur la place Saint-Marc, dans le plus bel appartement de la meilleure auberge de Venise. Je le connaissais ; je le reconnus sur-le-champ. Je vois du linge, une robe de chambre assez riche auprès de mon lit. Je soupçonnai que ce pouvait être une attention de l’hôte chez qui j’étais arrivé dénué de tout.
Je me lève et regarde si je suis le seul objet vivant qui soit dans la chambre ; je cherchais Biondetta.
Honteux de ce premier mouvement, je rendis grâce à ma bonne fortune. Cet esprit et moi ne sommes donc pas inséparables ; j’en suis délivré ; et après mon imprudence, si je ne perds que ma compagnie aux gardes, je dois m’estimer très-heureux.
Courage, Alvare, continuai-je ; il y a d’autres cours, d’autres souverains que celui de Naples ; ceci doit te corriger si tu n’es pas incorrigible, et tu te conduiras mieux. Si on refuse tes services, une mère tendre, l’Estrémadure et un patrimoine honnête te tendent les bras.

[…]

« Je suis Sylphide d’origine, et une des plus considérables d’entre elles. Je parus sous la forme de la petite chienne ; je reçus vos ordres, et nous nous empressâmes tous à l’envi de les accomplir. Plus vous mettiez de hauteur, de résolution, d’aisance, d’intelligence à régler nos mouvements, plus nous redoublions d’admiration pour vous et de zèle.
» Vous m’ordonnâtes de vous servir en page, de vous amuser en cantatrice. Je me soumis avec joie, et goûtai de tels charmes dans mon obéissance, que je résolus de vous la vouer pour toujours.[…]
Il m’est permis de prendre un corps pour m’associer à un sage : le voilà. Si je me réduis au simple état de femme, si je perds par ce changement volontaire le droit naturel des Sylphides et l’assistance de mes compagnes, je jouirai du bonheur d’aimer et d’être aimée. Je servirai mon vainqueur ; je l’instruirai de la sublimité de son être, dont il ignore les prérogatives : il nous soumettra, avec les éléments dont j’aurai abandonné l’empire, les esprits de toutes les sphères. Il est fait pour être le roi du monde, et j’en serai la reine, et la reine adorée de lui.[…]
Quand j’eus pris un corps, Alvare, je m’aperçus que j’avais un cœur : je vous admirai, je vous aimai ; mais que devins-je, lorsque je ne vis en vous que de la répugnance, de la haine ! Je ne pouvais ni changer, ni même me repentir ; soumise à tous les revers auxquels sont sujettes les créatures de votre espèce, m’étant attiré le courroux des esprits, la haine implacable des nécromanciens, je devenais, sans votre protection, l’être le plus malheureux qui fût sous le ciel : que dis-je ? Je le serais encore sans votre amour. »
Mille grâces répandues dans la figure, l’action, le son de la voix, ajoutaient au prestige de ce récit intéressant. Je ne concevais rien de ce que j’entendais. Mais qu’y avait-il de concevable dans mon aventure ? Tout ceci me paraît un songe me disais-je ; mais la vie humaine est-elle autre chose ? Je rêve plus extraordinairement qu’un autre, et voilà tout.

[…]

Biondetta paraissait en dévorer des yeux le spectacle. Sans sortir de sa place, elle essaye tous les mouvements qu’elle voit faire.
« Je crois, dit-elle, que j’aimerais le bal à la fureur. » Bientôt elle s’y engage et me force à danser. D’abord elle montre quelque embarras et même un peu de maladresse : bientôt elle semble s’aguerrir et unir la grâce et la force à la légèreté, à la précision. Elle s’échauffe : il lui faut son mouchoir, le mien, celui qui lui tombe sous la main : elle ne s’arrête que pour s’essuyer.

[…]

— Ingrat, place la main sur ce cœur qui t’adore ; que le tien s’anime, s’il est possible, de la plus légère des émotions qui sont si sensibles dans le mien. Laisse couler dans tes veines un peu de cette flamme délicieuse par qui les miennes sont embrasées ; adoucis si tu le peux le son de cette voix si propre à inspirer l’amour, et dont tu ne te sers que trop pour effrayer mon âme timide ; dis-moi, enfin, s’il t’est possible, mais aussi tendrement que je l’éprouve pour toi : Mon cher Béelzébuth, je t’adore…

[…]

À votre égard, en prenant des précautions sages pour le présent et pour l’avenir, je vous crois entièrement délivré. Votre ennemi s’est retiré, cela n’est pas équivoque. Il vous a séduit, il est vrai, mais il n’a pu parvenir à vous corrompre ; vos intentions, vos remords vous ont préservé à l’aide des secours extraordinaires que vous avez reçus ; ainsi son prétendu triomphe et votre défaite n’ont été pour vous et pour lui qu’une illusion dont le repentir achèvera de vous laver.
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CielvariableCielvariable   11 mai 2013
J’étais à vingt−cinq ans capitaine aux gardes du roi de Naples : nous vivions beaucoup entre camarades, et comme de jeunes gens, c’est−à−dire, des femmes, du jeu, tant que la bourse pouvait y suffire ; et nous philosophions dans nos quartiers quand nous n’avions plus d’autre ressource.
Un soir, après nous être épuisés en raisonnements de toute espèce autour d’un très petit flacon de vin de Chypre et de quelques marrons secs, le discours tomba sur la cabale et les cabalistes. Un d’entre nous prétendait que c’était une science réelle, et dont les opérations étaient sûres ; quatre des plus jeunes lui soutenaient que c’était un amas d’absurdités, une source de friponneries, propres à tromper les gens crédules et amuser les enfants.
Le plus âgé d’entre nous, Flamand d’origine, fumait sa pipe d’un air distrait, et ne disait mot. Son air froid et sa distraction me faisaient spectacle à travers ce charivari discordant qui nous étourdissait, et m’empêchait de prendre part à une conversation trop peu réglée pour qu’elle eût de l’intérêt pour moi. Nous étions dans la chambre du fumeur ; la nuit s’avançait : on se sépara, et nous demeurâmes seuls, notre ancien et moi.
Il continua de fumer flegmatiquement ; je demeurai les coudes appuyés sur la table, sans rien dire. Enfin mon homme rompit le silence.
"Jeune homme, me dit−il, vous venez d’entendre beaucoup de bruit : pourquoi vous êtes−vous tiré de la mêlée ?
− C’est, lui répondis−je, que j’aime mieux me taire que d’approuver ou blâmer ce que je ne connais pas : je ne sais pas même ce que veut dire le mot de cabale.
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colimassoncolimasson   29 septembre 2019
Je ne pouvais douter qu’elle ne possédât les connaissances les plus rares, et je supposais avec raison que son but était de m’en orner ; mais elle ne m’entretenait que de choses ordinaires, et semblait avoir perdu l’autre objet de vue. « Biondetta, lui dis-je, un soir que nous nous promenions sur la terrasse de mon jardin, lorsqu’un penchant trop flatteur pour moi vous décida à lier votre sort au mien, vous vous promettiez de m’en rendre digne en me donnant des connaissances qui ne sont point réservées au commun des hommes. Vous parais-je maintenant indigne de vos soins ? un amour aussi tendre, aussi délicat que le vôtre peut-il ne point désirer d’ennoblir son objet ?
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Ellane92Ellane92   11 mars 2014
Le son de la voix, le chant, le sens des vers, leur tournure, me jettent dans un désordre que je ne puis exprimer. "Etre fantastique, dangereuse imposture, m'écriai-je en sortant avec rapidité du poste où j'étais demeuré trop longtemps : peut-on mieux emprunter les traits de la vérité et de la nature ?"
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colimassoncolimasson   05 août 2019
« Biondetto, dis-je au page, la signera Fiorentina m’a promis de me donner un instant ; voyez si elle ne serait point arrivée. » Biondetto sort de l’appartement.

Mes hôtes n’avaient point encore eu le temps de s’étonner de la bizarrerie du message, qu’une porte du salon s’ouvre, et Fiorentina entre tenant sa harpe ; elle était dans un déshabillé étoffé et modeste, un chapeau de voyage et un crêpe très-clair sur les yeux ; elle pose sa harpe à côté d’elle, salue avec aisance, avec grâce : « Seigneur don Alvare, dit-elle, je n’étais pas prévenue que vous eussiez compagnie ; je ne me serais point présentée vêtue comme je suis ; ces messieurs voudront bien excuser une voyageuse. »
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Le Diable amoureux - Ed Jouaust 1883
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