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Critique de MarianneL


MarianneL
  31 janvier 2014
«début
Je suis mort cette année.
Tout le monde voulait mourir cette année.
Quand on a vécu jusqu'à aujourd'hui, on a vu tout ce qu'on pouvait voir.
On a vu les chiens dans l'espace, les hommes sur la Lune et un robot à roulettes sur Mars. On a vu exploser New York, Londres et Madrid et pas seulement Kaboul et Bagdad. On a vu l'oeuf Kinder transformer chaque jour de l'année en des Pâques infinies. On a vu le lait en poudre, le vin en tetrapak et les fraises au vinaigre.»

Ascanio Celestini, créateur italien au talent immense et multiforme - auteur, dramaturge, acteur et cinéaste - nous fait entendre le monologue d'un homme simple, né dans les «fabuleuses» années soixante, et enfermé depuis son enfance, c'est à dire depuis trente-cinq ans, dans un asile psychiatrique des Abruzzes.

Cet asile, qu'il appelle l'institut, est géré par des soeurs, et les malades y sont traités aux électrochocs, un «asile électrique» où le courant sert à «remettre de la lumière dans le cerveau des résidents».

«"Ta mère aussi ils ont essayé de la soigner avec le courant électrique. L'électricité est une espèce de claque, comme celle qu'on donne à la radio quand elle ne marche pas bien. C'est comme un coup dans le mange-disque quand le disque est rayé".
Ma mère, elle est rayée à l'intérieur.»

La voix du narrateur est celle d'un adulte demeuré un enfant, qui mêle dans ses fantasmes Nesquik et pornographie, et qui entre les murs de l'asile, dont il ne sort que pour accompagner une religieuse pétomane et sourde au supermarché, a perdu jusqu'au sens de son identité.

Par les yeux de cet homme à l'innocence d'un enfant, l'aliénation de l'enfermement est dénoncée en même temps que celle de la société de consommation, lorsque le narrateur évoque son enfance et ces «fabuleuses» années soixante, celles ou il était dehors, et qui ont vu la transformation d'un monde rural et agricole devenant boulimique de consommation et de divertissement.

"Puis le 31 décembre est arrivé et dans le monde entier les gens attendaient le début des fabuleuses années soixante. Dès que minuit a sonné, les miracles sont arrivés en chaîne. Un chauve s'est vu pousser des cheveux de hippy. Les vieilles avec le chignon et les sandales de paysan ont commencé à avoir des boucles blondes comme Marilyn Monroe et sous leurs pieds calleux sont apparues des chaussures à talon comme des plantes rampantes."

Drôle et profondément tragique, «La brebis galeuse» (la pecora negra) a été adapté pour le théâtre et porté à l'écran par son auteur en 2011.
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