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Jean Viet (Traducteur)Albert Bensoussan (Préfacier, etc.)
ISBN : 2020306484
Éditeur : Seuil (10/09/1997)

Note moyenne : 3.57/5 (sur 90 notes)
Résumé :
Dans sa prison de Badajoz, un condamné relate longuement sa vie.
Le dernier acte va être sanglant : c’est sur Pascal Duarte que la mort va frapper, après avoir tracé autour de lui un cercle de meurtres et de croix.
Nul ne peut vivre auprès de cet humble paysan d’Estrémadure. A son contact les existences s’effritent : celles de ses enfants, de sa femme, de ses proches, de sa mère enfin –comme s’effrite la terre d’Espagne tuée par le soleil et « le vent ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  02 novembre 2013
Je ne suis pas emballée par cette Famille de Pascal Duarte. Pas déballée non plus, me direz-vous. Certes, je prononcerais d'ailleurs un tiède autant qu'obscur : " pas mal, mais sans plus ". Entendez, sans aucun plus, sans aucun mal, valeur médiane souvent intéressante dans plein de situations de la vie, mais pas nécessairement à rechercher lorsqu'il s'agit des choses de la littérature.
À vrai dire, ce petit roman (ou nouvelle longue comme disent les Espagnols à son propos) du pourtant détenteur d'un prix Nobel de littérature Camilo José Cela ne m'a strictement rien fait passer (comme quoi les prix Nobel...).
Cette oeuvre est pourtant considérée outre-Pyrénées comme majeure et initiatrice du mouvement tremendiste, sorte d'évolution du fameux style picaresque espagnol et aussi du naturalisme du XIXème siècle.
Ici, nous suivons l'autobiographie d'un p'tit gars du peuple, un rural de l'Estrémadure dans l'entre-deux guerres, juste avant que la guerre civile espagnole ne pointe le bout de son nez. C'est un fils de rien, doué de certains penchants pour la moralité mais qui, de temps à autres, ne sait rien faire de mieux que de jouer du couteau pour estropier les gens ou pour les tuer, en raison d'une quelconque dette d'honneur, réelle ou supposée, souvent liée à des affaires de coeur.
Il passe alors quelques temps derrière les barreaux et l'air salubre du pavillon carcéral le remet sur les rails de l'amendement... jusqu'à une nouvelle chute.
Il a pourtant tout du brave gars, il ne fait rien pour que des malheurs arrivent, mais ça lui tombe dessus et il a une fâcheuse tendance à prendre toujours les mauvaises décisions.
Son père et sa mère sont à vomir, sa soeur est une traînée quoique sachant parfois se montrer secourable et son petit frère handicapé se traine comme une limace dans la basse-cour avant de se faire rogner les oreilles par les cochons puis de terminer prématurément sa vie vous verrez comment.
Sa femme est au-dessus de tout soupçon mais rien n'y fait, quand ça veut pas, ça veut pas. Rien ne se goupille vraiment comme il faudrait.
Une vie rurale âpre, pas si différente de celle que nous décrit Garcia Lorca dans Noces Sanglantes, qui n'a rien de spécialement attachante. J'ai retrouvé aussi dans ce petit roman un peu de l'ambiance de plomb et des relations humaines troubles qu'on peut lire dans La Route Au Tabac d'Erskine Caldwell.
En revanche, si le style n'est pas déplaisant dans les phases purement narratives, les très (trop) nombreux passages de justification de son autobiographie par le protagoniste principal et la mise en scène du manuscrit envoyé pour X et Y raison à Machin qui l'a repassé à Bidule avant de le refourguer à Truc sont d'un mortel ennui et, littérairement parlant, n'apportent strictement rien de chez rien.
Sur un écrit aussi court, on n'a pas le droit d'ennuyer son lecteur, ou bien alors c'est qu'on a raté quelque chose, ce qui semble être le cas ici.
Une première expérience, donc, avec Camilo José Cela, qui ne m'a pas spécialement donné l'envie d'en revivre d'autres, bien que cette lecture ne soit pas non plus des plus désagréables qu'on puisse imaginer.
Mais ceci n'est que mon avis — mitigé — sur cet auteur — controversé — (Controversé notamment en raison de son attitude ambiguë durant la période franquiste.) Je vous invite par conséquent à en collecter beaucoup d'autres afin de vous faire votre propre opinion sur ce livre et sur cet auteur, même si le mieux reste et sera toujours de le lire par vous-même.
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Sachenka
  31 janvier 2016
Dans la prison où il attend son exécution, Pascal Duarte raconte son histoire. La longue histoire qui l'a mené à commettre l'irréparable. D'abord, son enfance malheureuse à Estramadure. Un père violent, une mère analphabète et distante, une jeune soeur dépravée. Bref, une famille de parias. Pourtant, lui, était un petit garçon plutôt docile, pas rebelle ni foncièrement méchant. Mais la fatalité s'est acharnée sur lui. La mort étrange de son père, qui n'a pas survécu à la morsure d'un chien enragé. Puis celle de son frère cadet handicapé, à peine âgé de dix ans. Entretemps, sa soeur va et vient, tout en continuant sa vie dissolue.
Mais Pascal Duarte ne pense qu'à une chose : échapper à cette fatalité impitoyable qui semble accabler sa famille, fuir Estramadure et son malheur. Mais une nuit de plaisir l'enchaine à sa terre. Les années passent et il est de plus en plus malheureux. Et pauvre. Il doit absolument tenter sa chance ailleurs. Quand il revient, quelques années plus tard, il apprend que sa femme l'a trompé et il commet l'irréparable. C'est pour lui le commencement d'un cercle vicieux qui a vu le jour plusieurs générations plus tôt… On ne peut que plaindre l'infortuné Pascal. Un destin digne des tragédies des héros grecs antiques.
La famille de Pascal Duarte n'est pas un grand roman, j'en conviens. Mais ce petit bouquin m'a plu, et c'est en grande partie grâce à l'évocation de l'Espagne rurale du sud. Ces terres pauvres et sèches, constamment attaquées par les rayons ardents du soleil, qui produisent peu, qui semblent maudites et qui n'amènent rien de bon. Ces terres maudites. Mais en même temps, elles sont envoutantes et il est difficile de les quitter. Après tout, la terre et le sang ne forment qu'un tout, non ? L'auteur Camilo José Cela les a bien rendus, j'avais l'impression d'y être. Un peu comme Marcel Pagnol et Jean Giono ont sû évoquer la Provence. Bref, malgré la dureté de l'histoire, j'ai bien aimé.
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Lazlo23
  04 janvier 2018
La Famille de Pascual Duarte se présente comme une confession, rédigée dans sa cellule, par un condamné à mort. Le terme de confession est à lire ici de deux manières différentes : prendre la plume permet à Pascual Duarte de raconter sa vie, jalonnée par toute une série de malheurs et de meurtres ; mais c'est aussi pour lui l'occasion de se confesser, donc de prétendre au pardon chrétien. Si Camilo José Cela insiste tant sur ce dernier aspect, c'est peut-être pour ménager la censure franquiste, que la violence du livre (publié en 1942) n'aurait pas manqué, sans cela, d'effaroucher.
« Moi, monsieur, je ne suis pas mauvais, et pourtant, j'aurais toutes les raisons de l'être. », écrit en préambule, Pascual Duarte, ce qui est, convenons-en, une bien curieuse manière de faire amende honorable. Et pour mieux enfoncer le clou, il ajoute : « Nous, les mortels, nous avons tous la même peau en naissant ; cependant, à mesure que nous grandissons, le destin se plaît à nous différencier, comme si nous étions de cire, et à nous nous conduire par des sentiers différents vers une seule et même destination : la mort. »
C'est entendu, le personnage ne se considère pas comme entièrement responsable de ses actes : pèse sur lui une forme de déterminisme, un destin, qui le pousse à agir. Celui-ci prend souvent la forme de la « hombría », ce code social et moral qui oblige le mâle espagnol à laver son honneur par tous les moyens, y compris dans le sang : « Si ma condition d'homme m'avait permis de pardonner, j'aurais pardonné, mais le monde est ce qu'il est, et il est vain de vouloir nager contre le courant. »
À la manière naturaliste, le roman insiste également sur les conditions de vie sordides et la lourde hérédité du personnage (parents alcooliques et violents, sœur dépravée, etc.)
Mais cela n'explique pas tout : certains de ses actes échappent à toute explication rationnelle, comme par exemple lorsqu'il abat sa chienne, l'un des moments les plus saisissants du livre. Cette dimension pulsionnelle (et comme libératrice) du crime est encore plus évidente à l'occasion du dernier assassinat « confessé » par Pascual et qui clôt le roman : « Je suis allé dans la campagne et j'ai couru, couru sans m'arrêter des heures durant. La campagne était fraîche et une sensation voisine du soulagement courait dans mes veines… Je respirais... »
En lisant La famille de Pascual Duarte, j'ai été frappé par une certaine ressemblance avec l'Étranger d'Albert Camus, publié la même année. Dans les deux cas, on a affaire à des personnages qui agissent moins qu'ils ne sont « agis » par des forces souterraines et mystérieuses. Autre point commun, une nature brûlée par le soleil (le roman de Cela se passe en Estrémadure, l'une des régions les plus arides d'Espagne) et la présence constante de la chaleur qui pèse sur les êtres et leurs actes comme une malédiction...
Je ne puis pas dire que j'aie adoré ce roman, âpre et suffocant comme un verre d' « orujo », et dont le personnage central est tout sauf sympathique. Mais j'ai été très sensible à sa langue et à son style, mélange réussi de parler populaire et d'écriture savante.
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bilodoh
  15 octobre 2014
Que dire de Cela ? du malheur brut, un texte dur qui ne donne pas dans la dentelle.

Un condamné à mort écrit ses mémoires : enfants maltraités, disputes qui se règlent à coup de couteau, mère alcoolique, soeur qui fait la pute, agonie du père atteint de la rage. Et lorsque l'homme trouve un peu de bonheur dans son mariage, ses enfants meurent. Il raconte aussi ses crimes, l'insulte qu'on venge impulsivement ou la haine qui croit pendant des années.
Le tout est raconté de manière froide, avec une érosion de sentiments face à une vie qu'on ne choisit pas, face au destin qui s'acharne (ou des choix qu'il fait ou pas).
Cela a reçu le prix Nobel de littérature 1989 et a signé cet ouvrage en 1942. On y trouve une atmosphère lourde, insupportable, que l'on souhaite très éloignée de notre quotidien.
Une lecture troublante aussi, car si cette misère est celle d'un village espagnol des années 30, des enfances sordides, il en existe encore aujourd'hui…
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Woland
  30 décembre 2015
La Familia de Pascual Duarte
Traduction : Jean Viet
Présentation : Albert Bensoussan
ISBN : 9782020306485
Petit livre qui, en édition de poche, ne fait que cent quarante-cinq pages, "La Famille de Pascual Duarte", premier roman de son auteur qui n'avait alors que vingt-six ans, provoqua un grand scandale à sa parution en 1942, dans l'Espagne franquiste. On ne peut pourtant pas dire qu'il y soit question de politique et les personnages cléricaux qu'on y croise sont en général représentés de manière positive. Pourquoi dans ce cas un tel tollé officiel - et une telle admiration occulte ?
Eh ! bien, parce que l'on s'aperçoit très vite - en tous cas de nos jours mais les lecteurs des années quarante, encore tout secoués par la Guerre civile et perdus eux-mêmes dans un monde extérieur où la Mort régnait du Pacifique à l'Atlantique, en eurent certainement la prescience même s'il leur était peut-être impossible de l'exprimer clairement - que ce roman est la confession d'un psychopathe, d'un homme qui se dit poursuivi par une mauvaise étoile ensanglantée mais qui, si l'on fait fi de la tendance quasi générale de l'être ibérique (et méditerranéen) à monter pour un rien sur ses grands chevaux (tendance d'ailleurs admise par le héros lui-même), prend goût à cette destinée de malheur et de crime. Duarte n'est pas né par hasard sous une mauvaise étoile : il a recherché une étoile maudite pour naître juste sous ses rayons.
Duarte, qui a des origines portugaises par son père, est pourtant un assez joli garçon, pas bête du tout et qui ne rechigne pas à la besogne si on lui en propose. Evidemment - ce mot-là, vous l'attendiez, n'est-ce pas ? mais hélas ! il est presque toujours là quand on se penche sur la destinée d'un tueur (ou d'une tueuse) - le petit Pascual n'a pas vraiment eu une enfance heureuse. le père buvait, la mère se disputait avec lui, les coups pleuvaient, les querelles éclataient, aussi nombreuses que variées : la violence au quotidien. Pascual a une soeur, Rosario, sans doute la personne qu'il aimera le plus (et sans ambiguïté sexuelle, un peu comme il aurait aimé un jumeau), qui choisira le métier de prostituée dès ses quatorze ans afin de s'évader de leur sinistre quotidien. Et un petit frère, Mario, assez "lent" pour le dire avec la délicatesse voulue, enfant aimable et souriant par ailleurs, dont les cochons de la petite ferme mangeront les oreilles alors qu'il n'avait que quatre ans et qui ne vivra guère vieux - tant mieux, la vie n'est pas pour les faibles, surtout quand ils n'ont pas grand monde pour les défendre.
Pascual, lui, grandit plutôt bien mais c'est un impulsif et - la chose est amenée de manière extrêmement subtile - on perçoit tôt l'attirance qu'il éprouve envers le sang, la tristesse, la Mort - le crime. le roman constitue ses "Mémoires", mémoires qu'il compose dans sa cellule, pendant les mois qui le séparent de l'exécution finale (par garrot, cette horrible coutume espagnole) pour cause de matricide. Ils sont précédés par une "Note du Transcripteur" et la lettre d'accompagnement de Duarte lui-même à un ecclésiastique qui se montra particulièrement bon envers lui, et s'achèvent par cette phrase du Transcripteur qui reprend la main : "Que pourrais-je ajouter pour mon compte aux paroles de ces messieurs ?"
Le procédé, loin d'embrouiller le texte (ce qu'il eût peut-être fait si celui-ci eût été plus long), simplifie au contraire l'analyse du caractère du héros. C'est très tôt, je le répète, qu'on comprend que Pascual Duarte a une fascination pour l'acte de frapper, d'enfoncer, de tuer. L'étrange - et courte - scène durant laquelle il abat sa chienne, Etincelle, qu'il aimait pourtant très sincèrement mais parce qu'elle semblait le regarder à ce moment-là comme "un confesseur", résume à merveille l'âme du livre. Duarte ne saurait l'expliquer ainsi mais le Mal le domine - et ceci même quand il n'est pas vraiment sous l'effet d'une crise de colère. Il aime tuer, il le sent, il ne comprend pas ce besoin mais il se sait (ou se croit) damné pour l'Eternité.
Ce qui fait que, même s'il n'est pas question là-dedans de la Guerre civile (ou alors très, très vaguement et sans aucune préférence idéologique) et si le clergé est considéré de manière très bienveillante, comme on le concevait avant Franco et comme on le concevra après, "La Famille de Pascual Duarte", bien que, dès le titre, il pointe du doigt l'influence de l'enfance tourmentée du héros sur sa vie d'adulte, rejoint en quelque sorte le fameux "¡ Viva la Muerte !" que le général Millán-Astray lança à Miguel de Unamuno.
Ce roman concis et qui préfère sous-entendre qu'affirmer marque la fascination ibérique pour le sang et la Mort de la même manière que la corrida, tenue pour un art (et qui, sous certains aspects, si l'on respecte certains codes, l'est bel et bien) ET une boucherie. Planant sur chaque page du roman, l'ombre du Destin qui accompagne aussi bien l'animal que l'homme dans l'Arène : c'est ainsi, on ne peut y échapper. L'eût-il voulu que Pascual (qui s'en fait, pourtant, des promesses de ne pas recommencer ) n'aurait pu échapper à sa destinée. Il devait tuer.
Maintenant, tuer sa mère, c'est quand même énorme, dira-t-on. Mais la mère de Pascual ne l'aime pas, lui a très rarement manifesté de la tendresse et le considère elle-même comme un être à part, différent, "maudit." A la limite, elle eût préféré que la Mort emportât Pascual et non le petit Mario. Et cette haine larvée de la Mère, qui rappelle le théâtre antique dans une région sur laquelle il a de toutes façons eu une réelle influence, est comme l'épée de Flammes avec laquelle l'Ange vengeur biblique poursuit des personnages que Jéhovah lui-même a, il fil faut bien l'avouer, poussés au crime. En bref, Pascual Duarte est acculé à tuer sa mère comme, si l'on doit en croire la Bible, Caïn le fut mais pour Abel. Dans les deux cas, pour arriver à ses fins horribles, le "Dieu des Armées" utilise la faiblesse centrale de l'assassin : Pascual aurait souhaité que sa mère l'aimât et le protégeât, déjà de lui-même, et Caïn ne désirait rien tant que de voir son offrande acceptée avec autant de bienveillance par Yahveh que l'avait été celle de son frère.
Du coup, le lecteur est amené à se poser la question bien normale : dans ces deux histoires, qui, finalement, est le vrai responsable ? ...
Une réponse que le régime franquiste, la société qu'il protégeait et qui l'avait aidé à obtenir et à conserver le pouvoir, sans oublier tant et tant de siècles d'une rigidité religieuse qui fit prospérer l'Inquisition ne pouvait tolérer.
Et pourtant, même si Cela renia un certain moment le régime du Caudillo, il s'était bel et bien battu pour lui. Censuré par les autorités littéraires franquistes, il trouva le moyen de travailler lui-même en tant que ... censeur et il reste, indiscutablement, l'écrivain qui ressuscita la littérature espagnole en créant, à partir de "La Famille de Pascual Duarte", un genre nommé "tremendismo", qui accumule les personnages bizarres, amputés, etc ... et les détails les plus sordides d'existences qui ne sont guère aisées et se rapprochent le plus souvent d'une simple vie végétative. Répétons-le, en effet, Duarte n'a pas réellement conscience de son goût pervers - inné ou non, c'est à ses parents de nous le dire - pour le meurtre, le sang, la Mort. C'est quelque chose d'instinctif, d'animal que seuls ses efforts de conscience et d'intelligence lui permettent en définitive de reconnaître comme tel.
Camilo José Cela est donc un auteur espagnol à découvrir, si vous vous en sentez le courage. Il a écrit bien d'autres romans dont "La Ruche" en 1954, qui nous brosse un portrait saisissant de la vie dans le Madrid de Franco (contrairement à l'intrigue de "La Famille ...", vous trouvez là-dedans plus de trois-cents personnages) sans oublier, pour les amateurs de stylistes comme l'Irlandais James Joyce et / ou de William Faulkner, le roman "San Camilo - 1936", qui sortit en 1969.
Bref, un auteur important, une figure de la vie littéraire ibérique et que nous relirons certainement en 2016 puisque je vous annonce dès aujourd'hui que nous continuerons l'an prochain notre "Tour d'Espagne" littéraire si compromis par cette (censurée ) année 2015.
Et bien entendu, si vous voulez déjà faire sa connaissance et si ce que j'ai pu écrire de son premier roman vous intéresse, lisez dès maintenant "La Famille de Pascual Duarte" : sec, raffiné cependant, une merveille de non-dits et, déjà, un sacré tempérament d'écrivain. ;o)
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   14 novembre 2013
Ma mère ne devait pas non plus pleurer la mort de son fils ; il aurait mieux valu qu'elle restât stérile, puisque son cœur était si dur qu'elle n'avait pas de larmes pour le malheur de son enfant. [...] La femme qui ne pleure pas est comme la fontaine qui ne donne pas d'eau, qui ne sert à rien, ou comme l'oiseau du ciel qui ne chante pas, à qui Dieu pourrait, s'il voulait, retirer les ailes, parce que la sale bête n'en a plus besoin.
Je me suis demandé souvent et, pour dire vrai, je me demande encore maintenant comment j'avais cessé de respecter ma mère et comment j'avais perdu, au long des années, l'affection et même la retenue qu'elle m'inspirait. J'y ai pensé beaucoup, afin de préciser mes souvenirs et de savoir à quel moment elle avait cessé d'être une mère en mon cœur, et à quel moment aussi elle était devenue mon ennemie. Une ennemie enragée, car il n'est pire haine que celle du même sang ; une ennemie qui épuisait tout mon venin, car il est plus facile de haïr l'être à qui l'on ressemble, d'une ressemblance détestée. J'y ai pensé beaucoup, sans rien éclaircir du tout.
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Nastasia-BNastasia-B   13 novembre 2013
La mauvaise herbe a la vie dure, comme le veut le proverbe, et, sans vouloir dire par là que Rosario était mauvaise (sans mettre non plus la main au feu pour soutenir qu'elle était bonne), il est de fait qu'après avoir pris les décoctions recommandées par Mme Engracia elle n'eut plus qu'à patienter pour retrouver la santé et, avec elle, la force et la beauté.
Elle n'en devint pas meilleure pour autant. Comme mes parents, pour une fois d'accord, se réjouissaient, la rusée commença à faire le pirate ; elle s'emplit la besace avec nos quelques économies et, sans plus de révérences, partit à l'anglaise, s'envolant cette fois pour Almendralejo. [...] C'est à Almendralejo qu'elle connut l'homme qui devait faire sa ruine ; non celle de sa réputation, déjà fort délabrée, mais celle de sa bourse, le seul bien dont elle dut tenir compte, puisque le reste était perdu.
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Nastasia-BNastasia-B   30 octobre 2013
Depuis deux jours, mon père était enfermé dans le placard. [...] Mordu par un chien enragé, nous avions d'abord cru qu'il éviterait la rage, mais des tremblements nous avaient vite renseignés. [...] Le malheureux étant perdu, nous avions fait notre possible pour l'enfermer, aidés de quelques voisins et prenant force précautions, car il donnait des coups de dents à vous couper le bras, s'il vous avait attrapé. Je me souviens encore avec terreur et tristesse de ces heures-là !... Dieu ! qu'il nous avait fallu de force à tous pour le maîtriser ! Il s'était battu comme un lion, jurant de nous tuer et les yeux si pleins de feu qu'il l'aurait certes fait, si Dieu l'avait permis... Donc il était depuis deux jours enfermé et poussait de tels cris, donnait de tels coups dans la porte qu'il nous fallut la renforcer avec des madriers. [...]
Mon père finit par se taire la nuit suivante — c'était la nuit des Rois — et, lorsqu'on alla le sortir, pensant qu'il était mort, on le découvrit là, étendu sur le sol avec le visage terrifié d'un damné. [...] Force me fut bien de refouler les deux larmes qui m'étaient venues lorsque j'avais vu le cadavre, avec ses yeux ouverts et pleins de sang, sa bouche entrouverte et sa langue violette à demi tirée.
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Nastasia-BNastasia-B   11 novembre 2013
Ma mère [...] était longue et maigre, et ne semblait pas en bonne santé ; même, à voir son teint de cendre et ses joues creuses, on l'aurait crue phtisique ou tout près de l'être. Hargneuse et brutale aussi, elle avait un caractère de tous les diables et dans la bouche un langage que Dieu veuille lui pardonner, car elle disait les pires blasphèmes à tout moment et pour les raisons les plus vaines. Elle s'habillait toujours en deuil et aimait si peu l'eau qu'à vrai dire, en toutes ces années vécues près d'elle, je ne la vis se laver qu'une seule fois, un jour où, mon père lui ayant reproché d'être ivre, elle avait voulu lui prouver qu'elle ne craignait pas l'eau. Le vin, en revanche, ne la dégoûtait pas.
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Nastasia-BNastasia-B   12 novembre 2013
Si le bien avait été son instinct naturel, elle aurait pu faire de grandes choses, mais Dieu ne voulut pas la voir, toute seule parmi nous, s'efforcer à la vertu ; ma sœur appliqua son intelligence à d'autres fins et vite il devint clair que, si elle n'était pas sotte, il aurait mieux valu qu'elle le fût. Elle faisait de tout et rien de bon : elle volait avec la grâce et l'effronterie d'une vieille gitane, elle prit goût toute jeune à la boisson, fut l'entremetteuse des caprices de la vieille et, comme nul ne s'occupa de la corriger ni d'appliquer au bien une intelligence aussi lucide, elle alla de mal en pis, jusqu'au jour — elle avait alors quatorze ans — où elle fit main basse sur nos pauvres richesses et partit à Trujillo chez Elvira.
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Camilo José Cela à propos de la censure franquiste
L'écrivain espagnolCamilo José Cela s'exprime à propos de la censure franquiste dont ses romans ont été victimes.
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