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ISBN : 2714308473
Éditeur : José Corti (28/02/2004)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 5 notes)
Résumé :
La place de Paul Celan en France aujourd'hui n'a rien de commun avec celle qui était la sienne à sa mort en 1970. Pourtant, malgré l'existence de traductions de plus en plus nombreuses, il m'a semblé qu'un peu à la manière de ce qui se passait pour Hölderlin, le nom de Celan, ou si l'on préfère l'aura qui entoure ce nom tendait à prendre la place d'une connaissance plus précise de sa poésie. C'est pourquoi, outre un choix de textes assez large, j'ai voulu cette fois... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Dixie39
  31 janvier 2015
J'ai lu ce recueil de poèmes de Paul Celan, choisis et traduits par John E. Jackson, essentiellement pour la présentation en introduction, complète et rigoureuse (84 pages sur les 240 du livre) et son essai sur la poésie de Celan. Je suis moins sensible à la traduction qu'il nous propose des poèmes de Paul Celan, mais tout cela n'est l'expression que de ma sensibilité et n'a en aucun cas, la moindre valeur de jugement : Autant de traducteurs, autant de sensibilités différentes qui emportent avec eux tels ou tels lecteurs...
John E. Jackson nous offre un éclairage, non seulement sur ce qui entoure la genèse des oeuvres de l'auteur mais aussi sur sa vie, ses influences, ses amitiés et détestations... tous, matériaux en oeuvre dans le «laboratoire » de la création poétique de Celan.
Paul Celan, coupe, tisse, ajuste, accole les mots de la langue allemande : il invente un sens nouveau au vocabulaire pour dire ce qui ne peut être dit, « la Shoah » : Il faut faire table rase de tout sens antérieur et se coltiner avec la matière des mots : quête toujours insatisfaite, toujours incertaine, toujours renouvelée...
J'ai découvert ce poète à un âge où on est plus enclin à lire Rimbaud et Baudelaire ; je l'ai découvert dans la langue allemande avec « Todesfuge », et je me suis précipitée pour trouver une édition bilingue. Bien souvent, j'essaie de partager cette Passion ? Admiration ? Engouement ? (je ne sais pas quel mot convient et peu importe), et les retours que j'en ai me laissent souvent perplexe : Entre ceux qui pensent à la lecture de ses poèmes que sa parole exclut (trop hermétique, trop difficile) et ceux qui estiment qu'elle se mérite (comme si elle était réservée à une élite intellectuelle ?!) sans compter ceux qui s'en fichent (ce qui est tout à fait leur droit).
Ce que je ressens, est peut être rien ou un peu de tout cela : Lire Paul Celan, c'est aller au charbon. Alors certes, c'est « difficile », et je ne sais pas « si cela se mérite » mais j'aime le lire et le reste « je m'en fiche »...
«Nous vivons sous des cieux assombris et – il y a peu de vrais êtres humains. C'est sans doute la raison pour laquelle il y a aussi si peu de poèmes
«Les poèmes, ce sont aussi des cadeaux – des cadeaux aux êtres attentifs. Des cadeaux qui portent en eux un destin.»
Lettre à Hans Bender - Paris, le 18 mai 1960. Paul Celan
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Funrider
  22 novembre 2018
Les poèmes de Paul Celan ne sont pas faciles d'accès, au sens où ses poèmes demandent une certaine connaissance de l'auteur, de sa vie, du contexte dans lequel il a écrit chacun de ses poèmes, pour les comprendre et mieux en « ressentir » leur force. L'intérêt de cet ouvrage porte aussi, et j'ai envie de dire surtout, sur l'introduction qui nous raconte ce qu'a été la vie de Paul Celan et sur l'essai présent en fin d'ouvrage sur la poésie de Paul Celan.
A la lecture de ce recueil on sent bien que Paul Celan était un homme meurtri, prisonnier de son passé et de son histoire, qui supportera toute sa vie cette terrible dualité : être juif et écrire des poèmes en allemand, cette langue comme un symbole des meurtriers de sa mère : les nazis. Il n'y a pas plus explicite que cet extrait d'une lettre datée de 1946 envoyée à Max Rychner : « Quand mes poèmes paraitront, ils aboutiront bien aussi en Allemagne et -permettez-moi d'évoquer cette chose terrible-, la main qui ouvrira mon livre aura peut-être serré la main de celui qui fut l'assassin de ma mère […] Pourtant mon destin est celui-ci : d'avoir à écrire des poèmes en allemand. »
Le poème qui m'a le plus marqué c'est « Fugue de la Mort », sur les camps de la Mort. Tout est métaphore, la répétition de certains vers, la noirceur du trait, les parallèles frappants entre la « fausse » douceur de certains vers « ta chevelure d'or Marguerite » et la noirceur d'autres « tes cheveux de cendre Sulamith », etc… rendent ce long poème terrible à lire et pourtant si « enlevé », si poétique.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Dixie39Dixie39   31 janvier 2015
D'emblée le monde de la poésie germanophone prend connaissance de l'avènement d'un poète de premier plan, d'emblée aussi, la "Todesfuge", qui occupe à elle seule la deuxième des quatre sections du volume, concentre-t-elle l'attention des lecteurs, même si, comme Wolfgang Emmerich le note avec raison, son succès repose sur une équivoque : là où Celan visait à une représentation critique du génocide dont la régularité rythmique de son poème reflétait la cruauté "mécanique", les lecteurs allemands ne voulurent entendre que la musique "transfiguratrice" d'une "passion" qui leur permettait d'oublier la responsabilité politique du régime hitlérien.
Présentation - Paul Celan, de John E. Jackson
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Dixie39Dixie39   06 février 2015
Devenir semblables à ses "haches", - les haches que sont les paroles que le poète, veillant dans la nuit comme dans les années, peut tourner contre ses bourreaux, contre ceux qui ont, eux, abattu les troncs, les cadavres dans l'ombre desquels il a à vivre - définit comme on voit une position douloureuse mais nécessaire, d'autant plus difficile à tenir qu'elle a à s'établir entre le "faste", l'abondance et l'éclat de "ce qui est tu" et la pauvreté des mots. Celan n'emploie et n'emploiera jamais des mots comme la shoah ou l'holocauste. Sans doute pensait-il que l'écart entre (la faiblesse de) ces mots et l'horreur du génocide était trop important. La shoah, chez lui, c'est "was geschah", "ce qui s'est passé". Ici, aussi simplement, "das Verschwiegene", ce qui est tu, ce qui est passé sous silence. Le poème doit dire, mais il ne peut dire. S'il ne parle pas, il laisse les victimes à l'oubli et, par là, fait comme si les forces de mort n'étaient plus à l’œuvre. S'il parle, il trahit ou risque de trahir. "Quelque parole que tu prononces, tu la dois à la perdition" dit un autre poème. On comprend que, dans ces conditions, la poétique du recueil devienne une poétique du paradoxe ou, tout au moins, de la simultanéité des contraires, comme l'exprime, de la manière la plus directe, le vers du poème en forme d'art poétique "Sprich auch du" :
"Parle -
Mais ne sépare pas le Oui et le Non."
Présentation - Paul Celan, de John E. Jackson
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Dixie39Dixie39   29 janvier 2015
On peut penser toutefois que, paradoxalement, c'est la question linguistique qui joua le rôle décisif. Paul écrivait ses poèmes en allemand, certes. Mais cet allemand, qui avait été aussi l'allemand des bourreaux, avait à être ou du moins à devenir en même temps un allemand tourné contre l'allemand, une contre-langue, et l'on peut très bien imaginer que pour inventer cette contre-langue, il eut besoin de la distance que lui donnerait l'environnement francophone.
Présentation, Paul Celan 1920 - 1970 de John E.Jackson
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Dixie39Dixie39   06 février 2015
Accessible, proche et sauvegardée, au milieu de tant de pertes, ne demeura que ceci : la langue.
Elle, la langue, fut sauvegardée, oui, malgré tout. Mais elle dut alors traverser son propre manque de réponses, dut traverser un mutisme effroyable, traverser les mille ténèbres des discours porteurs de mort. Elle traversa et ne trouva pas de mots pour ce qui se passait, mais elle traversa ce passage et put enfin ressurgir au jour, enrichie de tout cela.
Durant ces années et les années qui suivirent, j'ai tenté d'écrire des poèmes dans cette langue : pour parler, pour m'orienter, pour m'enquérir du lieu où je me trouvais et du lieu vers lequel j'étais entraîné, pour m'esquisser une réalité.
(...)
Il en va pour cette langue, au-delà de l'indépassable diversité de l'expression, avant tout de précision. Cette langue ne transfigure pas, ne "poétise" pas, elle nomme et pose, elle cherche à mesurer le domaine de ce qui est donné et de ce qui est possible. Sans doute, la langue elle-même, la langue en tant que telle n'est -elle jamais à l’œuvre ici, ce qui est à l’œuvre est un Je qui parle à partir de l'angle d'inclinaison spécifique de son existence, et pour lequel il en va de contours et d'orientation. La réalité n'est pas, la réalité veut être cherchée et conquise.
Paul Celan dans Présentation - Paul Celan, de John E. Jackson
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Dixie39Dixie39   31 janvier 2015
Dés 1952, l'Allemagne s'ouvre à lui, ou du moins de cette année commence le chapitre difficile de ses relations avec l'Allemagne. (...) un voyage le conduit en mai 1952, à Niendorf près de Hambourg où il prend part à une réunion du "Groupe 47", un groupe de jeunes écrivains allemands que réunit une même soif d'un nouveau commencement et où il lira des poèmes. La rencontre proprement dite se déroule mal. Non seulement le passé historique dont il est issu le sépare complètement des autres participants, mais sa manière de lire, douce et musicale, va tout à fait à contre-courant de leurs habitudes. L'un d'eux, comme il le confiera plus tard à Hermann Lenz, aura même l'impudence de lui dire que sa diction rappelle celle de Goebbels.
Présentation - Paul Celan, de John E. Jackson
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Vidéo de Paul Celan
Les vignerons, Paul Celan Lu par Sylvia Bergé et Stéphane Varupenne
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